La vie sur la route avec Rinpoché

Les messages suivants sont extraits du blog du Vén. Roger, La vie sur la route avec Rinpoché (lien vers le blog en anglais).


Le Dharmachakra offert deux fois

Du Vén. Roger Kunsang

De Dharamsala en Inde, le 4 juin 2013

Très tôt ce matin, Rinpoché a décidé d'aller à l'initiation de longue vie donnée par Sa Sainteté le Dalaï Lama au temple, ici, à McLéod Ganj. Jusque-là, Rinpoché regardait la diffusion sur le web à Tushita (le centre de méditation). Nous avons vraiment tenté d'expliquer à Rinpoché que ce serait difficile pour de nombreuses raisons. Rinpoché insistait vraiment pour y aller ! Rinpoché voulait offrir le Dharmachakra en argent haut de 76 cm à Sa Sainteté. Une bagatelle, pour passer le dispositif de sécurité (pas d'importance, nous n'avions pas davantage les laissez-passer pour écouter l'enseignement).

Au cours de la visite de Sa Saintetéau Bureau international à Portland, Rinpoché avait offert ce magnifique Dharmachakra en argent à Sa Sainteté, par le biais d'une vidéo. Nous avions enregistré Rinpoché faisant l'offrande, visualisant Sa Sainteté, alors que Rinpoché était à Kopan, puis nous avions envoyé cette vidéo par mail à Portland où George, la Vén. Holly [Ansett] et Tom  [Truty] avaient tout organisé pour que la vidéo soit diffusée à Sa Sainteté après que Tenzin Osèl Hita ait offert le corps, la parole et l'esprit [mandala]. Sa Sainteté a regardé la vidéo de Rinpoché offrant humblement le Dharmachakra et a accompagné le chant de Rinpoché faisant la courte offrande du mandala. Puis, Sa Sainteté a émis ce commentaire : "Tellement sincère".

Et là, Rinpoché était aux enseignements, près de Sa Sainteté, et à la fin, après l'offrande du mandala, Rinpoché a réussi à se mettre sur ses pieds et à aller jusqu'au trône de Sa Sainteté, tout en portant le grand Dharmachakra en argent aussi haut qu'il pouvait, tenant en dessous les cinq khatas de couleurs différentes. Rinpoché s'est approché du trône humblement penché et essayant de soulever le Dharmachakra pour l'offrir à Sa Sainteté. Sa Sainteté, de son trône, les bras tendus et penché, faisait des efforts pour tenter d'attraper le Dharmachakra. Mais alors, Rinpoché s'est encore plus penché de sorte qu'il semblait impossible que Sa Sainteté puisse l'atteindre – ça n'allait pas marcher ! Soudainement connectés d'une manière ou d'une autre, Sa Sainteté a enfin véritablement reçu le Dharmachakra offert une première fois en vidéo !

Sa Sainteté a dit à Tashi-la, l'intendant de Sa Sainteté le Dalaï Lama chargé des rituels, de mettre le Dharmachakra devant la grande statue de Padmasambhava sur l'autel principal. Ça semblait de très bon augure et exceptionnel. Lors de cette offrande aussi émouvante, on a eu le sentiment d'assister à un moment vraiment important.

Lama Zopa Rinpoché fait la première offrande, virtuelle, 

du Dharmachakra à Sa Sainteté le Dalaï Lama à Kopan, Népal, mai 2013. 

                                                                                                                                                                                Photo du Vén. Thoubten Kunsang



Rêves dans une galerie commerciale

De Vénérable Roger Kunsang :

Taïwan, le 2 mars 2013

Marché nocturne, Taïwan. Photo de Bittermelon, crédit Flickr Creative Commons

Nous nous sommes arrêtés pour dîner dans une galerie commerciale de restaurants sur la route de Kaoshung. (Nous nous rendions de Taipei, au nord, à Kaoshung dans le sud de Taïwan. Nous étions partis tard parce que Rinpoché essayait de passer le maximum de temps à Jinsui Farlin, notre centre à Taipei, avant de partir). Il était autour de minuit et il n'était pas facile de trouver quelque chose d’ouvert.

La galerie commerciale était pleine de petits restaurants, et même un de "patates irlandaises". Un délice ! Mais ils étaient tous fermés à part un restaurant spécialisé dans les plats à base de porc (!) et un coffee-shop (à minuit… vous y pensez ? du café…) Aussi nous sommes-nous décidés pour la seule chose disponible pour des végétariens noctambules… thé ou café et sandwich au délicieux pain blanc.

Rinpoché était assis à table avec du thé et le délicieux sandwich et semblait absorbé dans ses pensées pendant qu'il regardait les gens qui passaient dans la zone commerciale (ne semblant pas avoir le moindre intérêt pour ce délicieux sandwich). Nous avions tous très faim et nous ne souhaitions pas attendre trop longtemps pour le manger, ce délicieux sandwich.

Alors, Rinpoché mentionna, avec un mélange de tristesse et de compassion, "Quand on ne pense pas à sa prochaine vie… Les gens déambulent, comme dans un rêve, croyant que 100 % du rêve est réel ! Comme une illusion, ou un mirage… croyant que tout ça est vrai." (Rinpoché observait les gens qui faisaient du lèche-vitrine autour de nous et il secouait la tête.)

Rinpoché poursuivit "Imaginez-vous vous promenant ainsi sans avoir la moindre idée de votre prochaine vie ; et le choix de cette vie ne dépend pas de vous. Elle dépend du karma que nous créons. Très probablement insecte ou méduse… Que de souffrance. Aussi connaître le Dharma est un grand bienfait. Wouahouh !!!! Quel bonheur d'avoir rencontré le Dharma. Connaître le Dharma ouvre tellement les yeux. Le besoin d'argent dans cette vie devient sans importance. Nous sommes tellement, tellement chanceux d'avoir rencontré le Dharma."

Vénérable Roger Kunsang est directeur général de la FPMT et assistant de Lama Zopa Rinpoché, directeur spirituel de la FPMT.

Prochainement Vénérable Roger partagera une vidéo de la galerie commerciale.


Beaucoup de temps a passé. Et la toux aussi !

Taichun, Taïwan, le 16 février 2013

De Vénérable Roger :

Lama Zopa Rinpoché et Tcheudeun Rinpoché, Taïwan, février 2013. Photo du Vénérable Roger Kunsang

Cela fait deux ans maintenant que Rinpoché a eu son avc. En fait, peu de choses ont changé dans le mode de vie de Rinpoché. Quand il a eu son avc, cela est arrivé progressivement, sur plusieurs jours. Les choses empiraient peu à peu. Même plusieurs jours après son arrivée à l'hôpital, l'avc semblait se poursuivre. Il y a eu un moment où Rinpoché ne faisait quasiment plus rien physiquement, ne bougeait quasiment plus. Ça a été un avc très sérieux… Il restait juste allongé et il était difficile de savoir quoi faire. Rinpoché ne portait aucun intérêt à son corps, il ne demandait jamais au docteur comment il allait ou ce qu'il devrait faire, quelles étaient ses chances, s'il guérirait… Pas le moindre intérêt pour son état critique. Rinpoché se consacrait aux prières pour les gens malades dans l'hôpital (chrétien), pour lequel il a même organisé une collecte pendant la dernière partie de son séjour.

Donc, de ce point de vue, rien n'a changé depuis deux ans. Rinpoché ne semble pas avoir le moindre intérêt pour sa guérison (qui n'en est pas moins en cours). Pour la plupart des gens, ne pas vouloir aller mieux est difficile à concevoir… car ainsi, vous pourriez aider les autres. Avant son accident cérébral, Rinpoché vivait de la même façon, dénué de la moindre préoccupation mondaine… Tout était pour les autres. Il ne portait aucun intérêt au sommeil ou aux bienfaits du monde ordinaire, ou au repos (la définition du repos par Rinpoché c'était reposer dans la vertu). Auprès de Rinpoché, j'ai constaté qu'il n'y avait aucune place pour les huit préoccupations mondaines, il n’y a aucun chérissement de soi, rien de la sorte.

