J17 MOLINASECA / VILLAFRANCA DE BIERZO

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 03 JUIN 2007

 

Réveil dès 6 heures. Il y a déjà longtemps que les lampes s’agitent en tous sens et que les premiers sont sur la route. Le petit déjeuner est rapide : café, biscuits et  ¾ d’heures plus tard nous cheminons.

Les Clermontois marchent un moment avec nous, mais très vite nous constatons que nous n’avons pas tout à fait le même rythme, çà va fatiguer tout le monde : ceux qui vont forcer l’allure et ceux qui devront attendre. Sans vraiment se concerter la séparation se fait naturellement.

Plus loin nous opérons une jonction avec un autre couple, des Bretons de Carhaix. La fusion ne se fait pas non plus, nos pas se désaccordent ; nous nous reverrons en chemin au gré des pauses et dans les auberges si nous choisissons les mêmes étapes

 

Ponferada, 12 km plus loin, est une citée importante ou nous avions projeter de nous arrêter lors du découpage initial mais nous avons un peu rééquilibrer les étapes. La traversée, comme pour toutes les villes est longue, sans intérêt. Des travaux de restauration (comme c’est original !) masquent le château, défigurent la place de l’église, bref, empêchent de faire des photos

La sortie est interminable. ; Depuis le centre on fait un grand détour à travers une zone d’immeubles tristes, une nouvelle zone d’urbanisation en chantier, la zone industrielle aussi en chantier, puis une zone pavillonnaire cossue, voire riche, voire très riche…

Enfin la campagne. El Camino reprend les couleurs que j’aime : un chemin blanc, des alentours verts et mille et une fleurs tout autour.

La route est belle et déroule les pas sans fatigue. Arrêt café au milieu des cultures maraîchères,  un croissant pour moi – les croissants sont deux fois plus gros qu’en France – une tortilla con patatas pour Bernard qui a manifestement un gros petit creux. A chaque carré de pommes de terre Bernard s’exclame : « elles sont bien plus belles que les miennes, je me demande comment je vais retrouver mon potager, j’avais mis des radis et je suis sur que personne n’a pensé à en ramasser… ».

Un franchissement d’autoroute et nous voilà dans le Bierzo, une région viticole. La vigne est omniprésente. Des vieux, très vieux ceps, courts, noueux que des paysans tout aussi vieux pincent en enlevant les pousses en excès. Les nouvelles vignes sont plus hautes, attachées comme en France sur des fils tendus pour permettre la vendange à la machine : les plus jeunes ne veulent plus se casser...le dos.

Entre vignes et vignes, des cerisiers, beaucoup de cerisiers, de diverses variétés à maturité échelonnées, les uns sont fini, d’autres en pleine production alors que d’autres encore présentent des petits fruits tout vert qui ne seront mangeable que dans plusieurs semaines.

Nous ne sommes plus qu’à 4 km de l’étape. Un homme et deux femmes récoltent des cerises. Il y a plusieurs cageots prêts à être chargés dans la fourgonnette. Nous leur faisons un petit signe de la main et ils nous répondent. Le geste veut dire, « approchez ». Nous n’en demandions pas tant.

L’homme a environ 65 ans et il est ravi d’entendre parler Français et surtout de nous montrer qu’il maîtrise notre langue. Il a vécu et travailler à Clermont Ferrant chez Michelin (le monde est tout petit) entre 1968 et 1975 avant de revenir ici exploiter ses 4 hectares de vigne (à moins que ce ne fut 10 hectares). Une femme plonge les mains dans les cerises et les verse dans mes mains jointes, il y a autant de cerises par terre que dans mes mains. Elles sont délicieuses, sucrées à souhait, un peu acide mais pas trop. Finalement c’est dans une poche plastique que finissent les cerises, et il faudra protester pour qu’ils ne nous chargent pas trop lourdement.

Villafranca – Villefranche – un nom aussi répendu ici qu’en France. La première auberge affiche complet. en fait il reste une seule place. La seconde auberge est située à moins de 100m et les places sont nombreuses. Le cadre agréable, l’accueil chaleureux. J’y ai même vu pour la première et dernière fois un hospitalero Français porter les sacs des pèlerins et les amener sur les lits. Ce jeune homme sympathique d’une trentaine d’année est là pour un an, afin de se former, avec l’intention affichée d’ouvrir une auberge originale ou se croiserons pèlerins traditionnels et enfants malades. 

Nous partageons nos cerises avec les pèlerins qui lézardent avec nous sur la terrasse avant de descendre en ville.

