1 Présentation du maquis

Saint-Marcel est une petite localité du Morbihan située à une trentaine de kilomètres de Vannes. Ploërmel est à 19 kilomètres au nord, Malestroit à trois kilomètres à Test. Ce sont les villes les plus proches de ce petit bourg rural que deux routes à très faible circulation traversaient à l’époque. Cet éloignement des grandes voies de communication, la présence d’une végétation composite alternant cultures céréalières et taillis retiennent en 1943 l’attention des Alliés qui cherchent un site valable afin de permettre des parachutages d’armes, voire même d’unités aéroportées. Un terrain est plus particulièrement retenu. Bien que très isolé dans la campagne bretonne, il est facile à repérer d’avion car il se situe entre la ligne de chemin de fer Questembert-Ploërmel et la rivière Oust… Le terrain est homologué par les Alliés sous le nom de code de « Baleine » et à partir de mai 1943, c’est une DZ (dropping zone) qui reçoit de nombreux containers d’armes et de munitions.

Le commandant départemental de l’Armée secrète avait décidé d’établir à la ferme de La Mouette toute proche la base pour la réception d’armes et, éventuellement, de renforts parachutés au moment du Débarquement allié. Avec l’accord du fermier, Monsieur Pondard et de toute sa famille, cette ferme devient le lieu de ralliement de nombreux résistants de la région de Malestroit On surnomme alors ce lieu « La petite France ». Tout un programme pour ces nombreux jeunes gens qui désirent ardemment libérer leur pays et qui affluent en nombre à La Nouette. En avril 1944, les résistants sont de plus en plus victimes d’arrestations et certains se réfugient au Maquis de Saint-Marcel. Ce sont donc, plus de 2 000 hommes qui se trouvent début juin sous les ordres du commandant Morice dans la région de Saint-Marcel.

C’est à cette époque que le Conseil National de la Résistance (C.N.R.) confie aux résistants de la région de Malestroit le soin de détruire les voies ferrées, de couper les lignes téléphoniques, mais aussi d’effectuer des opérations de guérilla dans !e but d’affaiblir au maximum les Allemands. 150 000 Allemands occupaient alors la Bretagne et il fallait, aussi longtemps que possible, les maintenir sur place au moment du Débarquement allié en Normandie. La densité d’occupation est particulièrement élevée dans l’ouest de la Bretagne qui a été partagé, dès le mois de mai 1944, en secteurs de sécurité surveillés par des unités militaires ennemies spéciales…

C’est au cours du 4 et 5 juin que les opérations commencèrent. Un message : « Les dés sont sur le tapis », diffusé le 4 juin par Radio-Londres, déclencha le Plan Vert. Il visait ta destruction des voies ferrées. Le Plan Violet, lui, devait consister à couper les lignes téléphoniques de l’ennemi. Enfin, « II fait chaud à Suez », message entendu le 5 juin, lançait le Plan Rouge, c’est-à-dire des opérations de guérilla. Les groupes locaux de résistance se mobilisèrent aussitôt et cela aboutit à une concentration d’environ 3 500 hommes.

Le 6 juin, le maquis de Saint-Marcel est renforcé par des paras S.A.S. (Spécial Air Service) de la France Libre, largués sur Plumelec et Guéhéno. C’est le bataillon du commandant Bourgoin, composé de 500 hommes, appartenant au 2ème régiment de Chasseurs parachutistes, qui avait été choisi pour exécuter les missions de sabotage et d’infiltration.

Les missions des maquisards de Saint-Marcel, comme celles des paras, sont claires : appliquer les Plans Vert, Violet et Rouge, organiser une base d’où rayonneraient des groupes de guérilla et où ils viendraient s’approvisionner et s’entraîner. Enfin, il fallait se préparer à soutenir un éventuel débarquement allié sur la côte morbihannaise. Des parachutages eurent lieu toutes les nuits à partir du 9 juin 1944. Ce fut l’une des plus grande opération de parachutage réalisée dans la France occupée. Ces opérations furent évidemment remar-

quées par les Allemands. Les F.F.I. étaient bien conscients que tôt ou tard leur base allait être repérée. Par conséquent, ils attendirent avec impatience l’ordre d’accroître la guérilla et de marcher au devant des troupes alliées (qui devaient, pensait-on, vraisemblablement débarquer entre Port-Navalo et l’estuaire de la Vilaine) pour leur servir de guide dans la campagne bretonne. Finalement, ce second débarquement n’eut pas lieu. Cette décision leur parvint par message radio et la dispersion des unités fut aussitôt ordonnée. S’il fallait éviter à tout prix la bataille rangée, le commandant Bourgoin alias « Le Manchot » reçut cependant la consigne de multiplier les actions de guérilla. Il décida alors de disperser les unités F.F.I. et S.A.S, dans tout le département. Malheureusement, il était trop tard…

