Ma pratique artistique cherche à établir une relation au monde par l’immédiateté et la durée de l’action créatrice. Pour ce faire, j’utilise principalement le dessin comme outil heuristique afin de comprendre différentes réalités matérielles et immatérielles qui nous entourent et nous habitent. Aussi, je privilégie l'encre de Chine pour ses qualités de non-retour. Ce qui m'engage à me concentrer sur chaque geste posé.

Mes modes d’action se composent principalement de gestes répétitifs et précis prenant la forme d’instructions décrites dans le titre des œuvres. La mesure de ces procédés s’accomplit en fonction soit d’un espace, soit d’une durée établis à l’avance. Ils augmentent au fil des années de pratique à la manière d’épreuves évolutives. Qui plus est, ces actions répétitives se regroupent en séries qui, bien que réalisées à partir d’une même instruction, présentent des variations. En somme, l’œuvre donne à voir les expériences esthétiques obtenues par les traces matérielles du geste relié au temps immanent du cours de ma conscience.

D’autre part, mon action peut se condenser en un geste spontané avec le pinceau sur le papier. Dans ce cas, il s’agit de poser un geste par lequel l’action, l’intentionnalité et le temps immédiat se rencontrent en un tout.

D’ailleurs, des photographies et des vidéos du geste de création tiennent lieu d'œuvres en soi et relèvent ces actions poétiques, réflexives et méditatives accomplies dans la solitude-plénitude de l’atelier. Néanmoins, ces procédés artistiques se déroulent parfois dans des espaces publics de manière à inclure une relation à l'autre.

L’art est ainsi conçu comme un outil de connaissance ; connaissance du sensible, connaissance immédiate, connaissance intuitive, connaissance directe. Il devient inséparable d'une démarche de compréhension et de co-naissance, c'est-à-dire un sujet et un monde naissant conjointement. Processus épistémologique donc, poétique aussi.

Dans le contexte de résidences et d’expositions, l'intérêt pour l'espace, le temps et le geste s’allient à des objets et à des matériaux variés. Que ce soit l'empreinte du pinceau (2012-2017), le quadrillage (2012-2014), le lin cultivé (2015) et plus récemment, la ligne végétale (2016-2017), je cherche dans ces circonstances à créer des instructions favorisant une relation d'affinité avec la matière.




Dans l'atelier, février 2016



Carnet web présentant des explorations en atelier