4 M. Philippe Reinhart : « Qui ose gagne »

« Qui ose gagne » était la devise des parachutistes S.A.S. M. Philippe Reinhart fut l’un d’entre eux.

Cette formule, il l’a faite sienne pendant toute la guerre.

Un article de Ouest-France, publié à l’occasion du Cinquantième anniversaire du Débarquement, nous a permis de retrouver trace de Philippe Reinhart alias Sœur Philippe à Neuilly sur Seine.

Son aventureux passage à la Clinique des Augustines de Malestroit alors qu’il était un parachutiste S.A.S. blessé avait retenu toute notre attention et nous tenions vraiment à en savoir plus.

Rendez-vous fut donc pris et c’est très amicalement que Philippe Reinhart nous accueillit à son domicile et accepta de répondre aux questions auxquelles Olivier, Etienne et Julien avaient songées. Il avait eu la délicatesse de regrouper à notre intention un ensemble d’anciens articles de presse consacrés à celles qui lui avaient sauvé la vie : les religieuses Augustines de Malestroit et leur admirable supérieure. Mère Yvonne-Aimée.

Philippe Reinhart est né en 1925 dans une famille de négociants en café et coton d’origine suisse, installée au Havre. Avec la progression allemande, ses parents décident de partir dans le sud de la France et de s’installer à Marseille. C’est donc là qu’ if poursuivit des études supérieures, préparant le concours d’entrée à l’Ecole militaire de Saint-Cyr. L’idée de faire une carrière militaire le séduisait.

D’une famille très patriote et très gaulliste aussi, Philippe Reinhart fait rapidement le choix de rejoindre l’un de ses oncles qui était à Londres. Celui-ci avait été fait prisonnier en 1940 et avait réussi à s’évader d’Allemagne début 1941 pour finalement gagner l’Angleterre en passant par la Russie. Là, il avait été intégré aux bureaux du B.C.R.A. (Bureau Central de Renseignements et d’Action à [‘Etat-Major du Général de Gaulle à Londres). Cet exemple familial a indéniablement influencé Philippe Reinhart. « Quatre membres de ma famille avaient fait le choix de partir à Londres sans qu’aucun d’entre nous ne se fût concerté. Et c’est donc à ma grande surprise que j’ai pu retrouver l’un de mes cousins germains parmi les parachutistes S.A.S. Par contre, alors que son mari écoutait Radio-Londres régulièrement, l’une de mes grand-mères, très favorable au Maréchal Pétain, ne comprit jamais mon choix ni l’aval de mon père. Ils sont d’ailleurs restés fâchés jusqu’à sa mort ».

M. Reinhart, qui n’a alors que 18 ans, décide donc de joindre la France libre. I! choisit de passer avec un ami de son oncle, M. d’Harcourt, par l’Ariège, la vallée de Puigcerda avant de gagner enfin l’Espagne. D’Harcourt avait été envoyé par de Gaulle en France pour accomplir une mission pour la Résistance et devait rejoindre Londres. Philippe le suivit. Parti de Marseille, son périple débute vraiment le 8 février 1943, jour où il franchit la frontière espagnole, pour ne se terminer en Angleterre que le 24 juillet suivant… Intercepté par les autorités espagnoles, il fut finalement relâché après trois mois de prison à Barcelone, tant était important le nombre de personnes arrêtées et dont le gouvernement espagnol devait assurer la surveillance.

Parti de Gibraltar, il voyage à fond de cale dans la chaleur. La traversée est longue, d’autant qu’un détour par l’Irlande s’impose pour atteindre l’Ecosse. Les alertes, prévenant d’un éventuel bombardement aérien, sont nombreuses.

Après avoir été interrogé dès son arrivée sur les réelles motivations qui l’avaient conduit jusqu’en Angleterre, Philippe réussit à être recruté au sein des parachutistes S.A.S. « A mon arrivée, je fus interné comme tous les nouveaux venus. Les Anglais étaient avides d’informations sur ce qui se passait sur le continent et ils cherchaient à en obtenir le maximum en interrogeant les derniers arrivés. Une technique très habile pour dépister les espions avait été vraisemblablement mise au point. Pour ma part, je fus questionné très gentiment par un officier anglais. Quant à mon intégration au sein des S.A.S., ce fut en grande partie le fruit du hasard. À priori venant d’une ville portuaire, je me serais plutôt vu dans les fusiliers-marins. Mais il n’y avait pas, paraît-il, de place pour moi ». Philippe Reînhart est finalement incorporé le 1er août 1943. « La plupart d’entre nous, précise-t-il encore, avait entre 18 et 23 ans ; toutefois un groupe important était composé d’hommes d’âge mûr, entre 30 et 40 ans ».

