34 - Chacun a son propre Graal

 

Au sujet du Graal

Dès qu'il oriente sa quête dans le domaine spirituel, l'Homme est terriblement gêné par son intellect. En effet, la vie du mystique repose sur des expériences qui, bien souvent, sortent du domaine de la raison.

Quelques poètes seulement, doués d'une profonde sensibilité psychique, entrevoient, comme à travers un voile, la réelle signification de ce que pourrait représenter le Graal. Cependant, pour transmettre ces flashs de la réalité, ils ne possèdent que les mots de leur propre culture qui varie selon les époques. (1)

La conséquence est une prolifération de symboles graaliques qui, parfois, égarent le chercheur au lieu de l'aiguiller sur la voie de la lumière.

Que ce soient ces poètes ou ces chercheurs mystiques, tous manifestent pourtant un désir sincère de communiquer leur vision, sans toutefois pouvoir transposer en paroles le voyage de leur âme.

Celui qui a éprouvé l'ascension jusqu'au royaume de la lumière divine, perçoit une réalité si différente de celle à laquelle sa culture intellectuelle l'avait préparé, qu'il peut avoir l'illusion d'avoir été mis en présence du Saint-Graal lui-même.

La simple logique démontre pourtant que l'eau du fleuve ne peut remonter, en son état actuel, à un état supérieur à celui de sa source. L'Homme n'est généralement pas suffisamment pur, ou évolué, pour pénétrer dans le cœur du Saint-Graal. Il lui est impossible de l'approcher, encore moins de s'y maintenir. Il s'ensuit qu'aucun mortel n'apportera une explication décisive et vraie de la claire réalité du Graal. Il demeurera pour longtemps encore, un mystérieux symbole pour l'Homme. À moins qu'un être de lumière, en provenance de cette sphère de pureté, descende sur la Terre, comme cela s'est déjà passé dans des temps anciens.

Peut-être serait-il plus approprié de dire que chacun a son propre Graal ! En effet, acceptons l'idée selon laquelle la compréhension d'un symbole, même dynamiquement vivant, est naturellement différente selon les individus, à cause justement de l'assimilation de la connaissance qui ne saurait être uniforme pour tous. Il en résulte que l'unique vérité, but vers lequel s'acheminent les êtres conscients, ne s'appréhende donc qu'à des degrés divers.

Rien ne nous empêche d'aborder ce merveilleux thème en recherchant des bribes qui nous ont été transmises par ceux qui ont eu le privilège de se baigner dans l'irradiante sagesse du Graal. Le thème du Graal est un puissant symbole qui peut effectivement faire progresser les êtres humains dans le vaste domaine de la conscience.

La réalité se perçoit par la conscience plus ou moins éveillée qui réside en chacun des êtres conscients. Elle y est plus ou moins active selon le degré de la perfection atteinte par la personnalité au cours de ses nombreuses réincarnations.

En règle générale, un mystique devrait être capable, par le développement de sa sensibilité imaginative, d'associer toute chose au principe graalique. Cela sous-entend, effectivement, que beaucoup de choses peuvent symboliser cet idéal.

Rappelons que le symbole représente généralement une idée abstraite. Or, il est vrai que n'importe quoi peut être assimilé à un symbole.

Par exemple, la couleur bleue, considérée sans aucune association d'idées, n'est pas un symbole. Mais elle ne le devient que par la relation éventuellement établie avec quelque chose. Ainsi, le bleu d'un plafond peut symboliser le ciel, alors que celui d'un tapis peut suggérer l'océan.

En ce qui concerne le Graal, symbole de perfection et de sagesse par excellence, si les symboles qui lui sont associés peuvent se révéler aussi nombreux que variés, ils n'en sont pas moins des associations analogiques résultant de la culture humaine. Par conséquent, ils ne sont, bien qu'à leur insu, que des reflets de la réalité du Graal.

