Mgr Vilatte

Mgr Joseph René Vilatte





Voici avec force documentation, l’histoire de Mgr Joseph-René Vilatte et de sa succession. Cette page contient des documents inédits à ce jour, vous pouvez en faire usage librement à conditions d'en indiquer la provenance.

Il est né le 24 janvier 1854 de Joseph René Vilatte, garçon boucher parisien demeurant à Rueil-Malmaison et de Marie Antoinette Chorin.

Acte de naissance reconstitué par les archives de la Seine,
l'Etat Civil antérieure à 1860 ayant brûlé dans l’incendie des Archives durant la commune de Paris en 1871


Ses parents s'étant marié en 1852 comme le prouve le contrat de mariage ci-dessous :


Ayant perdu sa mère à l'âge de trois ans, il fut confié aux soins de ses grands-parents habitant Angers. Son enfance se déroula donc au sein de la douce province angevine où il fréquenta avec sa famille la Petite Église, une Église catholique indépendante née des suites douloureuses du concordat napoléonien. L’influence de cette fréquentation explique peut-être l’inclination naturelle qu’il eut par la suite pour une vie religieuse hors des sentiers battus. En 1867, son père le plaça à l'orphelinat des Frères des Écoles chrétiennes de Paris où il fut confirmé en la cathédrale Notre-Dame par Mgr Darboy, Archevêque de Paris, fusillé lors des événements de la Commune en 1871. Le jeune Vilatte accomplit ensuite son service militaire lors de la guerre franco-allemande de 1870. Après avoir connu les horreurs de la Commune, il s'embarqua pour le Canada où il fut instituteur à Hull (Québec, Canada) dans une mission (l’école Saint Antoine) dirigée par le Père Louis Reboul.

Le jeune prêtre René Vilatte

La brusque disparition de celui-ci en 1877 le poussa à se préparer à la prêtrise pour continuer l'oeuvre du missionnaire. Mgr Edouard Fabre de Montréal l'accepta comme candidat aux Ordres et il suivit des études classiques de philosophie au Collège des Frères du Sacré Coeur à ville Saint Laurent, près de Montréal. Le Père Vanier, l’un de ses professeurs écrit à son sujet: “ il était un homme charmant, généreux, pieux, respectueux et avait un tas d’amis. ”. C'est à ce moment que le jeune religieux fit la connaissance du Père Charles Chiniquy (1809-1899), un réformateur précurseur de l'oecuménisme moderne qui effectua selon ses termes: “ un passage de l'Église de Rome à l'Église du Christ ”. De même qu'il l'avait fait à Hull avec le Père Reboul, Joseph-René Vilatte travailla alors comme enseignant pour la Société franco-canadienne (missionnaire oecuménique), placé cette fois sous l'égide de l'Eglise presbytérienne (comité francophone d'évangélisation). Il oeuvra ensuite à l'Institut Méthodiste français et seconda le Révérend Moïse Boudreau à l'Église-école Saint Jean de Saint Hyacinthe. Au sortir de ses études théologiques de l'Université McGill (collège presbytérien - 1883), il devint missionnaire pour immigrés francophones (Belges et Français) en Illinois, à New-York, puis au Wisconsin. Au service de l'Église Épiscopalienne de Green Bay qu'il dirigea comme pasteur intérimaire, il se fit remarquer par ses talents de prédicateur et d'organisateur.

Le Père Vilatte


En 1885, des catholiques autonomistes, organisés en communautés indépendantes à Désert, suite à des différends avec le clergé local, demandèrent du secours au Père Chiniquy qui leur envoya Joseph-René Vilatte que M. Edouard de Bekker, président du mouvement, était déjà venu rencontrer à Green Bay en octobre 1884. La situation des catholiques autonomistes de Désert était vraiment particulière. Ils s’étaient séparés de Rome pour se déclarer protestants évangéliques et faire cause commune avec la Réforme, mais ils tenaient à la messe comme acte central du culte, à la célébration des sept sacrements et à leurs pratiques de dévotion. Le Père Chiniquy référa donc Joseph-René Vilatte au Père Hyacinthe Loyson qui le recommanda à l'évêque vieux-catholique suisse Mgr Herzog qu’il connaissait bien. C’est ainsi que Mgr Herzog accepta de l’ordonner prêtre à Berne le 7 juin 1885.