Tout le mois d’août, il le passe au dépôt central français à Camberley, près de Londres. Les Anglais ravitaillent le dépôt et équipent les jeunes recrues. En septembre, Philippe Reinhart apprend à sauter en parachute avec des instructeurs anglais et passe son brevet. Il se souvient aujourd’hui que si l’entraînement physique était rude, la formation technique n’était pas très poussée. « Nous devions être une vingtaine de Français parmi vingt groupes de parachutistes britanniques. Nous n’éprouvions aucune difficulté pour nous comprendre alors même que la plupart d’entre nous ne parlait pas anglais. Nous étions alors doublement volontaires. En effet, non seulement nous avions fait le choix de quitter la France et nos familles, mais nous étions aussi décidés à continuer de nous battre en choisissant une unité d’élite. Ce n’est donc pas l’handicap de la langue, ni la peur du vide qui allait nous décourager ! »

Philippe Reinhart fit partie d’un bataillon français composé de quatre

cents hommes que l’armée anglaise équipa et continua d’entraîner. La venue d’autres soldats français arrivant d’Afrique du Nord aboutit à la formation d’un second bataillon. « II y avait parmi nous un extraordinaire mélange : des marins qui avaient déserté à Alexandrie et aux Antilles, des Français en provenance d’Amérique du Sud ou d’Extrême-Orient, des Calédoniens, des Tahitiens… Les deux unités que nous formions étaient sous commandement anglais et, pour ma part, j’avoue n’avoir jamais été gêné par ce rattachement car notre identité nationale a été respectée ».

Les parachutistes changèrent souvent de camps. « Les Anglais nous ont fait faire beaucoup de tourisme !… » ajoute malicieusement Philippe Reinhart qui connut huit camps différents au cours de cette période. Pendant l’hiver rigoureux 1943-1944, ils séjournèrent, près de Saint-Andrews au nord d’Edimbourg, puis à Kilmarnock au sud de Glasgow. Les relations avec la population locale furent très bonnes mais restèrent en définitive limitées. « Nous étions jeunes et enthousiastes. Comme souvent à cet âge, nous avons commis quelques bêtises. En Ecosse, nous aimions chasser et, pour améliorer notre ordinaire, notre gibier n’était pas toujours sauvage. Une autre fois, nous nous sommes entraînés à utiliser des explosifs. Mais ce qui n’était pas prévu, c’est qu’un très vieux pont, que les autorités locales avaient dû classer, disparaisse dans la manœuvre ».

D’Angleterre, le 1ère Classe Reinhart n’avait pas le droit d’écrire à sa famille pour des raisons de sécurité, et les nouvelles de France étaient rares. Mais il ne se sentait pas seul pour autant. Son oncle était à Londres et une amie anglaise de ses grands-parents. Miss Minet, l’accueillit en effet lors de toutes ses permissions. Ses camarades, pour leur part, étaient pris en charge par les Amis des Volontaires Français, une « organisation remarquable ».

Chacun de leurs déplacements permettait aux jeunes Français de constater l’importance des moyens mis en œuvre, en hommes et en matériel, par les Alliés. L’Angleterre était devenue un immense camp militaire.

Le Débarquement sur le vieux continent se préparait. Mais quand aurait-il lieu ?

Fin mai 1944, tout se précipite. Philippe avec son unité rejoint à Fairford, au sud de l’Angleterre, un camp tenu à l’écart. S’il apprend vite de ses camarades destinés à partir avant lui qu’il doit lui aussi être parachuté en Bretagne, il ne sait pas précisément où.

