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Faire la paix par la sécurité collective :
les actions de l’ONU sous les mandats de
Kofi Annan (1997-2006)
Faire la paix par la sécurité collective :
les actions de l’ONU sous les mandats de
Kofi Annan (1997-2006)
Afrique : imbroglio autour des sièges permanents au Conseil de sécurité des Nations unies, Le Point, 30 septembre 2024
Le Brésil et l’Inde demandent des sièges permanents au Conseil de sécurité de l’Onu, Ouest France, 9 juillet 2025
2,4 milliards de dollars d'arriérés parce que Trump ne paie plus: asphyxiée financièrement, l'ONU supprime 20% de ses effectifs et tranche dans l'aide humanitaire, BFMTV, 18 septembre 2025
Gaza: l'ONU «a cessé de fonctionner», déclare le président brésilien Lula, Le Figaro, 25 octobre 2025
La Première guerre mondiale et son bilan dramatique rassemblent les populations européennes autour d’un projet de paix durable qui ferait de la Grande guerre la « der des der ». Le président américain Woodrow Wilson est l’instigateur de ce projet autour de ses 14 points : « Jamais auparavant le monde n'a été témoin d'une pareille union d'intention aussi soudaine que puissante » affirme-t-il en 1918. Wilson a pour ambition de fonder un nouvel ordre international, organisé autour d’une association générale des nations. Celle-ci reposerait sur une diplomatie ouverte et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. En 1919, c’est la naissance de la SDN, la Société des Nations. Deux vices de naissance entachent cette création. Tout d’abord, les 26 articles du pacte de la Société sont intégrés à chaque traité de paix signé à la fin de la guerre ; Les Etats défaits et leur opinion publique, mécontents de la forme et du fond des traités de paix, développent une méfiance envers la SDN. D’autre part, le Sénat américain rejette la participation des Etats-Unis à la SDN. Cette société des Nations est donc fragilisée dès sa fondation, fragilité qui ne résistera pas à la montée des fascismes en Europe.
Ce projet d’association des nations dans l’optique de maintenir la paix émerge de nouveau à la suite de la Seconde Guerre mondiale dont le bilan meurtrier et le traumatisme psychologique sont extrêmes. Toujours sous l’égide des Etats-Unis, l'ONU, Organisation des Nations-Unies, naît de la charte des Nations unies, signée à San Francisco le 26 juillet 1945 par 51 Etats. L’ambition est de préserver la paix dans le monde en instaurant une démocratie internationale et en gérant l’usage de la force légitime par une concertation des puissances au travers de la création d'une armée onusienne. 51 Etats membres en 1945, il y a désormais 193 Etats au sein de l’ONU depuis 2011. Tous les États membres de l'Organisation sont égaux en droits et possèdent chacun une voix dans les recommandations émises au sein de l’Assemblée générale. Le Conseil de sécurité a quant à lui la mission de préserver la paix, au besoin par l’envoi de casques bleus. L’égalité n’est plus la règle au sein de ce conseil de sécurité. On y trouve les 5 vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale qui ont lutté contre le nazisme et l’impérialisme japonais, qui possèdent chacun un droit de veto (USA, R-U, France, URSS-Russie, Chine). Les 5 membres permanents du Conseil de sécurité sont complétés par 10 membres non permanents élus pour deux ans. Pour qu’une résolution soit adoptée, il faut une majorité de 12 voix sur les 15 et qu’aucun membre permanent n’ait utilisé son droit de veto. Toute résolution adoptée par le Conseil de sécurité est contraignante pour l'ensemble des États membres. Ainsi, le Conseil de sécurité n’aboutit à l’adoption d’une résolution que si les Etats membres travaillent en harmonie et mettent les intérêts collectifs au-dessus de leurs intérêts particuliers. La guerre froide est l’épreuve de vérité qui met rapidement en lumière les limites de ce fonctionnement et les limites de la bonne volonté de chacun. Avec la guerre en Syrie qui dure depuis 2011 ou la guerre en Ukraine déclenchée suite à l’invasion russe le 24 février 2022, les critiques sur les faiblesses, les inégalités et les blocages du fonctionnement de l’ONU ont émergé de nouveau avec plus d’acuité : aucun pays africain parmi les membres permanents du Conseil de sécurité ; un droit de veto qui bloque toute résolution ; une hégémonie des occidentaux au Conseil de sécurité.
