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L'exposition, les Oeuvres, Les Peintres...de Lhermitte à Corot en passant par Pinal....

                  Peintres historiques de la Vallée de la Marne
                                            1860-1960

 

Hôtel Ibis, Essômes-Sur-Marne, du 23 au 30 Juin 2009
Tous les après midi de 14h à 18h
Entrée gratuite

 

 

 

Liste des œuvres exposées

1

Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1875)

Moulin à vent – Environs de Saint-Omer - Huile sur toile

Pour les peintres de la Vallée de la Marne, c’est par lui que tout a vraiment commencé. « Il y a un seul maître, Corot. Nous ne sommes rien en comparaison, rien. », affirmait Claude Monet en 1897. Cette étude concentre tout le caractère contemplatif de Corot et révèle une économie de moyens étonnante, préfigurant l’art d’un Marquet, voire d’un Morandi… Renseignement précieux, le catalogue nous indique que l’œuvre figura dans la collection de… Léon Lhermitte ! Preuve, s’il en faut, de l’importance de Corot dans la communauté des imagiers de la Vallée de la Marne. Figure majeure des « Peintres de Luzancy » où il se lia d’amitié avec Louis Alexandre Bouché, il fréquenta durablement Château-Thierry où il retrouvait Frédéric Henriet, peintre et créateur du Musée de Château-Thierry, et La Ferté-Milon où l’attendait son ami le peintre Eugène Lavieille. Corot aimait notre région, posant son chevalet devant l’abbatiale d’Essômes, sur les remparts du vieux château, ou dans le Bois Pierre à Chierry… Il y réalisa une quantité d’œuvres et jouissait d’une véritable notoriété. Au premier rang de ses admirateurs, on trouvait Etienne Moreau-Nélaton, peintre et historien, qui lui consacra un ouvrage, et Léon Lhermitte, bouleversé par le regard ingénu que le « bonhomme Corot », peintre de génie, posait sur les hommes et la nature…

 

Bibliographie :

Dieterle, Catalogue raisonné, reproduit p.120, cat. n°340

 

Collection particulière

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2

 Frédéric Henriet (1826-1918)

Le berger - Huile sur toile

Enfant de Château-Thierry où il naquit et mourut, Frédéric Henriet fut directeur des Musées Impériaux, sous-inspecteur de l’Exposition de 1861-63, rédacteur des catalogues du Salon où, de 1881 à 1888, il exposa régulièrement des toiles représentant principalement des lieux historiques du Sud de l’Aisne. Ecrivain d’art, il rédigea des monographies sur des rues et des sites de Château-Thierry, mais surtout des études remarquables sur ses amis les peintres Chintreuil et Daubigny. En effet, les peintres de Barbizon n’avaient pas de secrets pour Frédéric Henriet qui connaissait tous les membres de la prestigieuse école du plein-air. Amoureux de son pays d’enfance, Henriet ne se lassa pas de le contempler, de l’écouter et de le raconter. « Tel est l’écrivain, écrira Georges Husson en 1917, qui observa et dépeignit si bien dans ses souvenirs de paysagiste, le langage et la mentalité du paysan briard. » Soulignons enfin qu’Henriet fut le premier conservateur de la « Maison » Jean de La Fontaine, devenue Musée grâce au donateur Jules Maciet, et dont il dressa le premier inventaire des œuvres. Mais cette activité d’historiographe ne peut nous faire oublier le bel artiste dont la facture, parfois si proche de Corot -les arbres de notre tableau en sont une illustration éloquente !- nous rappelle les liens privilégiés qui unissaient ces deux amis.

 

Collection particulière

 

 

 

 

 

 

3

Alexandre Bouché (1838-1911)

L’Allée Corot à Luzancy – Huile sur toile

Comme Amédée Servin, Antoine Chintreuil ou Eugène Lavieille, amis de Corot, Alexandre Bouché fut également son élève. L’enseignement du maître participa à l’éclosion du grand talent pictural de Bouché, peintre de la vie paysanne dans la Vallée de la Marne. Et ce n’est pas un hasard si au jour de ses obsèques, c’est Léon Lhermitte qui lui rendra hommage en des termes très élogieux ! C’est par Bouché que la génération suivante, représentée par Jean Julien Massé, assimilera à son tour l’enseignement de Corot…

Le jeu des ombres portées donne toute sa saveur à cette scène animée, pendant exact de celle peinte par Corot, comme si les deux amis avaient posé leur chevalet le même jour et au même endroit ! Le raffinement atmosphérique et la vie intense, chaleureuse qui émanent de la nature donnent un charme irrésistible à cette œuvre.

Un siècle après la disparition d’Alexandre Bouché, nous sommes en droit de voir en Corot l’initiateur de l’Ecole de Luzancy, et en Bouché son plus bel héritier…

 

Collection particulière

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4

Jean Julien Massé (1856-1950)

L’Allée Corot à Luzancy - Huile sur toile

Elève de Bouché lui-même élève de Corot, Jean Julien Massé est l’ultime héritier de l’enseignement du grand Corot. Peintre et graveur fin et délicat, il resta fidèle sa vie durant à son vocabulaire pictural sans jamais céder aux sirènes de la modernité. Avec le Finistère –Massé a beaucoup peint la région de Lesconil- la Vallée de la Marne autour de Luzancy demeura le motif préféré du peintre qui s’affirme comme l’un de ses troubadours les plus sensibles et les plus émus. Après Bouché, Massé donna plusieurs versions de cette Allée Corot marquant le souvenir ébloui du peintre de génie posant son chevalet dans les rues du village… Cette huile sur panneau fut longtemps la propriété du peintre Fernand Pinal qui nous raconte au dos de l’œuvre les circonstances dans lesquelles Massé, l’ayant reçu dans son atelier, lui avait demandé de choisir un tableau. Pour sûr, Fernand Pinal avait l’ « œil du Maître » : cette composition synthétise à elle-seule l’art délicat de Jean Julien Massé !

 

Bibliographie :

Noël Coret, Autour de l’Impressionnisme : les peintres de la Vallée de la Marne, Editions Casterman, 1996, réédition La Renaissance du Livre, Editions Luc Pire, reproduit p. 131

 

Collection particulière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5

Jean Julien Massé (1856-1950)

Luzancy - Huile sur toile

La fidélité du peintre au « pleinairisme » enseigné par Bouché n’en fait pas pour autant un simple épigone de cette grande école de la Nature. La manière de Massé est immédiatement identifiable et sa personnalité s’épanouit dans chacune de ses œuvres. Certainement, le peintre de Luzancy est un contemplatif. Il fuit l’effet démonstratif et manifeste un respect absolu devant le motif qu’il révèle par un chant « murmuré ». Loin des symphonies splendides et rutilantes d’un Planson, d’un Sabouraud ou d’un Le Tessier, Jean Julien Massé pratique le « quatuor à cordes » et plonge le spectateur dans l’intimité frémissante de la Nature…

Collection particulière

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6

Joseph-Paul Meslé (1855-1929)

L’arbre à Chamigny - Huile sur toile

Elève de Bonnat, il participe au Salon à partir de 1880 et reçoit de nombreuses médailles dont celle d'argent en 1900 à l'Exposition Universelle de Paris. Meslé fut déjà un portraitiste réputé de la bourgeoisie rémoise avant de s’installer à Chamigny pour y épanouir sa vocation de paysagiste. Là, il noue des liens avec Lhermitte et avec les peintres de la commune voisine de Luzancy. Preuve de son immense talent et de sa proximité avec le courant impressionniste, des tableaux de Monet ont parfois été attribués à Meslé ! L’arbre à Chamigny est une belle offrande du peintre au genre du paysage, ici dépouillé de tout artifice, et transcrit avec une candeur et une rare sincérité. Meslé aime chanter la nature, l’espace, la terre, les saisons… Les jeux d’atmosphère se développent dans une parfaite harmonie des teintes. Répudiant la virtuosité comme le pittoresque, les paysages de Meslé forment un bloc homogène alimenté par la grande leçon de Corot en donnant aux formes et aux valeurs la primauté qui leur revient. Artiste de haute culture, pédagogue émérite, Meslé prodiguera ses conseils à un jeune-homme passionné venu de La Ferté-sous-Jouarre, un certain André Planson…

 

Collection particulière

 

7

Joseph-Paul Meslé (1855-1929)

Retour de calèche au clair de lune (Chamigny) - Huile sur toile

Empli de rêve et de mystère, cet extraordinaire paysage nocturne de Meslé marque l’attachement du peintre à la tradition romantique, mais également sa maîtrise de la technique impressionniste dans la captation de l’atmosphère nocturne éclairée par le tremblement de sources lumineuses savamment disposées…

 

Collection particulière

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 8

Edmond Aman Jean (1858-1936)

El Pelele – Huile sur toile

Figure majeure du mouvement symboliste et portraitiste de génie, ce compagnon de Georges Seurat fut aussi Conservateur du Musée Jean de La Fontaine de Château-Thierry.

