Le voyage entre Chengdu et Marseille
 
 
PREMIERE PARTIE : Chengdu - Shanghai
 
 
Trois dates sont certaines concernant le périple menant Tché Chen Yang jusqu'en France :
Le 24 mai 1919 son passeport est établi.
Le 26 août 1919 il se trouve à Saigon.
Le 10 octobre il arrive à Marseille avec 77 autres étudiants.
Il a effectué le voyage avec Chen Yi, ami d'école, qui d'après les archives retrouvées est parti de Chengdu le 1er juin pour prendre un Paquebot à Shanghai le 14 août 1919.
 
La première partie de son voyage consiste à traverser une grande partie de la Chine d'ouest en est. La distance séparant Chengdu de Shanghai est en ligne droite d'environ 1700 km.
 
Le choix probable du trajet par la famille Yang est principalement la voie fluviale.
Effectivement la voie terrestre est peu probable pour trois raisons :
- Les difficultés géographiques (le Sichuan est entouré de montagnes).
- Les nombreuses routes très peu carrossables.
- Les problèmes de sécurité (les guerres et le banditisme de l'époque).
 Il se peut qu'il ai emprunté en partie le train entre Chengdu et Chongking, mais aucune ligne directe, à priori, n'existait à cette époque j'usqu'à Shanghai.
 
Tché Chen a  pris une embarcation à partir de Chongking sur le fleuve bleu, le Yang Tsé. Il est passé dans les 3 gorges que traverse le fleuve entre Chongqing et Yichang qui n'ont d'égal à leurs beautés que leurs dangerosités. Il serait arrivé à Shanghai le 27 juin, après avoir fait escale 8 jours à Chongquing et 1 jour à Wuhan.
 
Voici quelques uns de ses camarades de voyage : Chen Yi, Jin Mancheng, Fang Yong, Meng-Xi Yi, Liu Huai Bao, Pu Yong-xin (George Piou), Chen Yong-shu, An Zi-chu, Liu Zihua.
 
  
 
 
 
SECONDE PARTIE : Shanghai - Marseille
 
 
La seconde partie de son voyage se fait en mer sur le Meinam. C'est un cargo de 129m sur 16, de 6149 tonnes. Il possède 8 cabines passagers et a la possibilité d'acceuillir 1200 passagers dans ses entreponts.
 
Le prix de la traversée est de 100 yuans en 4ème classe. 
Après 2 jours de retard pour cause de mauvais temps, il part de Shanghai le 14 août 1919 pour rejoindre Marseille le 10 octobre, avec à son bord un détachement de plus d'un millier de soldats, anciens prisonniers des russes, embarqués à Vladivostok (18e Bataillon de tirailleurs indochinois – alors commandé par le chef de bataillon Charles Marie Victor REBEL).
 
Un guide de voyage remis avant le départ précise les bagages à emporter :
a) Passeport, argent de poche (30-50 yuans convertis en devise), 3-4 valises qui pèsent chacune cent livres au maximum, le plus simple est le mieux. A part les affaires portées à la main, les autres sont confiées aux soins du service du transport maritime avec les tickets de valise payants.
b) Conserves, aliments, vêtements et draps.
 
Ce même guide précise l'itinéraire à suivre :
 
     Shanghai, port de départ
     Hongkong (deux jours et deux nuits)
     Haiphong (un jour et une nuit)
     Saigon (deux jours et deux nuits)
     Singapour (deux jours et deux nuits)
     Colombo (sept jours et sept nuits)
     Djibouti (huit jours et huit nuits)
     Suez (quatre jours et quatre nuits)
     Port Said (un jour)
     Marseille (six jours et six nuits)
 

Photo du 10 octobre 1919 à l'arrivée de Marseille

Soit environs 40 jours en théorie. La pratique comptera 57 jours de mer.
 
Les cabines dans les entreponts, n’ont pas d’hublot. La seul la lumière est fournit par la soute de chargement.  Elles sont sombres et malodorantes.

Beaucoup de passagers souffriront, en plus du mal de mer, de mauvaise alimentation, beaucoup vomissent. Une odeur de plus en plus fétide  remplit les cabines. Des vagues fortes vont être la cause de bosses plus ou moins importantes.

Un étudiant est mort une nuit. Secrètement sont corps est confié à la mer.

Dans le golfe du Bengale, la chaleur est de  plus en plus difficile, la situation tourne à la crise sanitaire. Beaucoup souffrent  de furoncles et d’œdème.

Petite anecdote : Durant leur séjour en mer, les étudiants devaient aider, lors des escales, à couper le bois pour les chaudières.
Les soucis ont continué à leur arrivée. L'année 1919 est une année de grands troubles sociaux où les grèves sont quasi généralisées. La difficulté pour rejoindre Paris a peut-être été grande.

On notera de  plus que  le mois d'octobre 1919 fut l'un des plus froid de ce siècle. Chose qui ne facilite pas la vie lorsque l'on vient d'une région où la température est clémente et que l'on risque d'avoir des problèmes pour se loger.