Aussi, rien n'a vraiment changé dans la vie de Rinpoché. Oh, si, il y a une chose. Rinpoché ne tousse plus, tout particulièrement pendant les enseignements. Plus je pense à la vie de Rinpoché, plus je m'y penche et essaye de comprendre, plus je pense à Shantidéva et au chemin des guerriers bodhisattvas. Rinpoché est un guerrier et je pense qu'il a vaincu le véritable ennemi intérieur et que c'est peut-être pour cela qu'il est parfois difficile de le comprendre ou de comprendre ses actions… parce qu'elles sont toujours à l'opposé du monde ordinaire. Rinpoché n'est jamais pressé d'aller quelque part puisqu'il est déjà là. Et comme le dit Rinpoché : "Prendre soin des autres est la meilleure façon de prendre soin de vous."

Ce matin, Rinpoché a fait 12 longues prosternations, sans aide. Un véritable effort. Nous sommes dans les quinze Jours des miracles, aussi Rinpoché se consacre-t-il à utiliser chaque minute pour créer du mérite. L'auto-initiation de Yamèntaka a commencé il y a quelques jours et n'est toujours pas terminée… Elle a commencé par des prosternations, puis le Lama Tcheupa. Beaucoup d'autres choses ont lieu dans l'intervalle : poujas, offrandes d'encens pour les malades et d'autres encore. La journée s'achève vers 3 heures du matin. À 4 heures, c'est le thé puis quelques prières… un bref repos après le petit déjeuner.

Vidéo de Lama Zopa Rinpoché faisant des prosternations au centre Shakyamouni en février 2013

Ces jours-ci, Rinpoché rend visite à Tcheudeun Rinpoché pour recevoir la pouja de Shabtou (qui nettoie la pollution) et aussi pour lui offrir un repas. Ils s'assoient tranquillement, très paisiblement, et échangent parfois un peu de conversation et des sourires chaleureux.

Aujourd'hui, en ce moment même, Rinpoché donne l'initiation de Dzambala, ici, au Centre Shakyamouni, il y a peut-être 500 personnes dans la gompa. Quand l'initiation sera terminée, l'auto-initiation de Yamèntaka reprendra. Et tout continue ainsi.

Rinpoché devant le Centre Shakyamouni, Taichung City, Taïwan, février 2013.


La tension de Rinpoché et la glycémie sont bonnes. Les docteurs paraissent satisfaits de l'état de Rinpoché. Et même si Rinpoché n'est pas très intéressé par les exercices physiques conventionnels, il semble que peu à peu la jambe et le bras droits s'améliorent, le bras un peu plus lentement.

Rinpoché fait de longues prosternations presque chaque jour puis monte jusqu'au dernier étage où il loge. Six étages ! La plupart d'entre nous finissent essoufflés mais Rinpoché y arrive bien.

Vénérable Roger Kunsang est le « directeur général » de la FPMT et l’assistant de Lama Zopa Rinpoché, directeur spirituel de la FPMT. 


"Pratiquer le Dharma, c'est vous protéger vous-même, chérir autrui, c'est vous aimer vous-même…" Lama Zopa Rinpoché

Bodhgaya, Inde —28 janvier 2012

Par le Vén. Roger

Les éléphants peuvent-ils créer des mérites ? Bien sûr qu'ils le peuvent. Ici, à Bodhgaya, un éléphant a été offert à Rinpoché. Il a accepté de le garder 10 minutes puis l'a rendu à son propriétaire. Durant ces 10 minutes (qui s'allongèrent quelque peu), Rinpoché a fait un peu circumambuler l'éléphant autour de la grande statue de Maitreya, puis en compagnie d'autres personnes, il a bien nourri l'éléphant tout en récitant des mantras. Après la grande bénédiction, Rinpoché a demandé au propriétaire de l'éléphant de l'amener de temps en temps au Root Institute afin de faire korwa (des circumambulations).

Depuis, quelques sympathiques chameaux sont venus pour faire korwa.

 

Lorsque nous sommes arrivés à Bodhgaya pour l'initiation de Kalachakra, le monastère de Séra Djé a fait la requête à Rinpoché d'accepter une pouja de longue vie. Laquelle a eu lieu sur la terre de Maitreya, devant la statue de Maitreya haute d'environ 7 mètres. 4 000 moines et nonnes ainsi que de nombreuses personnes laïques y ont participé. L'emploi du temps était très rempli à Bodhgaya, avec le festival de prières Geloug Meunlam en même temps que l'initiation de Kalachakra et les enseignements, aussi la pouja de longue vie a-t-elle été faite avant le début du Meunlam et fut suivie par les rituels de Kalachakra. La pouja s'est très bien passée. A la fin, Rinpoché a donné des conseils à toute la Sangha.

Osel, MaÏ (la compagne d'Osel) et Kunkyen (le frère d'Osel) ont participé à l'initiation de Kalachakra et utilisaient mon ordinateur pour se connecter sur Facebook ou pour d'autres activités relaxantes. Puis ils terminaient souvent la soirée en bavardant et en débattant avec Rinpoché autour d'un bol de thoukpa.

Ça n'a pas toujours été simple d'atteindre le site où avait lieu l'Initiation de Kalachakra avec les foules immenses rassemblées là, surtout que Rinpoché avait besoin d'un soutien physique ; la présence de Richard Gere à nos côtés créait encore plus d'agitation. Dès son arrivée à Bodhgaya, la police a insisté pour l'escorter partout. Il est très célèbre en Inde et ici, les stars du cinéma, c'est vraiment quelque chose ! Donc, il avait besoin d'une escorte sans quoi il était assailli par la foule. Lorsque les enseignements étaient terminés, c'était une véritable (et excitante) épreuve pour atteindre les moyens de transport. Il arriva qu'une fois, alors que nous ne pouvions atteindre la voiture à cause de la foule, la police dut se frayer un chemin pour arriver jusqu'à Richard et Rinpoché et réquisitionna un autre véhicule de police. Ainsi nous avons pu retourner au Root, escortés, toutes sirènes hurlantes, à travers une foule au bord de l'hystérie. Ces foules étaient parfois dangereuses… C'est si facile de se faire piétiner. Aussi, quand vous êtes très petit comme Phuntsok Rinpoché, vous devez vous faire porter sur le dos de quelqu'un ! Il déclara que c'était "terrifiant !" Richard n'avait de cesse de dire combien le Root Institute est tel une oasis que l'on retrouve, si calme et si paisible.

Et que dire des enseignements sur le Lam-rim de Sa Sainteté ? Stupéfiant !

A la fin, les dirigeants des quatre traditions du bouddhisme tibétain (Kagyou, Nyingma, Sakya et Gelouk) ainsi que d'autres organisations provenant de partout dans le monde ont fait la requête à Sa Sainteté d'être le Dirigeant suprême du bouddhisme tibétain.

Environ huit jours après la fin de l'Initiation de Kalachakra, Lama Zopa Rinpoché a reçu un ensemble d'initiations de Dhakpa Rinpoché, ici, au Root. Rinpoché a insisté pour guider toutes les prières et les poujas ainsi que la pouja de longue vie offerte à Dhakpa Rinpoché. Rinpoché s'est chargé sans crainte de toutes ces activités sans se préoccuper de la santé, etc.

Voici une récente citation sympa de Rinpoché :

"Pratiquer le Dharma, c'est vous protéger vous-même,

Chérir autrui, c'est vous aimer vous-même,

Prenez sur vous toutes les fautes !"


Une mer rouge

Bodhgaya, Inde —  8 janvier 2012

Par le Vén. Roger :

On dit qu'au moins 400.000 personnes assistent à l'Initiation de Kalachakra, dont des milliers de moines et de nonnes. La foule vue d'en haut est une spectaculaire mer rouge. 

Certains Tibétains commencent à faire la queue dès une heure du matin, 12 heures avant le début des enseignements de Sa Sainteté le Dalaï Lama, à midi. Les enseignements durent entre quatre à six heures. Les gens sont serrés comme des sardines. Tenzin Phuntsok Rinpoché (la réincarnation de Guéshé Lama Konchog âgé de huit ans) est assis à côté de moi. Il écoute la traduction anglaise avec un de mes écouteurs et de son autre oreille libre, écoute Sa Sainteté en tibétain.

Il s'occupe les mains en faisant des dessins, utilisant du papier toilette délicatement posé en équilibre sur le haut de sa petite thermos. Il a créé d'étonnants petits croquis représentant les huit signes auspicieux et me les a passés. Je les ai soigneusement mis dans mon sac.