Toutefois, cette coupe de vie étant située bien au-delà de notre plan d'existence, il n'est pas dans les possibilités de l'être conscient de s'élever jusque dans le cœur de l'univers. Il n'en perçoit souvent que le reflet du reflet. C'est dire combien sa perception reste liée à la pureté de sa conscience.

 

La queste du Graal

La quête du Graal est une approche essentiellement individuelle d'un symbole de nature divine. Il m'arrive d'écrire "queste". En effet, le fait de conserver parfois l'ancienne écriture de ce mot (du latin quaesitus, cherché), sous-entend que c'est une recherche spécifiquement intime et spirituelle. Mais il ne faut pas oublier que la recherche du Graal a, de tout temps, été le propre de l'Homme, et plus particulièrement de celui trempé de culture occidentale.

La compréhension que l'être conscient retirera de son étude, sera toutefois imprégnée de la culture, des aspirations, des qualités et des défauts de chercheur. Aussi ne faut-il pas s'étonner que les auteurs, qui ont abordé ce sujet avec l'honnêteté même du mystique dont ils ont tenté de faire preuve, aboutissent rarement à des explications identiques.

Il faut dire que la queste du Graal du méditant exige une intense et sereine activité spirituelle que la vie laborieuse et profane gêne et perturbe beaucoup. Toute perception émanant de l'un des cinq sens, entrave la contemplation du Dieu de son cœur, siège de l'idéal graalique.

Il convient d'être calme et en paix avec soi-même afin que les conditions matérielles, auxquelles l'Homme prend tellement intérêt, ne brouillent plus cette perpétuelle lumière qui brille dans le tréfonds de son être. Peut-être parviendra-t-il à associer sa lumière à la Conscience universelle où l'existence façonne les idéaux vers lesquels s'acheminent les êtres conscients, quels que soient leurs règnes d'expression.

Il n'est nullement question ici d'orienter le lecteur vers une approche historique du Graal, avec d'ailleurs, toutes les erreurs d'interprétation (2) que cela suppose, encore moins d'apporter une conclusion définitive sur sa réelle nature. La seule prétention de ce Carnet est de dévoiler une des facettes du Graal non dénuée de lumière. Ces quelques lignes tentent de projeter l'élan de la pure connaissance au-delà de l'Histoire, au-delà du symbolisme du vase sacré.

L'Homme devrait parvenir, de lui-même, à son essence spirituelle, expression que j'ai nommée dans un autre Carnet la Conscience existentielle. (3) Car, en définitive, l'Homme se trouve effectivement concerné puisque c'est en lui que grandit l'espoir d'atteindre la conscience cosmique, source d'amour et de connaissance. (4)

En Occident, le Graal paraît être le but de l'aventure humaine, la raison de son existence spirituelle. Ce but n'est pourtant qu'une création symbolique humaine, mais elle a existé et existera de toute éternité. Seul celui qui a transmuté son égocentrisme en altruisme, est susceptible de ressentir la réalité du Graal caché au-delà du voile de son ego.

Une étape particulièrement fortifiante se trouve franchie dans la progression spirituelle de l'Homme, lorsque est réalisée la fusion consciente avec sa propre divinité. Vivre une telle expérience permet de s'approcher un peu plus de la coupe instigatrice de la vie primordiale et sans cesse renouvelée. Cette unité intérieure que l'être conscient retrouve, éthérise suffisamment l'essence de vie du mystique pour le laisser accéder sans effort à la sphère enveloppante du Saint-Graal.

 

Sur l'origine préhistorique de la forme graalique

Afin que soit comprise la nature symbolique du Graal, penchons-nous sur des notions anciennes sur lesquelles d'ailleurs les historiens réfléchissent toujours avec délices et sérieux.

Le Graal s'assimile souvent à un récipient qui contient un liquide ou, par symbolisme, considéré comme tel. Ce peut être, selon les sources historiques ou littéraires et les buts poursuivis du méditant, un vase, un ciboire, une coupe, un bassin. Ayant maintenant l'idée d'un contenant, la difficulté sera de connaître quel pourrait en être le contenu.