Kofi Annan devient le 7ème secrétaire général de l’ONU le 1er janvier 1997 et ne quitte son poste qu’en 2006, à la fin de son second mandat. Il a pour ambition de réformer l’ONU et d’être proactif plutôt que de réagir aux conflits. Il met en place une série de mesures pour permettre l’accès au développement, la lutte contre la pauvreté et les inégalités qui sont sources potentielles de futurs conflits et une honte certaine pour la communauté internationale.
Il s’engage dès 1998 au travers de son rapport sur « les causes des conflits et la promotion de la paix et d’un développement durables en Afrique », continent délaissé par la communauté internationale. En avril 2000, il publie aussi un rapport « Nous les peuples : le rôle des Nations Unies au XXIe siècle », dans lequel il invite les États Membres à s’engager en faveur d’un plan d’action pour l’élimination de la pauvreté et de l’inégalité. Ce rapport voit sa réalisation au travers des Objectifs du millénaire pour le développement qui s’articule en 8 points : Elimination de l’extrême pauvreté et de la faim, amélioration de l’éducation, promotion de l’égalité des sexes, réduction de la mortalité infantile, amélioration de la santé maternelle, combat contre les maladies et particulièrement le Sida qui décime l’Afrique, préservation de l’environnement dans l’esprit du développement durable et mise en place de partenariats pour le développement mondial.
En 1999, Kofi Annan demande un droit d’ingérence afin de prévenir d’autres massacres parmi les populations, comme ceux constatés en Ex-Yougoslavie ou au Rwanda. A ses yeux, « Les frontières ne constituent pas une défense absolue » et la communauté internationale doit pouvoir intervenir en dépit de la souveraineté d’un Etat si celui-ci viole les droits de sa population. Ce concept est problématique pour les Etats qui craignent de voir leur souveraineté remise en cause. Finalement, en 2005, l’ONU s’accorde sur « une responsabilité de protéger » plutôt qu’un droit d’ingérence, principe de responsabilité sur lequel les Etats parviennent à s’entendre. En 2001, l’ONU et Kofi Annan reçoivent le prix Nobel de la paix. Pour le comité Nobel, rien n’incarne mieux cet espoir de paix que l’ONU.
9 missions de maintien de la paix, de consolidation de la paix ou de rétablissement de la paix, reçoivent des mandats sous la direction de Kofi Annan. Parmi elles, 6 sont dirigées vers l’Afrique. On dénombre aussi, parmi ces 9 missions, 2 missions qui sont encore en cours. Certaines missions de l’ONU toujours en cours sont d’ailleurs très anciennes comme en Palestine depuis 1948, en Inde et au Pakistan depuis 1949 ou à Chypre depuis 1964. Avec la multiplication des menaces contre la paix dans le monde, les effectifs des opérations de maintien de la paix ont fortement augmenté : alors que les Casques bleus étaient 12 000 en 1996, ils sont plus de 75 000 en 2022.
L’efficacité de l’action de l’ONU connaît des limites. En 1998, Kofi Annan arrive dans un premier temps à désamorcer la crise entre les Etats-Unis et l’Irak en se déplaçant lui-même auprès du dirigeant irakien Saddam Hussein. Celui-ci refusait les inspections de ses installations par l’ONU. Les puissances occidentales menées par les Etats-Unis voulaient en effet vérifier que l’Irak ne poursuivait pas ses recherches dans le nucléaire militaire ou ne cherchait pas à fabriquer un arsenal militaire dangereux. Au final, les efforts de Kofi Annan et les espoirs nés au moment de sa visite ne se concrétisent pas. Saddam Hussein refuse de coopérer au contrôle de son désarmement et l’Irak est touché par des frappes aériennes occidentales. De même, malgré son déplacement en Terre Sainte auprès des dirigeants palestinien et israélien afin de parvenir à un accord de paix et à la création d’un Etat palestinien, les violences se poursuivent encore aujourd’hui.