J18 VILLAFRANCA DEL BIERZO / BIDUESO

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 04 JUIN 2007

Frais et dispo. Le petit déjeuner de l’auberge est le bien venu. Aujourd’hui on s’attaque à El Ceibrero : çà va monter et monter encore. Pour le moment la route est en pente douce, continue mais douce. Les vrais difficultés c’est pour plus tard, après Hospital Ingles – Hospital, encore un nom qui signe son appartenance au chemin de Compostelle – Entre route et autoroute, le chemin traverse des petits villages au creux de vallées que l’autoroute enjambe sur des viaducs impressionnants, finalement pas si laids. 

A Hospital la musique change, on a oublié l’autoroute. Le sentier s’accroche, devient chemin creux parsemé de roches rondes et glissante. La pente se fait raidillon sous les châtaigniers. C’est dur, très dur. Plusieurs fois nous nous arrêterons pour laisser un peu les jambes reprendre leur souffle (oui, je sais, l’image est bizarre…).5 km de grimpette digne des randonnées de montagne les plus difficiles. Environ 100 m au kilomètre, pente à 10% sur un terrain qui n’aime pas nos semelles.

A Falba nous sommes à mi hauteur. Il y a beaucoup de monde d’arrêter et nous faisons une pose cagnas bien méritée. Gigi et son mari arrivent peu de temps après nous. Ils sont passés par la route, le dénivelé est le même, c’est évident, mais c’est bien moins fatigant – la prochaine fois nous le saurons.

Nous poursuivons notre ascension vers O Ceibrero sous le soleil et dans la bonne humeur. Le sentier est de nouveau à l’air libre avec de grands paysages vallonnés et colorés, le chemin est meilleur et çà semble plus facile. Plus nous montons plus nous sommes dépassés par des pèlerins ( ?) qui ne portent pas de sac, ou alors si petits que c’est tout juste s’ils contiennent une bouteille d’eau. Ils marchent vite – 10 ou 12 kilos de plus ou de moins çà fait une sacrée différence.

Arrêt photo devant la borne qui sépare la Galice de la Castille, on double la photo pour Gigi et son mari : carte pleine, la seconde carte de 1giga, on perd quelques minutes à la replacer. 3 éme carte chargée. Photo. Pendant ce temps la horde des légers continue à défiler devant nous.

O Ceibrero. Il y a foule. Le parking est encombré de cars de touristes, de voitures, les petites maisons du village, toutes agrémentées de cartes postales, de coquilles, de bâtons ornés de coloquintes en forme de calebasse sont prises d’assaut. Boissons, souvenirs… toute une pacotille ou le chemin perd son âme dans les méandres du commerce.

On file, vite, sans s’attarder pour faire des photos, on reviendra plus tard pour çà. L’auberge est à l’autre bout du hameau. Elle est entourée de barrières de chantiers mais on y voit du monde. Gigi et son époux sont juste devant. Song Seok-Chun, débarrassé de son sac nous salut en retournant vers le bourg. Aie, l’auberge est en travaux. Il y a des « algeco » tout autour, pour le bureau, les chambres et les sanitaires. Il ne reste qu’une place Gigi et son mari négocient pour un lit supplémentaire. Deux mots pour nous et nous comprenons que nous n’avons pas la moindre chance – adieu Gigi, à plus tard peut être. 

Retour au centre ; la foule est dense, çà grouille et le sac gène pour ce faufiler entre les badauds. Seconde déconvenue, l’hostal, à l’entrée du village est aussi en chantier, ici pas d’algeco, rien, il faut se tourner vers les petites chambres de casa rural. Une, une autre, une troisième, tout est complet, complet complet.

Pas de temps à perdre, il y a là un sacré paquet de pèlerins, sac sur le dos qui arrivent encore. Notre mauvaise surprise sera aussi la leur. Il faut continuer.

