Remontée du Temps

 
Expérience d'un état particulier de conscience                                                                                  Retour Accueil


Compte à rebours


    Un soir, après une journée comme il y en avait eu tant et tant de cette non-vie, mon être, fatigué, harassé ne tenait plus à rester en ce monde, et là, étendu sur mon lit, je regardais le plafond.
C´est alors, que je sentis mon cœur ralentir, battre de plus en plus doucement et, .... il s´arrêta...

L´angoisse me saisit. Je tâtais mon pouls, mis ma main sur ma poitrine et c´était évident, mon cœur venait de cesser de battre...
Alors, avec la vitesse d´un éclair, je vis mes premiers pas dans le jardin, les Noëls illuminés, les chants des hommes et des femmes autour d´une table.
Je me voyais enfant rieur, courant sur le bord des fossés, sautant dans les flaques au sortir des averses.
Je me revoyais suçant les pendeloques de glace qui descendaient du toit de l´abri aux lapins.
Je me revoyais, heureux de faire gicler l'eau du ruisseau en effrayant les quelques grenouilles.
Je me revoyais à plat ventre sur le sol, observant avec minutie et acuité le va et vient des fourmis.
Je me vis, vagissant dans un berceau, criant : Non, non..!
Trop tard ! J´étais né.
Une lumière éblouissante, des tunnels d´ombres d´où surgissaient une scène rapide, un visage, des couleurs, tout ceci passait à toute allure, une vie, une mort... une vie, une mort...

Je criais : Arrêtez le film.. arrêtez ! mais rien ne freinait le déroulement des images.
Vies, remontées à l'envers, naissance qui coïncidait avec une mort, j´étais terrorisé...
J´avais cessé de crier non, non !..
Des évènements se déroulaient et je n´y pouvais rien ;
Je savais que c´était moi, et pourtant aucun souvenir de ces vies ne m´avait effleuré .

Je me suis vu l'arme au poing attaquer ce qui me semblait être une banque : caché derrière le comptoir pour me protéger d´un assaut dirigé par deux hommes, je voyais les balles traverser le bois et mon corps n´en éprouvant aucune souffrance. L'homme qui venait de m´abattre fait le tour du comptoir, me donne un coup de pied en disant : Il est mort cette charogne !
Et là, étendu sur le dos, le fusil à canon scié posé sur ma poitrine je le pointe sur son visage et fais feu.
Le noir envahit de nouveau ma vision et de nouveau une scène s´impose, des salons rutilants scintillants de mille cristaux, des chandeliers des femmes largement décolletées, des hommes empanachés, épée au côté, des rires, des cris des flonflons, et le même scénario continuait, lumière aveuglante et film à rebours.



Mais, les scènes devenaient plus précises et je percevais des sensations dans mon corps.
Dans l'obscurité, un roulement continuel, comme un tonnerre sans fin.
C´était une canonnade, les tirs jetaient le pourpre de leurs feux, les chevaux hénissaient, dans la lueur des brasiers, je voyais passer des cavaliers couchés sur leurs montures, sabres au clair.
Et...
Une brusque sensation de feu, de froid et,  j´étais là couché sur l'affut d´un canon. Tout autour des flammèches et des corps écrasés, mutilés, un cheval éventré me fixait de son œil que la mort n´avait pas encore voilé.

Mais où étais-je ?
Je sentais que je m´enfonçais dans une histoire guerrière de plus en plus atroce...
Qui étaient ces hommes, caparaçonnés de cuir et de fer, portant haut des bannières effrangées ? Toute une horde dont l'odeur épouvantable venait frapper mon visage.
C´était la chasse au dernier survivant, après le sac de la ville .
Au loin, à l'orée de la forêt, montaient hautes et claires les flammes de l'incendie.
Je ne cherchais même pas à me protéger, je tombais, face contre terre, frappé avec une telle violence que j´eus le temps de voir une de mes mains voler dans les airs.