A l’aube du 18 juin 1944, le premier poste F.F.I. ouvrit le feu sur deux voitures de patrouille allemande venues vraisemblablement se rendre compte de ce qui se passait dans la région. Un des Allemands réussit à s’échapper et donna l’alerte. Croyant n’avoir face à eux qu’un petit nombre de maquisards (en réalité le camp était alors défendu par 2 400 hommes), 200 Allemands de la garnison de Malestroit arrivèrent à 9 h, isolés, et progressèrent en file indienne. Ils furent vite balayés par les fusils-mitrailleurs des maquisards et subirent de très fortes pertes. Une seconde attaque allemande débuta à 10 h. De nouveau, les victimes allemandes furent nombreuses. Le chef du camp demanda aux Alliés des secours aériens.

Vers 14 h, les Allemands reprirent et accrurent leur attaques. L’aviation alliée, des chasseurs bombardiers de L’U.S Air Force venant de Normandie, intervinrent vers 15 h 30, semant la panique parmi les Allemands. Cependant, après le départ des avions, l’attaque reprit avec plus de vigueur… La bataille fut terrible. Lorsque la nuit arriva, il fallut cesser de se battre. Chacun, au camp, savait alors que, dès l’aube, le combat reprendrait et que l’ennemi disposerait de renforts beaucoup plus importants, ceux de l’artillerie et surtout des blindés.

La décision de disperser la base du camp, avant qu’elle ne fût encerclée, fut donc prise vers 22 h. 2 000 hommes disparurent dans la nuit. Ils regagnèrent leur maquis d’origine. Avant de déserter le site, il fallait faire sauter trois tonnes d’explosifs et de munitions pour éviter qu’ils ne tombent aux mains des Allemands.

Au cours de cette bataille de Saint-Marcel, une trentaine de Français F.F.I. et six parachutistes S.A.S. furent tués. Du côté allemand, les pertes furent beaucoup plus élevées : on avance le chiffre de 600 morts, mais sans doute y a-t-il là une certaine surévaluation. Les Allemands avaient sous-estime l’importance des effectifs français et leur capacité de défense.

Au cours du 19 juin, c’est un camp totalement vide que les Allemands découvrirent et ils tirèrent sur un ennemi désormais absent. Par dépit, par vengeance aussi, ils exécutèrent les blessés qu’ils découvrirent cachés dans les fermes aux alentours. Ils firent la chasse aux « terroristes », fouillant sans cesse les villages et les bois, arrêtant ou massacrant les malheureux isolés qui n’avaient pu s’enfuir à leur approche, persécutant les populations civiles, torturant, assassinant. Cette véritable chasse aux « terroristes » était ouverte sans la moindre pitié par la Gestapo, la Milice, un escadron d’Ukrainiens et un bataillon de Géorgiens à la solde des nazis. Les uns et les autres semèrent la terreur parmi la population. Ils brûlèrent les fermes et le bourg de Saint-Marcel. Seuls l’église, le presbytère et les écoles du village furent épargnés.

Avec la bataille de Saint-Marcel, les Allemands découvrirent l’existence de forces bien armées et encadrées, en relation permanente avec l’état-major allié, qui leur infligèrent des pertes sérieuses. Quant aux Alliés, cette bataille leur apprit que la lutte armée clandestine ne pouvait être organisée à partir d’une base permanente. Le combat de Saint-Marcel eut un grand retentissement dans le Morbihan. En effet, pour la première fois, l’occupant y était tenu en échec.

Texte publié dans « Passeurs de mémoire » , publication du collège public de Courdimanche (95) en 1997. Direction JF Couriol et JP Dubreuil.. Ecrits d’élèves de troisième.

D’après un texte du Général Compagnon.

Réalisation : Olivier Chevassut

Croquis réalisé par Olivier Chevassus

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