Besançon, 1967-1971




LES TRAINS DE LUMIÈRE
Les cinéastes de
Ralentir Travaux




Les groupes Medvekine
1967-1974




II. Besançon, 1967-1971

    • 1967/1968. À bientôt, j'espère, de Chris Marker et Mario Marret, 44'. — Après ses chefs-d'œuvre de 1962, Le joli mai et La jetée puis quelques autres films ou collaborations diverses, Chris Marker crée en Belgique la Société pour le Lancement des Œuvres nouvelles, SLON (en russe: éléphant) qui deviendra bientôt ISKRA (Images Son Kinescope Réalisation Audiovisuelle (en russe: étincelle), dont Loin du Vietnam est la première production. Après «la grande grève» de mars 1967 dans les usines Rhodiacéta, où les travailleurs s'étaient formés sur des thèmes novateurs — «le déséquilibre des conditions de travail se traduit par un déséquilibre de toute la vie que ne pourrait compenser aucune augmentation de salaire» — il part sur les lieux en décembre avec Mario Marretqui avait réalisé plusieurs documentaires sur les expéditions polaires de Paul-Émile Victor et plus récemment sur les mouvements de libération de l'Afrique portugaise.

    Les deux cinéastes recueillent à Besançon portraits et témoignages, qu'ils monteront avec des plans tournés dans une usine lyonnaise du groupe, Rhodiacéta de Vaise, en grève à ce moment, et où se déroulent de violents affrontements qui se concluront d'ailleurs par le licenciement de quatre-vingt douze militants syndicaux. La scène d'ouverture du film montre des ouvriers en train d'acheter des sapins de Noël sous de fortes chutes de neige, toutes circonstances qui imposeront une fin douloureuse à la grève.

    
Les ouvriers prennent la parole, souvent dans le souvenir de la grande grève de mars. Dans des meetings, ou autour dans des rencontres, le film dresse plusieurs portraits, dont celui du dynamique et joyeux Georges Maurivard, dit Yoyo, jeune syndicaliste passé de la CFDT à la CGT pendant le tournage, avec ses camarades souvent venus de la campagne et découvrant tout de la grève et de la lutte des classes, tandis que nombreux sont les gros plans sur les mains dans les machines, ou expliquant les gestes répétés du travail pour la caméra,  deux-cent quarante quatre fois par jour, là ou automation signifie toujours accélération des cadences.

    Les cinéastes entrent aussi dans les appartements HLM. Chez Claude Zedet qui témoigne tandis qu'à sa droite, Suzanne à ses côtés crève involontairement l'écran par ses sourires et ses acquiescements. Ils ne se voient jamais, il dort mal, travaille mal, mais il sait que sa place est moins dure que celle de sa femme prise entre travail, problèmes de garde de l'enfant, tâches traditionnelles diverses. Elle ne prend qu'une fois la parole pour dire: «On travaille dans le vide, travailler pour les autres ce n'est pas drôle». 

    Dans quelques mois, monteront les luttes ouvrières de 1968. Ici se développent déjà les revendications de ces
 ouvriers droit issus du monde paysan et souvent inexpérimentés qui, malgré les mensonges de leurs maîtres et des médias — sauf un respect à Emmanuel d'Astier de La Vigerie, ralliant leur cause — découvrent l'importance de la lutte pour la transformation des conditions de travail et de l'accès à la culture sous toutes ses formes. Un mot que contrairement aux sectaires hors du monde ouvrier ils ne rejettent pas comme une notion bourgeoise, mais qu'ils veulent au contraire s'approprier en lui donnant tout sons sens: «V
erser des sommes de salaire pour que ces gars-là aient leur salaire d'assuré. Si ça se savait ça, un peu, si ça pouvait se développer, c'est pas de la culture ça?», ce sont les mots de la fin de Yoyo, avant de donner rendez-vous aux patrons et aux financiers: «À bientôt j'espère».