Certificat d'ordination sacerdotale de Mgr Vilatte par Mgr Herzog


Le Père Joseph-René Vilatte retourna alors au Wisconsin avec le support des Robillard, une famille canadienne française, et s’installa à Little Sturgeon où il célébra sa première messe le 27 juin sur des planches posées sur deux troncs dans une grange. Pendant ces années il dormira dans la même grange, ne se nourrissant que de fromage.

En 1886, il fonde à Gardner dans Wisconsin, la paroisse de Précieux Sang, qui existe toujours. Le 7 juillet 1887, il fonda avec Marcel Pelletier un ordre religieux appelé Société du Précieux Sang.

église du Précieux Sang de Gardner
on remarquera la décoration typiquement gallicane avec la poutre de gloire séparant le sanctuaire de la nef.


C’est à l’occasion d’une assemblée du clergé et de délégués de la Société du Précieux Sang à l’église Saint Mary, le 16 novembre 1889, que le Père Joseph-René Villate fut élu évêque.

En 1891, il reçoit le soutien de Mgr Vladimir, évêque russe de San Francisco et d'Alaska. Il donne même à Mgr Vilatte un certificat de protection canonique en attendant qu'il soit évêque :

CERTIFICAT. Le Consistoire ecclésiastique de Russie en Alaska, San Francisco le 9 mai 1891. Par la grâce de Dieu et de l'Autorité accordé sur moi par la succession apostolique, VLADIMIR, évêque de l’Église orthodoxe, annonce à tous les ecclésiastiques des différentes confessions chrétiennes et à tous les vieux-catholiques que le révérend Joseph René Vilatte, supérieure de la Paroisse Vieille Catholique de Dyckesville, dans le Wisconsin,  désormais Vieille Catholique Chrétienne Orthodoxe, est sous le patronage de notre Église, et aucun évêque ou un prêtre de n'importe quelle confession a le droit de lui interdire ou de suspendre ses devoirs religieux, à l'exception du Saint- Synode de l’Église russe, et moi-même. Toute action contraire à la présente déclaration, est nulle et de nul effet sur la base de la liberté de conscience et la loi de ce pays. ‡ VLADIMIR, évêque de l'Église russe orthodoxe.



Mgr Vladimir d'Alaska

Mgr Vladimir devant repartir en Russie, contacté, par l’entremise du Père Bernard Harding, un prêtre catholique romain qui avait été missionnaire à Ceylan avant de joindre la Société du Précieux Sang en 1890, Mgr Antonio F. X. Alvarez (Connu sous le nom de Mar Julius 1er et canonisé par l'Église Syriaque des Indes en 2010) pour lui soumettre le projet, celui-ci fut favorable à la requête mais il dut consulter le Patriarche orthodoxe syrien, Ignatius Peter III, à qui il devait obéissance ainsi que ses collègues, les évêques Malabar syriens des Indes. Mgr Vilatte arriva à Ceylan le 23 août 1891, il rejoint Mgr Alvarez à Colombo. Le patriarche Ignace Pierre III, signa la bulle d'élévation à l'épiscopat le 29 décembre. Elle arriva le 25 Mars 1892 au métropolitain du Malabar et Mgr Alvarez l'apporta avec lui à Ceylan le 25 mai. 


Les consécrateurs de Mgr Vilatte : g. à d.
St Grégoire de Parumala, Saint Julius Alvarez de Goa et Mgr Paul Athanasius

La cérémonie se déroula dans la cathédrale de Notre Dame de la Bonne Mort au quartier d'Hultsdorf à Colombo le 29 mai 1892. Le Patriarche d'Antioche accorda même à Mgr Joseph-René Vilatte la faveur insigne de l'Institution Métropolitaine et, suivant l'usage oriental, il donna au nouveau dignitaire le nom épiscopal de Mar Thimotheus I. Les évêques malabar indiens Mar Paul Athanasius (Kottayam) et Mar Gregorius (Niranan, India) agirent en tant que co-consécrateurs et le consul américain, William Morey agit, pour sa part, en tant que témoin officiel. Mgr Gregorius a été canonisé par son église sous le nom de saint Grégoire de Parumala. Le Pallium lui fut remis le 3 juin et le 8 Mgr Vilatte reprenait le bateau pour l'Amérique. 


