Le message du roi Baudouin 13 janvier 1959

Mes chers compatriotes de Belgique et du Congo,
Répondant à une longue attente, le gouvernement de Bruxelles
annoncera aujourd'hui devant le Parlement un programme de
réforme qui ouvrira une étape décisive pour les destinées de nos
populations africaines.
Je crois devoir à la mémoire de mes illustres prédécesseurs,
fondateurs et consolidateurs de notre œuvre en Afrique, d'en porter
moi-même à votre connaissance le caractère et l'esprit.
Le but de notre présence sur le continent noir a été défini par
Léopold II: ouvrir à la civilisation européenne ces pays attardés,
appeler leurs populations à l'émancipation, à la liberté et au progrès
après les avoir arrachées à l'esclavage, aux maladies et à la
misère.
Continuant ces nobles visées, notre résolution est aujourd'hui
de conduire, sans atermoiements funestes, mais sans précipitation
inconsidérée, les populations congolaises à l'indépendance dans
la prospérité et la paix.
Dans un monde civilisé, l'indépendance est un statut qui
réunit et garantit la liberté, l'ordre, le progrès. Elle ne se conçoit
que moyennant des institutions solides et bien équilibrées; des
cadres administratifs expérimentés; une organisation sociale, économique,
financière, bien assise, aux mains de techniciens éprouvés;
une formation intellectuelle et morale de la population sans
laquelle un régime démocratique n'est que dérision, duperie et
tyrannie.
C'est à la réalisation de ces conditions de base que nous sommes
attachés et que nous entendons tous nous consacrer,dans un
enthousiaste et cordial concert d'efforts avec nos populations africaines.
Si nous n'hésitons pas à approuver, à seconder les aspirations
de nos frères noirs, nous ne pouvons cependant pas laisser oublier
que par quatre-vingts années de services et d'efforts, la Belgique
a acquis des droits incontestables à leur sympathie et à leur coopération loyale.
Notre tache de guides et de conseillers, à nous métropolitains
et Blancs du Congo doit se poursuivre tout en se transformant
et s'atténuant à mesure des progrès réalisés.
Au demeurant, loin d'imposer à ces populations des solutions
tout européennes, nous entendons favoriser des adaptations originales,
répondant aux caractères propres et aux traditions qui leur
sont chers. A cet égard, une large décentralisation, conjuguée avec
une extension du système électoral et l'abandon de toute discrimination
entre Noirs et Blancs, permettra de hâter et de diversifier
l'épanouissement des régions, selon leurs particularités géographiques,
culturelles, raciques ainsi que leur développement économique.
C'est là, croyez-moi, mes chers compatriotes de Belgique et
du Congo, une voie dans laquelle il faut s'engager avec foi et
générosité, un dessein grandiose et fier que nous mènerons à bien
si nous joignons à la communauté de volonté et de discipline, la
claire vision de l'avenir prospère de nos deux pays
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