    Ce qui n'étonnera que ceux qui auront méconnu en ces années-là, quand ils ne l'auront pas décrié, le très long travail de fécondation mené par les mouvement de culture et les troupes de théâtre populaire — national et communal, de Jean Vilar à Roger Planchon en passant par Gabriel Garran, René Allio et tant d'autres —, dans toutes les villes et banlieues ouvrières de France en liaison avec les comités d'entreprise et les Maisons de la culture par exemple. S'il est vrai que c'est la première fois que des ouvriers expriment aussi clairement cette nécessité dans un film, les avait-on tellement filmés?

    Programmé à L'ORTF en février 1968 dans une émission produite par André Harris et Alain de Sedouy, À bientôt j'espère fut projeté aussi en avril 1968 à Besançon devant un public d'anciens et prochains grévistes.

    • 1968. La charnière, son seul enregistré par Antoine Bonfanti, 13'. — À la suite de cette projection en avril, quelques jours donc avant un Premier mai d'une puissance inégalée et telle que Georges Séguy écrivit dans L'Humanité du lendemain: «Un mouvement d'une grande ampleur se prépare», ce qui est aussi un coup de canif dans la mythologie de ces événements décrivant un monde ouvrier surpris et dépassé par les étudiants, un débat fort animé mit aux prises l'assistance ouvrière et les deux cinéastes, Marker et Marret. Dès le début, le ton est donné: «Je pense que le réalisateur c'est un incapable [...] et je pense plutôt, et je le dis crûment aussi, qu'il y a simplement une exploitation des travailleurs de Rhodia par des gens qui, paraît-il, luttent contre le capitalisme». D'autres leur reprochent d'avoir sous-estimé, voire ignoré, la discipline d'usine, les traitements des femmes par les contremaîtres, les conditions de vie, l'érosion continue de leur pourvoir d'achat, l'absence de perspectives positives aux luttes. Certains ne comprennent pas vraiment la nécessité de la lutte, d'autres soulignent l'importance de ce film dont le premier mérite est d'exister, puisqu'il montre comme rarement les travailleurs, qu'il aide ailleurs à la popularisation des luttes, même s'il ne montre pas toujours assez la nécessité d'un long et patient travail d'organisation syndicale.
   
    Loin de se démonter, Chris Marker qualifié de «romantique» donne l'élan nécessaire à une création prolongée par les travailleurs eux-mêmes: «Nous [cinéastes], on sera toujours au mieux des explorateurs bien intentionnés, plus ou moins sympathiques, mais de l'extérieur et, de même que pour sa libération, la représentation et l'expression du cinéma de la classe ouvrière sera son oeuvre elle-même. Et c'est quand les ouvriers auront entre les mains les appareils audiovisuels qu'ils nous montreront à nous les films sur la classe ouvrière et sur ce qu'est une grève, à l'intérieur d'une usine».  Et Mario Marret apporte ces derniers mots: «On n'a pas besoin de sortir de l'IDHEC ou de Vaugirard pour faire de l'audiovisuel».

    Charnière donc, le groupe Medvekine est prêt à tourner son premier film. Le CCPPO achète une table de montage Atlas qu'il installe d'abord à l'Union locale CGT de Besançon. Des cinéastes viennent initier les ouvriers au maniement des instruments d'images et de sons: Chris Marker encore et et toujours, Jean-Luc Godard et Joris Ivens, des opérateurs comme Jacques Loiseleux ou Bruno Muel, des techniciens du son comme Antoine Bonfanti qui réalisa cet enregistrement, des monteuses encore comme Valérie Mayoux et Jacqueline Méppiel. Pour la plupart, ils seront de la constitution du second groupe Medvekine à Sochaux.

    
• 1969. Classe de lutte, groupe Medvekine, 40'. — Après les événements ouvriers de mai-juin 1968 qu'on suit ici dans l'usine d'horlogerie Yema, Suzanne Zedet, la jeune femme timide aperçue au côté de son mari dans la cuisine décide à présent de militer et crée là une section syndicale CGT, mais aussi aux usines Kelton-Timex et Lip. Ouverture musicales sur une chanson espagnole: la guerre est finie peut-être, selon le titre du film d'Alain Resnais (1966), mais c'est le temps des sauvages répressions franquistes et de la projection militante de Terre d'Espagne de Joris Ivens, et on colle toujours des sérigraphies en solidarité avec le Vietnam. Première image sur la table de montage Atlas, une femme regarde des rushes, sous un portrait de Fidel Castro et directement sur le mur du local de l'Union locale CGT, l'air d'un sous-sol, une main a tenté de calligraphier: «Le cinéma n'est pas une magie - c'est une technique, et une science, une technique née d'une science et mise au service d'une volonté: la volonté qu'ont les travailleurs de se libérer».