Juste après la consécration de Mgr Vilatte en 1892

de g. à d. : Mgr Vilatte, Mgr Ivanios, Mgr Dyvaniasius, Mgr Paul Athanasius, St Grégoire de Parumala et Saint Julius Alvarez


Copie des actes de consécrations

Avant de partir; il reçut du Patriarcat d'Antioche les prérogatives de Grand Maître de l'Ordre de la Couronne d’Épines (voir lien vers la page concernant l'ordre).

Mgr Vilatte, avec le collier de Grand-Maître de l'Ordre de la Couronne d'épines.


Le nouvel évêque arrive à Dyckesville le 5 août 1892 où il est accueilli en grande pompe par ses  paroissiens. Retourné au Wisconsin, Mgr Joseph-René Vilatte établit son siège à Duval et utilisa l’église Saint Mary comme pro-cathédrale.

Le 22 Décembre 1893, le Père Hyacinthe Loyson écrit à Mgr Vilatte pour le remercier de son soutien dans sa revue The Old Catholic et pour le féliciter de s'être éloigné des vieux catholiques d'Utrecht.

En 1898, il consacra Mgr Stephen Kaminski pour les communautés d'origines polonaises puis part pour un séjour au Royaume Uni. Il y rencontre Mgr Lee de l'Order of Corporate Réunion puis se rend à l'Abbaye bénédictine de Llanthony où il ordonne prêtre et consacre comme abbé le Père Ignatius, qui avait été rejeté par l'Église Anglicane pour son idée de restaurer le monachisme en Angleterre.

Father Ignatius de Llanthony, avec son anneau abbatial, ses armes et la Statue de Notre Dame de Llanthony


En 1899, il repartit pour l’Europe. Mgr Vilatte fait une retraite à l'Abbaye de Ligugé près de Poitiers et y rencontre Dom Parisot, moine bénédictin qui est touchée par l’œuvre de son nouvel ami. Le journal La Croix, apprenant cet retraite, annonce déjà dans ses colonnes, l'abjuration de Mgr Vilatte et le retour dans le girond romain de ses 50000 fidèles. Information étonnante si l'on sait que le 7 mai de la même année, à l'instigation du Père Parisot, lors d'une cérémonie devant M. Eugène Clairet, maire de Seine-Port (en Seine Maritime), Louis-François de Girardot, prince abbé de l'Abbaye de San Luigi et Grand Maître de l'Ordre du Lion et de la Croix Noire a transféré tous ses titres à Mgr. Joseph-René Vilatte qui devenait ainsi Prince Abbé et réunissait l'Ordre de la Couronne d’Épines et l'Ordre du Lion et de la Croix noire sous la bannière de l'Abbaye de San Luigi. Dans les mois qui suivirent, le Père Parisot édite une brochure sur l'oeuvre de Mgr Vilatte et y donnant le texte de nombreux courriers et documents officiels.

Sceau de l'Abbaye de San Luigi


Durant son voyage en Europe, il fit la connaissance du Père Paulo Miraglia-Gulotti, chef d’un mouvement catholique indépendant à Piacenza, et le consacra évêque le 6 mai 1900. C’est en vertu de cette consécration que sera transmise par la suite la succession apostolique à la future Église Gallicane. C'est à cette époque que Mgr Vilatte rencontra Mgr Ernest Houssay (Abbé Julio) et qu'il le nomma chancelier pour la France de l'Ordre de la Couronne d’Épines. En 1904, il le fera sacrer évêque par Mgr Miraglia, pour le représenter en France.

Mgr Paolo Miraglia Gulotti

En 1900, pour les membres de l'ordre de la Couronne d'Épines et pour les américains en visite à l'Exposition Universelle de Paris, Mgr Vilatte ouvre un "Home" d'accueil dans une belle demeure du 199 Boulevard Pereire : la Maison San Luigi, en hommage à l'abbaye du même nom et dont il est le prince-abbé. Il ordonnera deux prêtres pour desservir la chapelle de la maison qu'il a dédié à Notre Dame des Victoires. Le journal du Père Eugène Prévost  nous décris la maison : "Une résidence convenable, composée de deux pavillons et dix chambres, retirée de la rue et entourée de jardin. Ces informations sont aussi rappelées dans le journal Le Figaro du 25 Février 1907.