El Pelele, c’est le nom d’un pantin que, dans un carton de tapisserie de Goya (Madrid, Museo del Prado), des femmes font sauter sur une toile tendue. Bel hommage au peintre espagnol qu’Aman Jean affectionnait tout particulièrement !

 Peintre raffiné, Aman Jean était aussi un écrivain d’art réputé et son « Velasquez »fait encore autorité de nos jours. Impliqué dans les mouvements de la modernité artistique, Aman Jean présida le Jury du premier Salon d’Automne en 1903. Frantz Jourdain, président de cette toute nouvelle société d’artistes, a décrit les portraits réalisés par le peintre en ces termes : « On entre en communion avec ces êtres qui n’ont rien de factice mais qui semblent exister dans l’imprécision du rêve et comme si nous les contemplions derrière une fluide gaze nacrée » (1922). La mélancolie qui émane de cette scène  confirme la pertinence des propos de Frantz Jourdain : la femme tenant El Pelele dans sa main semble se dissoudre dans un songe lointain…

 

Collection particulière

 

 

 

 

 

9

Jean-Joseph Weerts (1846-1927)

Portrait de Léon Lhermitte – Huile sur panneau

Dans son Introduction au catalogue accompagnant la rétrospective du peintre Jean-Joseph Weerts organisé par le musée de Roubaix de février à mai 1989, Dominique Brême, historien d’art bien connu des castelthéodoriciens, le présentait en ces termes : « […] Peintre d’histoire fort achalandé, surtout portraitiste de renom, respectueux à l’extrême, et jusqu’à la fin, des principes académiques, Weerts s’éteignit à Paris en 1927. […] » Abusivement, comme souvent le fut son ami Léon Lhermitte dont il nous laisse ce beau témoignage, Weerts est classé dans la rubrique des tenants de  l’« Académisme », lequel semblerait être à la peinture ce que la peste fut aux hommes… Dominique Brême y apporte un éclairage d’une rare pertinence, refusant la dichotomie habituelle mettant face à face les « anciens », à savoir les peintres respectueux de la tradition, et les « modernes », ceux qui trouvent autant de beauté à un bidet du Bazar de l’Hôtel de Ville qu’à une fresque de Michel-Ange. Une démarcation qui ne répond à aucune objectivité, surtout quand on connaît l’estime réciproque entre Weerts, Rafaëlli et Lebourg, ces deux peintres oeuvrant dans la mouvance impressionniste…

Et qu’en est-il de l’art de Weerts ? Il suffit de le regarder de près, ce portrait. Lhermitte, son ami du Salon, est là, présent, parmi nous. Pour le spectateur, c’est bien le plus beau compliment qu’il puisse faire à un peintre.

 

Tableau aimablement prêté par la municipalité de Mont-Saint-Père

 

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10

Léon Lhermitte (1844-1925)

Les laveuses à Mont-Saint-Père (1903) - Pastel sur toile

Natif de Mont-saint-Père, ce fils d’instituteur fut sans conteste, ne serait-ce que par sa production pléthorique, l’artiste le plus important de la Vallée de la Marne. Artiste puissant que Van Gogh admirait et comparait volontiers à Rembrandt, Lhermitte fut aux avant-postes de la peinture contemporaine au tournant des XIXe et XXe siècles. Lié à Manet, Sisley et Cazin, ami de Rodin et de Camille Claudel qui réalisa son portrait et celui de son fils Charles, il connut une carrière de peintre officiel suite au succès de son chef-d’œuvre naturaliste, La Paye des Moissonneurs, acheté par l’Etat le jour même de l’ouverture du Salon, en avril 1882.  Pour autant, ainsi que cet éblouissant pastel nous le révèle –il fut exposé chez Bernheim en 1903 -, c’est surtout dans la technique du fusain et du pastel que Lhermitte affirme une modernité le situant dans la proximité directe du courant impressionniste. Pour la postérité, le peintre de Mont-Saint-Père laisse un témoignage inestimable de la vie rurale en Brie champenoise. Ses œuvres sont conservées dans la plupart des grands musées de notre planète…

 

Bibliographie :

Monique Le Pelley Fonteny, Léon Augustin Lhermitte, Catalogue raisonné, reproduit p. 242, cat. n°470, Editions Cercle d’Art, 1991

 

Collection particulière

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11

Léon Lhermitte (1844-1925)

Le Réveillon ou Souper en famille (1883) - Reproduction d’époque d’après le dessin au fusain de 1883

Evocation de la vie rurale où Lhermitte excellait… Nul autre que le peintre de Mont-Saint-Père sut traduire à ce degré de vérité toute la convivialité, l’humanité profonde des paysans et des artisans de son village ! Cette attention renouvelée que le peintre porta au peuple des paysans et des artisans de Chartèves, Etrepilly, Fossoy, Mont-Saint-Père, Mézy et Château-Thierry, trouva sa consécration dans l’ouvrage d’André Theuriet, La Vie Rustique (1888) qu’il illustra de fusains d’une poésie ineffable… Van Gogh, Huysmans et bien d’autres ne cessèrent de louer le talent de dessinateur de Lhermitte, artiste que l’on classe encore trop souvent au nombre des peintres académiques, ce que dément formellement la production du pastelliste, du graveur et du dessinateur !

Le Cabinet des Estampes du Musée Carnavalet à Paris conserve un exemplaire de notre reproduction d’époque.

 

Collection particulière

 

 

 

12

Léon Lhermitte (1844-1925)

Les Glaneuses - Gravure d’époque, par Georges Félix Garen (né en 1854)

Eau-forte réalisée d’après le fameux tableau de Lhermitte, Glaneuses près des meules, exposé au Salon de la Nationale des Beaux-Arts de 1903 (cat. n°850) sous le titre Moisson près des meules et figurant aujourd’hui dans la prestigieuse collection de George Marciano à Beverly Hills (USA). Avec Jules Bastien-Lepage, Lhermitte fut le chantre de la vie paysanne, l’un de ceux qui entonna avec émotion le chant du cygne d’une classe sociale s’effaçant doucement devant la montée en puissance de celle qui faisait peut et que l’on appelait alors, le « prolétariat ».

 

Collection particulière

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13 

Léon Lhermitte (1844-1925)

Les Cordonniers de Mont-Saint-Père (1880) - Huile sur toile

Cette peinture vraiment remarquable témoigne de la justesse d’analyse de Van Gogh qui discernait chez Lhermitte un lien direct avec Rembrandt. De fait, le peintre de Mont-Saint-Père révèle ici toute sa science du clair-obscur, transcendant le réalisme de la scène par une atmosphère immatérielle et de recueillement, d’un sentiment quasi-religieux… Cette spiritualité inhérente à l’œuvre peint de Lhermitte, on la retrouve cette fois exprimée  sans détour dans des compositions comme Le Pardon de Ploumanach (1879), L’Aïeule (1880), Le Souper à Emmaüs (1891),ou Chez les Humbles (1905), peinture qui fait honneur au Metropolitan Museum of Art de New York..

 

Bibliographie :

Monique Le Pelley Fonteny, Léon Augustin Lhermitte, Catalogue raisonné, reproduit p. 24 et p. 94, cat. n°25, Editions Cercle d’Art, 1991

 

Collection particulière

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14

Léon Lhermitte (1844-1925)

La Tour Saint-Crépin à Château-Thierry, 1922  - Pastel sur carton

Exposée à deux reprises (1923 et 1924) au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts à Paris, reproduit en 1923 dans l’Union Républicaine de la Marne, cette vue en contre-plongée sur l’église Saint-Crépin de Château-Thierry, figure parmi les feuilles les plus originales de l’artiste. Le jeu des ombres et de la lumière, la présence des femmes faisant leur marché de bon matin participent à l’atmosphère de fraîcheur et d’humanité que divulgue cette illustration de la vie provinciale…

 

Bibliographie :

Monique Le Pelley Fonteny, Léon Augustin Lhermitte, Catalogue raisonné, reproduit p. 204, cat. n°254, Editions Cercle d’Art, 1991

Collection particulière

 

15

Léon Lhermitte (1844-1925)

Etude de l’enfant pour la Paye des Moissonneurs de 1882 - Dessin au crayon rehaussé de craie blanche

Exécutée en 1881, cette étude révèle l’ampleur du travail effectué par Lhermitte dans la préparation de son tableau de Salon, et l’attention extrême qu’il portait à rendre compte de la justesse des attitudes. Plusieurs dizaines de dessins, plumes, fusains et pastels ont été nécessaires pour l’aboutissement de La Paye des Moissonneurs. Une démarche réaliste visant à donner au spectateur le sentiment d’un maximum de véracité dans la scène représentée.