En procédant à des recherches analogiques sur ce qui aurait pu s'assimiler à un contenant, on découvre que les civilisations anciennes précédant notre ère, ont utilisé d'autres symboles en vue d'accéder à une meilleure compréhension mystique de leur propre nature.

Il y eut tout d'abord les cavités naturelles : grottes, failles, avens ; ensuite divers récipients dont les plus célèbres furent les chaudrons celtes utilisés par les druides pour leur usage sacerdotal.

En remontant plus haut dans le temps, l'on apprend avec étonnement que le Graal a un étrange rapport avec Abraham qui fut béni, donc "intronisé" prêtre, par Melchisédech. L'ordre de Melchisédech paraît être l'essence spirituelle de tous les ordres initiatiques et religieux. L'apôtre Paul écrivait : "Ce Melchisédech, en effet roi de Salem, prêtre du Dieu Très-Haut... qui est sans père ni mère, sans généalogie, dont les jours n'ont point de commencement, ni la vie de fin, ce Melchisédech, assimilé au Fils de Dieu, demeure prêtre à jamais." (5) Paul vivait presque deux mille ans après la venue de Melchisédech. Il est donc permis de supposer qu'une tradition existait déjà à son époque et que, à en croire ce qu'en rapportent des auteurs contemporains, cette tradition survivrait encore de nos jours. (6)

Qui était Melchisédech ? Il est difficile de s'en faire une idée... à moins de prendre comme vérité ce qui est écrit dans l'œuvre magistrale intitulée La Cosmogonie d'Urantia. (7)

On y lit, comme surprenante révélation, que les Melchisédechs sont connus comme Fils de secours. Ils ont été très actifs sur notre Planète nommée Urantia dans la terminologie universelle. Le Melchisédech dont parle la Bible, qui s'appelait Machiventa Melchisédech, révéla sur la Terre la réalité du Dieu unique. Il se fit connaître à Abram comme prêtre d'Elyon, le Très-Haut, le seul et unique Dieu. À partir de Salem, où il s'installa, il répandit le monothéisme en vue de préparer la venue du Christ.

Sans remonter aussi loin dans l'histoire de l'humanité, tel que son symbolisme est actuellement compris, les racines du Graal plongent dans le Nouveau Testament. Cela implique que les recherches des auteurs modernes procèdent tous d'une base commune. Mais, et hélas ! c'est également à partir de là que commence la diversité.

Selon les sources bibliques servant à illustrer l'idée d'un auteur, le Graal est tantôt un bassin, tantôt une coupe, alors que le liquide qu'il contient est de l'eau, du parfum ou du vin. Or, le fait que l'Église ait consacré la coupe et le vin pour l'Eucharistie, a peut-être incité les questeurs du Graal à guider leurs méditations sur l'image de la Coupe de la Sainte Cène. On les comprend, et le choix de l'Église est également judicieux puisqu'elle est la signification que lui donne le Christ. En effet, il désigne cette Coupe comme le lien d'attente, le sang de l'Alliance, jusqu'à ce que nous y buvions, ensemble, un autre élixir dans le royaume de son Père.

Aux quatre Évangiles reconnus par l'Église, s'y ajoutent d'autres Livres considérés comme apocryphes, c'est-à-dire qu'ils sont qualifiés de douteux par le contenu qu'ils révèlent. Ils dévoilent, semble-t-il, une connaissance différente de celle instituée par les dogmes chrétiens. L'Évangile de Nicodème (8) n'en est pas moins authentique. Ce récit relate le procès de Jésus par Ponce Pilate, poursuit sur la mort de Jésus et sur son inhumation, puis décrit sa résurrection et sa descente aux enfers racontée par plusieurs témoins. Le chercheur consciencieux devrait se référer à cet Écrit qui date du Vè siècle, car il est le piédestal sur lequel s'est consolidé le symbolisme du Graal.