Emplacement de la Maison San Luigi au 199 Bld Pereire à Paris, détruite vers 1920.


En Août 1901 Mgr Joseph-René Vilatte retourna au Canada où il fonda des missions en Ontario (Notre-Dame du Lac, Ile Saint Joseph) et au Québec (Montréal, Comté de Maskinongé). Les propriétaires de la Maison San Luigi la louèrent au prêtre québecois Eugène Prévost qui, y fonda la Fraternité Sacerdotale. Cette congrégation y logera jusqu'en Avril 1918, installant sa chapelle là-même où Mgr Vilatte avait installée la sienne. La maison sera détruite peu après et un immeuble sera rebâti à la place. Ce détail est très intéressant, puisque nous retrouverons Père Prévost en 1924-25 au moment de l'abjuration de Mgr Vilatte.  Au Canada, l'évêque Vilatte reçut l'aide des abbés Claude Reader et Etienne Côté, et de Soeur Marie, religieuse française de l'Ordre de Sainte Marthe (les religieuses de Sainte Marthe avaient refusé les définitions du concile Vatican 1 en 1870). Puis, il partit pour la ville de Québec. Là, il passa du temps avec le Père Gauthier dans le comté de Maskinongé et déménagea son siège épiscopal à Montréal en 1902.

Mgr Vilatte, lors d'une messe solennelle.
Il porte au coup, la croix pectorale et l'Ordre de la Couronne d'épines.



A Montréal il célèbre dans la magnifique église anglo-catholique Saint Jean l'évangéliste qui est décorée dans la grande tradition, avec jubé à l'entrée du chœur et les sept lampes-à-huile au-dessus de l'autel. La présence de sept lampes ou cierges dans le chœur est une constante de la liturgie gallicane. Nos amis québécois peuvent toujours visiter cette église sur l'avenue Kennedy à Montréal.

église saint Jean l'évangéliste de Montréal


Le Père Gauthier et Mgr Vilatte

En 1903, il ordonne Henry Marsh-Edwards comme évêque régionnaire pour le Royaume Uni. En 1906, il y a une rencontre oecuménique de grande importance, en effet Mgr Vilatte rencontre Mgr Tikhon, archevêque orthodoxe russe aux USA, ils font ensemble Profession de Foi commune. C'est un grand évênement, surtout que quelques années après Mgr Tikhon devenait Patriarche de Moscou. Il eut à fait survivre l'Église Russe pendant la révolution, il fut emprisoné dans son monastère à partir de 1923 et mourut le 7 avril 1925. Il a été canonisé en 1989. Il ne faut pas oublier que déjà en 1891, Mgr Vilatte avait reçu la protection canonique de l'évêque Russe Wladimir d'Alaska, qui fut nommé archevêque par Mgr Tikhon en 1921.

Saint Tikhon de Moscou, qui en 1906 fit Profession de Foi commune avec Mgr Vilatte


Fin 1906, Mgr Vilatte repart en France pour aider à l’établissement de l’Église Gallicane. Il vécut alors à Paris et pratiqua son ministère à l’église des Saints Apôtres de la rue Legendre à partir du 3 Février 1907 (actuellement église catholique romaine Saint Charles de Monceau). Un article du journal L'Humanité relate avec humour les chahuts que les catholiques romains du secteur organisèrent lors de la première messe de Mgr Vilatte. Suite aux pressions des catholiques intégristes et à la campagne de diffamation orchestré par le journal La Croix, la chapelle des Saints Apôtres s'installe au 51 de la Rue Boursault., c'est dans cette église que le 21 juin 1907, il ordonnera Mgr Louis Marie François Giraud qui plus tard lui succédera comme patriarche de l'Église Gallicane.

En mai 1907, on apprend toujours par le Journal La Croix, que Mgr Vilatte visite la paroisse de Culey sur Meuse dirigée par l'Abbé Hutin. Il y donne la confirmation en présence de 400 fidèles et de deux députés. Précisons que la paroisse de Culey sur Meuse est l'une des seules cultuelles a avoir pu conserver son église paroissiale et son curé, malgré les nombreuses campagnes d'attaques. La paroisse de Culey restera autonome jusqu'à la mort de l'Abbé Hutin en 1949, tout en faisant appelle aux évêques gallicans pour venir administrer les sacrements.

