J15 ASTORGA / RABANAL

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01 JUIN 2007

 

 

 

Au petit matin je m’excuse pour mon agitation nocturne, mais tout le monde en peregrinos expérimentés était équipé de boule d’oreilles et  n’a rien entendu.

Le départ me laisse anxieux. J’ai les voies respiratoires très encombrées et l’escalier de l’auberge suffit à me couper le souffle. Le petit déjeuner n’apporte pas son lot de réconfort tant espéré.

Je m’en ouvre à Bernard qui me laisse donner la cadence. Je tousse et je crache tant et tant, un petit coup de ventoline, un rythme pas trop soutenu et on avance tant bien que mal. A la réflexion et a posteriori je trouve que nous avançons  même plutôt bien.

Le chemin est large, agréable et la n120 n’est qu’un mauvais souvenir. Le ciel est bleu, le vent est tombé (tant pis pour lui, je ne le ramasserai pas et pourtant moi j’ai perdu le souffle). Le thermomètre d’une pharmacie indique +9°C, une aubaine en comparaison des températures de ces derniers jours – Pourquoi est-ce les pharmacies qui affichent la température ? pour nous inciter à être malade ? – Nous marchons dans une vraie campagne sauvage, entre deux parterres de fleurs des champs ou se disputent le blanc des camomilles et le bleu des lupins, le violet des lavandes papillon et le bleu intense de la bourrache, le jaune des genets se confrontent à celui des hélianthèmes. Une foule de fleurettes inconnues ondulent ; deux nouvelles orchidées me font mettre genoux à terre. 

A chaque cote un peu accentuée le souffle me manque et je ralenti, mais à force de tousser, racler, cracher, renifler, la source se tarit un peu et mes poumons se purgent. Les sinus resteront bien pris mais c’est moins pénalisant.

A 10 heures c’est la pause café à la taverne du Cow-boy à El Ganso. Rabanal n’est plus qu’à 8 km, deux petites heures en théorie.

 

El Ganso est au trois quart en ruines et sans ses deux cafés que font vivre le Chemin il ne resterait rien ici.

La respiration est redevenue normale en apparence mais les derniers mètres vers Rabanal grimpent dans un petit sentier forestier qui me rappelle sans ménagement que je ne dois pas forcer l’allure.

L’albergue que connaît Bernard à l’entré de Rabanal est fermée, ou pas encore ouverte mais il n’est que 12 h30.Nous logerons dans l’auberge voisine, à 20 m. Une auberge privée, religieuse avec une chapelle ou sera dite une messe ce soir – nous bouderons la messe.

Douche, lessive, alimentation : nous sacrifions aux trois préceptes intangibles du chemin. Lézardage au soleil enfin réapparu. 
En voilà un qui a bien fait de revenir, non seulement j’en ai besoin pour réchauffer ma carcasse malade, mais en plus j’ai lavé le pantalon. Il doit impérativement sécher pour demain matin afin d’affronter les sommets  de la croix de fer – 1504m. J’envisage le pire pour les températures. Dès le 5e kilomètre çà grimpera et ensuite, pendant 5 ou 6 kilomètres nous naviguerons en haute atmosphère, 2 heures ou 2h1/2 à geler. 

En attendant cette joyeuse perspective l’heure est à la visite : 16h 30 il faut se trouver quelques trucs à grignoter pour demain, genre banane pour faire original, quelques fruits secs aussi.

En attendant je me suis découvert une petite ampoule au talon droit. Je ne sais même pas de quand elle date aujourd’hui, hier, plus tôt encore ? 
Le cadre est agréable, la bière est fraîche et la détente complète ; Gigi et son mari sont là. Il y a là aussi un Coréen que nous côtoyons depuis plusieurs jours. Il marche un peu plus vite que nous. Nous avons déjà échangé quelques paroles en Anglais et des signes de reconnaissance à chaque fois que le chemin de l’un passe devant l’autre.

Il est attablé à coté de moi, il rédige son journal comme je rédige le mien. D’un coup d’œil indiscret je trouve que ces lignes de signes sont belles.

Je me lance : accepterait il d’écrire quelque ligne sur mon carnet ? 

Il marque une petite hésitation, n’est pas certain d’avoir compris mon anglais, et puis se lance. 1 ligne, 2 lignes de signes étranges, et il continue. Je n’en demandais pas tant : une demi page qui commence par le traditionnel Buen Camino ! Mais qu’a-t-il donc bien pu écrire ?

Il marque une petite hésitation, n’est pas certain d’avoir compris mon anglais, et puis se lance. 1 ligne, 2 lignes de signes étranges, et il continue. Je n’en demandais pas tant : une demi page qui commence par le traditionnel Buen Camino ! Mais qu’a-t-il donc bien pu écrire ?

 l s’appelle Song Seok-Chun, il est de Séoul et recommence à écrire, en anglais cette fois une traduction. Il s’excuse que cette traduction ne soit pas parfaite, juste une retranscription de l’idée. Il me tend alors son cahier pour que je me livre au même exercice, Bernard prend quelques clichés pour immortaliser la rencontre et je me lance. Il tente un moment de comprendre ce que j’ai écrit mais renonce : à mon tour de faire une retranscription en anglais – c’est sûrement bourré de fautes, les idées sont banales, mais l’important c’est  ce moment partagé.

My name is Song, Seok-chun from Korea. I have walked 540 km so far, just more than two thirds. I am at Rabanal del Camino, in Spain. Although I had some difficul time, but I have some confidence in walking and then I can get to Santiago de Compostela. Most peoples are greeting to each other pleasurely, beautiful mountain and field, singing birds and the winds over the weat field. I feel walking is my pleasure. I hope all the peoples on walking this road would be good and impresive walking. 

Je retranscrit ci dessus la traduction anglaise de Song sans rien y changer.

Ce soir nous dînons avec Gigi, son époux et leurs deux compagnons de route. Ce n’était pas prémédité, çà s’est fait tout seul.

Repas de gala  à 15€ : nous goûtons une spécialité locale le « Cosido margalo »

Cà commence très fort par un énorme plat de viandes. Je pense que c’est pour 5, non juste ma part et celle de Bernard. Du porc : du jarret, du pied, du museau, de la gorge, de la poitrine et du gras de lard, de l’oreille, du chorizo et surprise, du blanc de poulet – le tout bouilli dans une sorte de pot au feu. Ce n’est pas léger, ce n’est pas diététique, mais bon sang que c’est bon. Finalement le plat y passe et il ne reste que quelques os.

Cà continue par le plat de légumes, il est un peu moins volumineux : du choux et des pois chiches, restons dans le léger – c’est un vrai régal.

Enfin on passe à la soupe au vermicelle. C’est le bouillon de cuisson des viandes et des légumes. On n’a plus vraiment faim- c’est un euphémisme – mais on ne laisse rien.

Ah ! tout de même ne pas oublier le dessert : une crème parfumée à la cannelle, rien ne nous sera donc épargné ce soir mais nous supportons ce supplice avec bonne humeur et…appétit.

On se couche repus. Ce soir on recommence le doliprane, l’aspirine et les pastilles. Nuit sans encombre, si j’ose dire, le pire est passé.