 

Bibliographie :

Monique Le Pelley Fonteny, Léon Augustin Lhermitte, Catalogue raisonné, reproduit p.386, cat. n°351, Editions Cercle d’Art, 1991

 

Collection particulière

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16 

Etienne Moreau-Nélaton (1859-1927)

L’Eglise de Fère-en-Tardenois - Huile sur toile

On connaissait la version que Maurice Utrillo donna de cette église qu’il intitula La Tardenoise, visible au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, mais cette peinture nous semble bien plus émouvante. Si attaché aux traditions populaires de sa région, Etienne Moreau-Nélaton ne fut-il pas, depuis les hauteurs de sa propriété de la Tournelle à Beuvardes, le chantre et l’historien du Tardenois ? L’auteur des Eglises de chez nous ne planta-t-il pas son chevalet dans les rues de Coincy l’Abbaye et dans tous les coins du Tardenois ? N’a-t-il pas racheté et restauré l’ancienne Halle au blé du XVIe siècle, joyau de Fère-en-Tardenois ? Ce camarade de Jaurès et de Bergson à l’Ecole Normale Supérieure (1878) ne fut-il pas, aussi, l’ami des peintres de la Vallée de la Marne mais aussi des impressionnistes, ces flibustiers de la lumière qu’il collectionna et dont il enrichit les collections publiques par une donation exceptionnelle de 100 tableaux en 1906 ? Cet artiste hors du commun déploya sa vie durant une telle activité que l’on se demande quand il trouvait le temps pour dormir !… Mais l’historien, l’écrivain d’art, le biographe et le collectionneur autant avisé que généreux, ne doivent pas nous faire oublier l’artiste –il fut l’élève du grand Harpignies-, un artiste boulimique dont la puissance créatrice se manifestait aussi bien dans la peinture, la gravure, l’affiche, le livre pour enfants ou la céramique ! A l’évidence, comme son biographe Vincent Pomarède nous l’a si bien évoquée, la haute figure d’Etienne Moreau-Nélaton est l’une des plus fécondes et des plus talentueuses parmi les imagiers du Sud de l’Aisne…

 

Collection particulière

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17

Germain David-Nillet (1861-1932)

Les Noces au village - Huile sur toile

Exposé dans la Mairie de Mont-Saint-Père, ce tableau de grandes dimensions, probablement réalisé pour figurer au Salon, est un œuvre majeure du peintre. On regrette, devant cette toile monumentale et d’un expressionnisme saisissant, qu’elle n’ait pas figuré dans la rétrospective que le Musée du Faouët consacra au peintre en 1997.

Fils d’un commerçant en pierres précieuses, David-Nillet est l’auteur en 1897 d’un tableau souvent publié représentant Le Laboureur et ses enfants d’après la fable de La Fontaine (Musée Crozatier, Le Puy-en-Velay). Remarquable dessinateur, il fut à la fois l’élève, l’ami et le secrétaire de Léon Lhermitte dont il fit le portrait en 1925 (Musée d’Orsay).

Avant de prendre le chemin de la Bretagne (Le Faouët) en 1898, Germain David-Nillet réalisa un grand nombre d’études et de tableaux dans la région de Mont-Saint-Père. Après sa mort, sa veuve offrit à l’Etat une collection exceptionnelle d’œuvres d’art parmi lesquelles Les Lieuses de gerbes à Mézy, pastel éblouissant de Lhermitte, visible au Musée du Petit Palais à Paris.

 

Tableau aimablement prêté par la municipalité de Mont-Saint-Père.

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18

Eugène Buland (1852-1926)

Etude d’une jeune communiante - Huile sur panneau

Carlésien d’adoption, Eugène Buland, à l’instar de Léon Lhermitte, témoigna de la vie rurale et artisanale, sauf que lui porta le microscope sur la vie administrative, provinciale et « politique » du canton de Charly-sur-Marne. D’une précision inouïe, sa technique picturale en fait véritablement un pionnier de l’Hyperréalisme ! Les études préparatoires présentées ici concernent des œuvres majeures de Buland auquel les musées de Carcassonne, Chartres, Charleville-Mézières et Quimper ont rendu en 2007 et 2008 un fort bel hommage…

Ses tableaux figurent dans les musées d’Amérique du Nord, au Musée d’Orsay, dans les musées de Carcassonne, Saint-Dizier, Quimper, Saint-Maur-des-Fossés et Château-Thierry.

Visible au musée de Carcassonne, Le Mariage innocent (1884), l’un des chefs d’œuvre du peintre, nous montre un couple d’enfants cherchant son bébé dans un champ de choux sur les hauteurs de Charly-sur-Marne !

On retrouve dans plusieurs œuvres de Buland le profil de cette jeune communiante. C’est dans sa propriété de Charly-sur-Marne, comme en témoignent les photos prises par le peintre en herbe Fernand Pinal, que Buland faisait poser ses modèles choisis dans son entourage carlésien.

Ces études enrichissent notre connaissance de l’artiste en cela qu’elles nous révèlent une étape importante dans la construction de l’œuvre, passage obligé après l’esquisse et le dessin préparatoire, où son geste de peintre, d’une grande liberté, leur donne un élan, une fraîcheur d’exécution incomparables.

 

Collection particulière

 

 


 

19

 Eugène Buland (1852-1926)Portrait de femme (étude) - Huile sur carton

Le rendu photographique du visage confirme le jugement contemporain qui fait de l’artiste un pionnier de l’hyperréalisme ! Ce n’est pas Le Repas du Jardinier, que l’on peut admirer au Musée Jean de La Fontaine de Château-Thierry, qui nous démentira. C’est pourtant dans la distanciation qu’il pratique systématiquement avec ses sujets, dans le regard quasi clinique qu’il pose sur ses semblables que s’affirme l’originalité profonde d’Eugène Buland. Presque inquiétant de vraisemblance, ce Portrait de femme n’est rien de plus qu’une vision objective, dénuée d’affect, que l’artiste pose sur son modèle. Ce Portrait de femme : une « photomaton- couleur » avant l’heure !

 

Collection particulière

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20

Eugène Buland
(1852-1926)

Etude pour «Héritiers » de 1887…

Acteurs du tableau conservé au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux, les Héritiers sortent tout droit d’un roman de Balzac. Notre étude nous montre deux des cinq personnages représentés sur le tableau de Bordeaux. Impassibles, se tenant raides sur leur chaise, costumés comme pour la messe du dimanche, ils écoutent la lecture du testament. Malgré la rapidité du geste, l’habilité du peintre révèle le grand tumulte des sentiments qui se joue sous l’apparence feinte d’une absence d’émotion. Si dans leur for intérieur les acteurs sont loin d’être indifférents, ce n’est pas le cas de Buland qui nous fait éprouver le poids d’une atmosphère lourde et pesante sans prendre position, cherchant l’objectivité de la photographie, ne s’engageant personnellement que très rarement  , par le biais de l’humour, parfois- dans les scènes qu’il peint.

 

Bibliographie :

Eugène Buland (1852-1926), aux limites du réalisme, Catalogue d’exposition, Editions du Panama, Paris, 2007, tableau définitif reproduit p.15

 

Collection particulière

 

 

21

Eugène Buland (1852-1926)

Etude pour « La Table de jeu » ou « Le tripot » ou « La Roulette » ou encore « Au Casino », de 1883 - Huile sur toile

Notre tableau est l’un des travaux préparatoires à une pièce majeure dans l’œuvre picturale de l’artiste, aujourd’hui conservée dans une collection particulière aux Etats-Unis, Au Casino. Intériorisée à l’extrême, la tension des joueurs transpire dans cette étude dont l’expression des visages, à la fois concentrés et pathétiques –ne dirait-on pas Raspoutine de l’homme barbu ?-, serait l’illustration idoine du « Joueur » de Dostoievsky !…

La similitude de l’expression des personnages constitue un lien évident entre nos deux études.  Les drames qui s’y jouent sont provoqués par une seule et même question, et Buland ne cesse de la poser sur ces visages muets : « combien ? » Les héritiers attendent « combien » le testament va leur rapporter ou « combien » il va leur coûter, quand les joueurs, eux, attendent « combien » ils vont gagner ou « combien » ils vont perdre. L’argent, invisible sur ces études - est par contre étalé sur la table de jeux du tableau abouti-, est bien l’acteur principal de ces scènes rapidement esquissées mais où Buland, redoutable psycho-morphologue, décrit sur les seuls visages les grondements souterrains dus à l’appât du gain.

