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VVX - 2018

VVX 2018

La folie n’a pas de limites, sauf celles de la raison…

…Somme nous raisonnables alors ?


Nous voilà tous les 3 sur la ligne de départ. Sylain, Oliv et moi dans le noir, éclairés de nos frontales et seuls au milieu de 330 traileurs…au micro Kilian JORNET qui nous donne des consignes sur la course : « faut penser à bien boire et pis bien manger et pis aussi pas faire le con ». Cette phrase tournera dans nos 3 caboches de nombreuses fois durant la course. Objet de rires sincères en soutien des moments difficiles ou juste de sourires réconfortants pour briser l’isolement d’une montée ou d’une descente. Sylvain y trouvera son nouveau surnom : « Kiki » car, admettons-le sans détours, il n’est pas que bon coureur, il est aussi excellent imitateur de Kilian !


vers Vulcania


Nous sommes donc dans la zone de départ, à décompter les minutes puis les secondes. La musique de Woodkid « Iron » dans la sono décuple l’émotion. J’adore ce moment. Ces secondes qui précèdent le départ. Ces coureurs le regard grave où on lit sur leur visage un cocktail d’émotions : la peur, l’envie, la joie d’être là, l’impatience.

Kiki égrène les secondes 5-4-3-2-1 pan ! des flammes de chaque côté de l’arche de départ et toute la troupe s’élance vers une balade de 83Km. Nous commencerons cette course…en marchant ! en effet, les 10 premiers kilos sont en profil montant. Le parcours est vraiment sympa. Nous étions venus pour goûter les joies de la montagne, nous ne sommes pas déçus. L’alternance de montées/descentes, de passage au milieu d’herbes hautes, dans les sous-bois, …font oublier la nuit. J’aurais presque envie de dire que le paysage est superbe. Mais non, il s’agit juste du parcours qu’on apprécie, la langue pendante de plaisir. Nous arrivons au premier sommet du puy des gouttes. Le soleil pointe son nez. Nous découvrons au loin Vulcania que nous rejoindrons très bientôt. D’abord une 1ère descente bien sévère qui flingue les pattes puis le 1er ravito. Le 1er qui dit du mal des auvergnats, va avoir à faire à nous ! Nous sommes tombés sur des bénévoles locaux charmants, attentionnés, souriants, disponibles, …ils ont contribué à rendre la course moins douloureuse. Cette proximité est clairement une grande force de l’événement. Le temps d’un petit selfie video et nous repartons ragaillardis, « tranquillou-bilou » comme le dirait Oliv vers Vulcania.

L’approche du parc sur le parking semble infinie. Au passage dans le hall d’accueil, des bénévoles nous demandent de poser pour une photo. A l’inverse des 2 fusées de devant qui ne les ont même pas calculés, nous ne nous faisons pas prier pour prendre la pause et déconner avec eux ! Nous réalisons donc un petit passage dans le parc des volcans si cher à VGE (Oliv, une petite imitation ???). A la sortie du parc, nous sympathisons avec 2 gars. En discutant avec eux, je découvre qu’il s’agit de 2 chemillois. Ils ont même eu papa comme prof !

