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Pétrone

Caius Petronius Arbiter ? (?-65 apr. J.-C.)

Son roman, le Satiricon, ne nous est parvenu qu'en fragments, ce qui empêche de connaître l'intrigue globale du livre. Le fragment le plus célèbre est "Le festin de Trimalcion", description haute en couleur d'une réception donnée par un riche affranchi ! (voir aussi Apicius).

Pétrone vécut à la cour de l'empereur Néron et dut se suicider en 65 à cause de son implication dans la conjuration de Pison.



Extrait 1 : L'ascension d'un affranchi ou comment on devient un nouveau riche

Le richissime affranchi Trimalcion raconte comment il a fait fortune en se lançant dans le grand commerce maritime avec l'argent légué par son maître, un riche sénateur.

 
 Mosaïque d'Ostie, le port de Rome


    "Enfin, par la volonté des dieux, je me trouvai maître dans ma maison, et alors, je pus en faire à ma tête. En deux mots, mon maître me désigna comme cohéritier avec César, et me voilà le possesseur d'un patrimoine sénatorial. Mais jamais personne fut-il content de ce qu'il a ? Je voulus faire du commerce. Pour ne pas vous faire languir, sachez que j'équipai cinq navires ; je les chargeai de vin ; c'était alors de l'or en barre ; je les envoyai à Rome. On aurait cru que j'en avais donné l'ordre : tous cinq font naufrage ! C'est de l'histoire, ce n'est pas de la blague ! En un jour, Neptune me mangea trente millions de sesterces.« Vous croyez que là-dessus je lâche la partie ! Pas du tout ! Cette perte m'avait mis en goût ; comme si de rien n'était, j'en construis d'autres plus grands, et plus forts, et plus beaux, afin que personne ne puisse dire que je manque d'estomac. Vous savez que plus un navire est gros, plus vaillamment il lutte contre les vents. Je charge une nouvelle cargaison : du vin, du lard, des fèves, des parfums de Capoue, des esclaves. Dans la circonstance, Fortunata [sa femme !] fut admirable : elle vendit tous ses bijoux, toutes ses robes et me mit dans la main cent pièces d'or ; elles furent le germe de ma fortune. « Les affaires vont vite quand les dieux veulent. En un seul voyage je gagnai une somme ronde de dix millions de sesterces. Je commence par racheter toutes les terres qui avaient appartenu à mon maître ; je me fais bâtir une maison, j'achète des bêtes de somme pour les revendre. Tout ce que je touchais croissait comme champignons. « Quand je me trouvai plus riche que le pays tout entier, je fermai mes registres, j'abandonnai le négoce et me mis à prêter à intérêt aux affranchis. Et j'allais même me retirer entièrement des affaires, mais j'en fus détourné par un astrologue : c'était un Grec, du nom du Sérapa, qui était venu par hasard dans notre colonie : il me parut inspiré par les dieux. Il me dit même des choses que j'avais oubliées et me raconta toute ma vie de fil en aiguille. Il lisait dans mes entrailles ; peu s'en fallait qu'il ne dise ce que j'avais mangé la veille. On aurait cru qu'il ne m'avait jamais quitté d'une semelle."

Satiricon, 76


Extrait 2 : Un festin extraordinaire ou le mauvais goût culinaire d'un riche sans éducation !

 
 
 Serviteur lors d'un banquet
 Un banquet romain... regardez le sol couvert des reliefs du repas ! On mange allongé ! Pas de chaises !

" Nous prenons place enfin à la table. Des esclaves égyptiens nous versent sur les mains de l'eau de neige ; d'autres suivent qui nous lavent les pieds et nous font les ongles avec une dextérité rare. Et bien loin de s'acquitter en silence de cette fastidieuse besogne, ils s'accompagnaient en chantant. Il me prit fantaisie de vérifier si toute la domesticité chantait. Je demande donc à boire. L'esclave très empressé qui me sert me gratifie en même temps d'un aigre refrain. Et tous, en donnant ce qu'on leur demandait, en faisaient autant. On pouvait se croire dans un choeur de pantomime plutôt qu'à la table d'un bourgeois. On apporte alors l'entrée, qui était vraiment somptueuse, car tout le monde était à table, excepté le seul Trimalcion, auquel, de par un usage nouveau, on avait réservé la place d'honneur. Sur le plateau des hors-d'oeuvre était un petit âne en bronze de Corinthe portant un bissac qui contenait des olives d'un côté blanches, de l'autre noires. Il avait sur le dos deux plats d'argent sur le bord desquels était gravé le nom de Trimalcion avec les poids de l'argent. Des surtouts en forme de ponts supportaient des loirs accommodés avec du miel et des pavots. Il y avait aussi, posées sur un gril d'argent, des saucisses grésillantes et, sous le gril, des prunes de Syrie avec des grains de grenade.[...]

Le repas continue : on apporte sur un dressoir une corbeille, dans laquelle était une poule en bois sculpté, les ailes ouvertes et arrondies, comme si elle couvait. Aussitôt deux esclaves s'avancent et, au son d'une symphonie, se mettent à fouiller la paille. Ils en retirent peu à peu des oeufs de paon qu'ils distribuent aux convives. Trimalcion contemple la scène. : « Mes amis, dit-il, j'ai fait mettre des oeufs de paon sous cette poule. Et, ma parole, j'ai peur qu'ils ne soient déjà couvés : voyons donc s'ils sont encore mangeables. » On nous remet à cette fin des cuillères qui ne pesaient pas moins d'une demi-livre, et nous brisons ces oeufs revêtus d'une pâte onctueuse imitant fort bien la coquille. Pour ma part, je fus sur le point de jeter le mien, car j'y voyais déjà remuer un poulet, quand j'entendis un vieux parasite s'écrier : « Ce doit être quelque chose de fameux » Ayant donc achevé de rompre la coquille, je découvre un bec-figue bien gras entouré de jaunes d'oeufs finement épicés.[...]

Mais les serviteurs font leur entrée et posent sur les lits des tapis, où sont représentés des filets, des piqueurs avec leurs épieux, enfin tout l'attirail de la chasse.
 
Une scène de chasse digne de Trimalcion

Nous ne savions pas à quoi nous attendre quand un grand bruit se fit hors de la salle. Et aussitôt des chiens de Laconie s'y précipitèrent en courant autour de la table. A leur suite venait un plateau sur lequel se carrait un sanglier de la plus forte taille. Il était coiffé d'un bonnet d'affranchi, et de ses défenses pendaient deux corbeilles, en branches de palmier, pleines, l'une de dattes de Syrie, l'autre de dattes de la Thébaïde. Il était entouré de marcassins, faits de pâte cuite au four qui, comme tendus vers les mamelles, indiquaient que c'était une laie. Nous fûmes autorisés à les emporter. Pour dépecer ce sanglier, ce ne fut pas ce Coupez qui avait servi les volailles qui se présenta, mais un barbu très grand, aux jambes entourées de bandelettes et portant un habit de chasseur. Tirant son couteau de chasse, il en donna un grand coup dans le flanc du sanglier : par la plaie béante sort un vol de grives. Des oiseleurs étaient là avec des gluaux qui, en un instant, s'emparèrent des oiseaux volant autour de la salle. Trimalcion en fait donner un à chacun de nous, et il ajoute : « Voyons un peu de quelle sorte délicate de glands se nourrissait ce gourmand. » Aussitôt des esclaves s'emparent des corbeilles suspendues aux défenses et distribuent par portions égales les dattes de Syrie et de Thébaïde aux soupeurs."

Satiricon, 32-34-40

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