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Il fait toujours froid sur le quai d’une gare. Je ne sais pas si c’est la fébrilité engendrée par les départs ou la peur de l’inconnu. Je regarde autour de moi et je ne reconnais aucun visage. Je relève le col de ma pèlerine, ajuste les bords de mon chapeau. Rien à faire. Ils ont un regard gentil et accueillant mes voisins de quai de gare. Cependant, je ne peux contrôler cette agitation de l’âme qui murmure en moi. Cet endroit m’est pourtant familier puisque je demeure tout près et que plusieurs fois, toute la tribu s’y est retrouvée avant de monter dans le destrier de fer aux mille rugissements. Je connais cette gare, la gare de Nouveau-Bordeaux. Cependant, c’est la première fois que je m’y retrouve seule… Alors, j’ai un peu froid.

Mireille Noël. Carnet de bord.

 

 

Tous les matins, Tatana examinait son sac à tapisserie. Elle fignolait le fourre-tout grand ouvert sur son lit en l’emplissant de surprises. Outre les réfugiés permanents, le contenu du repaire variait selon les humeurs et les horaires. Le hasard n’avait pas droit d’asile dans cette sacoche. Tout espace était réquisitionné afin de donner libre cours à l’imagination pour les représentations impromptues. En tout temps, cet attirail de globe-trotter pouvait quitter son nid douillet, apparaître et disparaître comme par enchantement. Le monde secret de la besace devait attirer l’attention de l’auditoire sur-le-champ et produire un effet monstre. 

Mireille Noël. Nezna. Suite pour demoiselle