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Les mines

Les mines de charbon de Banne et de Saint-Paul-le-Jeune

par Michel APPOURCHAUX

(Cahier n° 49 du 15 février 1996 de Mémoire d'Ardèche et Temps Présent)

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Le petit bassin houiller de Banne et Saint-Paul-le-Jeune (1) dans le Sud du département, à la limite du département du Gard, est un prolongement vers le nord du bassin houiller d'Alès, avec lequel il ne présente que peu de discontinuité. Il constitue la partie supérieure de la branche est d'un V majuscule, dont la pointe dirigée vers le sud, se termine à l'ouest de la ville d'Alès. Il est difficile de séparer l'étude du bassin ardéchois de celle de son grand voisin, exploité beaucoup plus longtemps, et avec lequel il a toujours eu de puissants liens économiques et humains.

Un historique succint

L'existence du charbon dans nos régions du sud de l'Ardèche est connue depuis fort longtemps. Rien ne nous permet d'affirmer que les Romains aient connu l'existence du « charbon de pierre ». Mais il n'est pas interdit d'imaginer que, suivant le parcours de la Voie Régordane où l'on rencontre des affleurements de houille, ceux-ci n'aient pas échappé aux regards des voyageurs.

L'utilisation du charbon comme combustible et l'exploitation modeste des affleurements se fit sans doute dès le Moyen-Age. Aucun document, en Ardèche et à notre connaissance, ne permet de l'affirmer mais, dans le Gard tout proche, on trouve dès 1230 des conventions d'affermage de gisements de « terre noire ».

Il n'existait alors aucune législation particulière concernant les mines. Les propriétaires du sol extrayaient ou laissaient extraire le charbon qu'on regardait comme une simple dépendance du sol. Par un édit du 13 mai 1698, Louis XIV proclama même le principe de la liberté absolue pour le propirétaire du sol d'extraire du sol la houille qu'il recélait (2).

Il semble que le premier contrat d'exploitation des mines de Banne, dans ce contexte, date de 1733 (3).

Mais, constatant que cette liberté totale d'exploitation des gisements pouvait avoir des conséquences fâcheuses et risquait d'être génératrice de nombreux conflits locaux dès que grandissait l'intérêt de l'utilisation de la houille, un arrêt du 11 janvier 1744 conditionna l'ouverture d'une entreprise d'exploitation à la délivrance par le contrôleur des finances d'une autorisation. Mais cet arrêt resta longtemps lettre morte – jusqu'au Premier Empire – et l'administration laissa faire.

Pour que l'exploitation de la houille puisse se développer, il fallait que d'autres utilisations locales que le chauffage domestique ou le petit artisanat se fassent jour. Il ne pouvait, en effet, être question d'envoyer le charbon hors de la région, les difficultés et les frais de transport étant élevés et empêchant toute concurrence avec le combustible naturel de l'époque: le bois, uniformément répandu sur tout le térritoire.

Dans la région de Banne et de Saint-Paul-le-Jeune, il est probable que la première utilisation « industrielle » du charbon fut la fabrication de la chaux vive. La matière première, les roches calcaires, était sur place et les nombreux vestiges de fours à chaux témoignent d'une production importante (4).

Plus, tard, avec le développement de la machine à vapeur, de l'industrie de la soie, les utilisations se diversifièrent.

C'est dans les années 1770 à 1775 qu'apparut dans notre région le sieur de Tubeuf qui, venant de Normandie, apporta des méthodes plus rationnelles d'exploitation. Il obtint, par plusieurs arrêts royaux, entre 1771 et 1775, le privilège d'exploiter les mines qu'il avait découvertes ou redécouvertes. Il apporta de nombreux perfectionnements dans l'extraction: usage des coins pour extraire le charbons, treuils. Mais, se heurtant en de nombreux endroits à l'hostilité des propriétaires du sol, il finit par se décourager et émigra au Texas où il fut assassiné par des Indiens en 1795.

