Une tumeur se distingue par la prolifération anarchique des cellules dans un lieu précis du corps. Cette évolution entraîne une augmentation du volume, et donc un gonflement. C'est la fameuse 'boule' sous-cutanée appelée nodule que l'on sent sur son rat et qui est le symptôme le plus évident de la tumeur. Une tumeur reste bénigne tant qu'elle est localisée, circonscrites à sa "zone d'action" sans envahissement de l'organisme. On parle de cancer lorsque la tumeur est maligne: elle engendre des métastases, des foyers infectieux qui se disséminent dans le corps et envahissent d'autres organes. Tandis que la tumeur peut être guérie aisément grâce à l'exérèse (ablation de la tumeur par le vétérinaire) bien que la récidive soit possible et même courante, le cancer à l'inverse engage la vie de l'animal. On n'hérite pas d'un cancer, on hérite uniquement d'une prédisposition. En effet, si des mutations peuvent être transmises d'un parent à l'enfant, d'autres mutations supplémentaires sont nécessaires pour déclencher la maladie.
Il existe 3 catégories de gènes responsables du cancer:
* les gènes suppresseurs de tumeurs: leur rôle est de ralentir ou stopper la croissance cellulaire mais leur fonction est inactivée par le cancer.
* les oncogènes: ils commandent la division cellulaire et sont hors de contrôle lors de tumeur.
* les gènes de réparation: ils sont en devoir de réparer l'ADN mais sont inactifs dans les cellules cancéreuses.
Tout d'abord, il faut définir les 3 sortes de tumeurs existantes chez le rat, définissables grâce à une analyse histologique des tissus par le vétérinaire.
* les tumeurs épithéliales: le tissus épithélial se définit comme le 'contact avec l'extérieur'. La peau est donc un tissus épithélial, mais aussi le tissus tapissant la surface des organes. Elle a une fonction protectrice et réceptrice (messages sensoriels).
* les tumeurs stromales: on désigne par ce terme le tissus conjonctif fibreux. Il sert de remplissage et de jonction des cellules. Il a un rôle de soutient, nutrition liaison et réparation du corps.
* les tumeurs épithélio-stromales: comme le nom l'indique, les tumeurs épithélio-stromales sont tout simplement composées des deux tissus dans une certaine densité.
Pour chacun de ces 3 types de tumeur, il existe une appellation désignant une tumeur bénigne et une tumeur maligne. Ainsi, si votre vétérinaire vous dit que votre rat a développé un fibrome, il vous parle d'une tumeur stromale bénigne.
Voici un tableau explicatif:
Tumeur bénigne: fibrome
Tumeur maligne: fibrosarcome
Tumeur bénigne: adénome
Tumeur maligne: adénocarcinome
Tumeur bénigne: fibroadénome
Tumeur maligne: carcinosarcome
Tumeurs stromales
Tumeurs épithéliales
Tumeurs épithélio-stromales
Une analyse des données effectuées sur 2269 rats de 17 à 24 mois a permis d'effectuer un classement des tumeurs les plus fréquentes chez le rat âgé. En effet, l'étude a recensé pas moins de 360 mâles et 881 femelles touchés par un événement néoplasique. Chez mâles et femelles, la tumeur la plus courante a été la tumeur pituitaire. Le risque de tumeurs chez le rat âgé est donc particulièrement d'origine endocrinienne (39,7% des occurrences chez le mâles et 56,7% chez la femelle).
Il existe plusieurs facteurs d'incidence des tumeurs chez le rat, bien que certains ne soient pas évaluables. Ainsi, on peut noter comme facteurs d'apparition tumoral:
* l'alimentation: Les études prouvent que la nourriture a une part non négligeable d'incidence sur les tumeurs du rat. On peut noter par exemple qu'une nourriture faible en calorie ralentit la croissance des tumeurs et diminue l'âge d'apparition. A l'inverse, une alimentation pauvre en protéines prédispose le rat à l'apparition précoce des tumeurs.
* l'environnement: Stress, luminosité, température, gaz... Bien qu'il soit difficile d'évaluer significativement l'incidence de ces facteurs, leur influence est cependant attestée.
* les hormones: La gestation semble protéger dans une certaine mesure la femelle contre les tumeurs mammaires. L'incidence des tumeurs sur les femelles ayant eu une portée serrait en moyenne inférieure à 25%.
