Accueil

 

 Ce site a pour objet le recensement des bâtiments et sites remarquables qui constituent le patrimoine du Thymerais: manoirs et châteaux, fermes fortifiées, églises, belles maisons, vestiges, paysages.

 Qu'est-ce que le Thymerais?

    Le Thymerais (ou Thimerais) est la région d'Eure-et-Loir qui s'étend autour de Châteauneuf-en-Thymerais, à égale distance de Dreux et Chartres.
   
Il serait vain de vouloir définir les limites précises du Thymerais, région elle-même limitrophe, prise entre la Normandie, la Beauce, l'Ile-de-France et le Perche. Sous l'ancien régime le Thymerais constituait la pointe sud-est de la généralité d'Alençon, qui s'étendait jusqu'à Lisieux. Le Thymerais a souvent servi aux armées de lieu de passage entre la Normandie et l'Orléanais. C'est pourquoi certains ouvrages l'étendent jusqu'à l'Avre, et c'est ainsi qu'il apparaissait dans les anciennes cartes de géographie scolaire. La carte administrative actuelle (canton de Châteauneuf) le prolonge au contraire vers l'est, au-delà de la route de Dreux à Chartres. On ignorera ces divisions, forcément arbitraires, et pour mieux inventorier le patrimoine de ce petit territoire, on s'en tiendra à un rayon d'une douzaine de kilomètres autour du chef-lieu de canton. 

    La tradition veut que son nom soit dérivé de Thimert, lui-même emprunté à un prince mérovingien. Le village de Thimert, au sud de Châteauneuf, fut autrefois un bourg prospère, protégé par un château. C'est la graphie Thimerais qui se rencontre dans les textes anciens.

 


    Le Thimerais (ou Thymerais) est un pays plat, traversé par de faibles dépressions qu'on appelle vallées, et une rivière, la Blaise, qui va se jeter dans l'Eure, elle-même affluent de la Seine. Il n'y a guère de pittoresque si ce n'est les forêts, quelques mares, le plus souvent artificielles, et les constructions des hommes.

Un territoire disputé
                                
    Comme beaucoup d'autres régions, le Thymerais a connu une histoire agitée:  s'y affrontèrent successivement Henri Ier de France et Guillaume le Conquérant, Louis VII et Henri II Plantagenêt, Charles VII et Henri V d'Angleterre. La guerre de Cent-Ans, les guerres de Religions, la Révolution, la guerre de 1870 ont ajouté leur lot de massacres, de pillages et de bombardements.
    Aux soubresauts de l'histoire se sont conjugués, comme partout ailleurs, les transformations de la société et l'adaptation nécessaire à la vie moderne, pour faire disparaître une grande partie du patrimoine historique et artistique. Le château de Thimert est détruit en 1059, celui de Châteauneuf en 1591, celui de Marville-les-Bois en 1817, celui du Boullay d'Achères en 1843. L'abbaye de Saint-Vincent-aux-Bois disparaît à la Révolution, remplacée par un château lui-même abattu en 1976. Châteauneuf n'a plus ses portes de ville ni ses halles. Des églises ou chapelles ont été détruites à Torçay, à Villette-les-Bois, à Thimert, à Criloup, à Saint-Martin-de-Lézeau. D'autres sont dans un état de conservation pitoyable, ou très mal restaurées.
    Ce qui reste mérite considération, et c'est aussi la raison de ce site, faire prendre conscience à la population et aux autorités des richesses souvent ignorées dont nous sommes dépositaires, richesses fragiles et qui ne seront jamais remplacées.

L'architecture dans le Thymerais

    Le Thymerais ne possède pas de carrière de pierre, aussi la pierre taillée est rare, si ce n'est dans les habitations seigneuriales, où elle est essentiellement employée comme chaînage d'angles ou entourage de portes et fenêtres.
    On a donc recours à d'autres matériaux à nos yeux plus pittoresques, tirés du sol local.  

    Le silex, omniprésent dans les champs, fournit l'appareillage des murs. Il est quelquefois taillé grossièrement, dans les piliers en particulier.  

   

L'argile fournit en abondance des briques et des tuiles, de couleur rouille, très chaude à l'oeil. C'est de ces briques que l'on fait les encadrements, les chaînages et les angles de murs.

    

Dans les champs on trouve aussi des conglomérats de cailloux ferrugineux, de couleur brune. Taillés grossièrement à leur sortie du sol, ils se solidifient en séchant: c'est ce qu'on appelle le grison.

    Les bois et forêts, encore abondants malgré les défrichements, ont fourni les poutres et colombages qui font le charme de certaines maisons. 


    Contrefort de l'église de Châteauneuf: assemblage de briques, grison et silex taillé.

    Dans l'architecture des belles maisons seigneuriales on trouve des éléments de décor plus élaborés: briques vernissés dessinant des losanges (décor polychrome à croisillons), ou une alternance de lignes courtes et longues (décor harpé). Les corniches sont de pierre taillée ou de brique moulurée. On fait alterner les couleurs de la pierre calcaire et de la brique, dans les porches en particulier.
    Le retour de ces éléments, à travers les siècles, crée une unité de style que le Thymerais partage avec le Perche voisin. L'omniprésence de la tuile ajoutée à la brique et au grison crée un camaïeu de couleurs chaudes mises en valeur par la pierre calcaire quand il s'en trouve, et surtout le silex, enduit ou non.



Mâchicoulis de pierre calcaire et décor polychrome (château de Maillebois). Alternance polychrome avec récupération d'éléments nobles à la ferme de Vérigny. Colombage sur une maison de Tremblay-le-Vicomte. Base de mur en grès, silex et ouverture en briques (Boullay d'Achères).