Il profite de sa présence en France, pour visiter ses missions d'Angleterre en 1908 et il ordonne deux prêtres de l'Abbaye de Llanthony et reconnait le pèlerinage à Notre Dame de Llanthony.  En 1909, il laissera l'Église Gallicane sous la juridiction de Mgr Houssay et repartira de l'autre côté de l'Atlantique.


église de la rue Legendre, qui servit d'église aux gallicans avant d'être rendu par la France laïque à l'Église Romaine


Voilà une des caricatures que les journaux dit "catholique" faisaient de Mgr Vilatte.

De retour en Amérique, il établit le Conseil de l’Église Catholique Américaine, plaçant les juridictions et les groupes qui dépendaient de son ministère épiscopal sous sa surveillance. Parmi ceux-ci se trouvaient des groupes francophones et anglophones, un ordinaire polonais sous l’évêque F. Kanski et un ordinaire italien sous l’évêque Paulo M. Gulotti qui, sous la persécution, quitta l’Italie en 1909 pour le rejoindre à New York. Les lettres patentes furent émises par l’État de l’Illinois en 1915 et le siège épiscopal est à Chicago. Une paroisse dédiée à Notre Dame fut érigée la même année, une paroisse qui offrait les services en français, en anglais et en polonais.


Mgr Vilatte entouré de Mgr Kaminski et Mgr Paolo Miraglia Gulotti.

Le 7 avril 1907, Carmel Henry Carfora fut consacré évêque par Mgr Joseph-René Vilatte pour représenter le peuple italien et comme auxiliaire de Mgr Miraglia. Sur la période 1910 -1912, il fera plusieurs voyages au Mexique, où la Société du Précieux Sang a créé une communauté agricole appelée Vilatteville.

Photo officielle de Mgr Vilatte

En 1911, il est de nouveau à Paris, où en l'église Saint Jean, il ordonne le Prêtre Marie Brandon le 15 août.

Photocopie de l'Acte d'ordination du Père Brandon par Mgr Vilatte

Les voyages de part le monde seront assez périlleux et dangereux, principalement ceux aux Mexique. Tellement dangereux, que dans son numéro du 23 novembre 1912, la revue de l'Église Romaine en France Les Annales Catholiques annoncera avec délectation que "Le schismatique Vilatte... a été assassiné au Mexique".  Manque de chance pour cette revue débordante d'esprit chrétien, Mgr Vilatte reviendra aux États Unis et plus tard en France.

  Il consacra ensuite Frederick Lloyd le 29 décembre 1915 pour représenter le peuple anglais. En Mai 1916, Mgr Miraglia fit une crise cardiaque très grave qui le laissa paralysé pendant plus de 6 mois, tel que nous l'indique Mgr Vilatte dans une lettre à Mgr Bricaud daté de Novembre 1916. Dans cette lettre, Mgr Vilatte conteste aussi toutes les calomnies dont Mgr Miraglia a fait l'objet durant sa maladie. A cette époque Mgr Vilatte héberge Mgr Miraglia dans la résidence du 4427 North Mulligan Avenue de Chicago.

état actuelle de la résidence de Mgr Vilatte sur Mulligan Avenue à Chicago

Enfin, il consacra George A. McGuire en septembre 1921 pour représenter les Afro-Américains et il
organise aussi la Russian Orthodoxe Old Catholic Church de Chicago, pour les immigrés russes :
Mgr Vilatte en 1917 entre le Frère Vladimir Peskoff et Frantisek Kanski

Mgr Joseph-René Vilatte démissionna ensuite du Conseil en 1922 et Mgr Frederick Lloyd lui succéda. Le 1er Juin 1923, il consacre Mgr Edmond Barwell-Walker, à l'épiscopat et le nomme quelques jours après : Prince-Abbé de San Luigi et Grand Maître de l'Ordre de la Couronne d'Épines et de l'Ordre du Lion et de la Croix Noire.

Certificat de Consécration de Mgr Barwell Walker


De Chicago, il partit pour la France et s'installa en région parisienne.