    Les vêtements et la coiffure ne trompent pas: il s'agit d'abord de la suite du même entretien où elle demeurait silencieuse, mais où elle avait déjà dit son désir de militer, malgré les réticences de son mari. On voit sa première prise de parole durant les événements de mai, juchée «sur le mur» où le patron n'a qu'à monter aussi s'il a quelque chose à dire, les mois ont passé, une combattante naît, grandit, mûrit, prend de l'assurance et de la réflexion, articule les luttes ouvrières à la lecture de la poésie, à la musique classique qu'on entend pratiquement tout le temps chez elle et dans le local syndical, et à la peinture. Ici Vivaldi et Picasso, et ses lectures et références: poèmes de Prévert et d'Éluard, Beau masque de Roger Vailland et La mère de Gorki. Le parcours est fimé dans la sombre beauté des paysages industriels de Besançon, regard maudit, regard aimant, de ceux et celles qui veulent savoir ce que savoir veut dire. Et l'enracinement dans les luttes malgré la sanction qui la déclasse et réduit son salaire de 800 à 549,26 francs. Mais peu importe, comme en écho à ses seules paroles du film précédent, ici elle conclut: «Je ne travaille plus dans le vide parce qu'on apporte quelque chose aux gens». Et Claude, son mari, est nettement plus entreprenant et heureux de vivre. Pour finir, l'impétueuse Colette Magny chante Nous sommes le pouvoir ensemble, sur les textes de Suzanne Zedet, même si les sites commerciaux créditent la seule Colette Magny de la paternité des paroles.

    À notre sens l'un des chefs-d'œuvre de toute l'entreprise Medvékine, À bientôt j'espère a été primé par la Fédération Syndicale Mondiale au festival de Leipzig en 1969.

    • Lien: transcription des dialogues du film sur le site Chris Marker.ch, ville de Genève. Joint ci-dessous en PDF.
    • Bonus: émission du 26 février 2003 sur Arte Radio: Voyage au cœur des groupes Medvekine / Que les ouvriers prennent le pouvoir, 19'04. de Frédérique Pressmann. Témoignages d'Henri Traforetti, Bruno Muel, Christian Corouge, Bernard Benoliel. Prix Phonurgia création radiophonique, Arles 2003. L'émission est téléchargeable sur le site.

    
• 1969. Rhodia 4x8, groupe Medvekine, 4'. — Images d'affiches populaires de 1968. Ouvriers entrant, pointant, plans de À bientôt j'espère, de cortèges dans les rues de Besançon. Merci Rhône-Poulenc.  À la Rhodiaceta. La culture ce n'est pas seulement le cinéma, le théâtre ou Picasso, c'est aussi Colette Magny chantant le tout aussi irréductible flamenco de la Rhodiaceta. Tout est dit, reste à écouter et voir cet étonnant scopitone.


    
• 1970. 
Nouvelle société, groupe Medvekine, trois épisodes. — 
Le nom de cette série vient du slogan inventé à cette époque par le premier ministre Jacques Chaban-Delmas. Ce sont des films très vite tournés, avec un matériel léger, directement en inversible (pas de négatif). Chaque court métrage commence et se termine par les mêmes génériques. Au début, la photographie d'une fillette, prise en juin 1968 à la ZUP de Montbéliard en construction dans l'assistance d'ouvriers résidants et de travailleurs du chantier lors de l'enterrement de Pierre Beylot, tombé le 11 juin 1968 sur musique de tambours, annonce le film. Des coupures de journaux donnent des nouvelles internationales (Suède Grèce, USA, Vietnam, Chili, Italie, etc) La fin alterne photographies des dirigeants politiques, effigies du patronat, et des cartons décomposant cette phrase: «La lutte des classes existe à l’échelle mondiale. Partout la classe dirigeante s’invente de nouveaux masques. Pour survivre en France, le dernier en date s’appelle Nouvelle Société… Nous n’y croyons pas. Nous n’en voulons pas. La Société Nouvelle, nous le bâtirons sans eux, contre eux, avec vous». On reconnait dans les épisodes 6 et 7 l'écriture et les façons de faire de Jean-Luc Godard, qui en est probablement l'âme bien que, selon la logique de collectif pas toujours respectée, il ne soit pas crédité au générique.