Le Puy de Dôme


Nous attend ensuite le gros morceau du parcours : le Puy de Dôme. Son antenne nous nargue depuis maintenant quelques kilomètres. On sent qu’elle nous appelle en nous faisant signe de son doigt effilé : « je vous attends les gars, c’est pour moi que vous êtes venus. C’est pour moi que vous avez fait toute cette prépa » ! Sentant l’heure de la montée approcher, je décide de baisser un peu le rythme. Mes compères très affutés s’en donnent à cœur joie. Au pied de la « butte » Sylvain et Oliv sont nettement devant. Je ne cherche pas à les suivre. Dans ma tête, Oliv est un très bon grimpeur et Sylvain au mental le suivra. J’enchaine donc les lacets seuls, les mains dans le dos à bon rythme. Je joue à pac man sans avoir l’impression de trop forcer. C’est dur, mais je prends un réel plaisir dans cette montée. Nous croisons les traileurs qui sont dans la descente. Tous ont un petit mot d’encouragement pour nous. Bel esprit ! Arrivent les derniers lacets. Je suis en train de parler avec un gars qui a couru la Sainté cette année. Nous déconnons sur le fait que ça fait bizarre de monter des côtes sans la glace et la neige ! Et là, je vois mon Oliv à une dizaine de mètres de moi. Le moral en flèche, j’en remets une couche…l’occasion est trop belle de le coiffer au poteau…qu’est ce qu’on peut être gamin des fois !!!! Ca sera mon seul fait de gloire du jour (hormis celui d’être finisher). Un petit tour du Puy de Dôme et hop ! le 2ème ravito. Nous sommes une nouvelle fois accueillis comme des princes. La barrière horaire n’est pas si loin (8h40 et il est 8h), il ne faut pas trainer. Nous sommes assez surpris de notre proximité à fleurter avec elle dès le début de course…finalement, sera-ce une course plus exigeante qu’attendue ?

Château Montlosier

Après une petite pause bien méritée. Le temps de prendre quelques photos et est venue l’heure de repartir en direction de la mi-course. Je m’arrête au début de la descente pour resserrer mes lacets un peu lâches…j’en profite pour exploser un passant de mes lacets…bien joué ! Mes chaussures sont en train de vivre une dernière expérience bien douloureuse : cassées, déchirées, …elles me porteront dignement une dernière fois après près de 700Km ! Sylvain et Oliv se lancent dans la descente du chemin des muletiers devant moi. Je repars une petite minute derrière eux. Je croise des traileurs encore en train de monter. A mon tour de leur rendre ce petit mot d’encouragement, comme un relais qu’on se passe de coureurs en coureurs. J’arrive à l’intersection du train et là, 2 bénévoles m’arrêtent net…priorité au train…sur le papier, aucun problème, je fais pas le poids 😊 mais par contre, êtes vous sûres que je n’avais pas le temps de passer ??? Le train étant à l’arrêt…je me dis intérieurement que si…mais bon, je suis pas là pour ronchonner, je prends mon mal en patience et attends 1 minute de plus. Le temps de voir le train s’ébranler doucement vers le bas de la pente. Je rejoins bon an mal mes 2 amis un peu plus loin. A partir de là, pour moi ça va commencer à être plus difficile. Je n’ai de cesse de faire le yoyo avec les gars…enfin, soyons franc, ils m’attendent régulièrement pour voir si tout va bien et repartent le pas (et le cœur) léger. Je sens que le parcours devient un peu plus roulant et là où normalement je devrais pouvoir assurer, je pêche…je sens les 1er signes d’une hypo qui pointent le bout de son nez. L’arrivée au ravito. Je suis en colère contre moi-même. Pas au niveau. Je m’allonge et prends le temps de me refaire la cerise. Je passe en mode con : « les gars, je vous le dirai qu’une fois. Je vous ralentis, alors si vous voulez, vous partez devant. Je vais pas faire un malaise, j’irai au bout mais à mon rythme. Je suis toujours pas revenu au niveau ! ». Mes injonctions trouvent comme écho 2 grands sourires qui valent bien un : « cause toujours mon loulou, tu te débarrasseras pas de nous comme ça ! »…ayant égaré mon sens de l’humour dans la descente du Puy de Dôme, je leur répète donc : « je vous le dirai qu’une fois, partez devant… »pas le temps de finir ma phrase, Oliv dans un éclat de rire et avec une grande claque dans le dos : « ahhh non, ça fait 2 fois que tu nous le dit… ». Vaincu par tant de pragmatisme, je rends les armes…je devrai assumer le rôle de boulet une nouvelle fois !!!

Vers le Panoramique du Dôme station basse.


