Ultra du pas du Diable 133 Km - 2019

Ultra du pas du Diable 2019 – récit by Fanch

286 inscrits - 147 arrivées 48% d’abandons...à la question est ce que c’était difficile, la réponse est donc oui !

Nous nous rendons sur la zone de départ pour assister au briefing d’avant course. En lieu et place du dit briefing, nous aurons droit à un feu d’artifice…bon, c’est joli…on y va maintenant ? OK, on descend tous en procession jusqu’à la ligne de départ. Le principe est sympa, on se retrouve donc les 280 partants pour descendre la rue et parcourir les 400m nous séparant de la ligne. Aucune ambiance, fatigué ou concentré, le traileur ne parle pas. Heureusement Cédric et Oliv aiguaient un peu la marche d’un joyeux TeDeum. Ahhh voilà enfin quelques rires….bon, on y va maintenant ? nan, le Diable en personne s’adresse à nous pour nous encourager. Il nous menace de ne pas y arriver, nous avertit que ce sera dur mais les traileurs enfin réveillés lui répondent qu’ils vont y arriver…bon, on y va maintenant ? Ah non, on oublie…encore un petit feu d’artifice…bon c’est joli…on y va maintenant ? C’est parti ! Il est minuit.

Jusqu’à Trèves

Nous venons prendre notre place en queue de cortège. Nous fermons la marche. Rapidement, je perdrai mes collègues de vue. Nous n’avons pas la même allure et je m’étais préparé à passer la course seul, donc aucun problème me concernant. Aux alentours du 15ème kilo, je croise Oliv pour une pause technique. Je me dis que le reste ne doit pas être loin. Arrivé au 19ème au 1er ravito, personne de la bande. Les gars sont devant et Oliv n’arrive pas. Je reprends la route en me disant qu’il me rejoindra rapidement. Je ne le reverrai malheureusement pas, la rougeole l’ayant trop affaibli.

Jusqu’à Camprieu (42ème k)

Juste à la sortie du ravito, on nous lance dans une ascension de costaud. Tout à coup, ça bouchonne. On arrive dans la 1ère grotte. Un peu d’escalade, limite de la spéléo, et on ressort de l’autre côté. C’est plutôt sympa ce petit passage. Tout le monde a l’air d’apprécier et ressort avec le sourire. Nous sommes de nuit et la pluie commence à tomber. Le parcours déjà compliqué sur les 1er kilo s’intensifie avec un terrain de jeu rendu glissant. Je me rappelle d’une descente très longue qui est venu faire siffler les quadris aux alentours du 30ème kilomètre. Je sais que la journée va être longue et avoir mal maintenant, ne me rassure guère. Je rencontre des traileurs avec qui nous amorçons des bouts de discussions. L’ambiance est chaleureuse…à l’inverse du climat… à l’approche de l’abîme de Bramabiau je sais que je serai dans les délais des BH (Barrières Horaires). Je suis serein. J’arrive dans la salle des sports et je tombe sur mon Sylvain pas franchement au mieux. Je suis plutôt dans un état correct et hormis cette descente, le parcours ne m’a pas encore tué. On convient de repartir ensemble. Le temps tourne à l’averse et ressortir de la salle de sport est une épreuve en soi.

Jusqu’à Dourbies (60ème k)

Nous croisons des coureurs en sens inverse. Ils semblent s’être trompés dans le parcours…ouch…ça bougonne pas mal. Sylvain prend doucement ses distances. Je reste avec un Bordelais très sympathique. Nous enchainons les kilomètres tous les 2. Nous avons un rythme plutôt dynamique et arrivons au sommet d’une grosse bosse. Descendant comme une chèvre, je laisse mes collègues me distancer (malgré moi) et ne les reverrai plus. Sylvain est parti avec eux. Jusqu’à Dourbies, je suis dans le dur. Le temps d’envoyer un message à Emilie pour lui dire que je commençais à douter de mes forces et je repars. J’arrive au ravito. Je ne suis pas au mieux. Pas de rythme, pas de jambes, pas d’envie. Le temps est dégueu, le parcours est exigeant et je ne prends pas de plaisir…Se produit alors le miracle de Dourbies. L’assistance martignéenne prend soin de moi. Quel confort ! J’en profite pour me faire masser, me changer complètement et discuter avec Martine, Alain, Vévé et Oliv. Ça fait du bien.