Cette hostilité des propriétaires du sol à l'encontre des exploitants ayant obtenu des concessions semble assez générale. Si nous n'avons pas connaissance du cahier de doléances de Banne en 1789, on trouve dans d'autres cahiers des plaintes en ce sens. Ainsi dans l'article 11 de celui d'Ailhon, proche des mines de charbon de Prades:

« Le Vivarais risque de manquer totalement de bois dans per d'années et désirerait un règlement quy déffandit aux filateurs de soie d'en consommer pour leur filature pourvu que le prix du charbon de pierre fut fixé qu prix qu'il était avant que certaine companie en vertu des arrêts du Conseil rendus par deffaut se fussent emparer des mines de ce pays l'eussent porté à un gain rapide et prodigieux sans penser seulement à indemniser le paisant propriétaire de ces mines »,

ou encore dans ceux du Gard (5):

« Sa Majesté est très humblement suppliée de détruire cette vexation, d'accorder la propriété des mines de pierre de charbon aux propriétaires des fonds, et qu'il soit loisible à chacun de l'acheter là où il lui semblera »,

« Demander la suppression des concessions minières comme attentatoire au droit de propriété »,

Que Sa Majesté soit suppliée de supprimer tous privilèges exclusifs, et d'accorder la propriété des mines, autres que celles d'or et d'argent, à ceux dans les fonds de qui elles ont été ou seront découvertes ».

C'est donc tout naturellement que, sous la Révolution, les mines devinrent propriété de la Nation, et l'Etat laissera, par une loi du 28 juillet 1791, l'autorisation aux propriétaires du sol de les exploiter « à tranchées ouvertes ou avec fosses, jusqu'à cent pieds de profondeur ».

Les affleurements furent alors fouillés, sans méthode et abandonnés dès qu'apparaissaient quelque difficulté technique. Il faut attendre la consolidation du Premier Empire pour voir reprendre une gestion rationnelle. La loi du 21 avril 1810 – encore en vigueur – rétablit le principe des concessions des mines de houille à des sociétés d'exploitation et les rend perpétuelles et transmissibles comme les autres biens. C'est à partir des années 1820 que va commencer vraiment l'exploitation « industrielle » du bassin. Les sociétés se regroupent. Elles éliminent leurs concurrents les plus faibles et peuvent alors investir massivement. On peut d'ailleurs être surpris aujourd'hui devant ce qui reste des installations de l'époque, de l'importance des dépenses de premier établissement par rapport au but à atteindre et au profit à escompter. On dispose de peu de chiffres à ce sujet (6), mais on peut estimer que la production a réellement décollé vers 1825, pour atteindre son allure maximale entre 1880 et 1885 et décroître ensuite lentement jusqu'à la guerre de 1914-1918. Pendant la guerre, il semble y avoir eu quleques difficultés de main-d'oeuvre, certaines sociétés ayant, semble-t-il, négligé de demander à l'autorité militaire l'affectation spéciale de leurs ouvriers mobilisés, de ce fait, dès les premiers jours du conflit. Certains purent reprendre par la suite leur affectation à la mine après démobilisation en 1915 et 1916.

Après la guerre la décroissance se poursuivra jusqu'en 1931 où la totalité des exploitations seront fermées « définitivement », disait-on à l'époque. Mais en 1941, devant la pénurie de combustible et à la suite de quelques initiatives personnelles et intéressées, l'exploitations fut reprise sur une petite échelle. Dès la nationalisation des Houillères (7) en 1946, la décision fut prise de fermer ces chantiers, l'effort de modernisation de la nouvelle société nationale se portant de préférence sur des gisements plus productifs et mieux situés. La fermeture définitive intervint en mai 1950, et les mineurs restants furents, suivant leur âge, en partie maintenus sur le site pour le démontage du matériel, en partie envoyés au carreau de Molières-sur-Cèze dans le Gard (8).

L'organisation du bassin

Situation et configuration

Banne et Saint-Paul-le-Jeune, sur la route départementale 104 d'Aubenas à Alès, sont avec Malbosc les communes de l'extrème sud-ouest du département, dans le canton de Les Vans, à la limite du département du Gard.

Le bassin houiller est longé à l'est par les routes départementales 901 et 104 (Les Vans à Saint-Paul-le-Jeune), à l'ouest par la route départementale 310 (Les Vans à Bessèges) puis, au-delà du pont du Martinet, par la route départementale, suivant la rive droite de la rivière la Ganière. Au nord, la limite en est la route départementale 251 (Les Vans à Banne) puis la route départementale 305 qui joint Banne à la départementale 901 au niveau du Château des Lèbres. Le gisement ardéchois est borné, au sud, par la limite entre les deux départements de l'Ardèche et du Gard.

Il s'étend ainsi sur 6,5 km du nord au sud, et 4 km de l'ouest à l'est et sa superficie ardéchoise est de 12 km² environ.

C'est une région physiquement très tourmentée, d'altitude moyenne. Elle culmine à près de 500 mètres au serre de Bannelle pour se retrouver aux environ de 200 mètres près de la Ganière (les pentes y sont très accentuées, souvent de l'ordre de 40%).