J21 PORTOMARIN / PALAS DE REI

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07 JUIN 2007

 

 

07/06/07, pourquoi donc remarquer la symétrie de cette date ?

la borne 100 km est juste à la sortie de Portomarin. J’ai la tête pleine de chiffres ce matin. Combien de pèlerins ont-ils foulé ces pierres ?50 000, 100 000 par an, plus encore ? çà donne le vertige. (voir en annexe - quelques chiffres)

Qu’est ce qui pousse tout ce monde, l’équivalent de la population d’une belle petite ville, des gens tranquilles, sans histoire, et qui partent à l’aventure. Qu’est ce qui jette tous ces gens sur les routes d’Espagne, de France et même de bien plus loin en Europe, et même sur des chemins en Amérique pour converger vers ce bout du monde ?

Que viennent ils chercher, que viennent ils donner ? Et moi là de dans ? d’ailleurs je cherche quoi ? Quelle force m’a poussé ici ? La vanité pure, un défi, une fuite ?

Ou est-ce plus insondable, je ne sais vraiment pas et si je l’ai su je ne sais plus ce qui m’a mis en marche.

Je ne sais pas non plus ce que je compte en tirer, ce que j’en attends : spiritualité, introspection, aventure, tourisme, rencontres ? Oui, sans doute un peu de tout çà. Du recul aussi à près de 59 ans ?

En tout cas le cheminement n’est pas aussi propice à la réflexion que je l’imaginais, les réponses sont aussi vagues que les questions imprécises. N’est-ce pas toujours ainsi ?

Que trouvent les autres pèlerins ? Dieu ? Le Salut de leur Ames ? Pour le plus mystique sans doute, mais ils sont si peu nombreux.

Des ampoules aux pieds, des tendinites, de la douleur, oui certainement pour un bon nombre, mais c’est un peu court jeune homme.

L’amitié ? Oui, peut être aussi, j’ai vu quelques histoires d’amour se nouer entre des jeunes gens que les nations séparaient.

Qu’en est il des couples qui partagent  ces jours de marches, entre bonheurs et galères, intimité de la marche et promiscuité des auberges ?

Chacun son Chemin, çà n’a jamais été aussi clair pour moi. Différent, toujours autre. Qu’on parcoure 100km, 700 ou 3000, avec ou sans sac, à pied, à cheval ou en vélo. A chacun son Chemin qui comme une auberge Espagnole ne donne que ce qu’on y amène.

Melchior a trouvé des sandales neuves. En explorant la ville nous nous sommes arrêtés devant un marchand de chaussures, certaines étaient vraiment bon marché. La propriétaire entendant parler français nous rejoint sur le trottoir : elle a travailler de longues années en France, en région Parisienne. Elle a appris le Français dans la vie de tous les jours en faisant des ménages.

On lui explique la situation de Melchior : non, elle n’a pas grand-chose à lui proposer, mais …

De retours à l’albergue on suggère à Melchior d’aller faire un tour, pour 15 € on a vu des trucs. Il n’a que 10€ envoyés par sa sœur. Qu’importe.

Il reviendra avec des sandales neuves pour 6 €. Merci Madame.

Plus que trois jours. Encore trois jours. Les avis divergent.

Les uns voient Santiago au bout du Chemin comme une récompense, une fin, un soulagement. D’autres mesurent les 75 kilomètres qui restent comme autant de douleur à surmonter.

Pour ma part, rien de tout çà. Je ne suis pas pressé d’arriver. Le chemin est devenu une parenthèse dans la vie, c’est une bulle (je me répète)

Dans 3 jour la bulle éclatera, ce sera le retour  dans le vrai monde. Geneviève, Jocelyne seront là, retrouvées. La voiture, les vacances, une nouvelle tranche de vie.Les photos s’empilent dans la mémoire. Celle de la carte de l’appareil, la mienne aussi. Le paysage maintenant change peu. Les pèlerins sont plus matinaux que jamais. Pour moi le temps est suspendu, indifférent.

Je n’ai pas besoin. Je n’ai pas envie de penser à l’étape du jour. Je ne pense pas en kilomètres faits ou à faire. Je ne compte pas les heures. C’est sans importance, irréel.

Il est plus de 10heures  Le brouillard se dissipe, ou plutôt le chemin est passé au dessus de la brume. La mer de nuage scintille sous nos pieds comme une métaphore. Le ciel est bleu, le soleil de plus en plus ardent. Tout est beau, tout va bien. Je suis bien.