Pollutions plastiques, Etat des lieux.

Les connaissances en matière de pollutions plastiques sont très récentes. Une grande quantité de travaux scientifiques est en cours de publication. La rubrique "rapports et documents" vous présente celles ayant significativement fait évoluer notre connaissance. En complément, et pour vous permettre d'appréhender la situation dans sa globalité, OsP vous propose ici, un Etat des lieux synthétique.


Sur les 220 millions de tonnes de plastiques produits annuellement 14% finissent inexorablement leur course dans les océans, exutoires de nos pollutions terrestre. Le Programme des Nations-Unis pour l’Environnement1 estime ainsi que chaque année 30 millions de tonnes de déchets aboutissent dans les océans. Sous l’effet des courants marins ou “gyres” des concentrations inquiétantes de 18 000 morceaux de plastique par km² dans le Pacifique Nord2 et jusque 115 000 en Méditerranée3 sont relevés4. Si les premières zones de concentration ont été mises en lumière dès les années 1970 en Atlantique Nord5 les recherches récentes en dénombrent cinq majeures6: Pacifique Nord & Sud, Atlantique Nord & Sud et Océan indien. Des concentrations dans les gyres qui ne doivent pas faire oublier que désormais plus aucun espace marin n’est vierge de ces pollutions. Les échantillons collectés dans l’océan Antarctique contiennent de 956 à 42 826 morceaux de plastique par kilomètre carré7 tandis que les planchers océaniques8 9 se révèlent jonchés de macro déchets.



Les effets des macro-déchets sur la biodiversité commencent à être bien documentés10. Les résidus de filets de pêche, “plastic-rings”, sacs plastiques et autres éléments assimilés à des aliments par la faune atteignent tortues de mer, mammifères marins et oiseaux pélagiques. Étouffement et colmatage des systèmes digestifs sont les deux principales conséquences. Si l’on considérait en 2006 que 267 espèces étaient affectées, conduisant à la perte de plus d’un million d’oiseaux et de cent milles mammifères par an,11 des chiffres publiés en 2013 soulignaient un accroissement de la mortalité par étouffement de 40% et une augmentation du nombre d’espèces touchées (663 espèces concernées12).



Outre les déséquilibres écologiques profonds induits par une baisse des populations des espèces affectées, les déchets plastiques pourraient également altérer les écosystèmes en constituant des foyers de développement et de déplacement propices aux espèces invasives13 telles l’arthropode Halobates sericeus colonnisant le gyre de déchets du Pacifique Nord14 ou les polypes de méduses 15. Des travaux en cours évoquent également des bouleversement dans les équilibres bactériens des écosystèmes marins du fait de l’apparition de ces nouveaux substrats.

 



Les conséquences des rejets de micro-billes plastiques et de la réduction, par les éléments naturels, des macro-déchets en très petits fragments sont quant à elles bien moins maîtrisées. Ces plastiques parfois non perceptibles à l’oeil nu se comportent comme de nouveaux maillons de la chaîne alimentaire, se substituant au plancton. Les études dont nous disposons démontrent la capacité des plastiques à pénétrer toute la chaîne alimentaire, notamment par les espèces filtrantes comme la moule16. Si aucune recherche n’a porté à ce jour sur la toxicité de ces micro-fragments en tant que tels dans la chaîne alimentaire, leur capacité à absorber et stocker les polluants en a fait un sujet de recherche majeur. Les résultats publiés non seulement confirment la capacité des fragments plastiques à emmagasiner de nombreux polluants organiques persistants (PCB, HAP, PBDE, DDT, … ) mais soulignent leurs conséquences sur la santé des poissons étudiés (dysfonctionnement du foie, cancers)17. Ces animaux témoignent de la menace qui pèse sur l’entièreté de l’écosystème et par là même sur la santé humaine18


L'altération des écosystèmes marins par les plastiques induit également des pertes économiques significatives. Si le Programme des Nations Unies pour l’Environnement évoque des pertes annuelles directes d’au minimum 13 milliards de dollars19, son Assemblée réunie à Nairobi en juin 2014 estimait le coût global en “capital naturel" à 75 milliards de dollars20. Ces pertes se manifestent par une diminution des sites de pêche, une perte sur la valeur et les stocks des ressources halieutiques, des coûts de dépollution des littoraux, une perte de fréquentation touristique, un accroissement des dommages sur les bateaux21; sans oublier les pertes en ressources pétrolières non renouvelables.