Du pain et du thé sont distribués par de jeunes moines se déplaçant vraiment rapidement sur le lieu des enseignements ! Certains moines s'en tirent habilement, d'autres moins, surfant sur la mer rouge, distribuant des verres en plastiques, du pain et du thé. Il fait chaud et étouffant et il y a du pain tibétain partout.

Il y a de nombreuses télés pour les personnes qui ne peuvent voir directement Sa Sainteté. A l'extérieur de cette immense tente se trouvent des milliers de gens assis sur la route. La police a interrompu toute circulation et les risckshaw walas aux alentours du site des enseignements.

Lorsque l'enseignement est terminé, le déferlement de la foule est impressionnant. C'est comme un tsunami ! Nous tentons de faire cercle autour de Rinpoché de sorte qu'il ne soit ni renversé ni emporté ! C'est une véritable lutte et cela me fait penser au rude jeu du rugby. 

Au début des enseignements, Sa Sainteté récite une prière donnant la permission à tous les êtres célestes d'écouter les enseignements. Vous avez donc plus de 400.000 humains en sueur assis les jambes croisées et joyeusement entassés les uns contre les autres et, je suppose, d'innombrables êtres célestes à l'aise dans l'espace tout autour de nous.

Richard Gere nous accompagne et monte avec nous dans la voiture. Les policiers sont plus qu'heureux de lui fournir une escorte ; nous voilà donc escortés pour les allers et retours aux enseignements. Richard apprécie vraiment son séjour au Root Institute – "un ilot de paix", comme il l'appelle, en cette période à Bodhgaya.

Les enseignements de Sa Sainteté sont excellents et il semble difficile à Sa Sainteté de marquer une pause au cours des quatre à six heures d'enseignements/initiation.

Le moine de devant a un étrange dessin au dos de sa dongka, fait par la trace blanche de sa sueur.

Aujourd'hui, à la fin de la dernière session, lorsque l'herbe kusha etc, a été distribuée… c'était de la folie.

Vous devez faire preuve de beaucoup d'imagination pour réaliser ce que peut être la distribution des offrandes à plus de 400.000 personnes ! Si tout le monde restait assis à sa place, ce ne serait pas si terrible… sauf qu'ils ne le font pas !

Quitter le lieu de l'initiation dans une foule si immense est dangereux. Nous avons dû prendre une autre voie de sortie. 


Un autre aéroport

Inde – 26 décembre 2011

Par le Vén. Roger :

Nous avions du retard en arrivant à l'aéroport, mais l'avion en avait aussi ! Nous avons donc fait un bon voyage jusqu'à Delhi. Aujourd'hui, nous avons de nouveau dû nous précipiter à l'aéroport. Je ne sais pas pourquoi c'est toujours comme ça ! En fait, ça n'allait pas trop mal jusqu'à ce que nous arrivions et ayons alors à réorganiser les bagages, puis à négocier les excédents de bagages avec la compagnie aérienne. Et donc, à courir pour l'embarquement après avoir expliqué aux agents de sécurité en quoi consistaient les deux moulins à prières et autres choses intéressantes que nous transportions. L'agent de la compagnie aérienne qui poussait la chaise roulante de Rinpoché courait à un rythme régulier, et nous joggions tous avec lui. Un bon petit exercice ! Les derniers arrivés dans l'avion… et les derniers à sortir aussi ! Enfin, nous roulions jusqu'à Bodhgaya. 


Retour à la normale ?

Dharamsala, Inde – 25 décembre 2011

Par le Vén. Roger :

C’est l’heure d’aller à l’aéroport ! Nous sommes tous prêts. La plupart des valises sont déjà dans chargées. Où est Rinpoché ? Le temps presse maintenant. Rinpoché est toujours plongé dans la dernière session de sa retraite. Je n’arrête pas de lui rappeler l’heure, sans résultat !

La retraite, d'une certaine façon, témoigne d’un autre aspect du style de Rinpoché. Retour à la normale. Les sessions nocturnes se poursuivent jusqu’à 5 heures du matin et peuvent durer 7 heures.

J’essaie de pousser Rinpoché à finir sa retraite pour se rendre à l’aéroport. 


D’un autre monde

McLeod Ganj, Inde —  1er décembre 2011

Le vén. Roger raconte :

Sa Sainteté le Dalaï Lama passe la porte. Rinpoché s'avance vers lui pour le saluer (mais il ne peut pas se prosterner) et ils se donnent l’accolade (c'est la première fois que Rinpoché revoit Sa Sainteté depuis son avc en début d'année). La chambre est très silencieuse et calme. Ils se tiennent embrassés durant un long moment à ce qu'il semble. Puis, Sa Sainteté s'assoit et prie Rinpoché de s’asseoir à côté de lui. Sa Sainteté prend alors la main droite de Rinpoché et il ne cessera de la masser et de la caresser tout au long de leur entretien. Il lui pose des questions sur la manière dont l'avc a commencé et tout ce qui s'est passé ensuite. Pendant cette rencontre, certaines personnes présentes dans le petit groupe avec Rinpoché eurent bien du mal à retenir leurs larmes. Et il y en a qui ne les ont pas retenues du tout.

Actuellement, nous sommes à Dharamsala et le temps est parfait (pour moi). Le centre ici est fermé pour l'hiver et c'est très calme. Rinpoché commence une retraite en gardant du temps pour les exercices [la rééducation]. Il y a des singes en grand nombre dans les environs, beaucoup sont très hardis, les plus petits sont mignons. Ils jouent dans la petite piscine que Rinpoché a fait construire sur le toit de sa maison. Rinpoché les regarde avec grand intérêt et amusement. Sous la piscine, il y a ma chambre. La piscine a des fuites ; l'eau coule à travers le toit et goutte à côté de la tête de mon lit. Tant que les singes sont heureux et que Rinpoché est heureux de les observer, pourquoi devrais-je me soucier d'avoir la tête mouillée ?

Première rencontre de Lama Zopa Rinpoché avec Sa Sainteté le Dalaï-Lama depuis l'AVC de Rinpoché

Il y a eu beaucoup d'auto-initiations et de poujas avec Khandro-la, Dagri Rinpoché et quelques autres lamas. Entre ces exercices et des promenades, on boit du thé, puis encore du thé et ensuite, une autre tasse de thé. Rinpoché se rend régulièrement à une source naturelle d'eau chaude dans un endroit isolé en-dessous de Kangra, difficile d'accès. Les routes sont mauvaises et il faut traverser une rivière avec la voiture. L'histoire veut que cette source d'eau chaude ait été créée il y a des centaines d'années par trois grands yogis qui ont prié pour son apparition afin d'aider les gens à guérir. Ce qui est intéressant, c'est que lorsque la vén. Holly prend la tension de Rinpoché quand il sort du bassin d'eau chaude, elle est toujours basse, ce qui est une très bonne chose. Après qu'il soit sorti de l'eau, lentement la tension remonte. C'est à chaque fois pareil, il y a donc quelque chose de manifestement bon en ce lieu. Après la piscine, Rinpoché entonne quelques chants, parfois Lama Tcheupa, d'autres fois le Soutra du diamant, la difficulté de la psalmodie devenant un exercice orthophonique.