Cette pause m’a fait le plus grand bien. Je me suis peu alimenté mais le peu que j’ai réussi à avaler m’a revigoré. Je repars derrière mes compères dans une foulée pas très vigoureuse mais qui ressemble encore à celle d’un coureur. Nous partons vers le prochain ravito qui ne se trouve que dans 20 bornes. Autant vous dire qu’un semi marathon, ça ne m’effraie pas…mais à cette allure, je vais mettre 3 heures…et bien à quelque chose près, c’est ce qui s’est passé en fait ! Cette partie de course ne me laisse pas un grand souvenir. Profil plutôt roulant, de longues portions de droites en faux plat,…pas le kiffe. Au 54ème kilo (là où je pensais trouver un ravito) une bénévole est en train d’orienter le dossard 21 vers une supportrice. Il est en train d’abandonner. Un moment je me suis dit, vas le chercher, encourage-le à rester dans la course, il est surement autant dans le dur que toi…et puis non, trop dans mon monde pour lui faire ce genre de proposition…Il y a des moments dans une course longue qui, tu ne sais pas pourquoi, te marques. Des épisodes sans intérêt qui restent dans ta tête…Une nouvelle fois, je rejoins mes camarades qui m’attendent au loin. Je leur fais signe que tout va bien et qu’ils peuvent poursuivre. Nous traversons des champs. Isolés de toutes traces de civilisation. Hormis une route qui serpente au milieu des prés, ni maison, ni voiture, ni homme aux environs. Nous sommes seuls ! Depuis 1/4h j’ai mis mes écouteurs pour me changer les idées. Je rejoins tout juste un traileur avec qui on amorce une petite discussion. Nous sympathisons et marchons ensemble les quelques kilomètres qui nous séparent du prochain ravito. Nous parlons de son expérience trail, de ses prépas, des bâtons, de la course,…un vendéen très sympathique. Nous arrivons (enfin) au ravito. Je pense que je décerne d’ailleurs la palme du meilleur accueil à ces bénévoles. Encore une fois, ils sont d’une gentillesse absolue. Leur réconfort fait chaud au cœur. De plus, s’agissant de la dernière barrière horaire, nous y arrivons soulagés de savoir que sauf accident, nous finirons la course.