 La route est devant, la vraie route cette fois, le bitume, pas le chemin. Cà descend, remonte, redescend encore, rien de méchant. Nous marchons vite, très vite même, 6 km heure au moins, on double un couple d’Italiens à la sortie du village. A 3 km il y a un hôtel, on espérait une auberge, mais bon, çà fera l’affaire. COMPLETO. Bye, c’est reparti. Tres kilometros mas. On en a mare, Bernard commence à manifester mauvaise humeur et désespoir, çà donne de l’adrénaline pour marcher encore plus vite si c’est possible. Un groupe de 4 ou 5 jeunes pèlerins est dans notre champ visuel, ils s’arrêtent pour faire une photo devant la statue de Saint Roque, merci Saint Roque – je lui tire le portrait, vite fait, sans m’arrêter. Je suis maintenant passé maître dans l’art de dégainer l’appareil d’une main, le bâton dans l’autre, refermer le sac photo, viser, tirer, ranger, tout çà sans ralentir l’allure qui dépasse maintenant les 6 km/h. Hospital. Un autre Hospital, celui-ci est de Condensa. Il y a une auberge, pas bien signalée mais je reconnais maintenant les pèlerins de loin, et ceux là je les ai repéré depuis la route. On grimpe le petit sentier, on se fraie un chemin entre les pèlerins qui se reposent assis sur une murette, et on s’entend encore dire COMPLETO. 37 ou 38 km pour entendre COMPLETO. C’est juré, on s’arrête, pas question de continuer si non demain on ne pourra plus mettre un pas devant l’autre. 

L’hospitalera ne parle pas Français, les pèlerins présents sont Allemands ou Italiens, pas facile. Mais nos mines en disent plus que les mots.

L’hospitalera revient avec un n° de téléphone, celui d’une casa rural, pas très loin. Je sort mon portable, l’allume et le lui tend. Il vaut mieux que ce soit elle qui appelle, déjà que face à face ce n’est pas facile, au téléphone on ne se comprendrait pas.

C’est bon, ils ont de la place, ils viennent nous chercher en voiture.

Enfin je pose le sac, on retire les chaussures, les chaussettes et on passe les sandales. C’est tout léger !

L’attente commence.

Le couple d’Italiens que nous avions doublé à la sortie de O Ceibrero arrive. Nous leur avons mis plus de 20minutes sur 6 km. C’est fou ! où sommes nous aller chercher cette énergie après l’ascension ?

Comme nous, la déconvenue se lit sur leurs visages. On explique la situation, la casa rural… et arrive une Anglaise. Elle souffre le martyre. Elle a une tendinite et il est hors de question qu’elle fasse un pas de plus.

Nous les retrouverons à la casa rural ce soir, la fourgonnette aura fait un autre voyage pour eux.

La chambre est grande, de vrais lits, une salle de bain, une douche chaude,  pour 30€, avec un menu pèlerin à 8€50, c’est le début du luxe 

J’avais laissé un message à Geneviève depuis Hospital, le message n’était pas optimiste. Je tente de la rassurer. Rien ne passe, une barre seulement. Je parcours le hameau dans l’espoir d’un point ou la communication voudrait bien passer mais en vain -  tout juste parviendrai-je à glisser un sms sibyllin un peu plus rassurant. Bidueso est tout petit : 2 casa rural, une ferme plus une minuscule chapelle.

Je discute un moment avec un couple d’Allemands et un Belge qui logent chez la concurrence. Tous déplorent le manque de lits et surtout d’information à O Ceibrero. La situation ne date pas d’aujourd’hui,c’est évident, demain ce sera la même chose et après demain aussi. Ce n’est pas très correct de laisser les pèlerins croire qu’il y a là abondance de lits qui n’existent pas en ce moment. 

Le repas pris sur place le fut sans plaisir, qui plus est troublé par un pèlerin Espagnol que nous avions déjà repéré, « m’as-tu vu », grande gueule, don juan de bistrot, macho qui ferai la roue devant les minette si sa queue le lui permettait,  parlant fort, cigare puant au bec, aviné comme les autres soirs…bref le plaisir.

A 8h30 nous sommes couchés, moulus, épuisés, tombant de fatigue. Le lit est confortable mais je ne trouve pas le sommeil. Mes jambes protestent, elles n’ont pas aimé le régime du jour.

Pour Bernard aussi le sommeil est lent à venir : trop de tensions dans la tête et dans les muscles.