On y lit que Joseph d'Arimathie a préservé le corps de Jésus dans son propre caveau. Toute une tradition s'est perpétuée sur le thème du sang de Jésus que Joseph d'Arimathie aurait recueilli, après que la lance du centurion romain lui ait percé le flanc.

Le sang apporte la vie, il la transmet à toutes les parties du corps. Celui de Jésus, qui a été vitalisé ou spiritualisé par l'esprit christique, ne peut être que le support d'une énergie potentiellement miraculeuse.

Pour le lecteur intéressé par l'étymologie du mot "Graal", voici deux interprétations qui se complètent. "Les spécialistes reconnaissent dans le Graal, un descendant du bas latin cratalem rattaché au mot latin crater, tiré du grec kratee. En grec, ce nom désignait à la fois le bassin où l'on diluait le vin noir poissé de résine, et la gueule évasée de l'Etna où bouillonnait une lave rougeâtre, image des forces souterraines en action. Par plus d'un côté, le Graal suinte l'alchimie, c'est-à-dire la divine (Al-chimie)." (9)

Au sujet de l'origine du mot Graal, un alchimiste contemporain rapporte qu'il faut la faire remonter à une "déformation phonétique du hiéroglyphe du feu divin que les Égyptiens nommaient gardal. C'était dans ce gardal que les prêtres conservaient le feu matériel, comme les prêtresses y conservaient le feu céleste de Ptah." (10)

 

L'état mystique du Graal

Selon une légende gnostique, le Graal aurait été une pierre, une émeraude gigantesque taillée en 144 facettes. Cette pierre était, d'après cette tradition, l'œil de Lucifer, nom que l'on traduit généralement par le Porteur de lumière. L'émeraude étant de couleur verte, il y aurait là une relation symbolique (ou réelle, pourquoi pas ?) entre cette couleur et la lumière de la connaissance.

Le nombre 144 signifie perfection et achèvement. La connaissance souvent initiatique que représente la queste du Graal, aboutit à la suprême connaissance des vies antérieures synthétisées dans la vie présente par des capacités, des possibilités insoupçonnées. Mais surtout, le passé devient clair. Toutes les relations sont éprouvées. Tout le karma est susceptible de s'effacer car l'être a conscience de la manière de parvenir à l'achèvement du cycle des réincarnations.

Sans insister sur tout ce qui s'est apparenté au symbole graalique, rares sont les auteurs qui expliquent pourtant la raison essentielle d'un contenant et d'un contenu. Ce qui apparaît certain, lorsque l'Homme s'ouvre enfin aux mystères de son âme, c'est la totale implication de son être dans cette quête de l'Absolu.

Ne pourrait-on pas simplement imaginer que le contenant s'assimile au corps physique dont le contenu est l'être spirituel ? La vie divine ne peut avoir pour réceptacle qu'un corps purifié de toutes ses souillures consécutives à la méconnaissance des principes cosmiques.

Seul celui qui a réalisé la fusion consciente avec sa propre divinité peut espérer s'approcher un peu plus de la Coupe cosmique. Cette unité intérieure retrouvée éthérise suffisamment l'esprit de l'Homme, pour permettre non pas la contemplation du joyau de l'univers, mais d'en comprendre les effets qui lui restaient jusqu'alors voilés.

Il est généralement admis que la partie objective de l'Homme représente la polarité négative de cette dualité qui le caractérise sur le plan physique. Aussi, lorsqu'elle parvient enfin, volontairement et consciemment, à s'harmoniser dans l'expression fusionnante des oppositions, avec la polarité de sa nature positive spirituelle, l'unité originelle se trouve ainsi reconstituée. L'androgynat (11) mystique résorbe dans son état toutes les particularités dédoublantes de la nature humaine dans une symbiose sublime. Maints auteurs affirment qu'il est impossible de décrire ce qui se passe alors car une telle expérience ne saurait se vivre sur la terre. Il est évident que, sur le plan physique, les constituants de la matière ne s'interpénètrent pas comme la symbiose dans l'androgynat pourrait le laisser comprendre.

