J16 RABANAL / MOLINASECA

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02 JUIN 2007

 

 

 

Rabanal del camino, Rabanal du chemin, c’est fou le nombre de villages « del camino ». Le chemin de Compostelle est vraiment une composante essentielle de la vie des régions traversées, et ce sans faux folklore ni ostentation ni…, juste un élément de la culture et de l’identité locale.

Ce matin je m’habille chaudement : on va grimper et comme les températures baissent en altitude, j’estime qu’une angine par pèlerinage c’est suffisant.

La panoplie du petit pèlerin frigorifié se compose d’un tee-shirt, un gilet à manches longues et une polaire pour le haut, caleçon et pantalon pour le bas sans oublier les pieds pommadés, les chaussettes et les chaussures, mais çà c’est tous les jours.

Café, tartines de beurre et de confiture de l’auberge et me voilà sur le seuil à tester l’ambiance. Tout de suite il y a un problème :

Le ciel est bleu, le soleil brille et…il fait chaud.

On range illico presto le pull et on sort les lunettes de soleil ; Nous voilà repartis pour de nouvelles aventures.

Cà va grimper doucement jusqu’à la Croix de Fer. Il y a 7 km jusqu’au prochain village qui ne devrai avoir qu’une petite auberge de 20 places mais ou nous découvrirons trois nouvelles adresse qui ne figurent  pas encore dans les documents (l’hébergement de pèlerin c’est une affaire qui marche), puis encore 2 km de grimpette en pente douce pour que la Croix apparaisse. Le parcours se fait sans heurts tant que je ne cherche pas à forcer l’allure. Comme hier, et aussi les jours qui vont suivre, pendant une bonne heure je tousse, je racle, je fais le vide dans les tuyauteries respiratoires. 

La croix est là. Cruz de Ferro. On ne se sent pas seul : le parking abrite 4 ou 5 camping-cars, un quad, des vélos, des pèlerins – 20 ou 30 personnes en tout qui grimpent sur le tas de pierres, posent pour la photo obligatoire, redescendent  et reposent  pour un nouveau cliché inoubliable.

Le tas de cailloux mesure bien 8m depuis le pied coté route, et en voyant les pierres il ne fait aucun doute que toutes ne sont pas venues dans les sacs des pèlerins.

Bernard dépose sa pierre, clic clac, immortalisation du geste.

A mon tour de porter ma pierre à l’édifice. Elle provient de chez Nathalie, elle a séjourné un an au moins dans mon potager, si çà porte bonheur, que celui-ci soit double. Clic clac une autre immortalité photographique.

1504m, il fait hyper doux, c’est incroyable ce changement. Un peu à l’écart de la foule nous troquons les pantalons contre les shorts, les polaires rejoignent les autres effets dans les sacs. La marche se poursuit en tenue enfin allégée ; Il y a longtemps que nous attendions çà. 

Arrêt chez Thomas. Son auberge, si je peux user de ce terme figure dans tous les guides. C’est le folklore à l’état pur d’une communauté de marginaux, mi catho, mi hippies. Il appelle les peregrinos en sonnant la cloche, offre le café et des cerises, vend un tas de pacotille et chacun laisse son obole.

Le chemin de fleurs serpente toujours entre 1500 et 1550 mètres, encore une petite heure et on attaque la descente.

Comme on pouvait s’y attendre, il y a des passages délicats. A la sortie de Riego de Ambros le chemin devenu sentier se glisse, se creuse, se blotti contre la paroi, une source dévale les roches du chemin creux. Je glisse sur la pierre grasse : presque le grand écart et je parviens à me poser délicatement, à m’assoire sur la roche à moins de 2 cm du ruisseau boueux. Le bon père, la providence, la chance ou tout simplement le hasard a préservé mon short d’une humiliation collante.

La descente sur Molinaseca est pénible. D’ailleurs je constate que j’aime de moins en moins descendre. Cet exercice me fait mal aux jambes. Autant je peux gérer l’effort en montée, autant la pente m’est pénible, sollicitant d’autres muscles, d’autres tendons, le sac m’entraîne et pèse à chaque pas.

La chaleur, eh oui, se fait sentir et les pierres roulent sous les pieds. La pente est raide.

Mais il n’en reste pas moins que cette journée est sans doute la plus belle depuis notre départ. La météo est avec nous.

L’albergue se rempli rapidement. Il n’y a plus de places au dortoir, des matelas ont été disposés dans la cuisine, à même le sol. Rapidement les lits superposés installés sous l’auvent, un simple toit ouvert à tous les vents, sont investis. Ce soir il n’y en aura plus un seul de libre.

L’auberge est située à un kilomètre après la sortie de la ville. Ce soir nous irons faire des courses et chercher le bon menu peregrinos savoureux, original et pas cher. En attendant nous profitons du soleil, torse nu sur la terrasse et c’est cool. La bière de l’auberge, dont nos amis du nord de l’Europe font une consommation étonnante nous laissera pendant de longues heures les traces de son passage. Je n’avais encore jamais bu de bière aussi acide. 

Il est tard déjà lorsque nous retournons en ville : un kilomètre en arrière, n’est ce pas du vice pur ? Demain on sera Dimanche et la prudence veut que nous ayons au moins un sandwich dans le sac.

La terrasse d’un café , les parasols, la rivière qu’enjambe le pont romain, des gosses qui jouent, les Espagnols en week-end qui promènent leur chien (à moins que ce ne soit le contraire) ; Il fait beau, il fait chaud. Enfin une image plus conforme à mon imaginaire. Le restaurant ne nous servira pas encore, pas avant une heure et demie. Nous prenons le temps de savourer notre whisky dans la quiétude de cette fin de journée.

La salle est belle, décorée avec goût. Nous sommes seuls : ce restaurant est le plus éloigné de l’auberge et a un air cossu qui a sans doute rebuté les pèlerins. Il est beaucoup trop tôt, surtout pour un samedi soir, pour que les espagnols passent à table. Ils ne viendront pas avant 21h 30 voir plus tard lorsque nous serons en plein concert de ronfleurs depuis déjà bien longtemps.

La vitrine réfrigérée étale deux énormes plateaux de grosses girolles fraîches, des poulpes frais tous tentacules dehors

Cà met en appétit mais ces mets ne sont pas inscrits au menu pèlerin.

Qu’importe, nous nous contenterons de l’assiette de menestre : fines lamelles de Serano, chorizo, saucisse sèche…parfums de terroirs. La cassolette qui suit nous fait briller les yeux : fines tranches de ronones a la plancha, toutes frémissantes, délicieusement assaisonnés d’ail, herbes huile d’olive…nous en rêvons encore.