Le 22 Mai 1924, Édouard Herriot, radical à la tête du Cartel des Gauches, récemment nommé Président du Conseil, annonce mener à son terme le programme républicain, et fort de l'appui de 37 députés, il décide discrètement de procéder à la mise sur pieds d'une Église Nationale avec comme chef Mgr Vilatte. Le 25 Mai, une délégation de trois députés vient voir Mgr Vilatte dans son domicile de Gargan. A cette époque il habite au 48 Avenue Vauban dans la maison ci-dessous :


Le Père Prévost indique qu'ils étaient accompagnés par "le prêtre schismatique Adriot", mais n'est ce pas plutôt l'Abbé Maxime Adrot, qui deviendra plus tard, sous le patriarcat de Mgr Giraud, Préfet Apostolique d'Ile de France ? Cette ambassade n'arrive pas à convaincre Mgr Vilatte qui n'a plus trop confiance dans les hommes politiques qui, en 1907, l'ont laissé tomber. Il ne donne donc aucune réponse à ses visiteurs et confie ses doutes à son secrétaire : l'Abbé Maes.

Le premier Juin, il se rend à Gazinet près de Bordeaux en Gironde, où il rencontre Mgr Louis Marie François Giraud, archevêque des Provinces Gallicanes du Sud. Le journal Le Gallican en témoigne dans son numéro de Juillet 1924 :


Numéro de Juillet du Gallican. On notera la mauvaise écriture du nom religieux de Mgr Vilatte : Martimothée au lieu de Mar Timotheus


Le 20 Juillet 1924, il écrit sur papier à entête de l'ordre de la Couronne d'Épines, à Mgr Bricaud, évêque de la succession gallicane à Lyon : "Les cultuelles empoisonnées par l'Apôtre Briand (Aristide Briand)".

Le 25 décembre 1924 NNSS Giraud et Vigué de l'Église Gallicane de France et Mgr Thiesen d'Autriche, élisent Mgr Vilatte comme premier patriarche de l'épiscopat gallican tel que le prouve le document suivant que nous tirons de nos archives :


Mgr Vilatte déclinera cet honneur, mais malgré tout, les gallicans le considèrent tout de même comme leur premier patriarche. 

Durant ce temps, l'abbé Maes a confié les doutes à son confesseur le Père Eugène Prévost. Nous n'avons pas à jugé, mais ce prêtre, au lieu de garder cela dans son cœur, s'empressa de courir à Rome et le 24 Octobre 1924, dans une audience que le pape Pie XI lui accorde, il évoque le projet de réconcilier Mgr Vilatte et l'Église de Rome. Nous ne savons pas pour quel raison, le père Pévost se mis ce projet dans la tête, est-ce par le souvenir d'avoir repris sa maison en 1901, ou est-ce plutôt pour rentrer en grâce avec Rome et les autorités diocésaines de Paris suite aux déboires financiers et matériels de sa congrégation.

C'est donc sous la protection de Mgr Cerretti, nonce apostolique à Paris, que le Père Prévost commence le 19 Janvier 1925 des négociations avec Mgr Vilatte. Nous ne connaissons pas exactement la teneur de ces discussions, mais nous savons qu'a la même période Mgr Vilatte tombe malade puisque le 21 avril 1925, il écrit à Mgr Bricaud depuis Malakoff où il serait hospitalisé chez un prêtre.

C'est donc dans ces conditions d'age avancé, de maladie et aussi de grande précarité financière avec un plus son fidèle domestique Georges, qui le suit depuis des années, tout cela ajouté à de nombreuses déceptions ecclésiastiques, que Mgr Vilatte va se réconcilier avec Rome en signant une abjuration auprès de Mgr Cerretti. Cette nouvelle fera l'effet d'une bombe dans les églises d'Orient et d'Occident. Mgr Giraud et le clergé gallican du sud le prendrons très mal. Néanmoins, cette abjuration aura un effet positif, en effet la validité des ordinations de Mgr Vilatte, qui jusque là était sans cesse remise en cause par la presse catholique, fut confirmée par une lettre de la nonciature apostolique de Paris signée par Mgr Ceretti datée du 6 juillet 1925. Cette lettre dit : « Mgr Vilatte a reçu les ordres mineurs et le sous-diaconat le 5 juin 1885, le diaconat le 6 juin de la même année, et la prêtrise le 7 juin 1885… Quant à sa consécration épiscopale, elle eut lieu le 25 mai 1892. Mgr Vilatte fut consacré par trois évêques Jacobites dans la Cathédrale de l’archevêque Alvarez (Julius Ier), c’est-à-dire en l’église Notre Dame de la Bonne Mort, à Colombo, île de Ceylan. Mgr Vilatte est en possession d’une bulle de consécration signée par ces trois évêques, et par le consul américain qui assistait à la cérémonie ».