C’est encore jour de communions solennelles, à penser qu’en Espagne c’est tous les dimanches. Une grande famille Espagnole occupe les trois quart de la terrasse du bar. Il y a là quelques francophones, sans doute des membres de la famille vivant en France, en tout cas c’était une bonne occasion pour rassembler tout le monde.

Gigi et son mari nous retrouvent dans l’église. Une architecture originale que je ne saurais trop décrire. Mais nous parlons trop et trop fort, sans doutes les premiers signe d’une contamination hispanique, et on nous invite aimablement mais fermement à quitter les lieux ou un office va commencer.

A 4 nous arpentons les rues de Villafranca à la recherche du restau rare : le moins cher avec la carte la plus originale. Il est à peine 19h.Dans une rue peu fréquentée nous avisons un établissement discret, le menu affiché nous laisse pantois : plein de plats dont nous ne comprenons pas les noms : c’est bon signe mais nous voulons tout de même en savoir un peu plus. A l’intérieur on ne parle pas un mot de Français ; Bernard sort le dico, c’est laborieux, incertain. Les mots ne sont pas en Espagnol mais sans doute en Gaélique comme le laissent deviner les accords de cornemuse qui sortent du restaurant.

Pour 8€50 on ne prend pas un gros risque.

Passer la commande relève du fou rire et de l’exploit. Le restaurateur partage notre bonne humeur et on fini par se faire servir une soupe gaélique, un plat de viande délicieux et un dessert improbable dont nous comprenons que c’est une sorte de flan à la cerise. Nous expliquons à notre hote qu’en  français çà s’appelle « clafouti ». Tant pis pour les français qui après nous commanderons du clafouti : çà n’a rien à voir. Il y a bien des cerises, mais à l’eau de vie, une sorte de flan zébré de gelée rose. ce n’est pas mauvais mais …. Le patron nous apporte 4 petits verres et une bouteille : nous gouttons la liqueur ou se sont « faites » les cerises de la pâtisserie, c’est bon, pas trop alcoolisé.

En partant, je pensais qu’il avait oublié ma demande, il me glisse un petit papier : les noms des disques que nous écoutons depuis notre arrivée : Millardoiro, de la musique traditionnelle de Galice et Carlos Munez, le Jimmy Hendrix de la cornemuse. Je trouverai ces disques à Santiago.

Demain, demain seulement nous serons en Galice. Avant il nous faudra franchir El Ceibrero – un petit 1300 m  - 800m de dénivelé.

On se couche tôt, il est à peine 9h.

9h30 – on me secoue par l’épaule. Surpris dans mon premier sommeil j’entrevoie une femme qui bouge les lèvres comme un poisson rouge dans son bocal. Je retire un bouchon d’oreille. Avec un accent italien ma voisine me fait savoir que le ronfle ; Ce n’est pas vraiment une information. Je regarde mieux. Son lit est près du mien mais manifestement elle n’est pas encore couchée et porte toujours ses vêtement de la journée – que serait-ce si je l’avais empêcher de dormir. La situation est déplaisante et je sent la mauvaise humeur me gagner : on ne réveille pas les gens comme çà.

Elle poursuit son monologue : elle a le sommeil fragile, je ronflerai moins si je voulais bien me coucher sur le coté et non sur le dos. Certes, sans doute, mais moi je m’endors sur le dos. Je lui montre mes bouchons d’oreille et lui fait remarquer que des ronfleurs, dans un dortoir, il va y en avoir d’autres, il suffit de se protéger. Je replace mes bouchons et me rendors non sans me jurer que si elle me réveille à nouveau elle risque fort de prendre la porte du dortoir pour dormir dan la cour. – L’esprit du Chemin a tout de même des limites.

Dans la nuit, comme toutes les nuits, je me réveille Je ne sais pas quelle heure il est, mais la curiosité me fait retirer  un bouchon : Tous les scieurs de long se sont donnés rendez-vous dans notre dortoir, le concert est grandiose, profond, avec des rythmes divers et variés, des chuintements, des sifflements et de ci de là des basses profondes, des cors de chasse et des trompettes claironnantes.

Un peu sadiquement je jette un œil au lit de ma voisine : elle ne dort pas, elle saute, se tourne, se retourne et virevolte dans son sac de couchage. Je suis sur qu’elle empêche son voisin du dessus de dormir en secouant le lit qui tangue comme un esquif dans la tempête. Pourvu qu’il n’ait pas le mal de mer.