Mémoires de vies
 

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ANOUK

Anouk était là, seule dans le blanc, le blanc immense des glaces du Nord.
En un instant, elle revit tout son chemin.
Les étés brefs et torrides, avec leurs myriades d´insectes quand la toundra se couvre de milles fleurs rutilantes.
Les ruisseaux où elle se baignait en riant. Son mariage avec Agakouk, le chasseur de phoques, toujours silencieux, mais ramenant la viande pour l'hiver, les poissons, pour nourrir toute la famille.
L'igloo enfumé avec peaux en tentures et en banquettes
Elle en a tant mâché de ces peaux, que ses dents sont usées jusqu'aux gencives.
Elle en a tant cousu de ces peaux, avec l'aiguille d'os et le fil de tendon de renne, que ses yeux voilés ne peuvent plus rien assurer.
Même la flamme du feu de graisse, elle ne l'aperçoit plus et se brûle en tendant ses mains pour les réchauffer.
Alors c'est pourquoi, aujourd'hui, assise sur la banquise, sa fourrure sur le dos, elle a décidé de partir. L'hiver qui est là est de trop pour ses épaules, devenue charge pour les siens, elle s'en va rejoindre le maître de toute Vie, le Soleil du Printemps Eternel.
Bonjour Mama Anouk et la fourrure glissa sur la neige.
Anouk vint rejoindre notre Mémoire.


 
 
 
Pied  Agile


On m´appelait pied Agile, mais il y a bien longtemps... Depuis, mes mocassins se sont alourdis et sous mes cheveux blanchis, mon visage ridé comme terre craquelée, est le masque de l'homme tombé.
Nombreuses sont les Lunes qui sont passées et là, ce matin, après avoir dormi sur la roche des anciens, j´ai vu les dernières cendres s'envoler au premier souffle du désert.
L'horizon se dévoilait dans le sombre de la nuit, et lorsque la première lueur rosée annonça la venue du maître du Ciel, mon âme s'est envolée droit vers lui.
Combien de fois l'avais-je appelé, combien de fois tournant et martelant le sol de mes pieds ai-je dit son nom en langage chamane : Viens à moi, emplie moi, Soleil Père de ma Terre.
Je ne puis le dire avec précision, tant de vent est passé sur la prairie, mais à cette aube là, le Grand Esprit me dit : Viens, c´est le moment.
Alors, je me suis mis debout en vacillant sur mes vieux os et les deux bras levés en dernier hommage, l'enveloppe à demi séchée de ce que fût le chamane Pied Agile s'écroula.
Et dans la joie des retrouvailles je rejoins l'immense tribu de ceux qui ont cru en le Grand Esprit, celui qui régit toutes nos pensées.

Homme qui viendra après nous, souviens-toi que c'est dans le Silence que parle le Soleil d'Or.