Vers Volvic


A partir de là, dans ma tête c’est très simple. Il reste un peu plus d’un semi : easy ! Ecouteurs vissés sur les oreilles, je repars. Oliv et Sylvain tardent un peu à partir du ravito, profitant de l’occasion pour remettre de la nok et enlever les cailloux dans les chaussures. La musique me fait un bien fou. J’avale les kilos à bonnes foulées. Là ça ressemble à quelque chose de correct. Nous repassons là où la veille nous sommes venus randonner. Au bas du puy de Pariou, les gars ne m’ont toujours pas rejoint. Je me mets à croire à une fin de parcours à la sainté  Le rêve s’arrêtera quelques kilomètres plus loin. Après 7 Km devant, les gars me rattraperont. J’observe leur foulée à l’un et à l’autre. Sylvain est encore très souple. Oliv semble un peu plus dans le dur…tout est relatif car il avance bien mais je le vois un peu plus souvent qu’avant en léger recul de Sylvain. Passé ce constat, je n’arrive toujours pas à le reprendre. Je m’accroche. Pas de douleurs particulières sauf au fléchisseur jambe droite qui commence à me faire chanter dès l’apparition d’une descente…le passage qui suit est sans intérêt particulier. Des sous-bois, des chemins de terre, quelques vaches pour rompre la monotonie. Bof, le spectacle du début de course est un peu loin et on devient un peu fine bouche…je constate de plus en plus de scarabées massacrés, écrasés par des centaines de chaussures de trail. Un génocide entomologique ! Quand je vous dis que pendant une course longue on s’accroche à des détails…je vois enfin le dernier ravito. Je compte depuis près de 8 Km tous les km qui me séparent de 83. Ce dernier ravito est la dernière oasis avant la traversée du désert. Il ne reste que 10 Km. Distance qu’en temps normal nous avalerions en un peu moins d’une heure. Alors comment dire, une fois que j’ai lâché cette info…en mode touriste, en mode touriste fatigué même…c’est utopique ! Tout commence déjà par une grosse patate dans les bois…Saleté qu’elle fait mal ! Je perds très vite le contact avec mes 2 ouvreurs. Position mains dans le dos, épaules en avant, un objectif : mange ton dénivelé ! Nous passons la gare de Volvic. Ça sent bon l’écurie. Le panneau SNCF « Volvic » sonne comme une douce chanson de fin de parcours. Que nenni ! Nos gentils organisateurs nous avaient réservé encore une ou 2 bonnes surprises…78ème km, je la revois comme je l’écris : elle est là, plantée devant moi. Sortie de virage en épingle, ravinée par les pluies de la semaine, longue de près d’un kilomètre…la sal..pe elle m’achève. Ah…mais non, en fait, c’est la descente derrière qui m’achève…quoi que marchée, elle fait hurler ma cheville droite…ah non tiens en fait, c’est la côte qui suit qui m’achève…Celle qui monte au château. Pas dure celle-là mais longue…longue…mais longue…. Plus que 3 km…mais bon sang, comment ils font pour ralentir le temps ????Ah non…c’est en fait la dernière descente qui m’achève. On entend la musique du site d’arrivée, des éclats du voix du speaker…et là on remet les choses en perspective : ils vont nous faire descendre dans le village tout en bas…pour tout nous faire remonter…ils nous font tourner autour du site d’arrivée…les canaillous… et bingo. Arrivés en haut de notre dame de la Garde des marches vicieuses qui mettent au supplice les quadris déjà bien entamés. La petite balade dans Volvic est plutôt agréable. Les bénévoles, les spectateurs sont tous à encourager les concurrents qui arrivent. Ça fait chaud au cœur. Encore une montée…bon, là, je ne suis plus achevé puisque 3 fois mort dans mon récit. J’ai le cerveau qui court à côté de mes pompes. Elles sont en train de réaliser un dernier baroud d’honneur sous les yeux admiratifs de mes jambes. C’est la dernière côte. On entend le sifflet puissant et si féminin de Céline… elle est accompagnée de Rachel, Marine, Elly et Téa. C’est qu’elles finissaient presque par s’inquiéter. Comme pour nous, les derniers kilos ont été interminables pour nos supporters ! Oliv et Sylvain se retournent, m’attendent une dernière fois. Nous finirons main dans la main en chantant la sympathique chanson du troubadour. Ravis d’avoir terminé cette course. Notre premier Ultra-trail. Car oui, nous sommes ULTRA TRAILERS !


J’ai comme l’impression que d’allonger les distances est dans un coin de la tête de chacun d’entre nous.

Décidément, oui, 83 n’est pas notre limite…nous sommes bien fous !

NB : pour finir, vous vous rappelez du dossard 21 ??? Et bien, en revenant vers la voiture, je suis retombé sur la dame. Elle était colère car elle l’avait monté en voiture alors qu’il n’en pouvait plus, HS, clignotant à droite, fin de course. Une bénévole avait alors demandé à la dame de le rapprocher de 5 Km jusqu’au prochain ravito pour qu’il puisse prendre une navette de retour. Elle était en colère car elle a appris lors de son retour sur la ligne d’arrivée pour encourager son mari que ce même dossard 21 avait été encensé par le présentateur car, interviewé au passage de la ligne d’arrivée, il avait dit qu’il avait trouvé les ressources mentales pour repartir le temps d’attendre la navette…qui tardait à passer. Résultat des courses, il finit ¾ d’heures devant nous. Je vous le donne dans le mille Emile, ça fait environ 4 Km à notre allure…un beau tricheur couplé d’un sacré menteur ! Finalement certains détails comptent…

 



 

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