 

Collection particulière

 

Bibliographie :

Eugène Buland (1852-1926), aux limites du réalisme, Catalogue d’exposition, Editions du Panama, Paris, 2007, tableau définitif reproduit p. 49, cat.n°12

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22

Paul Bocquet
(1868-1947)

La Vesle en hiver – Huile sur toile

En mai 1969, à l’occasion de la  rétrospective organisée par le musée des Beaux-Arts, le public rémois redécouvrait l’œuvre de Paul Bocquet. La Vesle prend naissance dans la Marne, au cœur de la Champagne crayeuse et termine sa course dans l’Aisne, au niveau de Condé-sur-Aisne, à 10 km en amont de Soissons, arrosant les villes de Reims, Fismes et Braine. Cette rivière fut la principale figurante de l’œuvre de Paul Bocquet, peintre d’une sensibilité extrême et que l’on peut appréhender dans notre tableau. Un voile opaque de tulle blanche semble filtrer la lumière et donne à la nature un aspect spectral d’où s’échappent les craquements des arbres craquant sous le poids du gel. Exposée en 1950, puis en 1969 au Musée Saint-Denis de Reims, La Vesle en hiver de 1927 est une oeuvre de maturité où s’épanouit la science picturale de Paul Bocquet, artiste japonisant qui, dans nombre de peintures de cette époque, mérite pleinement son affiliation au post-impressionnisme ! A Reims il avait connu Joseph-Paul Meslé, alors portraitiste adulé, et qu’il  retrouvera régulièrement sur les bords de Marne, son ami étant devenu un véritable « paysagiste aux champs » depuis son village de Chamigny… Bocquet nous donna plusieurs vues de la Vallée de la Marne, mais c’est à la Vesle que toujours il revint. D’ailleurs, Hiver-sur-Vesle pourrait être le titre de la plus grosse part de ses toiles ! Le  critique d’art champenois Georges Perrin, évoquant une peinture intitulée Hiver dans la Montagne de Reims (1903), écrivait : « Paul Bocquet garde une toute particulière tendresse aux gris fins de l’hiver qu’il rend avec une élégance exquise.. »  Notre Vesle en hiver en témoigne.

Bibliographie :

René Druart, Paul Bocquet, 1868-1947, catalogue d’exposition, Imprimeries H. Debar & Cie, Reims et Pantin, avril 1950, p.17

 

Collection particulière

 

 

23

Albert Lepreux (1868-1959)

La Marne à Meaux - Huile sur carton

Lié à Eugène Boch -peintre dont Van Gogh réalisa le portrait- et originaire de Monthyon près de Meaux, Albert Lepreux  exposa aux côtés de Monet, Sisley et Pissarro aux Indépendants mais également au Salon d’Automne où il présenta des paysages d’Afrique du Nord et des bords de Marne. Il fut également un participant assidu aux expositions annuelles de l’Union des Beaux-Arts de Lagny. Là il rejoignait ses amis, le « gratin » du post-impressionnisme du début du XXe siècle, Henri Lebasque, Paul-Emile Colin, Frédéric Levé, Fernand Pinal, Eugène Montézin… D’une luminosité bleutée imprégnant la composition entière, La Marne à Meaux témoigne de son attachement à la ville de Bossuet et aux eaux mouvementées de sa rivière.

 

Collection particulière

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24

Jean Rémond (1872-1913)

La Marne à Luzancy - Huile sur toile

Né à Nancy, Jean Rémond manifeste très jeune des dons pour le dessin et parfait son éducation artistique à Paris, dans l’atelier de Cormon, après un long voyage dans les pays du Moyen-Orient d’où il rapporte des feuilles trempées de lumière. Vers 1910, après avoir séjourné à Mont-Saint-Père où il se lie avec le peintre Léon Lhermitte, Jean Rémond se fixe à Sainte-Aulde, sur un coteau dominant Luzancy, à proximité de Montreuil-aux-Lions. Son émerveillement pour la Vallée de la Marne va éblouir ses dernières productions où il pose son chevalet dans la plupart des villages entre Château-Thierry et Luzancy. Notre tableau, Femmes au bord de la Marne, est postérieur à 1910 et l’artiste y fait entendre son chant crépusculaire. La scène se passe sur le versant de la Marne face à Chartèves dont on aperçoit l’église au pied de la colline, près de Mézy-Moulins, dans ce même endroit figurant sur nombre de gravures à l’eau-forte de son ami Amédée Féau. En bordure de la Marne, deux femmes discutent à l’ombre tandis qu’une vache paît. Identifiable par de petits nuages de fumée, un train traverse le pont, au loin… La grandeur classique de cette composition distille un sentiment proche de la mélancolie. Phtisique, Jean Rémond se sait condamné. La sensation de la mort prochaine épouse les feux de l’automne finissant… Mais nul autre que notre tableau n’illustre mieux ces vers de la Comtesse de Noailles :

 

La Marne, lente et molle, en glissant accompagne

Un paysage ouvert, éventé, spacieux.

On voit dans l’herbe éclore, ainsi qu’un astre aux cieux,

Les villages légers et dormants de Champagne.

 

La Nature a repris son rêve négligent.

Attaché à la herse un blanc cheval travaille.

Les vignobles jaspés ont des teintes d’écaille,

A travers quoi l’on voit rôder de vieilles gens.

 

Un automnal buisson porte encore quelques roses.

Une chèvre s’enlace au roncier qu’elle mord.

Les raisins sont cueillis, le coteau se repose.

………………………………..

 

Anna de Noailles, Les Bords de Marne, in Les Forces éternelles, 1921

 

 

Bibliographie :

Noël Coret, Autour de l’Impressionnisme : les Peintres de la Vallée de la Marne, Editions Casterman, 1996, réédition La Renaissance du Livre, Editions Luc Pire, reproduit p.165

 

Collection particulière

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Frédéric Levé
(1877-1968)

Germigny-sous-Coulomb, Seine-et-Marne - Huile sur toile

Notre tableau fut exposé lors de la XXIVe édition du Salon de l’Union des Beaux-Arts de Lagny en 1959. Le peintre y partageait la vedette avec son ami Edouard Cortès et les imagiers de la Marne . De fait, le rayonnement de L’Union des Beaux-Arts de Lagny était tel que les artistes venaient de tous les coins de la Marne et de la Seine-et-Marne pour s’y donner rendez-vous. Frédéric Louis Levé habitait alors à Montjay-La-Tour, village situé à la limite de l’Aisne et de la Seine-et-Marne, dans l’arrondissement de Meaux, au cœur du triangle formé par les villages de Gandelu, Vandrest et Montreuil-aux-Lions. Avec ce cadrage en contre-plongée et ces délicieux accords de tons engendrant un véritable régal oculaire pour le spectateur, Frédéric Levé nous fait ressentir le caractère virgilien et si bucolique des villages de l’Ile-de-France qui s’égrainent à proximité de la Marne…

Médaillé du Salon des Artistes Français, il fut en son temps l’un des imagiers de la Marne parmi les plus appréciés des amateurs, avec ses amis Alexandre Jacob, Edouard Cortès, Emile Prodhon et Fernand Pinal, tous locataires du Musée Gatien Bonnet de  Lagny-sur-Marne...

 

Bibliographie :

Union des Beaux-Arts de Lagny, Catalogue de l’ édition de 1959 (reproduit)

 

Collection particulière

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26

Joseph Le Tessier (1867-1949)

Paysage de l’Orxois - Huile sur panneau

Paysagiste fougueux, surnommé « le fauve de l’Orxois », Joseph Le Tessier est l’un des acteurs les plus étonnants de l’Ecole Lyonnaise, le point d’orgue d’une partition dont les orchestrateurs s’appelaient Vernay, Carrand, Guichard, Jacques Martin et Ravier.

Natif de Marseille, Le Tessier fit ses études de Commerce à Lyon avant de s’engager en peinture comme on s’engage en religion. Installé dans le Morvan après la Grande Guerre, il y déploie un style marqué par le cloisonnisme de Gauguin et fortement redevable aux peintres de Pont-Aven. C’est à Noroy-Sur-Ourcq, dès les années 30, qu’il renoue définitivement avec sa « généalogie artistique », inscrivant son œuvre dans la lignée des grands peintres lyonnais et de Ravier en particulier. Joseph Le Tessier exprime dès lors son propre vocabulaire plastique, d’une puissance expressionniste étonnante, proche de Van Gogh –le chromatisme du Paysage de l’Orxois est en résonance avec certains paysages bien connus de Vincent- et de Soutine, à la fois fauve et visionnaire…Vivant chichement avec son épouse et sa fille, elle-même artiste enseignant le dessin à Soissons, il mène une vie étrangère aux mondanités et réseaux du marché de l’art qui auraient pu assurer sa promotion. Gagnant parfois la capitale afin de proposer à des galeries quelques œuvres brossées sur de simples panneaux de bois qu’il prenait sous les bras, il revenait sans avoir vendu la moindre peinture et le plus souvent, sans même les avoir montrées… Il faudra attendre 1952, trois ans après sa mort, pour qu’une rétrospective de ses œuvres ait lieu à Lyon où les critiques les plus célèbres (Carco, Roger-Marx, Herriot…), dans une belle unanimité, loueront la puissance picturale peu commune de Le Tessier. « Il brasse les objets, les ciels et les champs avec un sentiment véritablement symphonique. Il magnifie l’accord ! » écrira Suzanne Michet…. Ses œuvres figurent dans les musées des Beaux-Arts de Lyon, Douai, Marcigny, Luxembourg, Montréal…, et plus près de nous, au  Musée de beaux-Arts de Soissons qui exposent quelques belles huiles du chantre de l’Orxois !

