Avant propos

ACCUEIL PREMIERE ETAPE

Avant propos

 

Tout à commencé un an plus tôt. Bernard entamait son premier pèlerinage. 
Je ne savais même pas ou se trouvait Compostelle. Jusqu’ici, pour moi un pèlerinage c’était juste un truc de malade mystique.

Ma non croyance, mon agnosticisme le plus pur ne s’accordait pas à l’idée même de pèlerinage et je ne comprenais pas ce qu’il allait faire dans une telle entreprise. Certes Bernard est marcheur. Certes il marche régulièrement en club et il aime çà, mais de là à se jeter dans un pèlerinage !

A son retour j’ai eu droit à quelques photos, pas toutes, il y en avait trop. J’ai eu aussi le droit de l’écouter raconter son expérience. Je me suis entendu dire « si tu repars, je t’accompagne »

Les choses auraient pu en rester là.

Les choses n’en sont pas restées là. Repartir le démangeait fort.

 
On s’est revu en fin d’année. J’ai demandé à voir son équipement. J’ai vu.

 
Par mail il m’a envoyé la liste de l’équipement de base. De mon coté j’ai surfer un peu sur internet, trouvé des sites, lu des témoignages, des récits, trouvé des conseils et revu des photos.

 Tout cela prenait forme dans ma tête. On a fixé un premier calendrier : départ mi mai.

Tu ne vas pas le faire ? Bernard marche beaucoup mieux que toi, il est entraîné, LUI.

 
Et puis j’ai acheté les chaussures, mes chaussures de montagne me paraissaient bien trop lourdes pour l’exercice, et puis j’ai acheté le sac, et puis on a échangé des mails avec le découpage des étapes, le calendrier s’est affiné et puis…

 Et puis voilà : nous sommes partis tous les deux. Comme pour Bernard la première fois, mes proches n’y ont pas cru jusqu’à la dernière minute. Même après le départ je pense qu’ils s’attendaient à un retour anticipé au bout de quelques jours.

 Bien sur, avant de partir je me suis mis un peu en jambes ;

Quelques heures sur la piste cyclables : plus de 6 km à l’heure ; Je trouvais les étapes de Bernard étranges avec sa moyenne de 4 km /h de prévision.

 La piste m’a ennuyée à la 4 éme fois : j’ai explorer les environs, trouvé le tracé du Chemin de St Jacques : celui du Soulac qui descend tout droit dans les pins le long de la cote Aquitaine. J’y ai fait diverses portions en aller retour sans y rencontrer le moindre pèlerin. Le chemin y est bien balisé mais il traverse une sorte de désert et les possibilités d’hébergement sur la portion que j’ai fréquenté m’ont parues quasi inexistantes. Si on ajoute à çà le massacre du chemin par les engins forestiers qui rend la marche très inconfortable dans un sable labouré on comprendra que cette voie n’ait pas les faveurs des pèlerins.

Mes étapes d’échauffement sont passées de 2 à 5 heures, j’ai aussi attrapé ma première ampoule : celle qui récidivera dès le premier jour. Bien sur j’ai commencé avec un petit sac, juste un peu d’eau et un vêtement chaud. J’ai fini avec le vrai sac, tout équipé en me disant qu’il fallait tout de même être stupide pour se trimbaler tout ce matériel inutile pour des marches d’une demi journée à quelques kilomètres de la maison ou je rentrerai de toute façon avant le soir. Mon erreur est surtout à ce stade de n’avoir pas totalement joué le jeu : j’ai mis des chaussettes ordinaires, je ne me suis pas pommadé les pieds : l’ampoule est venue sans crier gare, elle a guéri mais la fragilité était installée.

 jusqu’alors je n’avais pas songé un seul moment que cette aventure n’irait pas à son terme. Ce n’est que plus tard, en voyant l’état de quelques congénères que j’ai compris qu’on partait VERS Compostelle, pas POUR Compostelle.

 

Jamais non plus je ne me suis questionné sur mes motivations. Je savais simplement que la religion n’y était pour rien. Que les motivations religieuses d’autres ne me gênaient pas non plus. Je savais que nous ferions des rencontres. Je savais, je savais, je ne savais finalement pas grand-chose.

Avant de partir, il y a tout l’imaginaire du chemin. On brosse une image, on se fait son cinéma alimenté par les récits et les lectures. Je ne saurai trop vous décrire le mien, fait de longues heures de marches introspectives, de rencontres aussi aimables qu’exotiques, de soleil, d’Espagne de carte postale avec un chaud soleil Andalou, des paysages arides parsemés d’oliviers. Au bout de quelques jours on comprend que ce chemin imaginaire est purement imaginaire.

Le Chemin de Compostelle ce n’est pas un décor, ce n’est pas du cinéma, ce n’est pas l’Espagne. C’est tout çà bien sur mais c’est plus et c’est moins à la fois. C’est personnel ; Toute tentative pour « Dire » le Chemin me semble vaine.

Certes on peut raconter son voyage. Je me livre bien volontiers à l’exercice d’un carnet de voyage dans les pages qui suivent. On peut aussi écrire de longues pages de réflexions introspectives – je vais éviter – qui seront une sorte de psychanalyse plus ou moins indécente car publique. On peut tenter de tout dire, tout écrire, dessiner, photographier…comme me disait il y a quelques années un « maître à penser » : l’expérience se vit, elle n’est pas transmissible.

Il y a autant d’expériences du Chemin que de pèlerins, le pèlerin qui parcoure plusieurs fois le chemin connaît autant d’expériences que de voyages.

Une seule maxime : « a chacun son chemin ». Je l’ai souvent entendue durant ces quelques jours. J’y souscris sans réserve

 

Le journal qui suit je l’ai d’abord écrit pour moi, au jour le jour au fil des étapes. Chaque après midi, en arrivant j’ai passé un long moment seul devant mon cahier, stylo à la main. J’ai agrémenté mon texte (est-ce un récit ?) de croquis figurant quelque chose de représentatif de la journée, sans soucis du détail ni de la réalité vraie du paysage ou des monuments, juste une représentation presque symbolique. Ces dessins sont  aussi là, au fil des pages.

Pendant tout ce voyage j’ai trimbaler mon appareil photo – je vois mieux, plus, autrement quand j’ai en tète de photographier, comme si cet exercice rendait le regard plus vif. Des photos j’en ai fait beaucoup, un millier sans doute, un peu plus peut être.

Toutes ne sont pas bonnes, certaines me semblent réussies. J’en ai sélectionné quelques une pour illustrer ce récit. Ce ne sont pas toujours les meilleures, j’ai essayé de placer celles qui me semblent les plus représentatives de ce que j’ai ressenti.

 

Trêve de bavardages : entrons dans le sujet.