 

C'est très difficile de faire faire ses exercices à Rinpoché. Khandro-la est très douée pour cela et sait exactement ce qui est nécessaire (quelle partie du corps il vaut mieux solliciter et quel est l’exercice le meilleur). Elle est à la fois très spontanée et très innovatrice. C'est vraiment étonnant de la voir faire. Dès l’instant où Khandro-la est arrivée en Australie après avoir appris que Rinpoché avait eu un avc, elle a fait d'incroyables efforts pour aider Rinpoché ; c'est toujours sa priorité. Entre les sessions, vient le moment de « raconter des histoires ». Ces histoires n’ont pas trait à ce monde tel que nous le connaissons. Si vous écoutez suffisamment longtemps, ce monde concret auquel nous croyons se met à paraître un peu comme un rêve et petit à petit, le monde des dakinis, des terres pures et des esprits devient un peu plus réel. Les histoires peuvent durer des heures. Rinpoché et Khandro-la                     
 Khandro-la et Rinpoché
aiment particulièrement parler de ces choses que nous lisons mais auxquelles nous ne croyons pas forcément.   
                                    
Khandro-la m'a expliqué qu'il est très difficile pour Rinpoché de songer à prendre soin de son corps. C'est une chose dont je peux vraiment témoigner. Je le constate en permanence, mais c'est encore plus vrai depuis son avc. A l'hôpital, après l'avc, au cours de la période la plus difficile et la plus critique, Rinpoché semblait ne pas avoir le moindre intérêt pour son corps. Il ne s'intéressait pas davantage à ce que les médecins ou les infirmières faisaient à son corps. Il ne posait aucune question ni aux médecins, ni aux infirmières, sur son état. Il semblait simplement tout accepter. Aller mieux/aller moins bien semblait ne faire aucune différence. Ce qu'il avait avant tout à l'esprit, c'était ses engagements : les prières et les pratiques ; et rien n'a changé aujourd'hui. Tout le reste vient en second. Rester focalisé pour que son corps retrouve la santé n'est pas simple ! Khandro-la dit que Rinpoché est toujours « en pratique ». C'est rare de voir quelqu'un comme lui, même parmi les grands lamas, quelqu'un dont l'esprit ne se sépare jamais de tong-lèn, de la bodhicitta et de la vacuité. De l'extérieur, nous pouvons constater et commenter la grande générosité de Rinpoché, avec tous ses projets pour le bien des autres, mais il n'est pas évident de voir la pratique réelle.

Une autre scène récente : Rinpoché et Khandro-la psalmodient à tue-tête. Khandro-la a une voix magnifique, les deux voix se font écho dans ces bains publics de style romain aux plafonds hauts de peut-être 10 mètres. Je marche à reculons en tenant Rinpoché par les deux mains pour le guider dans l'eau chaude jusqu'à ce qu'elle lui arrive au cou (nous sommes dans une piscine d'eau chaude naturelle dans le sud de la France). Khandro-la est derrière Rinpoché, pouvant à peine garder la tête hors de l'eau. Elle est plus petite que Rinpoché, assez menue, et elle ne sait pas nager mais, sans la moindre crainte apparente, elle aide Rinpoché à faire bouger son corps, à faire des mouvements avec le côté droit. N’oublions pas que nous sommes dans une piscine publique et il y a beaucoup de gens, surtout des personnes d’un certain âge. Elles sont à la fois touchées à l’écoute des psalmodies et sidérées par ce qu’elles voient et entendent ; en fait elles ne savent pas quoi penser.     Réfectoire du Monastère Nalanda, avec Guéshé Tengyè (à droite)

Pendant ce temps, le petit train formé par nos trois personnes se déplace en rond dans la piscine, le long du bord. Et au moins deux de ces trois personnes semblent ignorer complètement les autres baigneurs et ce qu'ils peuvent penser. Parfois, Rinpoché s'arrête pour sauver un minuscule insecte en train de se noyer.

Le séjour d’environ un mois en France a été très agréable. Nous avons loué une maison dans les Pyrénées à proximité des sources d'eau chaude et avons reçu un immense soutien de la part du monastère Nalanda et de l'Institut Vajra Yogini. Ils ont été adorables.


Les derniers jours de Lama Lhoundroup parmi nous

Monastère de Kopan, Népal - 12 septembre 2011

De Vén. Roger :

Le 5 septembre, Rinpoché se tenait penché tout près de Lama Lhoundroup afin de mieux entendre sa voix; elle était très faible, un très léger murmure. "Même le plus léger plaisir est de la nature de la souffrance", a dit Lama Lhoundroup. "Si je dois aller dans les états infernaux, puissè-je être capable de prendre sur moi toutes leurs souffrances, puissent-elle mûrir sur moi". L'atmosphère était très, très tranquille et calme. C’était une conversation très intime entre deux vieux amis très proches. Il n'y avait rien d’émotionnel : juste un échange très proche et très intime.

Le soir du 6 septembre, Rinpoché est allé voir Lama Lhoundroup. Lama Lhoundroup a immédiatement dit en anglais : "Je n'existe pas". Ils ont alors eu une courte conversation portant sur le Dharma. Plus tard, Rinpoché a expliqué qu'il pensait que Lama Lhoundroup avait profondément médité sur la vacuité et que ces mots qu'il avait prononcés témoignaient probablement de son expérience dans la méditation. Rinpoché a déclaré : "Lama Lhoundroup n’a manifesté aucun des signes "ordinaires" précédant la mort". Rinpoché a aussi dit : "Les bons pratiquants n'ont aucune peur de la mort mais la voient comme un chemin, un passage ou un voyage, quelque chose à traverser. On utilise l’expérience de la mort. La mort n'est pas à craindre et vous ne devez pas vous en faire une montagne." Alors que Rinpoché quittait la chambre, Lama Lhoundroup répétait sans cesse, les mains dans le moudra de la prosternation : "Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci".

Lama Lhundroup remerciant Lama Zopa Rinpoché. Photo du Vén. Roger Kunsang

Tard dans la matinée, Jo a été appelée dans la chambre de Rinpoché. Rinpoché a demandé ce qui se passait. Jo a expliqué que Lama Lhoundroup refusait médicaments et nourriture. Rinpoché a fait passer un message à Lama Lhoundroup qui disait : "Quoi que vous fassiez, que vous preniez vos médicaments ou que vous ne les preniez pas, que vous vous nourrissiez ou non, la mort viendra de toutes façons, aussi, s'il vous plaît, acceptez les médicaments et la nourriture et soyez détendu". Dès que Lama Lhoundroup a reçu ce message, il a accepté de prendre médicaments et nourriture et a semblé beaucoup plus détendu.

Ce soir du 7 septembre (le 10 du calendrier tibétain), juste après 23h, alors que tout le monastère célébrait la Lama Tcheupa de Hérouka dédiée à Lama Lhoundroup, Sangpo et Guéshé Djangtchoub sont allés dans la chambre de Lama Lhoundroup pour lui faire une offrande d'argent venant de la pouja. Lorsqu'ils sont arrivés dans la chambre, il leur parut que Lama Lhoundroup était mort car il ne respirait pas. Ils sont immédiatement sortis pour aller prévenir Rinpoché. Alors Kunkhen est rentré dans la chambre tout doucement. Il a regardé de plus près et, à ce moment précis, il a vu Lama Lhoundroup rendre son dernier souffle.
Lama Lhundroup dans ses derniers jours


Le jour de la crémation de Lama Lhundroup

L'incinération a eu lieu ce jour même, lundi 12 septembre à 15h30.

Offrande du feu au corps saint de Lama Lhundroup

Maintenant, il est 20h, l'incinération vient juste de se terminer. Le feu brûle encore et des poujas vont être faites durant toute la nuit.

Vous pouvez aussi lire en français l'article de Mandala "Un père, une mère, un enseignant, un ami : L’incomparable bonté du vénéré Khènsour Rinpoché Lama Lhoundroup Rigsèl de Kopan".


 Monastère de Kopan, Népal, le 6 septembre 2011








Lama Zopa Rinpoché (3ème à partir de la droite), bénit la chèvre rescapée. (crédit photo Vén. Holly Ansett)

Il y a une petite chèvre près d'une boutique, attachée très court. Elle attend d'être abattue par le boucher. Je ne sais pas si elle a conscience qu'elle va mourir très bientôt. Dès qu'il voit la chèvre, Rinpoché demande qu'on arrête la jeep et il va voir la chèvre. C'est une très jolie chèvre, jeune, en pleine santé, brune avec des taches partout. Les négociations commencent immédiatement avec le commerçant. Combien veut-il pour la chèvre ? Il parle avec son ami dans la boutique et nous nous mettons d'accord pour 8 500 roupies (environ 119 dollars US), le prix d'un téléphone portable bon marché. L'homme explique qu'il leur faudra se procurer une autre chèvre parce qu'ils ont une commande de viande pour le week-end. Rinpoché reprend immédiatement les négociations pour cette deuxième chèvre. Et je me demande en moi-même jusqu'où cela va nous mener ! Nous nous mettons d'accord sur le prix de la deuxième chèvre. Puis nous allons à la nonnerie de Kopan où les chèvres arrivent peu de temps après. Rinpoché bénit les deux chèvres. Elles ont l'air tout heureuses !

Depuis que nous sommes revenus au Népal, Rinpoché a sauvé 10 ou 11 chèvres à la petite boucherie au pied de la colline de Kopan. À la nonnerie, il y a un Népalais pour s'occuper spécifiquement des chèvres. Au monastère de Kopan également.