Dans la nuit du 5 au 6 puis du 6 au 7 juin 1944, dix-huit groupes composés de trois à cinq parachutistes furent largués au-dessus de la Bretagne afin de couper toutes les voies de communication et de procéder à divers sabotages. Ensuite, ils durent rejoindre par leurs propre moyens et avec la complicité de la Résistance bretonne les deux bases établies au nord et au sud de la Bretagne. « Nous ignorions qu’à Saint-Marcel il y avait une aussi forte concentration de maquisards. Si tel avait été le cas, je pense que les premières unités auraient été larguées directement au-dessus. Ceci dit une fois en Bretagne, nous avons vite appris par la Résistance locale l’existence de ce camp F.F.l. et une partie d’entre nous rejoignit donc la Ferme de la Nouette à Saint-Marcel. Les résistants venaient en très grand nombre et nous n’avions pas prévu d’avoir à armer et à entraîner tous ces hommes ».

Philippe Reinhart fut parachuté sur le terrain balisé de la Nouette le 13 juin. Il garde un souvenir extraordinaire de son arrivée et de l’accueil que les F.F.l. de la région réservaient aux jeunes soldats alliés. Munis d’un équipement léger, nombreux étaient les parachutistes déjà repartis de la Nouette vers d’autres secteurs de la Bretagne. « A mon arrivée, les va et vient des avions dans ce coin tranquille du Morbihan devaient inévitablement finir par être repérés des Allemands » commente-t-il aujourd’hui. Nous avions bien conscience qu’un tel regroupement était une vraie folie… Je n’arrive pas à m’expliquer que les Allemands aient attendu le 18 juin pour intervenir. Oui, ce fut pour nous un coup de chance extraordinaire ».

Lorsque la bataille éclata le dimanche 18 juin, Philippe Reinhart était donc présent. Blessé à bout portant à cent mètres du Château de Sainte Geneviève, que les Allemands ne réussirent pas à prendre avant le soir, il est aussitôt acheminé près de la ferme de la Nouette où se trouve un hôpital de fortune avant d’être à nouveau évacué avec cinq autres parachutistes blessés sur un camion.

« Les Allemands n’avaient pas employé de moyens lourds pour nous combattre. De plus, ils s’étaient attaqués au secteur du camp où les parachutistes étaient les plus nombreux et les plus aguerris au combat. Enfin, par bonheur, ils n’avaient pas pris la précaution d’entourer la base en coupant tous les chemins. Ces multiples coups de chance ont permis de transporter les blessés en camion hors de la zone de combat… Ce camion poussif était rempli d’armes, de munitions et de blessés. J’étais appuyé sur la jambe d’un camarade, atteinte de trois balles. Le bras dans une attelle de fortune, je hurlais tout comme lui ». Parvenu dans un petit village proche, le groupe de blessés attend la nuit pour parvenir avec une carriole tirée par un cheval, sous une pluie battante et par des chemins creux, une ferme isolée. Deux infirmières et deux très jeunes filles s’occupent des cinq parachutistes blessés. Mais Philippe Reinhart est l’un des plus atteints. I! devait être opéré. Ce ne fut que cinq jours plus tard, sans avoir reçu jusqu’alors de morphine, qu’il put être enfin soigné. Le vendredi 23 juin, avant 8 h du matin, Philippe fut conduit discrètement jusqu’à la clinique des Augustînes de Malestroit. Il est accompagné d’un de ses camarades, Roger Bertheloot atteint par balles à la jambe gauche. D’autres parachutistes étaient déjà secrètement soignés par les religieuses.

L’avant- bras fracassé par une balle, resté pratiquement sans soin, Philippe souffre atrocement. Mère Yvonne-Aimée écrit en 1946 : « Avant de leur donner des instructions ou des alibis pour se tirer d’affaire, au cas où la Gestapo viendrait, il était urgent d’opérer ces deux-là, qui vivaient depuis quatre jours sans soins, dans les bois, couchant dans la fougère. Ces pauvres enfants étaient exténués. Je les nomme enfants… Ils n’avaient que 19 et 21 ans. Donc, ils furent opérés. Tout réussit bien. Mais, ils étaient à peine réveillés qu’arrivé la Gestapo… Deux cent hommes armés cernent la communauté et la clinique : une vingtaine y pénètre armée de mitraillettes ».

Que s’était-il passé ? Joseph Jégo, dans son ouvrage « Rage, Action, Tourmente en pays de Lanvaux », signale que Reinhart et Bertheloot étaient parvenus jusqu’à la clinique dans une voiture, accompagnés d’une femme de la région, infirmière, Madame Lapierre. Un matelas avait été glissé dans la voiture et les deux blessés avaient été conduits sans encombre. À leur arrivée, les religieuses auraient été épouvantées « à la vue de ce convoi, bon à éveiller des soupçons chez les Allemands ». Le chauffeur de la voiture avait été vu ensuite parlant aux Allemands… Maladresse ou dénonciation ? On ne le sait.