    
• 1970. n°5: Kelton, groupe Medvekine, 8'. —  Ou autre logique du collectif, divers prénoms au générique passent très rapidement. Sur des photos de voyageurs dans un train très tôt. «À quelle heure embauchez-vous? À quelle heure rentrez-vous chez vous?», les mêmes questions se répètent et provoquent les mêmes réponses: «Cinq heures / Vingt heures / On bouffe et on va au lit». Au-dessus des têtes lasses et au regard vides, des publicité souriantes de la SNCF et d'images de wagons-restaurant aujourd'hui bien oubliées. Le son est maintenant un discours de Chaban-Delmas appelant à la confiance dans les jeunes gens pour édifier la Nouvelle Société, mais à l'image, une sorte de dessin d'enfant représente le crocodile Kelton et son dieu Dollar. Les ouvriers reprennent le son, pour décrire les petites mains de l'horlogerie ouvrière: «On dirait des marionnettes» sur des images de sortie d'usine, autre mémoire du cinéma. Mais, là, deux ouvrières se sont fait couper les doigts, il y a des évanouissements, des brancards dans les couloirs, elles ne mangent plus. «J'ai caché le soleil et Face au soleil, tels sont les deux titres délicats sur les 45 tours simples dédicacé de Sylvie Vartan, que le patron a donné aux ouvrières après un récital de la chanteuse à l'usine. D'un côté les mains perdues, de l'autre le doigté patronal.

    
• 1970. n° 6: Biscuiterie Buhler / Histoire d'une petite fille, groupe Medvekine, 9'. — Cette fois, c'est le président Georges Pompidou lui même qui parle. Une chanson chantée a cappella avec grande justesse par une enfant, bien que d'intonation difficile, c'est sans doute Mozart qu'on assassine. Des fillettes marchent dans les rues avec leurs cartables. Une adolescente raconte son enfance: la vie de sa mère, ses horaires, ses tâches, peu de sommeil. Comme son mari est routier (vues insistantes de camion très semblables à celles que nous retrouverons dans Sauve qui peut (la vie) de Jean-Luc Godard), la mère n'a pu l'élever elle-même et pour l'essentiel l'a confiée à la grand-mère. Mère et fille ne se connaissent pour ainsi dire pas, la gêne silencieuse préside à leurs rencontres. Le film se termina par une sirène d'usine sur les belles maisons, mais le visage terrifié d'une enfant mangeant une gaufre la transforme en alerte de guerre.

    
• 1970. n° 7: Augé découpage, groupe Medvekine, 11'. — Dans cette usine de contacteurs électroniques pour le groupe Thomson, un homme raconte: sa journée continue, douze heures par jour hors de chez lui, le ramassage en car et les repas dont il a fallu marchander la gratuité. Les ouvriers courent, font la queue à la cantine. Il explique clairement les pressions des grandes entreprises (Thomson et Socapex) sur les petites (Augé), comment la priorité est aux investissements machines plutôt qu'à des torchons dans les toilettes. Qualifiés de meneurs de jeu par le patronat, les contremaîtres courent tout autant. Les cadences sont toujours plus importantes et génératrices d'accidents. Ici en particulier, la veille du Noël, un ouvrier a eu une main broyée sur une presse, plus de doigts, deux mois qu'il était là, sans aucune qualification, un mauvais geste pour gagner du temps. Depuis le premier plan de Classe de lutte sur la table de montage Atlas, chaque film apporte sa part, toujours plus violente, à la destruction systématique et inéluctable de la main.

