J22 PALAS DE REI / ARZUA

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 08 JUIN 2007

 

On devait s’arrêter à Ribadiso. Nous poursuivrons jusqu’à Arzua.

La ville n’est qu’à quelques kilomètres plus loin. Ribadiso n’est pas une étape, juste une auberge au fond d’une cuvette au bord de la rivière. Un lieu mythique me semble t’il ou les pèlerins se baignaient et lavaient leurs vêtements pour se débarrasser des scorie de la route avant d’entrer à Santiago.

Maintenant il y a des douches, des machines à laver et cette tradition n’est même plus dans les mémoires.

Du coup, l’étape sera un peu plus longue, 30 km environ, toujours environ car rien n’est plus faux que les distances annoncées

Le ciel s’est couvert mais n’est pas menaçant. La température se fait douce et le chemin imprime son empreinte de montagnes russes sans douceur. nous suivons sa volonté de grimpettes, au milieu des bois, de descentes à pics au milieu des bois, regrimpettes au gré des collines. Il sait ou il va, ou il nous mène. Nous le suivons.

Les eucalyptus ont colonisé les derniers châtaigniers, repoussé les chênes. Leurs longs fûts rectilignes pleurent leur écorce qui se desquame. Parfois, entre les fûts se glisse un poteau télégraphique, ridicule petit bout de bois qui ne fait pas illusion très longtemps, Bien trop petit mon ami.

 Le chemin vers le champ des étoiles ( Compo Stella)est assurément le chemin des senteurs. Les roses qui bordent les maisons embaument. Les eucalyptus envoient leurs huiles essentielles, les pins aussi, ainsi que les fougères. Parfois un bouquet de chèvrefeuille se mêle à une bouffée de fleur des champs. Ici d’autres effluves plus agressives : fumier de vache qui se dispute la place avec l’acide d’un élevage de volailles. Là, sans prévenir, la fumée d’un feu de bois cède la place au café qu’on torréfie ou du pain qu’on grille. Peu ou pas  d’odeur de cuisine qui mijote, il est trop tôt sans doute. Nous devrions marcher le soir, à l’heure du souper pour humer ces parfums, et d’autres parfums insoupçonnés aussi sans doute.

 

Chaque passage près d’une zone humide nous vaut un concert de batraciens en rut. Puissant, varié des plus graves aux plus aigus, coassements brefs saccadés, notes tenues , longues d’une partition sans cesse réécrite. Nous rencontrons même une piscine à grenouilles, toutes pattes en éventail, flottant la tête hors de l’eau et donnant de la voix à qui mieux mieux. Notre présence ne semble pas les troubler.

Le chemin s’étire. Les descentes succèdent inexorablement aux cotes.

Arzua compte trois auberges dont deux privées toutes neuves. Dans un fol espoir de confort nous optons pour le privé. Toutes deux sont des sortes de grand hall plus ou moins mal aménagé au rez--de-chaussée d’immeubles neufs, chères (10€) et les lits sont superposés, disposé en petits groupes séparés de demi cloisons en dur pour l’une, de rideaux pour l’autre – On n’attrape pas les pèlerins avec du vinaigre : les lieux sont totalement déserts.

L’auberge municipale est presque pleine et n’est pas si mal – donativo, donne qui veut qui peut.

 

Ce midi, il est 15heures, on va prendre un verre juste à coté. Bernard, un autre Bernard Perpignanais, est attablé, un plat de poulpe et une assiette de frittes – impossible de résister, on commande du poulpe.

Un 4éme pèlerin, Breton, arrive pour déguster une bière, il ne connaît pas le poulpe, jamais goûter mais la contamination le gagne aussi et nous voilà en milieu d’après midi à grignoter des tentacules, sans remords, sans honte, un vrai pécher de gourmandise.

En France Jocelyne et Geneviève doivent être en plein préparatifs. L’hôtel de Santiago est réservé. Elles n’arriveront que dimanche soir, sans doute un peu tard. Dimanche sera notre dernière journée de pèlerin.

 

Les rencontres se suivent un peu au hasard. Hier soir une Canadienne, Québécoise à l’accent si particulier, un compatriote ( ?) de Toronto, pur anglophone, profession : menteur nous dit il, traduire par « avocat d’affaire », et un Malouin ; les conversations s’entrecroisaient à table, mêlant l’anglais, le français et les expressions québécoises.

A midi la France, du nord au Sud, Bordeaux, Hennebont, Rennes, Perpignan, Oloron avec un record de 81 ans pour Hennebont.

Ce soir, nouveau melting-pot : Bernard de Perpignan nous invite à sa table. On se pousse, on se serre un peu et nous voilà en compagnie d’une bande de joyeux italiens : Rome, Naples, lac de Caume, un air de mandoline flotte sur l’Espagne Gaélique. L’ambiance est festive. Cà parle fort avec la bouche. Cà parle large avec les mains. Des mots d’Espagnol se mélangent à l’anglais sans compromettre le français qui épouse l’italien, on a un peu mal à la tête et ce n’est pas forcément de la faute du vin blanc qui est tout de même bien plus buvable que le rouge. Au menu, devinez …POULPE, soupe, poisson, pêches au sirop…est-ce bien raisonnable ?