Quoiqu’il en soit, très vite, tous les passages d’entrée de la clinique sont bloqués. A l’intérieur, à tous les étages et dans chaque escalier, un soldat, mitraillette à la main, veille. Mère Yvonne-Aïmée avait été prévenue de l’arrivée des Allemands. Sœur Marie-Guilbaut était à l’entrée. Elle avait disposé la fenêtre de son bureau de telle façon que s’y reflète la silhouette des visiteurs de la clinique. Ainsi, avant même que les Allemands pénètrent dans son bureau, elle avait couru à l’extrémité du couloir voisin pour sonner la cloche trois fois 1.2.2. : les coups de Sœur Marie de la Trinité, la Mère économe de la Communauté, pour l’alerter. Selon un scénario établi à l’avance, les résistants et maquisards soignés au dernier étage de la clinique devaient se faire passer pour des blessés du bombardement de Ploërmel, qui avait eu lieu huit jours auparavant. Les S.A.S., arrivés depuis quelques jours, avaient été dotés de fausse carte d’identité par les religieuses. Philippe Reinhart ne se souvient malheureusement pas des détails de sa rocambolesque aventure à la clinique. Installé dans une confortable chambre après son opération, il venait de se réveiller, d’être coiffé et rasé. Son bras était dans le plâtre et les effets de l’anesthésie n’étaient pas encore dissipés lorsque la perquisition allemande eut lieu. Il n’avait toujours pas reçu de faux papiers bien que les religieuses l’aient déjà pris en photo à cette fin. Roger Berthetoot partageait la même situation. Leurs pyjamas anglais, leurs cigarettes étrangères les trahissaient. Il fallait les faire fuir. « Mère Yvonne-Aimée et Sœur Marie de la Trinité ont été formidables. Nous étions au 3e étage de la clinique. Sœur Marie de la Trinité vint très vite nous chercher. Notre chance fut que les Allemands n’aient pas encore découvert le petit escalier par lequel cette religieuse nous fit descendre. Une galerie vitrée reliait la clinique aux bâtiments de la communauté des religieuses. Courbés pour ne pas être vus, nous avons pu atteindre la porte de la communauté où Mère Yvonne-Aimée nous fit pénétrer immédiatement ».

Les deux garçons auraient été brièvement installés dans une cellule de l’infirmerie. Mais Mère Yvonne-Aimée n’était pas tranquille. La fouille de la clinique était sévère et l’espace de la clôture risquait d’être violé par les Allemands. Mère Yvonne-Aimée prit l’exceptionnelle décision de faire franchir la clôture à ces deux jeunes garçons et de les installer sur deux chaises longues à la tribune de la chapelle des religieuses. « C’est elle, en personne, qui m’a vraisemblablement prêté l’une de ses jupes pendant que Sœur Marie de la Croix alla jusqu’à la lingerie trouver deux rochets et deux guimpes de malade pour compléter notre tenue de religieuse ».

L’espace de clôture fut finalement épargné par la perquisition et tes Allemands respectèrent miraculeusement son caractère sacré. « Au départ des Allemands, les religieuses nous firent redescendre pour nous installer dans les appartements alors inhabités de Monseigneur Picaud. J’ai, paraît-il, dormi dans son lit, un lit d’évêque ! ».

