La victimisation


 

proposé par Myriam  Benamza

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On appelle victimisation le processus par lequel une personne qui a été victime d’une situation traumatisante a intégré cette position de victime dans son psychisme à un tel point qu’elle ne connaît plus d’autre rôle que celui là. Ce rôle de victime et les comportements qui lui sont associés sont amenés à se rejouer perpétuellement de façon consciente ou inconsciente.

 

La victimisation est repérable dans tous les secteurs  de la vie : intimité, relations interpersonnelles, travail…mais elle est basée essentiellement sur trois composantes :

 

-         l’intégration physique et psychique du sentiment d’impuissance

-          la dynamique du triangle dramatique de  Karpmann

-          les bénéfices secondaires

 

1)                  l’intégration du sentiment d’impuissance

 

Une personne qui a été agressée sexuellement ressent intensément le sentiment d’impuissance d’abord parce que son corps a dû céder à la force (physique ou psychique par la manipulation) de l’agresseur mais aussi parce que le psychisme malgré toute sa volonté n’a pas pu aider le corps à se sortir de la situation (qu’il y ait eu violence physique ou pas).

Chez les survivants d’agressions sexuelles vécues dans l’enfance, cette situation peut être amplifiée et répétée par la répétitions des agressions sexuelles mais aussi par les comportements familiaux où l’enfant n’est pas respecté dans qui il est comme être indépendant et qui doit constamment se soumettre à la loi d’un parent ou à une volonté familiale aux dépends de ses désirs, de ses besoins, de ses idées…

La victimisation est intégrée lorsque le survivant pense que quelle que soit la situation il ne pourra de toute façon rien faire, qu’il sera impuissant, qu’il n’aura pas le contrôle et qu’il n’existe pas d’autre solution que celle où il jouera le rôle appris de la victime (rôle qu’il connaît bien et qui lui donne un sentiment de familiarité, lui permettant d’avoir paradoxalement l’illusion de contrôler la situation) .

 

 

2)                 Le triangle de Karpann (schéma de la victimisation)

 

C'est dans les années 60 que Steve Karpmann, élève d'Eric Berne spécialiste de l'analyse transactionnelle, décrivit le triangle dramatique : un stratagème que nous jouons dans un mouvement tournant entre Victime, Sauveteur ou Sauveur  et Persécuteur ou Agresseur. Un jeu psychologique souvent inconscient, toujours toxique

 

 La Victime : c'est le rôle principal, celui qui apporte le plus de gratifications, de bénéfices secondaires et de reconnaissance. Me présenter en victime consiste à me plaindre de façon constante d'un préjudice que j’ai subi (réellement ou que je considère comme tel)  ou que j'ai contribué à mettre en place. La victime est la personne qui en réalité engage la dynamique du triangle.

- Le Sauveur : loin d'aider vraiment, il se présente simplement comme "aidant". Il essaie d'aider, mais n'est pas efficace, car son but inconscient est d'entretenir la Victime dans son rôle pour rester dans le sien et obtenir de la reconnaissance. Je suis Sauveur quand j'aide quelqu'un qui n'a rien demandé, quand j’aide quelqu’un au-delà de mes capacités et au détriment de mon bien être et de mes besoins ou que je persiste à donner de l’aide alors que ce n'est pas efficace.

- L’agresseur : il peut être réel ou fictif (perçu et jugé comme tel par la victime) même si ce n’est pas la réalité). Dans la réalité, il peut agresser physiquement ou psychologiquement la personne en faisant par exemple des reproches aux autres, sous la forme de "piques", par en dessous ou en ridiculisant la personne…. Là encore, il est "en affaire" avec la Victime. C'est artificiel et inconscient.

Il faut noter que ce triangle est dynamique c'est-à-dire que selon le développement du scénario mis en place, les trois participants au triangle dans une même histoire peuvent changer de rôles plusieurs fois passant de victime à agresseur, de victime à sauveur et ainsi de suite.

Dans les familles dysfonctionnelles c’est souvent le mode de relation et de communication le plus utilisé, dans lequel l’enfant grandit et se trouve aspiré. Afin de sortir des comportements de victimisation entraînant cette dynamique il convient en premier lieu de repérer ces situations de triangulation. Il est important de repérer le rôle que soi même on est amené à jouer dans notre vie et/ou dans celle des autres. Il convient ensuite d’apprendre à se dégager du triangle (notamment par la pose de limites) puis, dans un deuxième temps de repérer sa dynamique assez vite afin de ne pas la recréer ou de s’y retrouver prisonnier .

3) Les bénéfices secondaires : stratégies de survie et base de la perpétuation du comportement de victime

Les bénéfices secondaires de la victimisation sont les effets  bénéfiques mais secondaires pour nous, induits par notre comportement de victime. Lorsque nous nous comportons en victime dans une situation donnée quels avantages en retirons-nous ? De l’amour, de l’attention, de la crédibilité, de l’argent, une possibilité de ne pas avoir à gérer la confrontation, les sentiments de colère….Toutefois la partie de nous-même qui est responsable du symptôme a rarement l’intention consciente d’obtenir ces bénéfices.  Il s’agit surtout d’une stratégie d’adaptation à la situation traumatique originelle, responsable de l’imprégnation du rôle de victime en nous. Ces bénéfices sont toujours des résultats accessoires, que nous ne considérons pas comme primordiaux.

Il est absolument nécessaire de prendre conscience de ces bénéfices secondaires, de les repérer et de les abandonner afin de pouvoir sortir de la victimisation.

Caroline  Benamza

Montréal, 2007