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La guerre, « continuation de la politique par d’autres moyens » (Clausewitz) : de la guerre de 7 ans aux guerres napoléoniennes
La guerre, « continuation de la politique par d’autres moyens » (Clausewitz) : de la guerre de 7 ans aux guerres napoléoniennes
Si la guerre de Sept ans débute en 1756 et se termine par le traité de Paris en 1763, on considère que l’achèvement de ce conflit, qui a comme enjeu la place de l’Angleterre et de la France dans le monde, ne survient qu’à la conclusion des guerres révolutionnaires et des guerres napoléoniennes. Ainsi, le cycle débuté par la guerre de Sept ans ne trouve son aboutissement qu’en 1815 par la défaite de Napoléon 1er.
Ces guerres sont en partie l’objet d’étude de Carl von Clausewitz, qui se consacre au thème des conflits et de la stratégie dans son œuvre de 10 tomes publié post mortem : « De la guerre ». Officier de l'armée prussienne passé dans l'armée russe, il porte un intérêt particulier aux guerres qu’il a vécu en tant que contemporain et en tant qu’acteur : les guerres révolutionnaires (1792-1799) et les guerres napoléoniennes (1799-1815).
La guerre de Sept ans est considérée comme la véritable première guerre mondiale au vu du nombre de protagonistes et des multiples champs de bataille qui s’étendent de l’Europe à l’Amérique du Nord en passant par l’Inde. Cette guerre oppose l’Angleterre, la Prusse et le Portugal à la France, l’Espagne, l’Autriche et la Russie. Chaque alliance possède ses alliés et fait intervenir son empire colonial, ce qui explique l’aspect planétaire du conflit. La stratégie déployée durant ce conflit est la guerre à outrance, c’est-à-dire le déploiement massif de soldats, d’armement et de navires dans l’optique d’anéantir l’ennemi afin de le forcer à la capitulation. La France est la grande perdante de ce conflit. Elle doit céder une immense partie de son empire colonial lors du traité de Paris en 1763 : le Canada, l'Acadie, la Louisiane ; Saint-Vincent, la Dominique, Grenade et Tobago ; les terres de l'embouchure du Sénégal ; Minorque ; ses possessions en Inde. Les contemporains dénoncent un niveau de violence inégalé lors de ce conflit qui se traduit par un bilan humain particulièrement élevé : 700 000 militaires et entre 500 000 et 800 000 victimes civiles sont à déplorer. On peut ainsi évoquer la bataille de Zorndorf du 25 août 1758 qui oppose l’armée prussienne et l’armée russe. Le bilan est extrêmement lourd puisque l’on dénombre 11 000 morts côté prussien, et 22 000 morts côté russe. C’est une des batailles les plus sanglantes du XVIIIème siècle. Le roi Frédéric II de Prusse, qui a pris part aux combats, déclare : « Il est plus simple de tuer des Russes que de gagner contre eux ».
Les guerres révolutionnaires, qui débutent en 1792 et qui opposent la France aux monarchies européennes, incarnent un changement radical dans la manière de mener la guerre. Si les conflits restent interétatiques, la composition des armées évolue, de même que les aspirations des combattants. En effet, la Révolution française, qui éclate en 1789, aboutit en 1792 au divorce du peuple et du roi. Louis XVI et sa famille sont arrêtés et emprisonnés. La France révolutionnaire veut en finir avec la monarchie, y compris constitutionnelle, et instaurer un régime républicain qui incarnerait les aspirations à l’égalité et à la liberté. Les guerres révolutionnaires ont pour but, selon les termes des révolutionnaires, d’empêcher un retour à la tyrannie monarchique et à l’esclavage antique. Les monarchies européennes sont les ennemies et les révolutionnaires ont comme ambition de diffuser au travers de l’Europe les valeurs et principes issus de la Révolution. La composition de l’armée en est considérablement modifiée. Il ne s’agit plus d’une armée composée de soldats de métier et de mercenaires se battant sous les ordres d’une noblesse d’épée (puisque celle-ci a émigré à l’étranger pour organiser la contre-révolution). La France est désormais défendue par des soldats de métiers auxquels se rajoutent le peuple. L’armée devient nationale. D’ailleurs, en 1793, la convention vote la réquisition permanente de tous les Français pour le service des armées. Cette levée en masse est complétée en 1798 par la mise en place de la conscription obligatoire pour tous les Français de 20 à 25 ans par tirage au sort. Selon l’article 1 de la loi du 5 septembre 1798 « Tout Français est soldat et se doit à la défense de sa patrie ». Pour l’historien Jean-Michel Gaillard, il s’agit d’une guerre du peuple pour le peuple. Durant ce conflit, une bataille incarne cette mythologie : la bataille de Valmy du 21 septembre 1792. Cette bataille est non seulement une victoire pour la France, qui en profite pour proclamer la 1ère République dès le lendemain, mais aussi une victoire du peuple : elle est le symbole de l'union entre l'armée et la nation. Cette bataille est aussi tout à fait particulière dans la mesure où il n’y a pas eu affrontement physique entre les deux corps d’armée ennemis mais uniquement des canonnades. Napoléon utilisera massivement ce type d’armement, en addition des mousquets, dans les batailles. Il affirme ainsi que « les armes de jet sont devenues les armes principales ; c'est par le feu et non par le choc que se décident aujourd'hui les batailles ».
Les guerres napoléoniennes sont la continuation des guerres révolutionnaires jusqu’en 1808. A cette date, Napoléon 1er cesse de se battre contre les attaques des armées étrangères pour protéger les acquis territoriaux des révolutionnaires mais débute de sa volonté propre la conquête d’un vaste empire. L’armée est désormais composée de nationaux mais aussi d’étrangers, que ce soit par embauche ou par intégration des troupes des Etats satellites dans ce qui constituera « La Grande Armée ». La conscription obligatoire sous Napoléon Ier est mal vécue par la population. L’empereur justifie celle-ci par l’intérêt national et souligne le principe d’égalité devant la conscription, quel que soit son niveau de richesse. L’empire napoléonien atteint son apogée en 1811. Napoléon impose le code civil dans les Etats vassaux dirigés par les membres de sa famille qu’il a imposé au pouvoir.
Napoléon recherche l'engagement, c'est-à-dire le choc direct des armées, dans le cadre de batailles décisives. Toutes les forces sont engagées dans le but de détruire l’ennemi. Austerlitz, en 1805, en est l’exemple le plus éclatant. Pour reprendre les mots d’Azar Gat, spécialisé en histoire et stratégie militaire, « la guerre napoléonienne apparaît alors à Clausewitz comme la preuve que la guerre d'Ancien Régime, à savoir la guerre limitée fondée sur les manœuvres et l'obtention de gains en vue de négociation, est contraire à l'essence de la guerre et donc destinée à échouer ». Carl von Clausewitz affirme ainsi que « La guerre est un acte de violence à l'emploi de laquelle il n'existe pas de limites ». La guerre est pour lui un déchaînement de forces illimitées. Une fois l’ennemi vaincu, l’aspect politique de la guerre peut reprendre la priorité. En effet, selon lui, « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Ce déchaînement de violence, cette guerre absolue diffère donc fondamentalement des guerres limitées de l’Ancien Régime.
A l’heure actuelle, les théories de Clausewitz sont partiellement remises en cause au regard des conflits qui ont eu cours depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : la supériorité des forces conventionnelles ne suffit plus à la victoire. De même, Clausewitz accordait une place réduite aux idéologies mobilisatrices, et sous-estimait le rôle des passions dans la montée aux extrêmes.