Par conséquent, puisque le plan physique et objectif semble incapable de procurer à l'Homme le milieu propice à une telle fusion mystique, il suffit de se projeter dans le plan psychique et divin. Car il est vrai que c'est seulement dans ce que la culture ésotérique appelle le plan astral que l'impossible devient possible, que la multiplicité de l'être se résorbera dans l'unité de l'âme.

 

Une expérience de fusion mystique

C'est un couple uni, comme il en existe encore un peu partout dans le monde. L'homme respecte la femme, l'un et l'autre se comprennent profondément. En quelques mots plus simples, ils s'aiment.

Alors qu'ils traversent un village, elle lui dit son désir d'effectuer quelques achats. Après s'être convenus que lui s'avancerait sur le chemin, elle le rejoindrait dès qu'elle aurait terminé ses emplettes.

Elle reste ; il part.

La route est droite, longue. Beaucoup plus loin, après plusieurs kilomètres, elle bifurque sur la gauche, à angle droit. Ce n'est qu'après avoir dépassé le tournant, qu'il se dit que son épouse tardait à le rejoindre. Est-il allé trop loin ? A-t-il avancé trop vite ?

Il revient sur ses pas, jusqu'à la route droite au bout de laquelle le village apparaît comme une petite tache grise sur la ligne d'horizon. Il scrute cette longue perspective et se rend compte qu'il a peut-être eu tort de ne pas avoir attendu sa femme.

Au terme d'une attente brouillée de remords, soucieux du motif de ce retard, il lui semble apercevoir quelqu'un qui vient du village ; c'est bien une personne qui s'approche là-bas.

"Je voudrais tant que ce soit elle !" espère-t-il.

Bientôt, il peut distinguer la silhouette. Or, bien qu'elle soit encore éloignée, il sait que c'est son épouse bien-aimée qui court et s'essouffle pour le rejoindre. A mesure qu'elle s'approche, il la distingue mieux. Il constate alors qu'elle s'est revêtue d'un long manteau blanc qui lui sied à ravir ; autour de son cou s'enroule une hermine.

"Ô pureté !" s'exclame-t-il avec émotion.

Enfin, elle est près de lui. Elle respire avec peine, toute essoufflée de son long parcours. Il la prend tendrement dans ses bras pour la réconforter.

"Il ne fallait pas courir, petit amour, je t'aurais attendue !"

"Je sais" répondit-elle dans un sanglot.

Ces quelques paroles, prononcées alors qu'elle était à bout de force, firent jaillir des larmes de fatigue et d'abandon.

Parvenus là où la route tourne, ils continuent tout droit leurs pas pour pénétrer dans un immense pré dont le vert, chatoyant de splendeur, semble les attirer, les appeler pour qu'ils se reposent.

Quelques pas encore et ils s'assoient sur l'herbe, l'un à côté de l'autre. Elle se blottit sur sa droite, tout contre lui, sa tête reposant sur l'épaule de son époux.

Aucun mot, aucun bruit ne vient rompre la sérénité du ciel. Seuls existent leurs présences. Bien vite, une paix de douce harmonie s'installe dans leur cœur.

Lui, trop conscient de ce cocon d'amour qui les enveloppe, savoure silencieusement cet instant de communion.

C'est alors qu'il se voit émerger de son propre corps. S'élevant au-dessus de sa vivante prison, son regard se tourne vers l'être aimé. L'a-t-il appelé ? Peut-être ! Car voici que l'essence de vie de son épouse s'extrait à son tour de son corps qui repose, assis dans le bien-être, près de son époux.