Si le constat est sévère, les pollutions plastiques ne sont pas inéluctables et rien ne justifie de céder au fatalisme. La Norvège par exemple recycle plus de 80% de ses plastiques usagers. Et cet exemple n’est pas isolé. L’UNESCO souligne que “des pays ont adopté une stratégie de gestion intégrée des déchets et ressources”. C’est forte de cette même conviction qu’un avenir réconciliant activités humaines et préservation de l’environnement est possible qu’Océans sans Plastiques s’attache à rassembler les compétences et ressources des acteurs de l'environnement, de l'industrie, de la recherche et de l'économie sociale autour de solutions pragmatiques. A l’issue d’un an de travail consacré à l’étude des solutions existantes - expérimentées ou à l’état d’ébauches -, à l’analyse des exemples de stratégies de filières ou nationales mises en oeuvre, OsP livre 22 propositions pour des Océans sans Plastiques. 22 propositions à l’attention du citoyen, des pouvoirs publics, des professionnels, des acteurs de la recherche, de la protection de l’environnement pour qu’émerge, enfin, une stratégie commune pour des océans sans plastiques.


Sources : 1 “Rio+20 : durabilité de l'océan et des zones côtières - Faits et chiffres sur la pollution marine” 2006    2 “Pollution in the open oceans: a review of assessments and related studies - GESAMP 2009”   3 “Evaluation de l’impact des micro-plastiques sur la santé et le fonctionnement des écosystèmes en Méditerranée”   4 “Monitoring the abundance of plastic debris in the marine environment - Ryan, Moore, Van Franeker et al. 2009”   5 “Plastics on the Sargasso Sea Surface - Carpenter et al. 1972”   6 “Plastic debris in the open oceans - PNAS - A. Cozar et al 2014”   7 “Mission Algalita-Tara com. perso 2011  8 “Marine Litter Distribution and Density in European Seas, from the Shelves to Deep Basins - C.K. Pham et al. 2014”   9 “Debris in the deep [...] survey marine litter in Monterey Canyon, central California, USA - S. Von Thun 2013”   10 “Rio+20 : durabilité de l'océan et des zones côtières - Faits et chiffres sur la pollution marine” 2006   11 “Rio+20 : durabilité de l'océan et des zones côtières - Faits et chiffres sur la pollution marine” 2006   12 “Impacts of Marine Debris on Biodiversity: Current Status and Potential Solutions” R. Thompson et al. 2012   13Menace en mer, les espèces exotiques envahissantes dans l’environnement marin” UICN 2012   14Increased oceanic microplastic debris enhances oviposition in an endemic pelagic insect.” M. Goldstein et al.2012   15 “Les méduses, ces nouveaux seigneurs de la mer” R. Calgano et al. conférence à la Maison des Océans à Paris le 14 mai 2014  16 “Ingested Microscopic Plastic Translocates to the Circulatory System of the Mussel, Mytilus edulis (L.)” M.A. Browne et al. 2008   17 “Ingested plastic transfers hazardouschemicals to fish and induces hepaticstress” Chelsea Rochman et al. 2013   18 “Ecotoxicology: theory and practice” V. E. Forbes et al. 1997   19 “UNEP Year book 2014: Emerginc issues in our global environnement. chap 8 Plastic Debris in the ocean” UNEP 2014   20 “The Business Case for Measuring, Managing and Disclosing Plastic Use in the Consumer Goods Industry” UNEP 2014   21 “The pollution of the marine environment by plastic debris: a review” Jose G.B. Derraik 2002