 

Collection particulière

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Joseph Le Tessier
(1867-1949)

Paysage de l’Orxois - Huile sur panneau

 

Collection particulière

 

 

 

28  

Joseph Le Tessier (1867-1949)

Paysage de l’Orxois – Huile sur panneau

 

Collection particulière

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29

Joseph Le Tessier
(1867-1949)

Fraises – Huile sur panneau

Ce sont principalement ses natures mortes, suffocantes de lyrisme coloré, qui ont fait en son temps la modeste notoriété de Joseph Le Tessier. Semblables à des céramiques aux teintes rutilantes, elles transcendant le genre et à l’instar de ces Fraises d’une vérité hallucinante, appartiennent au registre dans lequel le peintre pousse aux extrêmes limites sa palette illuminée. Mais jamais le peintre de Noroy-sur-Ourcq ne perd le lien avec son sujet. Jamais, il ne cède à ce qui semble l’aboutissement son cheminement naturel : l’abstraction lyrique.

 

Collection particulière

 

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Joseph Le Tessier (1867-1949)

Autoportrait - Mine de plomb sur papier

Le caractère entier, ombrageux et emporté de l’artiste transpire dans ce dessin inédit où Joseph Le Tessier semble vouloir se dévoiler…

 

Bibliographie :

Noël Coret, Autour de l’Impressionnisme : les peintres de la Vallée de la Marne, Editions Casterman, 1996, réédition La Renaissance du Livre, Editions Luc Pire, reproduit p. 116

 

Collection particulière

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Amédée Féau (1872-1952)

Eglise de village - Huile sur toile

Peintre et graveur, Amédée Féau vécut longtemps à Chartèves où il avait son atelier, fréquentant Léon Lhermitte et les peintres de Luzancy. Il planta souvent son chevalet le long de la Marne, appréciant particulièrement la nature enneigée. Durant la Grande Guerre, il se réfugia dans le bordelais… Le Musée National d’Art Moderne - Centre Georges Pompidou à Paris conserve une belle aquarelle d’Amédée Féau : La petite rue qui descend à Chartèves. Lors d’une rétrospective de l’artiste organisée dans les années Trente à Bruxelles, André Blum, historien d’art  et Conservateur  des dessins du Musée du Louvre écrivit : « Il vit dans un village où tout est tempéré et moyen, avec des collines douces au lieu de montagnes élevées, un ciel légèrement nuageux et des ruisseaux qui ondulent tranquillement au milieu des bois ; mais il faut un art nuancé pour traduire tout ce que cette région renferme de beauté discrète. » Quel plus bel hommage pouvait-on rendre au village de Chartèves et à son peintre, Amédée Féau ? Un paysage comme extrait d’une fable de La Fontaine d’où ne manquent plus que le loup affamé, et l’agneau qui tète encore sa mère…..

 

Collection particulière

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32
Amédée Féau
(1872-1952)

Meules au couchant - Huile sur toile

L’univers poétique de Féau semble concentré dans ce petit tableau exécuté durant « l’heure du loup », ce moment si étrange où la nuit n’a pas encore avalé toute la lumière du jour, quand les effets diurnes et nocturnes se disputent le silence du couchant. Sur une colline pentue et détrempée, nos yeux doivent fournir un effort pour distinguer les meules dont les contours s’effacent… Avec une grande économie de moyens, Amédée Féau  nous enchante dans cette complainte de la lumière cédant aux ténèbres…

 

Collection particulière

 

 

 

 

33

Amédée Féau
(1872-1952)

Inondations de la Marne. Vers 1910 – Eau-forte, numérotée 20/40
Avec cette épreuve sur simili-japon, signée et numérotée à la mine de plomb puis dédicacée, nous sommes dans le registre de l’eau-forte, technique où s’affirmait le grand talent d’Amédée Féau, descendant d’une famille de graveurs, les Baquoy. Cette feuille est un beau témoignage du style dépouillé, voire « japonisant » de Féau ; elle fait partie d’un ensemble thématique illustrant Les inondations de la Marne, entre Mont-Saint-Père et Mézy-Moulins, ensemble conservé à la Bibliothèque Nationale de France. « Ses qualités de mesure et de distinction, Féau les apporte dans l’eau-forte où il excelle à noter d’un trait sûr et souple à la fois, le mouvement du ciel, la valeur des ondes et les arbres qui se mirent dans l’eau. Aux oppositions violentes, il préfère les atmosphères calmes qu’il enveloppe de sa sensibilité et qu’il exprime de manière aérienne. Ses compositions sont traitées comme des arabesques mais à cette virtuosité de dessinateur, il sait allier une émotion vive et l’esprit alerte d’un fin Champenois. » (André Blum)

 

Collection particulière

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34

Fernand Pinal (1881-1958)

Pommier en fleurs à Jouarre - Huile sur toile

Né à Bruyères-et-Montbérault, fils unique du percepteur de Charly-sur-Marne, Fernand Pinal concilia des études d’art et  droit et fut à la fois haut-fonctionnaire et artiste, s’adonnant aux disciplines de la peinture, de la gravure, de la poésie, de la musique (violoncelliste) et de la critique d’art. Artiste particulièrement fécond, lié à Pierre Montézin, Dunoyer de Segonzac et aux artistes de Lagny, son importance dans la Vallée de la Marne est grande car il fut le premier à y populariser l’esthétique impressionniste qu’il reçut de ses maîtres, Le Sidaner et Henri Martin… Très impliqué dans la vie artistique de l’Aisne, partagé entre le Laonnois de son enfance et la Vallée de La Marne -il termina ses jours à Romeny…-, membre de la Société Historique et Archéologique de Château-Thierry, il revendiquait haut et fort la noblesse de l’étiquette « peintre régionaliste ». Surnommé Le peintre des régions dévastées après la Grande Guerre du fait de ses témoignages peints et gravés de l’Aisne dévastée, il deviendra Le peintre des arbres, témoignant sans relâche ses liens intimes avec ces derniers dont il affirmait que « chacun avait sa personnalité propre ! »… Notre Pommier en fleurs, magnifique exemple de peinture impressionniste en droite ligne de Pissarro, confirme l’amour que Pinal portait aux arbres. « J’ai peint beaucoup d’arbres dans ma vie, écrit-il un jour à un collectionneur, et je l’ai toujours fait dans la joie ! »

Une rétrospective en 1994 au Musée Bossuet de Meaux ainsi que la publication d’une conférence qu’il donna sur l’Orxois ont révélé la richesse de ce peintre-graveur particulièrement prolixe…

Ses œuvres sont conservées dans les musées des Beaux-Arts de la Ville de Paris, de Lagny-sur-Marne, Meaux, Château-Thierry, Blérancourt, Laon…

 

Bibliographie :

Dominique Brême, Noël Coret, Fernand Pinal, peintre graveur, Catalogue d’exposition, Musée Bossuet, Meaux, 1994, reproduit p.3 (œuvre retenue pour l’affiche de l’exposition)

 

Collection particulière

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35

Fernand Pinal (1881-1958)

Le Moulin de Nogent-l’Artaud – Huile sur toile

Cette peinture lumineuse nous rappelle le territoire privilégié de Fernand Pinal qui, à l’instar des impressionnistes, peignait sur le motif. De fait,  la Vallée de la Marne, entre Meaux et Château-Thierry, n’avait pas de secret pour lui. La Ferté-sous-Jouarre, Crouttes –« Je suis le peintre de Crouttes ! » lança-t-il un jour à Paul Fort venu visiter la région-, Charly-sur-Marne, Romeny, Nogent-l’Artaud, Bonneil, Chézy, Azy, Belleau, Torcy, Gandelu… C’est toute la guirlande de nos villages qu’il fait chanter de ses teintes claires et ensoleillées ! Il affectionnait particulièrement Nogent-l’Artaud, village voisin de Romeny où il comptait de nombreux amis. Réalisée dans les années 50, cette peinture nous dit l’attention émerveillée que Pinal porta, jusqu’au bout de sa vie, à la nature environnante. Son « luminarisme » est ici exemplaire et en fait un proche de ses amis Montézin ou Edouard Cortès…

 

Bibliographie :

Dominique Brême, Noël Coret, Fernand Pinal, peintre graveur, Catalogue d’exposition, Musée Bossuet, Meaux, 1994, reproduit p.97 (cat. n°128)

 

Collection particulière

 

 

 

36

Fernand Pinal
(1881-1958)

Les Moulins de l’Echelle à Meaux, 1942 - Huile sur eau-forte

1942. Pour le peintre et haut-fonctionnaire Fernand Pinal , l’heure de la retraite a sonné. Dans la France occupée, Pinal s’occupe. Il peint sans relâche, comme jamais, et n’oublie pas d’emporter avec lui les victuailles et la canne à pêche. Cette huile est peinte sur son eau-forte de 1913. Trente ans plus tard, il la recouvre de couleurs vives comme pour témoigner de son nouvel état de pseudo -liberté dans une France qui en est dépourvue.. Le chromatisme des teintes pures provoque une luminosité tempérée par la gamme des verts. Si le peintre réalise cette peinture dans les années noires de l’Occupation, notre scène de pique-nique en bord de Marne respire plutôt la nostalgie du Front Populaire !

