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Jean Paul Enthoven

"Tout ce qui est dans la Création existe en vous. Tout ce qui est en vous existe dans la Création"

(Khalil Gibran)

Mes amis, après notre soirée en présence de Michèle Cotta sur la vie Politique de notre Cité, c'est d'Amour que nous allons parler ce soir. Aussi je commencerai par cette citation de
 
Michel Quoist : 

"L'amour n'est pas aveugle. L'amour permet de voir ce que les autres ne voient pas. Il permet de rencontrer l'homme au delà de son visage de chaire; là où il est "lui", unique, là où seuls ceux qui aiment peuvent pénétrer, admirer,  s'extasier....."

 Chaque mois nous allons à la rencontre d'un auteur et de son oeuvre en raison de son actualité. Comme j'aime à le rappeler, nous sommes le lien entre ces Auteurs, les Maisons d'Edition et vous mêmes, chers Amis Lecteurs. 

Aussi ce soir, je suis très fière au nom de "Livres en Scène", d'accueillir notre ami Jean-Paul Enthoven, écrivain, critique littéraire et conseiller éditorial chez l'hebdomadaire Le Point, en qualité d'Editeur de la Maison d'Edition Grasset & Fasquelle. Grande Maison qu'il rejoint dès 1983 auprès de son ami Bernard-Henri Lévy, avec laquelle nous avons de réelles attaches ( R.Bacqué. P.Bruckner....). Belle reconnaissance pour notre Club!! Merci pour cette marque de confiance!!....

Mais c'est bien sûr l'Auteur que nous recevons. Auteur de grand talent, bien qu'il ait peu publié. Je rappellerai: "Les Enfants de Saturne" (1996), "Aurore" (2001), "La Dernière Femme" ( 2006), "Ce que nous avons eu de meilleur" (2008)

Comme nous allons le découvrir la femme est toujours au coeur de ses romans. "La femme est pour moi, un appel de fiction". je cite!!. 

Le roman de ce soir 
"L'hypothèse des sentiments" ne déroge pas à la règle, nous vous proposons du "Enthoven" comme j'évoque souvent du "Garcin" ou du "Rufin", c'est à dire un style inventif, élégant. Une écriture subtile, sensuelle qui révèle un homme de lettres, d'esprit qui joue avec les mots et les références littéraires: Flaubert, Diderot, Tolstoï, Stendhal et bien d'autres encore

 C'est d'ailleurs son parcours personnel qui l'a initié à ce goût pour la littérature et les lettres.

Parcours qui commence à la faculté de lettres de la Sorbonne puis à la faculté de Droit et à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris.

Il n'est cependant pas marqué comme certains de ces amis intellectuels, philosophes par 1968 (il préfère la littérature aux débats d'idées), mais cette année là il rencontre en Corse un de ses amis proches, pour lequel il a un profond respect et une réelle admiration. Cet ami l'accompagne déjà depuis plusieurs année puisque c'est un proche de sa famille, son "Père spirituel" en quelque sorte: 

Pierre Nora le grand Académicien qui vient de publier un livre d'une rare richesse "Historien Public" (éd.Gallimard) (Prix Montaigne 2012) et qui a accepté de nous rejoindre pour rendre hommage à notre ami. Surprise.


 

  

Qui n'a pas fait l'expérience d'une "synchronicité", c'est à dire un de ces hasards significatifs qui peuvent changer radicalement le cours de la vie? Certes, nous aimons croire que nous sommes maîtres de notre destin mais les aléas de la synchronicité sont là pour nous inviter à davantage de modestie. Exemple.

"Deux valises semblables, un bagagiste étourdi, un voyageur qui ne l'est pas moins, une méprise et cela suffit à dérégler -à hâter?- le cours des choses."p 20

 Voilà comment commence l'histoire de Max Mills, scénariste de l'époque glorieuse du cinéma Italien (fin des années 70, derniers feux de la comète de la Dolce Vita), qui comme chaque 23 juin depuis 9 ans, est venu à Rome effectuer une sorte de pèlerinage d'amitié fraternelle au cimetière des Anglais, en mémoire de son ami Elio Montefiore. 

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Soiree Jean Paul Enthoven


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De retour à Paris, il s'aperçoit que la valise rouge rapportée, ressemble comme une soeur à sa propre valise.

Mais à l'intérieur c'est toute une vie de femme qui se dévoile: des soieries, des escarpins, une paire de boucles d'oreilles, des somnifères, des tranquillisants, un portrait de l'actrice Audrey Hedburn encadré, un exemplaire du roman Anna Karénine de Tolstoï, et enveloppé dans un foulard, il trouve un petit carnet, un journal.Tout un ensemble d'objets dont chacun va jouer un rôle décisif dans l'intrigue qui va se dérouler.

Max est à Paris, c'est le début de l'été. Il a passé une journée délicieuse à Rome. C'est vrai cela ne se fait pas, mais il est tenté de lire le journal....