Jusqu’à Aumessas (90ème k)

Je repars quasi le dernier de la salle de Dourbies. Qu’à cela ne tienne, je me dis que je vais jouer à Pac man et récupérer les autres coureurs. Mais non, ils sont vraiment trop loin et je ne reprendrai que 2 ou 3 coureurs. J’arrive aux Laupies et son ravito de loin le mieux de la course ! Visez donc la bergerie avec un bon gars cévenole le teint rougeot et le verbe haut qui vous accueille à grand renfort d’éclats de rires et de blagues réconfortantes. On me propose un thé sucré du meilleur effet. Je repars avec la volonté de voir mon 2ème point d’intérêt du parcours : le lac des Pises. Je m’étais fait l’idée d’un beau décor de carte postale. Le berger nous balance : "Vous y arriverez dans 25 minutes. C’est le temps que je mets pour y monter avec mes bottes et mon fusil pour chasser"....plus d’1 heure plus tard, nous arrivons donc au lac…note pour plus tard : ne jamais croire un berger local. Bref…nous voilà au ravito du lac. Je me goinfre littéralement de pain d’épices. Ca me fait un bien fou. Je me dis alors que l’arrivée sur le lac va être majestueuse. Et là, pouf, grosse averse et des nuages bas qui viennent sur le lac. La vue est donc nulle à chier. La suite ne va pas m’emballer non plus. On passe dans une forêt où le chemin est tellement marécageux que je passe mon temps à slalomer entre les flaques d’eau et de boue. En vain ! j’ai les pieds trempés, les gants également et le vent qui souffle vient finir de rendre le tout bien frais.

Quand la pluie s’arrête, je me retrouve en bas d’une très grosse bosse. La réponse du : « c’est par où ? » est alors très facile et reproductible à l’infini jusqu’à la fin du parcours désormais : « tout droit » ! Nous voilà partis dans une ascension de dingue. En plein vent, avec des bourrasques qui viennent déséquilibrer les appuis. Une fois arrivés en haut, on ne traine pas. Le vent est tellement fort qu’il annihile toute velléité touristique. Dommage car pour la 1ère fois de la journée le ciel se dégage et permet d’imaginer tout le potentiel du paysage. Je me retrouve dans un petit groupe avec Yohann, breton très sympa avec qui je passerai un bon bout de temps. 90ème, nous arrivons à un ravito. Nous pensons être à Aumessas comme c’était écrit sur la carte…et bien non, il reste encore 5 km à courir nous apprend -on. On ne rigole pas du tout.

Nous pensions être plutôt bien sur la BH. Nous voilà donc partis à enquiller une méga bosse tout droit. Arrivés là-haut, on passe sur un plateau exposé au vent. Commence alors les enchainements de descentes complètements hallucinantes. La difficulté pour la difficulté. Je trouve ça dangereux et surtout inutile. Je remets le mode bougon en position « on ». A l’arrivée sur Aumessas, nos 4 assistants m’accueillent chaleureusement. Pour ma part, je ne trouve rien de mieux que de leur faire part de mon mécontentement sur le parcours. Je suis franchement énervé et je passe la ligne à ¼ de la BH. J’ai averti Oliv : « ils me déclassent et je pète un scandale ! 5 kilomètres de plus et pas d’ajustement de la BH »!!!! C’est n’importe quoi ! 5 km, ça représente environ 1h de rando course sur ce terrain !!!

Un groupe de coureurs se fera bananer pour avoir passé la ligne 1 minute après la BH. J’exprime alors mon point de vue à l’organisation. Oliv me calme avec un grand sourire et me relance vers la suite du parcours. Je décide de m’associer à Yohann. Le balisage ne m’inspire pas confiance et 2 paires d’yeux seront surement nécessaires pour mieux appréhender le parcours.

Vers Alzon (108ème k)

Commence alors l’ascension du défi. Chronométrage de la montée descente sur 12 km avec 7 kilo de montées et 5 de descentes. La montée est rude mais en imprimant un bon rythme on la passe en 2h (c’est 10 min de plus que le premier qui a fait dans le même temps la descente en plus…). La nuit est tombée et nous voilà reparti avec les frontales. Le petit groupe dans lequel nous nous sommes greffés avance bien. La descente sera un énorme n’importe quoi ! Jusqu’au Villaret, c’est tout droit dans l’ pentu au milieu d’une lande très dense dans laquelle il est impossible d’assurer ses appuis. Nous passons des portions de descente limites dangereuses. Et hop, mode bougon enclenché. Je peste intérieurement sur l’orga. Pourquoi ils font ça ? Il n’y avait pas matière à jouer la carte descente mais par un chemin/sentier ??? Nous arrivons au Villaret. Il reste encore 5 km pour Alzon et une partie difficile. Nous repartons sur les hauts, balayés par des rafales de vent. Le paysage doit être super de jour. Mais de nuit avec ce vent (et cette pluie fine), la seule chose de super, c’est…rien ! L’ensemble du groupe exprime unanimement sa déception sur le parcours, ça sent la difficulté gratuite et l’approximation dans le kilométrage ne vient pas arranger les choses. Arrivés à Alzon, je suis franchement colère. J’en profite pour discuter avec les bénévoles. Je leur fais part de mon avis sur la dangerosité du parcours à certains passages (un collègue aura fait 2 soleils sur la dernière descente, sans conséquences heureusement). La bénévole se décompose et me demande si je veux porter réclamation…je me calme immédiatement. Elle n’y est pour rien. Je la rassure sur mes bonnes intentions et la remercie derechef de sa gentillesse et de sa prévenance. Non je ne suis pas de ceux qui portent réclamation. Yohann est K.O, il décide de s’arrêter. Je m’assure qu’il ne repartira pas seul et m’apprête à reprendre la route. La colère et l’envie d’en finir me tiennent solidement éveillé. Juste avant de partir, je vois mon gars Sylvain qui se réveille de sa petite sieste. L’occasion est géniale de finir avec mon pote. Il est franchement moins frais que moi mais désormais, je suis plus à 1h près ! Nous repartons sur un rythme tranquille