Les deux êtres de vie, en suspension dans le vaste espace, jouissent de ce moment merveilleux qui leur est accordé. L'univers tout entier les apaise d'une douceur ineffable. Toutes les fées de la création semblent participer, dans ce monde de pureté, à leur élévation dans l'unité qu'ils s'apprêtent à vivre.

En effet, une conscience aiguë de l'unité existentielle emplit leur âme. Elle leur imprime l'idée de ne plus vivre dissociés. Les deux entités astrales se rapprochent alors, animées d'un amour rayonnant qui fait vibrer leurs atomes de conscience. Et, se rapprochant encore, l'une se fond dans l'autre réalisant ainsi l'unité spirituelle qu'ils ne s'attendaient pas à vivre de cette façon.

Il devient elle ; elle devient lui. Ils ne sont plus deux, ils sont un.

La polarité de l'être, dont le corps assis sur l'herbe est un homme, s'anime d'une conscience toute nouvelle : c'est la conscience certaine et inaltérable d'un total pardon. L'époux qu'il est dans sa présente vie, sait qu'il est pardonné, que ses erreurs sont effacées, que les souffrances, qu'elles aient été occasionnées volontairement ou non à l'épouse de l'éternel passé, sont dorénavant dissipées. Il lui vient même à l'esprit, puisque dans cet état d'androgynat mystique, il est aussi elle, qu'il la pardonne également sans arrière karma.

Pareil à un grand vent qui chasse les nuages gris, révélant le bleu limpide du ciel, de cette fusion vécue émerge un océan d'impressions nouvelles. Le présent d'éternité plonge sa sève purificatrice dans la trame d'une existence expérimentée au cours de nombreuses réincarnations.

Qu'il est réconfortant, pour l'avenir, d'avoir pris conscience de la connaissance que laisse transparaître cette expérience ! L'être ressent intimement que sa Conscience existentielle s'est ouverte un moment sur la lumière divine.

Une telle expérience mystique, si marquante et émouvante, vient interrompre d'une manière grandiose, le fil monotone du courant quotidien dont le sens et le but ne sont pas toujours perceptibles. La vivre consciemment ne paraît pas, hélas ! un bonheur à la portée immédiate de tous les êtres conscients.

Une telle expérience transforme profondément celui qui a le bonheur de la vivre ; son existence s'en trouve métamorphosée, jusqu'à ne plus ressentir les événements de la vie de la même façon qu'auparavant.

La fusion des principes positif et négatif de la vie que manifeste un être conscient, représente l'aboutissement auquel parviendront tous les êtres vivants. Pourtant, il convient simplement de considérer cette fusion comme l'aspect ou l'expression consciente d'une renaissance car, c'est bien à partir de maintenant que la vraie vie commence.

En fait, cette fusion est une étape importante dans le développement de l'être conscient vers l'acquisition de plus de lumière.

 

L'Homme, un réceptacle de pureté

Qu'importe le moment où se vivra l'expérience de la conscience cosmique ; personne ne le sait. Toutefois, sa réalisation dépend essentiellement de celui qui possède suffisamment de volonté et beaucoup d'amour pour s'engager résolument et le plus tôt possible dans le chemin ascensionnel qui mène à une plus grande conscience.

L'important est d'agir, de vivre chaque jour de son existence en harmonie avec sa nature spirituelle.

L'important est de façonner son corps, de le purifier par le cœur, l'esprit, la parole et l'action. Grâce à cette pureté ainsi acquise, l'être animé par la conscience et la vie, réalise qu'il peut accéder à la compréhension de sa raison de vivre ici-bas dans un corps de matière.

L'important, enfin, est de devenir un réceptacle de pureté prêt à recevoir le fluide de l'amour divin. Car cela peut survenir du jour au lendemain.

