J4 PUENTE LA REINA / ESTELLA

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 21 MAI 2007

 

 

 

Ce matin, comme prévu nous prenons un vrai petit déjeuné sur place – il y a bien longtemps que çà ne nous était pas arrivé.

Départ  vers sept heures et quart, le ventre plein, les chaussures sèche, le linge propre et le moral au beau. Le temps aussi est de la partie : beau

Le chemin est plat, large, facile et nous promène à travers les champs d’asperges ou s’affairent des ouvriers agricoles, des Marocains probablement, qui ramassent les asperges à une vitesse et avec une dextérité qui me laisse rêveur.

Le chemin plat n’est qu’un leurre : bien vite il aborde une colline qui va nous mener au pied de l’autoroute. Le sentier commence par enjamber un ruisseau – c’est boueux des averses de la veille et il faut choisir ou poser les pieds. Sans prévenir la pente devient abrupte, le sol argileux encore un peu détrempé d’hier. En voyant les traces de nos prédécesseurs nous imaginons leur progression : çà glissait, la boue était molle, profonde, les empruntes de pas en témoignent. Ceux qui sont passé là ont souffert. C’est aussi çà El Camino, des jours qui se suivent, et ne se ressemblent pas. A 24 h près l’aventure est autre.

A chacun son Chemin.

 

On franchi l’autoroute par un pont dimensionné pour recevoir une vrai route. Pour le moment seuls les pèlerins et quelques engins agricoles l’emprunte.

Nous croiserons à nouveau l’autoroute, par dessus, par dessous au gré des aménagements

Le chemin se promène maintenant entre cultures de blé, d’orge ou d’avoine ou se mènent les fleurs sauvages, des coquelicots, des bleuets, d’autres fleurs bleues encore ou des bouquets de colza

Ici ou là une haie de chèvrefeuille embaume puis cède la place à des buissons d’églantine au parfum plus discret. Un chemin de fleurs et de senteurs – quelques orchidées aussi, les premières de mon chemin.

 

 

Bientôt les cultures d'étalières laissent place à la vigne. Les ceps sont courts et noueux. A coté ce sont des oliviers, cultivés en cépée de 3 à 5 troncs, vieux, aussi torturés que les ceps de vigne.

En traversant un village je rencontre un olivier en bonsai ; le tronc est imposant, mais il est mené comme un pin, dans un style qui ne fait pas « olivier », dommage car il a une belle taille.

Le chemin renoue avec la boue  en longeant les vignes dans les chemins creux. La terre est argileuse, trempée et elle colle. La progression est pénible et il faut sans cesse regarder ou poser les pieds pour ne pas s’enfoncer jusqu’aux chevilles ou glisser.

L’étape d’aujourd’hui n’est pas très longue, 20 à 23 km seulement, mais dans ces conditions les derniers kilomètres comptent double, çà monte, çà redescend, çà glisse et à l’arrivée à Estella on en a réellement plein les bottes. L’arrivée se fait « sentir ». Une véritable puanteur émane d’une usine anonyme dont on ne saura pas identifier la production. Cette odeur nous poursuivra en ville.

13heures. Estella, comme toute l’Espagne que nous avons traversé est en chantier : restauration, bâtiments, neuf, voirie…le BTP, un secteur qui marche !

 

Bernard ressent un problème  à la cheville, des restes d’un accident de trottoir à Burgos au retour, l’an dernier. Il se renforce l’articulation avec des bandes d’Elastoplast. On a cherché en pharmacie s’il n’y aurait pas de manchon de maintient adapté, mais tout ce qu’on nous propose comprime la cheville ou est trop épais, nous ne trouvons rien d’adapté.

Mon ampoule est en voie de guérison, mais par sécurité le petit orteil restera emmailloté durant tout le périple – inutile de prendre le risque de refaire une nouvelle ampoule avec tous les risques associés.

Roland traîne la patte, il souffre visiblement de ses ampoules qu’il soigne longuement tous les soirs. Demain ils marcheront un peu moins vite et nous cheminerons ensemble.

Les gros bobos sont maintenant monnaie courante et on peut voir des pieds qui font frémir. Les tendinites aussi sont à l’honneur : Ivan et Arlette, un couple de Français se joignent à notre petite bande. Yvan porte une genouillère, son problème est bien plus ancien, mais il souffre et les démarrages, le matin sont douloureux, les soirées aussi lorsque les articulations se sont mises au repos. Arlette elle à une « petite tendinite » et prends sa dose d’anti inflammatoires. Marcher dans ces conditions n’est pas idéal, les tendinites ne se résolvent que par le repos, au moins 8 jours. En continuant on entretient le mal, pire on le développe au risque de mal tourner sur des pathologies plus durables.

 

Visite d’Estella – Une bonne dizaine d’églises dont certaines en ruine, une autre est affublée d’un immeuble de brique faisant office de maison de retraite.

L’église principale mérite le détour. Elle possède en outre une belle roseraie dans le cloître attenant.

Nous empruntons un petit pont romain qui franchi l’Ega. La ville ne présente pas grand intérêt par elle-même.

Le restaurant n’est pas génial ce soir, une assiette unique avec plusieurs plats, un peu cher, mais ainsi va le Chemin, demain sera un autre jour.

A l’auberge nous retrouvons un groupe de jeunes, un peu cosmopolite : Américain, Allemand, Mexicain, rassemblé par l’age sans doute, garçons et filles, il semble que quelques histoires commencent à tresser des liens. Le Jeune Mexicain parle bien Français, il termine une année d’études à Toulouse et on échangera quelques mots au fil des rencontres sur le chemin.

Ce soir l’Albergue affiche completo et indique la succursale à un petit kilomètre. Les arrivées trop tardives sont à la merci de ce genre de surprises.

Demain, demain, demain… encore une étape qui devrait être assez courte, avec une petite montée culminant à Villamayor Monjardin, un dénivelé de (seulement) 350 mètres. Reste à savoir sur quel genre de chemin. « Monjardin » un nom qui  à une certaine résonance chez moi….