 

Bibliographie :

Dominique Brême, Noël Coret, Fernand Pinal, peintre graveur, Catalogue d’exposition, Musée Bossuet, Meaux, 1994, reproduit p. 74 (cat. n°61)

 

Collection particulière

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37

Fernand Pinal (1881-1958)

L’église d’Essômes-sur-Marne, 1919 – Huile sur toile

Avec l’Eglise d’Essômes, nous sommes dans l’immédiat après-guerre. Pinal a toujours vanté la grande beauté de ce fleuron gothique de la Vallée de la Marne en Brie champenoise. La pâte brune dont Pinal recouvre le corps du monument est légèrement bleutée, comme s’il voulait arrêter le regard sur les veines saillantes d’un corps à l’agonie. Chœur béant sur le ciel d’hiver, ruines au premier plan, arbres maigres griffant les nuages… tout participe à la vision tragique du peintre. A l’heure où Montparnasse se déchaîne, Pinal fait le pèlerinage des paysages de l’Aisne martyrisée, dessinant, gravant, photographiant, peignant les ruines pathétiques avec obstination et qui le feront surnommer par la critique « le peintre des régions dévastées ». Vaux, Belleau, Courteaux, Soissons, Coucy-le-Château, Saint-Quentin…., il n’est pas une région de son département qui échappe à sa volonté de témoigner avec les moyens plastiques dont il dispose. Cette toile qui fait honneur à la Mairie d’Essômes  nous fait entendre le gémissement des pays massacrés par la Grande Guerre. Nul doute que le désastre aura inspiré à Fernand Pinal ses plus émouvantes productions.

 

Tableau aimablement prêté par la municipalité d’Essômes-sur-Marne

 

Bibliographie :

-Noël Coret, Autour de l’Impressionnisme : les peintres de la Vallée de la Marne, Editions Casterman, 1996, réédition La Renaissance du Livre, Editions Luc Pire, reproduit p.148

 

-Dominique Brême, Noël Coret, Fernand Pinal, peintre graveur, Catalogue d’exposition, Musée Bossuet, Meaux, 1994, reproduit p.54 (cat. n°6)

 

-Noël Coret, Fernand Pinal, Témoignages de la Grande Guerre, Porte Saint-Pierre, Château-Thierry, novembre 1998, reproduit en page de couverture

 

Collection de la Mairie d’Essômes-sur-Marne (Don de D. Bouillon, en souvenir de son père, Maurice Bouillon)

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38

Fernand Pinal (1881-1958)

L’Abbaye de Longpont  - Bois gravé en couleurs, numéroté 23/50

Représentant la façade de l’église d’une importante abbaye cistercienne fondée en 1131, cette estampe en couleur révèle l’habileté de l’artiste à s’exprimer dans toutes les techniques de la gravure : xylographie, comme c’est le cas ici, mais aussi eau-forte, burin, aquatinte, linogravure, zincographie…

 

Bibliographie :

-Dominique Brême, Noël Coret, Fernand Pinal, peintre graveur, Catalogue d’exposition, Musée Bossuet, Meaux, 1994, p.124 (cat. n°173)

 

 

 

39

Fernand Pinal
(1881-1958)

Le Moulin Pommier inondé, Meaux, 1914 - Huile sur carton

Probablement exécutée en décembre 1914, soit trois mois après la Bataille de la Marne, cette huile de Fernand Pinal, d’une atmosphère dramatique, semble annoncer l’enlisement de la guerre et les horreurs de la guerre de tranchées qui commence. On ne peut s’empêcher de faire le lien avec le tableau de Monet, La débâcle (1880), chef d’œuvre du Palais des Beaux-Arts de Lille.

 

Bibliographie : Dominique Brême, Noël Coret, Fernand Pinal, peintre graveur, Catalogue d’exposition, Musée Bossuet, Meaux, 1994, reproduit p. 74 (cat. n°56)

 

Collection particulière

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40

Gustave Valérian (1879-1945)

Portrait de Fernand Pinal - Huile sur toile

Portraitiste remarquable, médaillé d’Or du Salon des Artistes Français, il fut le meilleur ami de Fernand Pinal qu’il accompagna à maintes reprises sur les bords de Marne du côté de Charly et de Romeny.

Lié au peintre Van Dongen, Gustave Valérian vécut longtemps à Oran (Maroc) où ses œuvres figurent aux cimaises du Musée des Beaux-Arts.

 

Bibliographie :

Dominique Brême, Noël Coret, Fernand Pinal, peintre graveur, Catalogue d’exposition, Musée Bossuet, Meaux, 1994, reproduit p.5

 

Collection particulière

 

 

 

41

Gustave Valérian (1879-1945)

Fernand Pinal pêchant dans la Marne – Huile sur carton toilé

Comme le peintre Jean Julien Massé, Pinal aimait taquiner le gardon dans la Marne durant ses séances de peinture sur le motif. Tandis qu’il se livre à son loisir favori, son ami Gustave Valérian l’a croqué sur le vif et nous laisse une peinture pleine de vie et d’humour

 

Bibliographie :

Dominique Brême, Noël Coret, Fernand Pinal, peintre graveur, Catalogue d’exposition, Musée Bossuet, Meaux, 1994, reproduit p. 9

 

Collection particulière

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42
Pierre Ladureau
(1882-1974)

Essômes-sur-Marne, vue sur l’abbatiale - Huile sur carton

Cette petite toile possède une saveur particulière, provoquant chez le spectateur qui la contemple de près une véritable délectation visuelle. Le maniement de la gamme des verts, si périlleux pour les peintres est ici d’une réussite absolue ! L’étalage des plans, la plongée sur ce trou de verdure où frissonne l’Abbatiale d’Essômes caressée de lumière blonde, la douceur et la justesse des tons font de ce tableau un petit chef d’œuvre de poésie. Un petit tableau, mais un grand Ladureau !

 

Tableau aimablement prêté par la municipalité d’Essômes-sur-Marne

 

 

 

43

Pierre Ladureau (1882-1974)

Allégorie de l’abondance - Huile sur panneau

Il s’agit probablement d’une étude préparatoire à une tapisserie ou bien à  une affiche, art pour lequel Ladureau était très recherché et dans lequel il nous a donné quelques très beaux spécimens, notamment pour la SNCF… Son talent de conteur est ici manifeste : chaque partie du tableau raconte une histoire où défilent les saisons, où la Nature symbolisée par une femme plantureuse allaitant son bébé semble une statue éternelle que rien ni personne ne pourra détrôner, où respirent à l’unisson l’Homme et la Nature enfin réconciliés. Vision certes idéaliste mais dont nous autres spectateurs, conservons une profonde nostalgie. C’est tout l’attrait irrésistible qu’exerce ce tableau…

 

Collection particulière

 

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  Pierre Ladureau (1882-1974)

Village en bord de Marne – Huile sur toile

De dimensions très modestes, mais grande de qualité, cette œuvre marque la tendresse infinie du peintre envers son modèle, la Marne et les villages bordant ses rives, qu’il ne se lassa jamais de peindre. Toute la science du « modelé » de Ladureau est concentrée sur ce petit bout de toile, porte ouverte sur un royaume merveilleux où tout n’est plus que luxe, calme et volupté (Baudelaire)…

 

Collection particulière

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45

Pierre Ladureau (1882-1974)

Espagne – Huile sur toile

Peintre et graveur, chantre de l’Espagne, de la Bretagne mais surtout de la Vallée de la Marne dans la région de Château-Thierry où il demeurait avec son épouse, Pierre Ladureau fut l’une des grandes figures de la peinture de l’entre-deux-guerres, fréquentant la bohême de Montparnasse et animant les Salons d’Automne et des Indépendants. Il fut, avec Jean Lurçat, Fougeron, Edouard Pignon, Goerg, et Montagnac (Président du Salon d’ Automne ), membre du Front National des Arts, créé en 1941, qui regroupait les artistes Résistants, inquiets des nouvelles lois et scandalisés de voir 11 peintres et sculpteurs accepter l’invitation des nazis au voyage à Weimar et patronner l’exposition d’Arno Brecker, sculpteur officiel d’ Hitler.