* la génétique: Les études épidémiologiques ont pu mettre en évidence une prédisposition génétique aux tumeurs. En effet, grâce à différentes lignées de rats de laboratoire à l'historique génétique parfaitement connu et contrôlé, il est apparu que chaque souche possédait des statistiques différentes d'apparition des tumeurs. Par exemple, le rat de laboratoire de type Sprague-Dawley présente une incidence de fibroadénomes chez les femelles de 68%, tandis que les rats issus de la souche ACI/N présentent pour le même type de tumeurs une incidence de seulement 5%.
* les virus: Les virus sont connus pour être responsables d'environ 15% des tumeurs cancéreuses chez l'homme. Notons le rôle important des rétrovirus dans l'apparition des cancers. Chez l'animal, le virus de la tumeur mammaire de la souris (MMTV) est connu des chercheurs depuis de longues années.
La tumeur mammaire est probablement le cas le plus courant de tumeurs chez le rat, principalement chez la femelle qui y est très sensible. L'étude effectuée sur les données issues de 2269 rats a noté une incidence de fibroadénomes mammaires de 18,96% des femelles et une incidence d’adénocarcinomes mammaires de 8,80%. Le taux de risque de métastases d'un adénocarcinome s'est révélé être de 9,4% (métastases dans le foie et les poumons).
Le tissus mammaire étant très étendu, il n'est pas étonnant de rencontrer une tumeur mammaire sur les flancs ou même au niveau du cou de la ratte.
L'incidence de la tumeur mammaire varie selon certains facteurs (âge, sexe, alimentation, environnement...) entre 30% et 50%. On comptabilise en moyenne 1% d'incidence d'apparition de tumeur mammaire chez le rat mâle.
Les tumeurs mammaires localisées dans la région thoracique se développent plus rapidement que celles situées dans la région abdominales.
Pourquoi la tumeur mammaire touche bien plus facilement la ratte que le rat ? Les glandes mammaires de la femelle présentent une croissance active dès les premières chaleurs de la ratte, et ce jusqu'à ses 1 an (âge à partir duquel les glandes mammaires subissent une involution).
Cependant, chez le mâle les glandes mammaires restent rudimentaires et leur croissance est complètement arrêtée vers l'âge de 8 semaines en moyenne.
Faire stériliser sa ratte réduit-il le risque de tumeurs mammaire ? Oui.
Selon l'étude menée par Hotchkiss, le taux de survie des femelles à 21 mois serrait de 89% chez les femelles ayant subi une ovariectomie contre 59% chez les rattes entières.
L'étude a aussi démontré que dans le cas d'une femelle ayant développé une tumeur mammaire, l'exérèse (l'ablation chirurgicale de la tumeur) n'augmente pas la durée de vie de l'animal mais uniquement son confort de vie. De plus, des kystes ovariens peuvent parfois être responsables de tumeurs mammaires.
La récidive n'est pas caractéristique de l'agressivité de la tumeur.
La tumeur qui métastase le plus souvent dans le cerveau est sans conteste la tumeur de la glande de Zymbal.
Cette glande, située à la base de chaque oreille, n'a pas d'équivalent chez l'humain ce qui la rend peu intéressante (et donc peu étudiée) par les chercheurs. Il s'agit d'une glande holocrine bilatérale (mode de sécrétion de la glande sébacée se faisant par fonte cellulaire). Tumorée, la glande de Zymbal provoque des abcès et des tumeurs des conduits auditifs et nasaux et de la face de l'animal qui se renouvellent rapidement après leur incision, ainsi qu'une ulcération importante. L'atteinte est dans la plupart des temps unilatérale et ne touche qu'un seul côté du rat.
L'étude des données issues de 2269 rats a pu confirmer un taux important de métastases chez les rats atteints d'un adénocarcinome de la glande de Zymbal: 33% des rats mâles et 50% des femelles atteints ont vu la tumeur métastaser (dans le cerveau, les poumons, le foie, la glande pituitaire et les yeux). Elle a été fatale à l'animal dans 100% des cas.
Dans le panel de rats étudiés, la glande de Zymbal a été retrouvée chez 0,22% des mâles et 0,15% des femelles.
Sources:
Futura-sciences
Approche épidemiologique et clinique des tumeurs chez le rat domestique
Animal santé&bien-être n°36
La génétique pour les nuls
Spontaneous neoplasms in aged Sprague-Dawley rats
Spontaneous brain tumours in Sprague-Dawley rats