Une rente annuelle de vingt-deux mille francs lui est attribuée par Pie XI. Il se retira à l'abbaye cistercienne de Pont-Colbert, non loin de Versailles, dans un pavillon trouvé par le Père Prévost.

Abbaye Cistercienne de Pont-Colbert à Versailles


Il demeura, avec son serviteur, dans ce petit pavillon attenant au couvent, mais possédant une sortie particulière sur la route. Il participa aux offices des moines dans une petite tribune en face du chœur de la chapelle. Il donnera à son pavillon le nom "Ermitage Jésus Seul".


Toutefois il garda une certaine indépendance puisqu'une longue correspondance avec Mgr Jean Bricaud (conservée à la Bibliothèque de Lyon) nous informe des visites régulières qu'il reçut de ce même Mgr Bricaud, qui signera pour lui, en 1927, une brochure intitulée Notice sur le Sacerdoce et l’Épiscopat de Mgr Vilatte.

Dernier voeux de Mgr Vilatte à Mgr Bricaud


Le 29 décembre 1928, Mgr Vilatte écrit  dans une lettre à Mgr Bricaud, qu'il veut retrouver sa liberté : - "Ne dite rien à personne mais je suis activement à la recherche d'une propriété. Car la liberté, la justice et la fraternité des enfants de Dieu sont très éloignés de Babylone". Nous savons que ce n'est pas envers les moines ni envers le Père Abbé qu'il en a, puisqu'il les nomme lui-même ses amis, mais c'est envers l'institution qu'il se révolte.


Mgr Vilatte à la fin de sa vie

Ne pouvant mettre son projet à terme, Il mourut le 1 juillet 1929 en la fête du Précieux Sang. 


Carte reçue par Mgr Bricaud quelques jours après la mort de Mgr Vilatte, sans doute écrite par Georges le fidèle domestique.


Acte de décès de Mgr Vilatte établit par l'Adjoint au Maire de Versailles sur déclaration du Père Stiegler, de l'Abbaye de Pont Colbert.
On remarquera l'erreur dans l'année de Naissance.


Il fut enterré le 4 juillet suivant au cimetière des Gonard de Versailles, l’Abbé Janssens du monastère cistercien ayant ordonné qu’il reposât avec ses vêtements épiscopaux et mitré. Malheureusement personne ne fut prévenu et c'est entouré de seulement 4 personnes que fut célébré l'enterrement. De plus il fut enterré sans pierre tombale et même pas 20 ans après la sépulture fut supprimée. Aujourd'hui seul une plaque dans le cimetière en rappelle le souvenir.


Souvenirs de Mgr Vilatte, conservés par la Old Roman Catholic Churc de New York



Personne ne contesta jamais la validité des ordinations de Mgr Vilatte et plusieurs hiérarques romains les reconnurent même :
Le Cardinal Richard - Archevêque de Paris
Mgr Ceretti - Nonce apostolique en France
Le Cardinal Mercatti - Bibliothécaire du Vatican

De plus le fait que deux des trois consécrateurs de Mgr Vilatte ont été canonisés après leur mort par l'Église Syriaque des Indes, est un grand signe spirituel à ne pas oublier, sans compter son amitié partagée avec le Patriarche Tikhon de Moscou.



Article du Père Raphaël Steck,

Sources :
Archives des Annales Catholiques, du Journal La Croix et du Figaro.
Journal privé du Père Eugène Prévost.
Mgr Vilatte par Charles Rafael Payeur
Notice sur le sacerdoce et l'épiscopat de Mgr Vilatte par Jean Bricaud 1927
Archives photos et documentaires de la Mission Gallicane d'Alsace.
Site : www.religion.info

 

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