Ladureau laissa à sa mort une œuvre abondante et témoignant d’une écriture qui évolua de l’Impressionnisme des débuts à un Cubisme tempéré, pour aboutir finalement à un Réalisme très personnel, marqué par l’Ecole de Paris et la Réalité Poétique… Cet amoureux de la Vallée de la Marne reçut ses premiers conseils de Léon Lhermitte et fréquenta assidûment les peintres de la région de Château-Thierry, Aman Jean, Dunoyer de Segonzac, Fernand Pinal, Luc Lepetit… Espagne, probablement un tableau de Salon, dénote les moyens plastiques étonnants de Ladureau pour imprimer à cette scène un caractère dramatique, exprimé par un contraste violent entre l’ombre et la source lumineuse qui s’échappe de la porte donnant sur l’arène, par la gravité des visages au type « basque » très marqué, par les chevaux dont on a bandé les yeux

 

Ancienne Collection Alexandre Guelfant - Collection particulière

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René Demeurisse (1895-1961)

Forêt de Villers-Cotterêts - Huile sur toile

C’est en août 1920 que René Demeurisse, parisien d’origine, fils d’un médecin flamand et petit-fils d’un comte polonais, s’installe à Soucy, en lisière de la forêt de Villers-Cotterêts. Il a 25 ans et se remet de ses actions héroïques durant la Grande Guerre… Mais il jouit déjà d’une solide formation artistique puisqu’après les cours à l’Académie de la grande Chaumière avant la Guerre -Lucien Simon, Xavier Prinet et Emile-René Ménard sont ses premiers professeurs-, il reçoit après 1918 les conseils d’Aman-Jean, chef de file du mouvement symboliste et conservateur du Musée de ChâteauThierry. Ce dernier l’oriente vers Albert Besnard, directeur de la Villa Medicis à Rome, qui l’engage aussitôt dans l’exécution de ses vastes compositions. A Château-Thierry, il se lie aux artistes et à l’élite intellectuelle fréquentant la belle demeure d’Aman Jean, tels Pierre Ladureau, Marcel Vérut de Charly, ou Lortat-Jacob, de Saulchery… De longues promenades se font sur les bords de la Marne  et Demeurisse en profite pour brosser ces paysages somptueux dont il avait le secret.

L’une des particularités de notre tableau est qu’il figure sur la page de l’ouvrage que nous avons consacré aux Peintres de la Vallée de la Marne, sous la forme d’une photographie d’époque nous montrant le peintre sur le motif, en train de peindre cette toile ! Ainsi Demeurisse se rattache aux peintres du plein-air dans une démarche de contact direct avec la nature. Les caractéristiques stylistiques de cette œuvre marquent son identité de peintre : manière large et expressive, fermeté d’exécution, travail en pleine pâte et relief des volumes, tonalités chaudes et savoureuses… : tout l’art lyrique de René Demeurisse, chantre du Valois et de la Vallée de la Marne…

 

Bibliographie :

Noël Coret, Autour de l’Impressionnisme : les peintres de la Vallée de la Marne, Editions Casterman, 1996, réédition La Renaissance du Livre, Editions Luc Pire, reproduit p.64 (photo montrant l’artiste en train de peindre ce tableau !)

 

Collection particulière

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47

André Planson (1898-1981)

Le pont à La Ferté-sous-Jouarre - Huile sur toile

Hôte régulier des bords de Marne et du Petit Morin, artiste fécond et de grande érudition, lié d’amitié avec Mac-Orlan, André Planson est l’un des grands acteurs du mouvement pictural de l’entre deux-guerres que l’histoire de l’art a retenu sous le nom de la « Réalité poétique ». Dédaignant l’abstraction et les théories avant-gardistes qui faisaient rage, ces artistes revivifièrent la tradition en y apportant une sincérité, une candeur mais également une luminosité extrême. Ainsi que le révèle cette peinture animée au cadrage si original, Planson fut peintre autant que compositeur –il hésita longtemps entre une carrière de musicien ou de peintre-, un compositeur hédoniste dont les symphonies jubilatoires ne cessent de clamer son amour pour la Nature et la Beauté.  

 

Collection particulière

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48

André Planson
(1898-1981)

Paysage de la Vallée de la Marne - Gouache et aquarelle sur papier

Puisant son inspiration dans les paysages de l’Ile de France et de la Vallée de la Marne, André Planson renoue avec les peintres du XVIIe et nous rappelle que la Marne est une déesse aux formes sensuelles, source de plaisir et de fécondité…

 

Collection particulière

 

 

 

 

49 

Emile Sabouraud (1900-1996)

Vue de la Marne à Château-Thierry – Huile sur toile

Emile Sabouraud est de cette race de peintres qui sont, si nous pouvons nous exprimer ainsi, « tombés dedans à la naissance »… Né d’un père sculpteur ami de Despiau et d’une mère musicienne, il est en 1918 l’un des premiers élèves de d’Emile Othon Friesz à l’Académie moderne. Membre du Groupe du Pré Saint-Gervais, avec Caillard, Kikoïne, Loutreuil et Krémègne, il expose aux Salons des Tuileries et d’Automne, et signe un contrat avec le marchand de Hayden et Modigliani, Zborowsky. C’est à son retour d’Algérie en 1936 que Sabouraud rejoint les Peintres de la Réalité poétique à la Galerie Bernier. En 1952, Sabouraud s’installe à Chézy-sur-Marne et avec des moyens plastiques prodigieux, s’empare immédiatement des paysages de la Vallée de la Marne. Cette Vue de la Marne à Château-Thierry date du début des années 50 et marque bien la manière si originale, toute d’impétuosité du geste et de fraîcheur des coloris, du peintre. Nous sommes sur la rive droite de la rivière, au moment où elle aborde sa courbe avant de traverser la ville. L’église saint-Crépin, celle-là même où fut baptisé La Fontaine, jaillit d’un bouquet d’arbres et tente de gagner le ciel ! La Marne agite le bleu du ciel à la surface de ses eaux, pour le bonheur des promeneurs costumés de blanc, de bleu ou de rose. Peinture mouvementée, pétillante, qui intègre la gestuelle du peinte pour en marquer le rythme bouillonnant et donner toute la saveur de la vie à la composition. A dire vrai, « Sabouraud irradie la vie. » (Henri Peyre, Yale University)

 

Collection particulière

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50

Lucien Fournet (1902-1975)

La harpe et le piano - Huile sur toile

Après la Seconde Guerre, Lucien Fournet , la sculptrice Françoise Salmon, les peintres Augustin Mémin et Luc Lepetit formaient la petite colonie d’artistes vivant à Essômes-sur-Marne . Tous les quatre exposaient dans les Salons historiques et les galeries parisiennes… D’autres artistes se joignèrent à eux après 1945, comme Jean-Paul Clarke, virtuose de la gouache, professeur de dessin au Lycée Jean de La Fontaine…

Cette scène d’intérieur, prise dans l’appartement de l’artiste, témoigne de son amour de la musique et de son grand talent de coloriste. Lucien Fournet, comme ses amis d’Essômes Augustin Mémin et Luc Lepetit, était un sociétaire médaillé du Salon des Artistes Français. Certes il n’a pas révolutionné la peinture, et son attachement à la tradition en fait un artiste de la « vieille école ». Rien de péjoratif dans cette appellation : Lucien Fournet fut un peintre authentique qui vivait de son art avec une parfaite maîtrise des moyens plastiques. Paysagiste possédé par une vision romanesque de la Nature, il exposa essentiellement des paysages de la Vallée de la Marne et de la Bretagne.

                                                                

Collection particulière

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51

Augustin Mémin (1910-1981)

L’église de Pavant, octobre 1950 - Huile sur toile

Comme le philosophe Gaston Bachelard, Mémin fut déjà postier. Son œuvre, d’ailleurs, n’est-elle pas l’illustration idéale du titre de l’un des chefs d’œuvre de Bachelard, La poétique de l’Espace ?

Peintre d’une probité exemplaire, Augustin Mémin attira dans la commune d’Essômes de nombreux artistes, ses copains du Salon des Artistes Français, tels Jean-Gabriel Goulinat, Georges Cheyssial et bien d’autres. Il eut pour héritier le peintre Pierre Lambert.

La sollicitude permanente de Mémin pour ses semblables lui valut une popularité réelle à Essômes où on le surnommait familièrement « Tintin »…. Avec L’Eglise de Pavant,

le peintre livre toute la poésie de son vocabulaire pictural fait d’un profond respect de la nature, d’humanisme et de tendresse contemplative… Sous ses airs « bonhomme » qui n’auraient pas déplu au « bonhomme Corot », Augustin Mémin était un peintre de haute-tenue que l’humilité et l’absence d’ambition, malgré un dévouement permanent pour la communauté artistique du Salon des Artistes Français, a maintenu au banc des « oubliés ». Mais dans la Vallée de la Marne de l’arrondissement de Château-Thierry, le peintre au mégot et au béret demeure dans tous les cœurs !

 

Collection particulière

 

 

 

52

Max Agostini (1914-1997)

Portrait d’Augustin Mémin, Mai 1941- Huile sur papier

Peinture inédite, cette  huile nous montre le  portrait d’Augustin Mémin à l’âge de 31 ans, alors prisonnier au camp de Kustrin (Allemagne) où il partage ses années de captivité avec le critique d’art et poète Jean Cassou, les peintres Despré, Max Agostini, et Lucien Fournet qu’il retrouvera après la Guerre, à Essômes-sur-Marne …. Coloriste hors-pair, Max Agostini était considéré comme le chef de file de l’Impressionnisme contemporain. A ce titre, cette œuvre de jeunesse nous intéresse par l’originalité de son caractère expressionniste très marqué, témoignage unique réalisé dans un contexte douloureux, quelques années avant que le peintre n’établisse définitivement ses caractéristiques stylistiques post-impressionnistes qui firent sa notoriété.