Ce n'est que dans la mesure où le corps aura été lavé de toutes ses souillures qui retiennent l'être dans le bas niveau de l'évolution, que l'amour spirituel, essence du plan astral, répandra ses bienfaits sur et en lui. Il y parviendra en allégeant volontairement sa conscience des scories pesantes qui proviennent d'anciennes réincarnations.

Plus l'être humain devient propre, sans tache, plus le fluide de l'amour, qu'il est en droit de recueillir, émanera d'une source plus élevée. Un vase impur dénature le nectar qu'il contient.

Autrement dit, c'est-à-dire d'une façon plus intellectuelle, l'écart qui sépare les polarités respectives de la dualité objective, doit se réduire. Le résultat doit être une symbiose, une fusion des constituants de l'être conscient dans une unité indifférenciée.

Il en est ainsi pour tout regroupement d'éléments disparates dont l'ensemble, si son expression est suffisamment bien structurée en une unité harmonieuse, présente des caractéristiques nouvelles.

Pensons à l'unité d'une Nation dont les individus qui la composent sont rarement animés du sentiment d'amour.

Pensons à l'unité de la famille dans laquelle les membres, pour vivre heureux, doivent chacun y contribuer avec amour.

Pensons au couple qui, depuis sa constitution jusqu'à la disparition de l'un des deux, a surmonté son hypocrisie, son égoïsme dans un don continuel d'amour.

Pensons, enfin, à l'être lui-même, à celui qui a su développer en lui la grande lumière d'amour. Celle-ci doit le conduire à une unité de conscience plus intériorisée, et plus spirituelle encore, tout son passé de souffrance se purifiant dans la fusion de l'éternel présent.

Chacune de ces diverses phases s'assimile à une unité dans laquelle se mélangent des oppositions qui tendent vers l'harmonie. Plus cette phase s'individualise, plus elle s'intériorise pour accéder enfin à l'être spirituel, à l'essence de vie, au Moi, à l'âme divine qui réside en chaque être conscient et, d'une façon plus consciente, dans l'Homme.

Certains s'étonneront de cette progression qui, de la collectivité, aboutit à l'individu. Pourtant, la recherche consciente du Graal ne peut s'effectuer que dans une paix intérieure qui passe par l'expérience de la solitude existentielle.

Ce n'est qu'après avoir réalisé en lui-même la fusion des contraires que l'Homme, à partir de cette seconde naissance, peut manifester sa présence rayonnante d'amour divin dans le plan physique alourdi de matérialisme. Il pourra parcourir la Terre, peut-être s'élèvera-t-il dans les hiérarchies humaines, sociales ou politiques, il restera uni avec les plus hautes aspirations désintéressées de son âme.

 


[1]  Voir dans Mes carnets de recherche : 16 Connaître par la vérité.

[2]  Adaptation au savoir culturel et aux désirs de chacun.

[3]  Voir dans Mes carnets de recherche : 27 Le chemin de la conscience.

[4]  Voir dans Mes carnets de recherche : 45 Fusion du cœur-intellect.

[5]  Épître de Paul aux Hébreux : chapitre 7, versets 1 à 3.

[6]  Saint Paul, être de lumière, par Christiama Nimosus, Guy Trédaniel Éditeur, Éditions de la Maisnie, 1995.

[7]  La Cosmogonie d'Urantia, fascicule 93, page 883, Éditions Urantia, Paris, 1971.

[8]  Les Évangiles de l'ombre, Apocryphes du Nouveau Testament, L'Évangile de Nicodème, Éditions Lieu Commun, Paris, 1983.

[9]  Les Archives du savoir perdu, page 195, par Guy Tarade, collection Les énigmes de l'univers,) Éditions Robert Laffont, 1972.

[10]  Les Demeures philosophales (2 tomes), tome I, page 292, par Fulcaneli, Éditions Jean-Jacques Pauvert, Paris, 1977.

[11]  Etat de ce qui apparaît d'une complexion naturellement double, mais dont les principes de la dualité ont fusionné dans une expression unique. 

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