Nous voilà revenus au Népal depuis 3 mois maintenant. Et c'est bien la première fois depuis 25 ans au moins que Rinpoché reste si longtemps quelque part. Ça fait drôle de rester si longtemps au même endroit.

Le 4 octobre, dans un mois, des milliers d'animaux seront sacrifiés/abattus ici au Népal. C'est une fête annuelle au Népal et c'est incroyablement horrible et cruel. Pour Rinpoché c'est insupportable. Aussi discutons-nous des prières et des poujas à faire pour aider les animaux qui vont mourir (et les gens qui vont les tuer) à avoir une meilleure renaissance. Rinpoché a organisé des poujas du Bouddha de Médecine, version longue, et des nyoung-nès, pour toutes les sanghas de Séra, Gandèn, Drépoung, du monastère du vén. Drubthob Rinpoché, de la nonnerie de Drépoung, du monastère et de la nonnerie de Kopan et encore d'autres monastères.

En tout, plus de 12 000 moines et nonnes feront d'intenses prières le 3 octobre, la veille de cet horrible massacre.


Un serpent nommé Thubten Tharpkyé

Monastère de Kopan, Népal - 14 août 2011

De Vén. Roger :

Il faisait sombre, il était peut-être 21 heures, et il y avait quelque chose se tortillant sur le chemin qui entoure le stoupa de Bouddha. C’était un bébé serpent noir de jais ! Avec un peu de difficulté, nous avons réussi à le mettre sur un morceau de carton. Rinpoché voulait qu’il nous accompagne autour du stoupa. Rinpoché lui a donné le nom de « Thubten Tharpkyé ». Pendant les 10 circumambulations suivantes du stoupa, il ou elle a accumulé du vraiment bon karma. A la fin, après les dédicaces (cela s’est terminé aux environs de minuit - il n’y a pratiquement plus personne à cette heure-là), il a fallu dire au revoir à Thubten Tharpkyé. Nous l’avons déposé en lieu sûr, dans le système de drainage d’où il avait dû venir et où il passera le reste de sa vie.

Quelques jours plus tard, nous circumambulions le stoupa de Swayambhou, en faisant le tour de la base où il y a de si nombreux stoupas, dont certains sont très grands. C’est vraiment étonnant. Nous y allons habituellement à la nuit tombée quand il fait plus calme et que les gens ont finir de faire kora. Mais nous marchons sur la route et il faut faire réellement très attention aux voitures et aux camions népalais qui passent à toute vitesse en klaxonnant bruyamment. Rinpoché marche lentement et il faut veiller à le maintenir en équilibre car il y a des trous dans la route et les voitures et les camions essaient de passer aussi de près de vous qu’ils le peuvent. Parfois il faut se dégager rapidement de leur chemin ! Nous faisons une circumambulation (3 km). La dernière fois ceci a pris presque quatre heures avec les arrêts pour faire des offrandes et des prières. Nous nous arrêtons toujours devant une grande (6 mètres) et très belle statue de Gourou Rinpoché et Rinpoché chante des prières.

Un soir, Rinpoché finissait juste ses prières à Gourou Rinpoché lorsqu’il y a eu des bruits venant de l’obscurité derrière nous. On dit qu’il y a pas mal de voleurs et d’ivrognes après la tombée de la nuit. J’ai regardé aux alentours et j’ai pu voir quelqu’un qui était allongé sur le sol (dans le noir) et qui bougeait. Cela semblait être une femme mais les bruits qu’elle faisait  étaient étranges, ce n’était pas des mots intelligibles. A sa gauche se tenait un homme en guenilles qui avait vraiment l’air en mauvais état, et vraiment paumé. La veille femme commença à se diriger vers nous en gémissant étrangement, l’homme garda ses distances. Rinpoché me demanda de leur offrir 100 roupies à chacun. Je n’avais que 50 roupies (en monnaie) pour chacun et je leur ai donné. Alors, Rinpoché, avec une solennité pleine de gentillesse, offrit à chacun d’eux de grandes khatas très belles. A l’homme il offrit une grande khata bleue et à la femme il en offrit une verte. Ensuite Rinpoché offrit une longue (khata) rouge à la statue de Gourou Rinpoché et puis nous sommes repartis lentement pour finir la kora.


Lama Osèl à Kopan

 

Kopan Monastery, Népal, 17 juillet 2011

 

De Vén. Roger :

 

Osèl est arrivé à Kopan lundi matin afin de voir Lama Lhundrup. Il est resté une semaine. La dernière visite d’Osèl à Kopan remontait à 12 ans. Osèl a immédiatement reconnu beaucoup de moines plus anciens ; la connexion a été excellente. Le fait qu’il soit maintenant laïc et habillé « cool » n’a pas eu l’air de poser le moindre problème !

 

Osèl est allongé de tout son long par terre, à côté de mon bureau. Il réfléchit à la requête présentée par Rinpoché : parler à tous les moines de Kopan, revêtu d’une chouba (Rinpoché en a fait faire une spécialement pour lui). Il dit qu’il n’aime pas qu’on le pousse à faire des choses ou qu’on lui mette la pression. Mais on dirait qu'il est en train de se faire tout doucement à l’idée de la demande de Rinpoché, même si ça n'a pas l'air facile. Finalement, il va parler aux moines. Tous les moines sont présents pour l’évènement, ainsi que Rinpoché et Lama Lhundrup (cela nécessite un grand effort de sa part, étant donné le stade avancé de son cancer). Rinpoché dit quelques mots d'introduction puis demande à Osèl de prendre la parole. Osèl délivre sa causerie en tibétain (dans un très bon tibétain), donnant des conseils « modernes » aux moines. Son intervention est accueillie très chaleureusement, ils semblent en redemander ! Osèl a déclaré qu’il était plus qu’heureux de sa visite à Kopan. Selon ses propres termes, c’était « plus que parfait » !

 

Osèl a discuté à plusieurs reprises avec Rinpoché à propos de Education Essentielle (précédemment connue sous le nom de Education Universelle). Il est très impliqué, très intéressé ; il va faire une vidéo du prochain évènement d’Education Essentielle qui aura lieu en France. Rinpoché voulait changer le nom en Sagesse Essentielle mais Osèl voulait garder le mot « éducation » dans le nom. Cela a donné lieu à beaucoup de discussions. Le lendemain, Osèl a suggéré : « Et si on disait Universal Wisdom Education ? Ca ferait “U WE”, “vous” et “nous”, vous comprenez ? » [Universal Wisdom Education (en français : Éducation de sagesse universelle) donne les initiales U WE (prononcé "you - we", ce qui veut dire : vous - nous]. Alison Murdoch, la directrice d’Education Essentielle, a été très heureuse d'apprendre ces nouvelles.

 

Cette visite a été très inspirante et a rendu beaucoup de personnes heureuses.


La danse des lamas

Monastère de Kopan, Népal, 7 juillet 2011

De Vén. Roger :

Lama Zopa Rinpoché demande à Tènzin Phuntsok Rinpoché : « Pourquoi es-tu venu ? »                             

Timidement, avec un (petit) sourire mignon et de belles et profondes fossettes, il répond : « Pour dire bonjour ». (L’incarnation de Guéshé Lama Konchog est âgé de 8 ans et est petit pour son âge, mais futé comme l’as de pique).

Lama Zopa Rinpoché me dit calmement : « je pense qu’il est un peu inquiet pour moi et qu’il est venu pour vérifier comment je me porte ».

Tenzin Phuntsok Rinpoché avec Lama Zopa Rinpoché,

Monastère de Kopan, Népal, juillet 2011. Photo de Vén. Roger Kunsang.

Ils ont discuté tous les deux pendant une heure et visionné une petite vidéo sur Maratika, la grotte où Gourou Rinpoché a atteint l’immortalité. Le grand Rinpoché et le petit Rinpoché (ai-je mentionné qu’il est futé comme l’as de pique ?).

Quelques jours plus tard, Phuntsock Rinpoché est revenu voir Lama Zopa Rinpoché. Cette fois il a répondu (à la même question) : « Sans raison, je voulais juste (vous) voir ». Il voulait simplement dire bonjour et faire une offrande. Lama Zopa Rinpoché lui a rendu la khata blanche et d’une seule main l’a posée précautionneusement autour du cou du souriant petit Rinpoché. Il m’a ensuite demandé de doubler l’argent de l’enveloppe d’offrande et de la rendre à Phuntsok Rinpoché.