Vers Sauclières (123ème) et l’arrivée (135ème)

Le ravito dans une école est un rassemblement de zombies. Zombies organisateurs qui tiennent le ravito, zombies coureurs qui dorment sur les chaises, zombies accompagnateurs qui attendent leur héros,…Sylvain a besoin de se poser qq minutes pour refaire le plein d’énergie. Il est aux environs de 3h. C’est la 2ème nuit de course. On s’assoit donc et je m’assoupi une dizaine de minutes. Au moment de repartir, je tremble comme une feuille. On ne met pas beaucoup de temps à se réchauffer. On marche à bonne allure et on reprend encore des concurrents qui accusent le coup. J’imprime le rythme en disant à Sylvain : « moins de 3h jusqu’à l’arrivée». Malheureusement, la difficulté du parcours et la fatigue de mon acolyte vont avoir raison de mes ambitions (inutiles et trop hautes de toute façon). Le circuit continue de me faire râler. L’orga nous fait passer par des descentes toujours aussi dangereuses et inutiles. Le dernier ravito pointe son nez. C’est le 1er que nous zapperons. Je pense n’être plus qu’à 3 kilomètres de l’arrivée…non non non, il nous en reste encore 5…et vous vous rappelez, 5=1…je râle, je peste. Sylvain doit endurer ça en plus de ses douleurs…mon pauvre compagnon de route fait preuve d’une sagesse toute emplein de stoïcisme. Dans ces moments-là, je l’adore ! 😊. Je vous passe la dernière boucle, les pieds dans l’eau,…nous arrivons ENFIN sur la zone d’arrivée devant une foule surexcitée…en vrai : Martine, Vévé et le speaker !

Au passage de la ligne, le seul sentiment qui m’anime est le soulagement d’en avoir terminé. Pas une larmichette, une vague de joie qui t’emporte, une grosse dose de fierté qui t’envahit…rien de tout ça : juste la satisfaction d’en avoir fini !

Toute la journée, on aura eu notre assistance aux petits soins. Je ne sais pas s’ils ont conscience de leur apport ultra bénéfique !

Toute la journée on aura eu nos portables qui n’auront pas arrêté de sonner, vibrer, biper à la réception des messages de soutien des uns et des autres. Si on ne prend pas le temps de vous répondre, sachez néanmoins que ça aussi, c’est génial : on se sent soutenu tout au long de l’effort !

Je reprends le commentaire intégral d’un autre runner

« À la question :

Pourquoi tu t'infliges cela, je ne pourrai y répondre. Effectivement c'est dur, tout comme la préparation, en revanche il y a un gros renforcement de mon mental et une confiance en soi qui augmente à chaque épreuve. Je me sens fort et suis prêt à déplacer les montagnes même si je préfère les grimper.

À l'autre question que l'on me pose souvent, à quoi tu penses pendant la course ?

Je pense au courage que j'ai eu de sortir et de courir lorsqu’il pleut, lorsqu’il y a du vent et de la neige. Lorsque les éclairs s’en prennent aux arbres, lorsque les flocons de neige ou l’averse de glace te cinglent les jambes et le corps. Renoncer à quelques heures de fête, à des dizaines voire des milliers de remarques, à ta couette qui te recouvre le visage quand Émilie y est blottie. Envoyer tout au diable et sortir sous la pluie jusqu’à ce que tes jambes soient en sang après être tombé et te lever encore pour continuer à monter… Jusqu’à ce que tes jambes hurlent : ça suffit ! ».

Je pense également à mes enfants et à ma femme à qui j’envoie des messages : « vous allez être fiers de moi, car je vais y arriver ».

C’est plus tard dans l’AM que je prendrai conscience de notre course. Comme je l’écrivais à ma famille, finalement nous on court et vous vous transformez tout ça en exploit.

Pour le moment, je me lance un autre défi : me reposer.