Les souvenirs de M. Reinhart ne sont pas précis. Mais il sait que Mère Yvonne-Aimée lui fit servir un bon repas. Il avait le bras plâtré et son compagnon souffrait de sa blessure à la jambe. La supérieure organisa rapidement leur évacuation. Rester plus longtemps, c’était prendre trop de risques. La clinique n’était plus sûre. Dès le lendemain de la perquisition, un dimanche, Sœur Philippe et Sœur Roger furent conduits jusqu’à Saint-Congard. « J’avoue avoir longtemps gardé à l’esprit le fait que nous étions sortis de la clinique dans une charrette de foin, que nous nous étions cachés dans un atelier à la sortie de Malestroit avant d’être conduits ailleurs. Mais mes souvenirs ne sont pas très nets sur ce point ». Selon les recherches effectuées par Joseph Jégo, c’est lorsque les Allemands prenaient leur déjeuner, qu’un jeune habitant de Malestroit, François Gousset et son grand-père, Joseph Foucaud, prirent le risque d’évacuer en voiture les deux jeunes garçons. Ils les conduisirent prés de trois fermes isolées, dans une cabane perdue au fond d’un bois. Là, ils purent reprendre des forces. « Les trois familles de ces fermes, ajoute Philippe Reinhart, venaient à tour de rôle nous nourrir dans notre petit bosquet. Cela permettait de ne pas éveiller les soupçons sur l’une d’entre elles en particulier. Ces braves gens nous avaient construit un abri et nous n’avons pas souffert de ce camping. C’était un bel été et je me souviens avoir été très bien nourri. Chaque famille cuisinait à sa façon et nous faisait profiter de ses spécialités… Ma nature me porte à ne me souvenir en définitive que des meilleurs moments ». Le 27 juin 1944, une nouvelle perquisition eut lieu à la clinique mais cette fois-ci Mère Yvonne-Aimée ne put sauver Arsène Julliard, un parachutiste S.A.S. et son voisin de chambre, Victor Mahé, tous deux blessés par balles. Leurs corps furent retrouvés dans un charnier de Penthièvre à la Libération. Des représailles sur la communauté auraient pu être effectuées et c’est miracle encore si cela n’est jamais arrivé…

Dans leur nouvelle cachette à Saint-Congard, Philippe et Roger avaient été rejoints par Marcel Trouvé, un sergent parachutiste. Blessé à la jambe, il avait été lui aussi évacué précipitamment de la clinique des Augustines, caché dans le double fond d’une charrette recouverte de fumier pour le camoufler… Les Allemands avaient interdit toute circulation automobile à ce moment.

Philippe Reinhart resta plusieurs semaines dans sa cachette. C’est seul qu’il retira son plâtre et prit le 14 juillet la décision de retourner au combat. Ce n’est que le 6 août, jour de la libération de Malestroit, que ses deux compagnons purent sortir de leur ermitage. Philippe Reinhart participa à des opérations de reconnaissance en Bretagne aux côtés des Américains qu’il guida à partir de Malestroit sur les petites routes bretonnes jusqu’à la Roche-Bernard. « C’était vraiment un très bel été. Nous gagnions la guerre !… » Après avoir participé à la Campagne du régiment parachutiste sur la Loire, Philippe Reinhart passa une grande partie de l’automne au Val de Grâce où son bras finit de guérir. Ses compagnons étaient alors au repos en Champagne. Dirigé à nouveau sur l’Angleterre en février, il fut parachuté au cours du mois d’avril en Hollande. C’est là qu’il mit un point final à sa participation à la guerre.

« Notre mission était d’empêcher la destruction d’un certain nombre de digues en devançant les troupes canadiennes. Ainsi, nous avons évité que la Hollande soit noyée ! ».

Démobilisé le 2 septembre 1945, son devoir accompli, le sergent Reïnhardt abandonna définitivement l’armée.

Philippe Reinhart n’a vraiment fait connaissance avec Mère Yvonne-Aimée qu’après la guerre. Il la vit souvent à Paris. Cette femme l’a profondément impressionné par son dynamisme. « Elle voyageait beaucoup. Je l’ai souvent rencontrée avant qu’elle ne prenne l’avion pour le Canada ou un autre lieu où des Augustines étaient établies. Elle avait un sens prononcé de l’organisation. Toute sa vie, elle a pris de très gros risques. Pour moi, elle reste avant tout une femme d’action ». De nombreuses années se sont écoulées depuis ces événements, mais Philippe Reinhart n’a pas oublié. Il revient régulièrement saluer les Augustines de Malestroit. N’accordant qu’un crédit bien relatif aux témoignages, c’est en s’appuyant sur les ordres de mission donnés, archivés aujourd’hui au Service historique de l’Armée à Vincennes, qu’il contribue à l’élaboration d’un livre sur l’histoire des parachutistes de la France Libre. Mais les archives disponibles ne sont pas nombreuses, ni encore classées et il reste encore beaucoup à découvrir…

Témoignage de M. Philippe Reinhart

recueilli par Olivier D,

Etienne G et Julien Le A


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