Tout souriant, le petit Rinpoché a demandé si son ami pouvait entrer et faire (lui aussi) une offrande. Rinpoché a dit d’accord. Ce petit moine - encore plus petit et si près du sol ! - est alors entré et a offert une khata et une offrande au grand Rinpoché. Rinpoché m’a demandé de doubler l’offrande et il l’a rendue au tout petit moine. Les deux enfants ont souri et sont partis après une courte conversation avec Rinpoché.

Hier soir Rinpoché a fait beaucoup de prières, lentement car sa bouche a (encore) des difficultés pour prononcer les mots. Rinpoché désirait ensuite descendre pour passer quelque temps avec Lama Lhundrup, pour prier avec lui et donner un loung. Lama Lhundrup ne bouge pas beaucoup ces jours-ci et il est très calme. J’ai demandé à Kunkyèn si Lama Lhundrup allait bien car Rinpoché voulait descendre (le voir).

Kunkyèn est allé vérifier et il m’a dit « d’accord ».

Je suis remonté et j’ai dit à Rinpoché : « c’est d’accord ».

Lama Lhundrup avec Lama Zopa Rinpoché

 Monastère de Kopan, Népal, juillet 2011. Photo de Vén. Roger Kunsang.

Rinpoché commençait à se préparer quand, dans la minute suivante, Lama Lhundrup est arrivé (en haut) et tout en attendant respectueusement dehors a dit « Rinpoché ne peut pas descendre, c’était à moi de monter » (songez que Lama Lhundrup est à un stade avancé du cancer).

Un joli ballet s'est alors esquissé - un mouvement gracieux entre deux lamas - l'un ayant un cancer à un stade avancé, l'autre ayant eu un AVC il n'y a pas longtemps, son côté droit ne fonctionnant pas encore (correctement). Ils ont agi tous les deux avec grâce et humilité, dans le calme; il régnait une impression de sérénité et de paix. Avec pas mal de difficultés, Rinpoché a ouvert son texte et d'un discours mal articulé a donné le loung. Lama Lhundrup était assis face à lui, légèrement penché en avant. Cela n'a pas duré longtemps. Ils sont ensuite partis tous les deux. 


Monastère de Kopan, Népal, 29 Juin 2011

De Vén. Roger :

"Je ne peux pas bouger", dit Rinpoché. "Pourquoi ?" demande le kinésithérapeute. "Les fourmis ! Je vais marcher sur les fourmis !". Ainsi commence la discussion entre Rinpoché et son kinésithérapeute népalais, Rajesh : Rajesh ne comprend pas pourquoi Rinpoché se préoccupe tant des fourmis et d’en écraser une ou deux pendant qu’il fait ses exercices. Rinpoché lui donne une brève explication sur la compassion et Rajesh accepte. Nous enlevons gentiment les fourmis et Rinpoché reprend ses exercices.

Rajesh travaille avec Rinpoché depuis presque dix jours maintenant. Ils commencent à bien s’entendre tous les deux. Rajesh est très compétent dans ce qu’il fait ; il a déjà aidé un certain nombre d’Occidentaux ici au Népal. Ce matin (Rajesh vient tous les matins à 7 h 45, pour une heure) à la fin de la séance de kinésithérapie, Rinpoché a répondu à la question de Rajesh sur la principale différence entre le bouddhisme et le christianisme. Cela a duré une dizaine de minutes, et ensuite Rajesh a dû partir soigner son patient suivant.

On rit beaucoup pendant les séances (Rajesh raconte des blagues et Rinpoché n’arrête pas de rire) mais Rajesh garde en même temps le contrôle absolu de la situation. Cela marche très bien.

Rinpoché passe aussi du temps à voir et à vérifier ce qui peut être fait pour Khenrinpoché Lama Lhundrup. Ici au monastère, Lama Lhundrup est bien soigné par ses assistants et par Jo, une infirmière néozélandaise, élève de Lama Lhundrup, spécialisée en soins palliatifs. Le médecin tibétain lui rend visite régulièrement tandis que Rinpoché s’occupe des aspects spirituels du traitement : bénédiction de l’eau, sessions de prières avec les moines, poujas, etc. 

De temps à autre, Rinpoché parle de sa situation personnelle : "Cela prendra du temps… je dois attendre que le karma soit épuisé… ça va prendre du temps". Depuis son séjour à l’hôpital, Rinpoché n’a pas cessé de dire cela. Ce matin j’ai demandé à Rinpoché : "Combien de temps ?". Rinpoché a répondu : "Je ne peux pas dire, peut-être six mois, peut-être plus".

La nuit dernière, Rinpoché a circumambulé tout seul trois fois le Stoupa de Bouddha et ensuite environ dix fois en chaise roulante. Rinpoché s’arrête toujours devant les deux plus grands moulins à prières et, avec pas mal d’effort et de difficulté, les fait tourner avec sa main droite - c’est un bon exercice ! Rinpoché dit que circumambuler les stoupas de Bouddha et de Swayambhunath  est très utile pour l’esprit. Rinpotché a une effection toute particulière pour les circumambulations : le premier soir, il pleuvait,  mais nous les avons faites sous la pluie. La plupart du temps, nous circumambulons tard dans la soirée, quand tout est calme.


D'Australie au Népal, et au-delà


Monastère de Kopan, Népal, 11 juin 2011

Du Vén. Roger :

Vendredi 3 juin, Bendigo, Australie : après une discussion entre Rinpoché, Khadro-la et moi, nous avons décidé que Khadro-la partira demain pour le Népal.

Après des discussions longues et minutieuses, il a été décidé que Rinpoché devrait aussi aller au Népal dès que possible. (Nous avions prévu de rester à Bendigo pendant quelque temps, afin que l’état de Rinpoché se stabilise, en continuant la kinésithérapie, etc.) Après une rapide vérification, nous avons vu que nous pourrions avoir un vol le 6 juin, mais cela signifiait  que beaucoup de choses devaient être organisées, y compris une discussion avec les médecins et l’hôpital, pour comprendre ce que cela signifiait pour Rinpoché de voyager (dans son état), de (devoir) prendre son insuline, etc. Après pas mal de préparatifs nous sommes arrivés à Melbourne. Nous avons loué un petit bus de 12 places car Osel et Gomo Toulkou Rinpoché étaient aussi sur le départ. (Ils devaient rester quelques jours là-bas ; ils sont probablement de retour en Europe maintenant.)





Lama Zopa Rinpoché présidant une pouja de longue vie, Monastère de Kopan, juin 2011.
Photo de Vén. Roger Kunsang.


À l’aéroport, nous avons rencontré des difficultés à l’enregistrement, ce qui n’est pas inhabituel, excepté un problème supplémentaire, quand ils ont voulu peser nos bagages à main avec une restriction de 7 kg ! Les nôtres font habituellement au moins 20 kg chacun, avec les textes, les moulins à prières, etc., ce fut donc très difficile. Ensuite, nous avions trop de bagages et cela allait nous coûter une fortune. Et enfin, ils nous ont demandé si nous avions une lettre du médecin autorisant Rinpoché à prendre l’avion, ce que nous n’avions pas ! Nous avions des lettres pour les aiguilles, l’insuline, les arrangements pour le service de fauteuil roulant, etc., mais pas de lettre autorisant Rinpoché à prendre l’avion. Et la compagnie aérienne disait que nous ne pourrions pas partir sans cela ! Il y a donc eu beaucoup de remaniements de dernière minute, de réorganisation des bagages et d’appels au médecin afin qu’une lettre soit faxée à la compagnie. Tout  fut finalement fait, hormis le fait qu’une partie de nos bagages ont été laissés en Australie.

 










Lama Lhundroup, juin 2011. Photo de Vén. Roger Kunsang. 


Nous sommes maintenant au Népal. Hier à Kopan, Rinpoché s’est vu offrir une pouja spéciale de longue vie de deux jours, organisée par Khadro-la et Pari (Dagri) Rinpoché. Serkong Dorjé Chang y assistait également, apparaissant spontanément ce matin-là. Bien que n’étant pas bien, Lama Lhundroup était présent lui-aussi. Lama Zopa Rinpoché a réussi à descendre les marches (et il y en a beaucoup !). Rinpoché est très déterminé à marcher sans aide, et il le fait bravement. S’il n’y a pas quelqu’un avec lui, il peut facilement trébucher car sa jambe droite n’est pas encore ferme. Mais Rinpoché part, que je sois à côté de lui ou pas ! La pouja de longue vie s’est bien déroulée. Rinpoché était très content.