 C'est le point de départ du roman de notre invité: il le lit.

 C'est ainsi que l'histoire amorcée sur un motif romanesque assez convenu, va progresser sur une année entière ( du 23 juin de l'année en cours au 23 juin de l'année suivante), de péripéties en réflexions sur le sentiment amoureux, et proposer une galerie de portraits émouvants ou cocasses. 

De Rome à Paris en passant par Monte-Carlo et la Russie, de l'évocation du Chevalier d'Eon, d'Anna Karénine de Tolstoï aux théories stendhaliennes sur l'amour, nous suivons principalement le personnage de Max, 50 ans qui "estimait que l'amour n'avait d'utilité qu'au cinéma. Ou avec les femmes qui exigeaient leurs doses périodiques de mensonge. Ce n'était, avait-il jadis conclu, qu'un leurre inventé par les scénaristes et les romanciers. Dans la vraie vie, ce leurre ne servait à rien." p137

Bien entendu, Max va chercher à rencontrer la rédactrice du journal intime, intrigué par sa personnalité. (d'une façon originale d'ailleurs).

Le carnet appartient à une certaine Marion, épouse du Baron Sixte d'Angus. 

Cette femme est dépressive, soumise à une sorte de pensée magique pour tromper son désoeuvrement, férue d'astrologie et de voyance, adepte des tranquillisants, et suivant une psychanalyse par téléphone, qui prie sans cesse la Vierge Marie. Son portrait est légèrement décalé dans un déphasage ironiquement misogyne.

Le riche époux victime d'un accident cérébral, est présenté par l'auteur comme une figure bouffonne et tendre de doux-dingue. 

 L'histoire pourrait être banale. Elle est au contraire dé-banalisée par le traitement romanesque en trois actes: 

"Le hasard",

"La chasse du bonheur",

 "L'illusion" 

avec des malentendus, des coïncidences arrangées, des retournements.


C'est un roman mobile avec de véritables intrigues quant à son déroulement qui aiguisent vraiment notre curiosité.

Chaque acte se présente comme un scénario de film de cinéma avec plusieurs plans pour découvrir la nature profonde des personnages.

Même les personnages secondaires ( la voyante, le détective privé, le fantôme de l'ami..) sont à l'image des seconds rôles d'une bonne distribution cinématographique.

L'élégance de la plume de notre ami, se pare ainsi de la sagesse d'un moraliste et de l'humour d'un scénariste Italien.

Grâce à un style érudit, la lecture est scandée par les interventions de notre narrateur qui se pose en observateur. Il s'exprime par un "on" de connivence avec le lecteur à qui il offre la juste distance pour une lecture à plusieurs niveaux suivant son état de conscience. Il laisse ainsi un espace personnel de réflexions. (voir p 346)

Les interrogations personnelles des héros, la suggestion d'une piste psychologique (définition du hasard p 21, du destin p 275, du narcissisme p 276), la référence choisie pour de justes raisons de Anna Karénine, du Chevalier d'Eon, de Stendhal ( roman " de l'amour" ou il distingue "La chasse au bonheur" où le bonheur est passif de la  " La chasse du bonheur" où le bonheur a son mot à dire), de Laclos avec les "liaisons dangereuses" ( militarisation des sentiments: on part à l'amour, comme on part à la guerre).... en font un roman d'amour inattendu, qui nous renvoie de fait, à nos propres histoires et idéaux.

 L'auteur s'inspire aussi des interventions stendhaliennes d'un narrateur qui commente, nuance, renvoie à des notes en bas de page comme dans le roman de Nabokov "Feu pâle". Même la résolution de l'intrigue de l'histoire nous est proposée sous cette forme!  

Par exemple: sur les sentiments p 276: "Les grands sentiments, étant à eux mêmes leur propre preuve se renforcent de leur seul existence. Rien ne peut les démentir. Rien ne peut les confirmer. Fantasques volontaires, ils se contentent de frayer un passage aux déclamations ostentatoires qui, dès lors, s'y engouffrent.

Voir aussi p339 "Il serait profitable de vérifier que l'entropie amoureuse n'est pas moins fatale que celle qui celle qui gouverne le cycle de la vapeur: de même que celle-ci prouve l'impossibilité du mouvement perpétuel, celle-là interdit de croire à une passion sans fin".

Avons nous un réel libre-arbitre dans notre destin? Le hasard existe-t-il? La rencontre de ces deux êtres auraient-elles pu avoir lieu sans cet échange de valise? 

Comment s'articule notre dessein? L'amour ou plutôt les sentiments amoureux existent-t-ils vraiment ? 

Pour conclure, une citation de Stendhal:

"Le roman est un miroir que l'on promène le long du chemin".





Et bien, ce roman d'amour mobile est vraiment un miroir sur toutes nos interrogations personnelles sur la "vie", les "sentiments amoureux" avec lequel nous pouvons nous promener tout au long de notre propre chemin..... Bonne route amis lecteurs!!