Un patrimoine à sauvegarder


    Ces beaux éléments ne doivent pas masquer la réalité. Le patrimoine architectural du Thymerais est
menacé. Pour quelques églises restaurées (Saint-Ange, Favières, Ecublé pour l'extérieur), combien d'autres laissées à l'abandon depuis des décennies, visitées seulement par la pluie et les courants d'air, dans lesquelles boiseries, mobilier, sculptures pourrissent tranquillement, à l'abri des regards? Le déclin de la pratique religieuse n'explique pas tout. Les mécènes sont rares, les subventions forcément limitées et les municipalités, parfois chargées de plusieurs églises, reculent devant des dépenses qu'il faudra justifier auprès des électeurs. Il n'empêche que le promeneur, pour ne
pas dire le touriste, se trouve parfois devant la réalité navrante de belles architectures qui risquent de ne pas s'offrir longtemps à l'admiration si une intervention n'est pas décidée rapidement.
    Le patrimoine privé n'est pas mieux loti et les propriétaires, préoccupés par des considérations pratiques et la rentabilité de leurs bâtiments, se sont souvent débarrassés de toutes ces beautés coûteuses et inutiles. On a détruit, à grands frais, le colombier et la grange seigneuriale de Marville-les-Bois, les restes du château-fort de Paincuit. L'incurie des propriétaires laisse à l'abandon des édifices tels que la superbe maison Renaissance de la rue du Cheval-Blanc à Blévy ou le manoir de la Balivière à Gâtelles.  
Chevet de l'église de Thimert

   
Moins d'une vingtaine d'années séparent ces photos de la Balivière. En dessous, porte de la maison Renaissance à Blévy et fenêtre du choeur de l'église de Gironville.

 
 
A la décharge des propriétaires, il faut reconnaître aussi qu'une restauration traditionnelle est
parfois très onéreuse sur les grands bâtiments. Les granges d'autrefois ne sont plus utiles aujourd'hui, leurs ouvertures ne sont plus adaptées au matériel agricole, et elles coûtent cher en impôts locaux et assurances.
    La spéculation immobilière est aussi la cause de la disparition de belles fermes, coupées en morceaux et transformées en lotissements. Mis à part les bâtiments classés, rien ne protège l'habitat contre le zèle du bricoleur. Rien n'empêche un citoyen d'acheter une vénérable masure pour en crever les murs de fenêtres panoramiques, l'enduire au mortier gris, remplacer la tuile traditionnelle par de larges plaques de ciment, refaire la cheminée en briques industrielles, cerner le terrain d'un mur de parpaings avec un porche de fausses pierres taillées, bref en faire une fausse maison neuve et lui ôter toute l'harmonie et le caractère qui faisaient le charme, non seulement du bâtiment, mais du voisinage, voire de la rue.

    Les municipalités, les organismes d'Etat ne sont pas toujours les dernières à faire disparaître des éléments du patrimoine dont elles ont provisoirement la charge. Oserait-on aujourd'hui combler les fossés en eau de Châteauneuf, avec leurs ombrages et leurs petits ponts, que nous montrent les cartes postales anciennes? Ou du moins pourrait-on le faire sans protestations? Et que dire de ces grossières façades commandées par la Poste, les Centres des Impôts, la Caisse d'Epargne ou les banques?


Un patrimoine à découvrir

    Ce site se veut aussi et surtout une invitation à la visite car finalement, même ceux qui l'habitent ne connaissent guère le Thymerais. Il n'est porté par aucun bâtiment de prestige susceptible d'attirer des touristes. Ici la beauté est discrète, elle ose à peine s'afficher. L
es églises toujours fermées et les manoirs protégés des regards comme autrefois des flèches de l'ennemi n'invitent pas souvent à la visite. Il faut l'occasion d'un concert, d'un événement tel que les Journées du Patrimoine. Certains jolis bâtiments ne sont accessibles que par des routes communales, par où ne passent que les riverains. Cet inventaire des principaux sites et bâtiments permettra donc de découvrir une richesse qu'on ne soupçonne pas toujours et dont on mesurera mieux la variété et la valeur. Il permettra de visiter virtuellement tous ces lieux d'accès difficile, d'entrer dans les églises, de regarder à loisir tableaux, statuaire, vitraux, bannières. C'est aussi une invitation à parcourir ce petit territoire et retrouver ces bâtiments dans leur contexte naturel car il y a beaucoup à voir, même de l'extérieur, pour peu qu'on sache regarder.
   



Bibliographie

Edouard Lefèvre: Le Canton de Châteauneuf, 1854, réédition, Res Universis
Charles Marcel-Robillard: Le Folklore de la Beauce, vol 6, "La Maison tirée du sol", 1972
Monique Dondin, Marie-Christine Dordet, Alain Juillet: Châteauneuf-en-Thymerais, Cahiers percherons, 1977
Nicole Girard: Le Boullay-les-Deux-Eglises, 1983
Châteauneuf-en-Thymerais, un canton d'Eure-et-Loir, Les Editions du Hurloir, 2009
Châteauneuf en Thymerais, Bulletin municipal n° 2, 1966
Saint-Ange et Torçay, Une Edition de la Mairie
Charles Métais:  Eglises et chapelles du diocèse de Chartres, 1897-1914, 5 volumes
Guillaume de Morant: Châteaux et lieux d'histoire en Eure-et-Loir, Lettrine 1999
Michel Brice: Eglises d'Eure-et-Loir, Alan Sutton, 2007

Edifices religieux du canton de Châteauneuf-en-Thimerais, SAEL n° 21, 2ème trimestre 1989

Sites

Archives départementales en ligne, en particulier pour le cadastre napoléonien et les plans d'églises réalisés entre 1852 et 1854
: http://archives.28