Aujourd’hui, Dakpa Rinpoché (ex-abbé du Monastère de Séra Mé) commencera des poujas pour Rinpoché ; elles dureront plusieurs jours.

Rinpoché a dit qu’une autre raison importante de se trouver au Népal était de pouvoir circumambuler le stoupa de Swayambhounath, ce qui se révèle être très bon selon sa divination. Nous l’avons fait hier, en partie en chaise roulante et en partie à pied avec de l’aide. Le grand tour (korwa ou kora) à la base du grand stoupa, où il y a de nombreux petits stoupas, doit faire plusieurs kilomètres. Nous circumambulerons aussi le stoupa de Bodhnath… c’est de la kiné avec les objets sacrés !


Je veux voler

Eaglehawk, Australie, 25 mai 2011

Du vén. Roger

Hier, au gymnase, la thérapeute a demandé à Rinpoché ce qu’il désirait accomplir au cours des séances de kinésithérapie des quatre prochaines semaines. Rinpoché a dit « Voler ! ». La kiné pensait que Rinpoché voulait dire « être capable de prendre l’avion ». Mais Rinpoché a dit : « Non… je veux voler ! ». La kiné a eu un léger mouvement de recul (ce n’était que la deuxième fois qu’elle rencontrait Rinpoché - souvenez-vous que nous sommes dans une ville de province et que c’est son premier contact avec un lama tibétain).  


A l’aise à Bendigo

Bendigo, Australie, 20 mai 2011

Du vén. Roger

Le jour où Rinpoché a quitté l’hôpital fut très chargé. Rinpoché a donné beaucoup de livres du Dharma aux infirmières et aux médecins qui l’ont assisté, y inscrivant de courts messages comme « Mon très cher ami, merci pour votre chaleureux service »,  les dédicaçant, et dessinant même des petites figures souriantes - tout cela avec la main gauche ! C’est un hôpital chrétien, portant le nom de « Saint-Jean de Dieu ». Toute l’équipe est très gentille et fort serviable.

Il y avait une exposition de peintures pour réunir des fonds pour l’hôpital. Rinpoché a insisté pour acheter deux peintures : une peinture d’un aborigène représentant deux cygnes (1 200 $) et l’autre, une peinture de style arrière pays australien, représentant un chien urinant dans la nature aride et rude qui jouxte de vieux bâtiments, d’aspect rudimentaire, qui tombent en ruines (490 $). Rinpoché voulait ces peintures comme souvenir de l’hôpital où il a été soigné pour sa paralysie et a dit que l’argent était une offrande pour aider les artistes et l’hôpital. Maintenant, logé dans une maison proche de l’hôpital, Rinpoché est à son aise et détendu.

roger


Sur la corde raide : toujours sur la route mais sans bouger

Bendigo, Australie, 26 avril - 14 mai 2011

Du vén. Roger

 

26 avril

Ce monde pareil à un vaisseau qui a existé un moment auparavant, n’est plus un moment plus tard. S’il semble continuer de la même façon, c’est parce que quelque chose d’autre de similaire se produit, comme le cours d’une chute d’eau.

Extrait de The Wish-fulfilling Golden Sun par Lama Zopa Rinpoché

Au milieu de l’initiation à Yamèntaka (pendant la retraite d’un mois à l’Atisha Centre de Bendigo, Australie), comme il quittait la gompa, Rinpoché a eu une sensation étrange au côté gauche de sa tête, et ensuite quelque chose de plus sur le chemin de retour vers sa chambre. Rinpoché a dit que c’était « comme si quelque chose essayait d’entrer en lui ».

La première quinzaine du cours s’était bien déroulée. Dans une tente se situant à l’intérieur de la structure d’acier Great Stupa of Universal Peace and Compassion (Grande stoupa de la paix et de la compassion universelle), environ 200 étudiants avaient participé à la première partie du programme d’un mois. Pour aller aux sessions et en repartir, Rinpoché empruntait la route en briques jaunes construite par le vén. Gyatso. Des statues de gnomes, de petits animaux, d’un crâne humain, de serpents plus vrais que nature et d’araignées à dos rouge longent la route : le monde de Gyatso ! C’est la route menant du monastère à la gompa de l’Atisha Centre. Sur cette route, Rinpoché a demandé à plusieurs d’entre nous, de jour comme de nuit, d’attraper les fourmis ou de les retirer délicatement du chemin. Il y avait aussi un certain nombre de créatures bizarres, qu’il fallait toutes sauver et faire circumambuler autour d’un objet sacré. Par la suite, des panneaux commencèrent à apparaître indiquant des choses comme « Traversée de fourmis… Attention ! ».

Quand Rinpoché revint dans sa chambre après la session de Yamèntaka, il était évident que quelque chose n’allait pas, mais Rinpoché était déterminé à continuer l’initiation. Il était à peu près 20 heures et Rinpoché était résolu à poursuivre. J’étais vraiment inquiet, et il y eut plusieurs appels (téléphoniques) à Dharamsala pour discuter avec Khadro-la de ce qu’il valait mieux faire. Quand Rinpoché vit qu’il lui était difficile de continuer l’initiation, il voulut avoir des rendez-vous avec les étudiants. Après quelques aller-retours, Rinpoché abandonna cette idée, ce qui fut un soulagement car il était évident que Rinpoché n’allait réellement pas bien.

Le matin suivant, Rinpoché avait perdu en partie l’usage de son côté droit et son élocution était inarticulée. Nous avons amené Rinpoché aux urgences de l’hôpital. Nous avons attendu environ neuf heures, Rinpoché passant des tests et recevant des soins médicaux, avant qu’on lui attribue un lit dans l’aile des hommes. Il n’y avait pas de chambre particulière et comme c’était le début du week-end de Pâques, ils étaient en sous-effectif.

Rinpoché demeura là pendant deux jours et demi, tandis qu’ils essayaient de réduire sa tension artérielle et son niveau de sucre. Ils lui firent une tomographie crânienne qui ne montra ni hémorragie, ni caillot dans le cerveau. C’était une salle commune avec quelques australiens de l’arrière-pays et un irlandais qui faisait son possible pour être à la hauteur en racontant des histoires de la deuxième guerre mondiale ! C’était plus divertissant de les écouter que de regarder la télévision. Ils en faisaient voir à l’irlandais, c’était même parfois vraiment embarrassant !

Jour et nuit, des infirmières faisaient des tests et des examens à Rinpoché (j’étais dans un fauteuil à côté de Rinpoché). C’était un peu une épreuve pour Rinpoché. A ce moment-là, Rinpoché avait perdu totalement l’usage de son bras droit et presqu’entièrement l’usage de sa jambe droite. Il ne pouvait ni marcher, ni se tenir debout et son élocution était si mauvaise qu’on ne pouvait plus le comprendre. Pour communiquer, Rinpoché tapait des messages sur son iPad avec un doigt de la main gauche (il est devenu tout à fait bon à cet exercice au cours des derniers jours). Le service manquait de spécialistes en raison des congés et le médecin chef était inquiet. Si Rinpoché essayait de manger, il risquait de s’étrangler et de la nourriture risquait d’entrer dans ses poumons ; ce qui aurait pu provoquer une pneumonie pouvant s’avérer très sérieuse, voire fatale. Ils décidèrent donc de mettre Rinpoché sous perfusion pendant cinq jours, jusqu’à la fin des vacances ; et il pourrait alors être ausculté par un spécialiste en orthophonie.

Par chance, la situation a pu être reconsidérée et Rinpoché a pu manger un peu au cours des fêtes de Pâques. Il y a deux jours, nous avons pu avoir un lit pour Rinpoché dans une clinique privée toute proche, avec une chambre particulière. Après le transfert, la situation fut bien meilleure, mais nous avons dû retourner à l’hôpital le jour suivant pour une IRM (où Rinpoché a dû perdre ses nouvelles lunettes quelque part). Aucune ambulance n’étant disponible à cause des vacances, nous avons dû emmener Rinpoché à l’IRM dans la vieille voiture du monastère. Ce ne fut pas facile de déplacer Rinpoché dans de telles conditions.