 

Collection particulière

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53

Luc Lepetit (1904-1981)

La Servante ou Intérieur à Monneaux - Huile sur toile

Artiste rare dont les oeuvres ne sont conservées que dans les musées des Beaux-Arts de la Ville de Paris et de Marseille, Luc Lepetit  attend toujours qu’une main se tende pour le sortir du purgatoire.

Cette toile du Luc Lepetit est sans conteste l’une de ses œuvres les plus émouvantes. Il y révèle son pessimisme profond à tel point que c’est « gorge serrée » que nous contemplons cette composition. Lasse, immobile, légèrement courbée, coincée dans le dédale géométrique des pièces définies par des droites et des verticales qui l’enserrent comme dans un étau, La Servante semble porter sur ses épaules tout le poids de l’humanité souffrante et solitaire. On y trouve là l’expression d’une fatalité de l’existence, probablement liée à la perte de son poumon gauche durant l’écroulement de la Campagne de France en 1940, à la mémoire douloureuse du protestantisme qu’il avait hérité de ses parents, à sa grande culture livresque et philosophique. Professeur de dessin au Lycée Montaigne, critique d’art réputé à la revue Réforme, Luc Lepetit inscrit sa peinture dans un « déterminisme » stipulant que l'homme est le jouet de circonstances dont il n'est pas maître. Maître de sa technique picturale, Lepetit l’était au plus haut niveau et il récoltera les plus hautes récompenses, tant au Salon des Artistes Français que dans les grandes expositions internationales. Du groupe d’Essômes-sur-Marne, il est l’artiste le plus sombre, le plus solitaire, le plus austère et le plus intellectuel. Sa peinture n’en dénote pas moins une présence incroyable, et si vous tendez l’oreille devant ce tableau si proche de l’atmosphère de l’américain Edward Hopper, vous entendrez le tic-tac de « l’horloge qui dit oui, qui dit non, qui dit je vous attends… » (Jacques Brel)

 

Collection particulière

 

54

Luc Lepetit (1904-1981)

Autoportrait - Huile sur panneau

Présenté en 1969 au Salon d’Art moderne de Paris sous l’étiquette de Portrait d’homme, l’Autoportrait confine au tragique. Fuyant Paris pour soigner un zona facial le faisant cruellement souffrir, Lepetit emménage dans la demeure familiale de Monneaux (Essômes) le 21 août 1969. Veuf depuis quelques années, il est accompagné de sa seconde épouse, Berthe Aubry, qui l’entoure d’une constante affection. Aux artistes qui s’inquiètent pour sa santé, il oppose un silence définitif. L’Autoportrait ne cache rien de l’affection virale nettement visible sur la joue gauche de l’artiste. Le regard désenchanté semble aussi dur que le peintre peut l’être avec lui-même, allant jusqu’à s’enlaidir volontairement, homme pourtant « de belle taille au regard franc, aux cheveux noirs et bouclés, au teint mat, que l’on aurait volontiers vu descendre d’une toile de Velasquez » (Georges Cheyssial). Les signes d’un état nerveux dépressif sont perceptibles. Il n’abandonne pas pour autant la peinture, peignant sans relâche les paysages autour de Monneaux, poussant ses pérégrinations jusqu’à la Vallée du Petit Morin… Il repose aujourd’hui au cimetière de Monneaux, mais son regard, implacable et douloureux, nous poursuit longtemps…

 

Bibliographie :

Noël Coret, Autour de l’Impressionnisme : les peintres de la Vallée de la Marne, Editions Casterman, 1996, réédition La Renaissance du Livre, Editions Luc Pire, reproduit p.111

 

Collection particulière

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Sculptures

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Paul Landowski (1875-1961)

David combattant Goliath, 1900 - Bronze, numéroté (16)

Figure centrale de la sculpture française des années 30, l’auteur des Fantômes (1935) qui dressent leur spectre douloureux dans la plaine de Chalmont à Oulchy-le-Château, et du Cristo Redentor (1931) qui ouvre ses bras sur les hauteurs de Rio de Janeiro, eut des liens intimes avec la Vallée de la Marne et le beau village de Chézy-sur-Marne où il villégiaturait en famille… Trop souvent considéré comme le « spécialiste des monuments aux morts », Paul Landowski était un sculpteur vigoureux, inspiré, qui marqua durablement son époque par un vocabulaire néo-classique d’une grande rigueur. Pièce majeure de sa production, c’est avec son David combattant Goliath qu’il obtint le Prix de Rome en 1900 !

 

Collection particulière

 

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56

Achille Jacopin (1874-1958)

Le Temps des cerises - Porcelaine (non datée)

Sculpteur bien connu des castelthéodoriciens, Achille Jacopin décline ses œuvres dans les rues de Château-Thierry et dans les villages environnants de Crézancy, Verdilly, Coulonges-Cohan et Marigny-en-Orxois. S’adonnant avec bonheur à la sculpture sur bois, art pour lequel il donna ses plus belles oeuvres, cet élève de Falguière entonnait souvent la chansonnette pour le plus grand bonheur de ses camarades d’atelier. Il fut également un remarquable sculpteur animalier et son « Rat et l’œuf » d’après la fable de La Fontaine, plus vrai que nature, est un petit chef d’œuvre d’humour et de virtuosité… Le Temps des Cerises, qu’il chantait merveilleusement d’après les témoins de l’époque, fut un thème récurrent chez notre artiste ; on en a répertorié une version somptueuse  sous la forme d’un meuble sculpté en bas-relief (collection particulière), mais cette édition en porcelaine apporte une légèreté de dentelle, une délicatesse qui siée particulièrement à cette œuvre printanière…

C’est pourtant par la peinture que Jacopin devint sculpteur. A Château-Thierry, sa mère ayant décelé ses dons précoces pour le dessin lui fait prendre des cours chez un ancien élève du grand Ingres, M. Beaum, qui habitait le Village Saint Martin. Il entre ensuite comme apprenti chez un ébéniste fameux de la ville, M. Delettre, chez qui il reste trois ans avant de gagner Paris avec sa mère où il intègre assez vite l’atelier de Falguières. C’est à Château-Thierry qu’il destinera ses sculptures les plus émouvantes, comme Le grand-Père et l’Enfant à la poupée, bois sculptés visibles à l’Office du Tourisme, merveille de naturel et de tendresse illustrant un dialogue muet entre le grand-père et sa petite-fille, le Linceul, au cimetière militaire, vision tragique éloignée de tout « cocorico » patriotard, La Paye, le pendant réaliste, version « L’Assommoir » de Zola, de La Paye des Moissonneurs de Lhermitte, sculpture qui connut un succès retentissant de part son engagement dans la lutte contre l’alcoolisme, et qui se trouve aujourd’hui devant l’ancienne chapelle de « la Benoîte Madeleine » édifiée en 1306 par Philippe Le Bel… Le 5 février 1958, ce vieil artiste si attachant, et si attaché à sa bonne ville de Château-Thierry, s’éteignait. Musicien, poète, artisan d’art, peintre et sculpteur, Achille Jacopin est ce qu’on pourrait appeler un « artiste à l’état pur ».  L’Exposition en février 2008 que lui consacrait l’Office du Tourisme était un geste important et salutaire. Mais si un artiste de la ville de La Fontaine mérite les honneurs d’une exposition exhaustive, avec un catalogue répertoriant les œuvres et livrant la biographie passionnante, c’est bien lui, Achille Jacopin !…

 

Collection particulière

 

 

 

 

Bibliographie

 

 

-Dominique Brême, Noël Coret, Fernand Pinal, peintre graveur, Catalogue d’exposition, Musée Bossuet, Meaux, 1994

 

-Noël Coret, Autour de l’Impressionnisme : les peintres de la Vallée de la Marne, Editions Casterman, 1996, réédition La Renaissance du Livre, Editions Luc Pire

 

-Noël Coret, Autour du Néo-impressionnisme : le Groupe de Lagny, Editions d’Art Somogy, 1999

 

-Noël Coret, 1903-2003, Salon d’Automne : l’Art en effervescence, Editions Casta Diva, Volumes I, II, III, 2005

 

-Noël Coret, Fauvisme : la couleur en héritage, Editions France Loisirs, 2005

 

-Noël Coret, Christophe Duvivier, Le peintre et les baigneuses dans l’Art Moderne, 1890-1960, Pozzo Gros Monti Editeur, Musée de Pontoise, juin 2000

 

-Monique Le Pelley Fonteny, Léon Augustin Lhermitte, Catalogue raisonné, Editions Cercle d’Art, 1991

 

-Musée du Faouët, Germain David-Nillet (1861-1932), Catalogue d’exposition, 1997

 

-Fernand Pinal, L’Orxois, Un pays ignoré, Notes complémentaires de Noël Coret, Edition Res Universis, 1992

 

-Vincent Pomarède, Etienne Moreau-Nélaton, Association Moreau-Nélaton, 1988

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