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Faire la paix par les traités :
les traités de Westphalie (1648)
Faire la paix par les traités :
les traités de Westphalie (1648)
La guerre de Trente ans secoue l’Europe de 1618 à 1648, bien au-delà des frontières allemandes dans lesquelles le conflit a débuté. Présentée traditionnellement comme une guerre de religion, il s’agit en réalité d’un empilement de conflits aux causes multiples : Il y a tout d’abord un conflit sur le fonctionnement des institutions du Saint Empire Romain Germanique ; il y a aussi un affrontement religieux entre catholiques et protestants au sein de ce Saint Empire, mosaïque de territoires incluant des terres allemandes, suisses, italiennes ainsi que des principautés laïques, ecclésiastiques et urbaines ; cette guerre intéresse aussi le Royaume de France dans la mesure où le roi voit l’occasion d’abattre l’hégémonie des Habsbourg. Enfin, certains y voient l’occasion d’agrandir leurs territoires en repoussant les frontières. Les acteurs participant à la guerre de Trente ans sont donc nombreux et les motivations sont multiples. On dénombre 16 Etats et 178 principautés qui prennent part aux négociations de paix. De même, s’il y a un aspect religieux dans ce conflit, il ne se manifeste ni dans la composition des armées ni dans les alliances.
Cette guerre de Trente ans est à l’origine d’un traumatisme de par la durée du conflit, la très forte mortalité et les violences subies par les populations. Un tiers de la population du Saint Empire disparaît durant cette guerre à cause des affrontements, de la violence des soldats, des épidémies et des famines. Les textes contemporains évoquent même du cannibalisme face au manque de nourriture.
Si le conflit s’étend jusqu’en 1648, des négociations de paix débutent dès 1643. Les discussions sont d’autant plus longues et difficiles que les délégations catholiques et les délégations protestantes siègent chacune de leur côté, à 40 km l’une de l’autre : Münster et Osnabrück. Les traités de Westphalie sont donc composés du traité de Münster et du traité d’Osnabrück. L’idée qui domine dans ces accords écrits multilatéraux est de garantir une paix durable entre l’ensemble des protagonistes. Pour cela, chacun est enjoint à « cultiver sincèrement et sérieusement la paix et l’amitié ». La nécessité d’oublier les rancœurs et les exactions ayant eu lieu dans ce conflit est un impératif pour empêcher le retour des affrontements. Une amnistie de l’ensemble des violences est donc proclamée.
La paix de Westphalie ou l’ordre westphalien est présenté en exemple depuis le XVIIème siècle. Le succès de la paix de Westphalie tient d'abord à la prise en compte des différentes composantes du conflit : institutionnel, religieux, hégémonique et frontalier. Toutes les protagonistes du conflit ont participé aux négociations de paix. Enfin, la sensibilité de chacun est préservée puisqu’aucun protagoniste n’est désigné comme perdant et donc humilié. De même, ce système westphalien fixe des frontières bornées et cartographiées qui suppriment les juxtapositions de territoires et donc de possibles tensions. En somme, l’ordre westphalien est le triomphe de la diplomatie en Europe et la mise en place d’actes légaux qui entérine le passage de la guerre à la paix par des déclarations et des écrits. Pour Leo Gross (1948), spécialiste des relations internationales, ces traités de Westphalie marquent la naissance d'un ordre international fondé sur le concours d'États désormais souverains et égaux en droits.