Pendant l’IRM, la vén. Holly, revenant nous prendre, eut une collision avec une autre voiture, ce qui décrocha la portière de la voiture du monastère. Nous réussîmes à installer Rinpoché dans la voiture et à maintenir la portière fermée pour le retour à la clinique.

C’est le premier jour aujourd’hui que l’équipe de la clinique est au complet et  le programme est très chargé avec les radios, les échographies, la kinésithérapie, l’orthophonie et un examen cardiologique approfondi, sans compter les visites des infirmières pour des vérifications de la pression artérielle et du niveau de sucre.

Les médecins ont recommandé de suspendre les visites pour quelque temps car Rinpoché est épuisé, et avec le début des séances de kinésithérapie, il risque de beaucoup se fatiguer.

Je pense que Rinpoché est vraiment épuisé. C’est comme si, après avoir passé 40 ans sur la route… tout le rattrapait ! Maintenant, Rinpoché dort toute la nuit durant ! MAIS ! Rinpoché est toujours Rinpoché… A un moment (au milieu de tout ceci) Rinpoché désira retourner au centre (150 personnes sont toujours en train de faire la retraite), s’asseoir sur le trône et finir l’initiation de Yamèntaka. Il tapa sur son iPad : « je peux m’asseoir sur le trône, Guéshé-la peut lire le texte de l’initiation, et les personnes penseront alors que c’est de moi qu’elles la reçoivent ! ». Je ne sais vraiment pas comment cela aurait pu fonctionner physiquement, mais Rinpoché voulait essayer et il avait évidemment songé au moyen de le faire. Ceci n’arriva jamais car quand la doctoresse en entendit parler, elle dit « PAS QUESTION ! ».

Ici, à la clinique privée, nous avons maintenant deux médecins qui s’occupent de Rinpoché et une bonne équipe de kinésithérapeutes, ainsi que des infirmières qui l’auscultent  constamment. Nous avons aussi le grand soutien des retraitants qui font beaucoup de prières et de poujas. De plus, l’Atisha Centre et le monastère Thubten Shedrup Ling nous aident constamment. Il y a des grands lamas, des monastères ainsi que des étudiants du monde entier qui ont fait des prières et des poujas.

Nous (leur) sommes très, très reconnaissants… MERCI.

Les médecins disent que Rinpoché pourrait récupérer raisonnablement bien en quelques mois grâce une thérapie intensive ; mais peut-être pas complètement. C’est encore trop difficile à dire, mais ils ont quand même un sentiment positif après les tests d’aujourd’hui. Ils disent que dans une à deux semaines ils auront une meilleure perspective à long terme. Les médecins désirent que Rinpoché reste dans le service de réhabilitation de la clinique les deux prochaines semaines. Leur plus grande préoccupation est de contrôler la pression artérielle et le taux de sucre. Ils sont très inquiets sur l’éventualité d’une nouvelle congestion qui serait beaucoup plus sérieuse au cas où ils ne parviendraient pas à maîtriser ces deux problèmes.

A Dharamsala, Khadro-la est très impatiente de venir en Australie pour aider Rinpoché avec ses propres méthodes… nous faisons tout pour l’avoir ici dès que possible. Elle a téléphoné tous les jours pour donner des conseils et organiser des poujas pour Rinpoché.

Encore merci à tous, nous vous tiendrons informés.

Sa Sainteté le Dalaï Lama a donné des conseils pour la récupération de Rinpoché et a demandé au monastère de Séra Djé de faire un certain nombre de poujas pour Rinpoché.

Fin avril

Rinpoché a eu ce qui semble être « une suite de la congestion », comme disent les médecins. C’était vraiment inquiétant car ensuite Rinpoché a dormi pendant trois jours et trois nuits (c’est ce qu’il paraissait faire… mais j’avais l’impression que c’était une pratique de concentration… mais hé, qu’est-ce que j’en sais ?), ne s’asseyant brièvement que pour prendre ses repas. Plusieurs médecins furent consultés pendant cette période ainsi que des grands lamas. Plus de poujas et de prières furent faites partout (dans le monde).

14 mai

Nous sommes ici depuis six semaines maintenant (à Bendigo, Australie). C’est peut-être notre plus long séjour en un même lieu depuis de nombreuses années. Chaque jour de la semaine dernière, la santé de Rinpoché a semblé s’améliorer sensiblement. Cela fait maintenant trois semaines d’hospitalisation, et chaque journée est bien occupée. Vous ne le penseriez pas, mais ça l’est ! Nous prenons à notre charge beaucoup du travail de l’équipe soignante afin que Rinpoché soit plus à l’aise. Une petite équipe du Dharma : (Kunsang, Ailsa et Gail) cuisinent à l’extérieur de la clinique (au monastère)  et apportent la nourriture trois fois par jour ; je reste 24 heures sur 24 avec Rinpoché, j’ai mon petit coin confortable sur le sol à côté de lui ; Sangpo et Holly sont là 18 heures par jour. Nous aidons également pour les soins généraux : nous faisons les tests de sucre et les injections d’insuline (4 fois par jour), sous la supervision des médecins et des infirmières.

Tous les matins, c’est l’hydrothérapie, et les après-midis la kinésithérapie à la salle de gym ; une séance d’orthophonie chaque jour (la plupart du temps, nous aidons Rinpoché à se déplacer dans les divers services). Entretemps, beaucoup de repos pour Rinpoché, car il est encore très vite fatigué, ce qui est normal. Les infirmières viennent faire sans cesse des vérifications/auscultations, jour et nuit. L’équipe soignante est très bonne. La doctoresse est formidable et très compréhensive. Rinpoché l’a invitée à aller voir les reliques et elle a dit qu’elle irait samedi prochain.

A l’hydrothérapie, les autres patients sont pour la plupart des personnes âgées. Rinpoché a dit après une séance, d’un air pensif et triste : « Ils n’ont rien à faire qui ait du sens, juste attendre la mort ». Occasionnellement, on entend sonner une alarme d’urgence, quelqu’un ayant une attaque cardiaque ou, Rinpoché demande toujours « Quelqu’un est-il mort ? ». La nuit dernière, Sangpo a apporté à la clinique une grande torma de Toug Tchouma qu’il venait de faire. Rinpoché désirait faire une pouja après minuit.  Une des infirmières fut intéressée en entrant et voulut savoir si c’était un gâteau que nous allions manger et si elle pourrait en avoir un morceau ! Une autre infirmière qui vint dans la chambre par la suite pour ausculter Rinpoché était aussi franchement intéressée et Rinpoché lui expliqua brièvement la signification (Kalaroupa). Je ne suis pas certain qu’elle ait compris, mais elle semblait intéressée. Les infirmières se familiarisent relativement bien au climat inhabituel qui règne dans  la chambre de Rinpoché. L’autel, le moulin à prières, les bols d’eau. Le médecin de Rinpoché a amené un petit moulin à prières du Népal, un objet pour touriste, pour le montrer à Rinpoché et Rinpoché l’a fait couvrir de feuilles d’or pour lui et y a fait mettre des mantras à l’intérieur. Rinpoché fait des prières pour toutes les personnes qui sont dans la clinique : pour ceux qui y viendront dans le futur, pour ceux qui y sont venus auparavant, ceux qui utiliseront les mêmes draps, etc.

La principale difficulté est l’épuisement. Les médecins disent que c’est le cas de tous les patients victimes d’une congestion et ils essayent de trouver un équilibre entre l’indispensable physiothérapie (cruciale à ce moment) et le repos. C’est vraiment épuisant et Rinpoché doit se reposer beaucoup.

Malgré tout cela, l’attitude de Rinpoché n’a absolument pas changé… Le même Rinpoché, mais d’une autre façon.

Rinpoché a envoyé un message à un grand lama : « Ceci est le mûrissement de mon karma négatif du passé, puisse-t-il être la cause de la longue vie de Sa Sainteté le Dalaï Lama ». Le grand lama lui a répondu : « Rinpoché ne fait pas l’expérience d’un karma négatif, mais il a pris sur lui un obstacle important pour le monde du bouddhisme tibétain ».   

Colophon : Bureau de traduction de la FPMT France, 16 mai 2011.

Comments