    [• 1970. Pennaroya, collectif ouvrier des usines de Saint-Denis, 12'. — Comme il n'est pas à proprement parler un film des groupes Medvekine, mais qu'il est réalisé tout de même par les ouvriers immigrés de l'usine Penarroya à Saint-Denis durant leur première et historique grande grève, nous le mentionnons ici pour information, bien qu'il ne soit évidemment pas inclus dans le coffret DVD Montparnasse. Nous n'avons pas pu le visionner, nous savons simplement que, comme ceux du groupe bisontin, il comporte des images de la grève et des conditions de vie et de travail des grévistes.]


    
• 1971. Lettre à mon ami Paul Cèbe, Michel Desrois, 17' couleur. — C'est certainement le moment cinématographique le plus étrange du collectif. Sur une autoroute qui n'est pas vraiment finie, ivres de sensations kaléidoscopiques, visuelles et sonores, le réalisateur Michel Desrois, le preneur de son Antoine Bonfanti et le caméraman José They conduisent follement au crépuscule jusqu'au bout de la nuit une voiture pour aller à Lille présenter Classe de Lutte et en revenir. Ils n'ont rien à dire, on parle de prix des laboratoires (et des autoroutes), et donc du cinéma comme un instrument de classe. Conscients des limites de l'exercice, l'un d'eux précise que ce qu'ils font relève davantage de l'underground que de la guérilla. Se passant de main en main la caméra, y compris dans celles du conducteur, ils mettent en morceaux à coups de jump cuts de longs plans séquence (crépuscule, puis nuit), sur une méditation sur la pellicule et le travail de cinéma adressée à Pol Cèbe, composant une très savante bande-son où se mêlent texte, musiques, sons retravaillés, bruits alentour et leurs sorties verbales. Revient le thème de la main: «Je voulais te parler des écrivains, qui se servent de leurs mains, qui arrivent même à faire pousser des orangers dans la neige…  L'homme gratte le monde avec ses mains. On dit qu'il se cultive. Mais ses mains sont achetées à bas prix… et l'homme pour lui-même ne peut plus s'en servir. Et puis c'est pas un hasard si dans le mot humain, il y a le mot main». Dans le chapitre 4a de ses Histoire(s) du cinéma, Godard retrouvera les mêmes thèmes vingt ans plus tard: «Les uns pensent, dit-on / les autres agissent / Mais la vraie condition de l'homme, c'est de penser avec ses mains», après avoir repris de très près la même idée: «L'esprit n'est vrai que lorsqu'il manifeste sa présence. Et dans le mot manifester, il y a main».

    
• 1971. Le traîneau-échelle, Jean-Pierre Thiébaud, 8' couleur. — Son auteur, Jean-Pierre Thiébaud tint son film à rattacher au groupe Medvekine dont il fut l'un des piliers. Rien ne fait pourtant de cette œuvre personnelle un film militant. Une rêverie en images fixes, de nature, de visages d'hommes et femmes, de maisons, d'œuvres d'art, emportée en mouvements  ascensionnels autour de son propre poème et de ses propres photographies, montées sur banc-titre (Chris Marker toujours là), un générique sur musique chorale et quelques violences guerrières pour finir. Une façon tout de même de montrer que tous ces hommes ont beau être courbés par les conditions de vie qui leur sont faites, leurs paysages ordinaires ont beau être ces usines horizontales, ne dressant que leurs cheminées et leurs tours HLM, leur vocation doit être de se redresser et de regarder toujours vers le haut, les arbres et les cimes, le ciel et ses aurores. Quoi de plus militant qu'un film qui ne milite pour rien de spécial mais où, par sa participation au groupe Medvekine, Jean-Pierre Thiébaud a trouvé son expression individuelle, à travers une technique d'images et de sons étonnamment maîtrisée?

    • Les Groupes Medvekine: coffret aux éditions Montparnasse, coproduction SLON / ISKRA, 2 DVD, 335'.

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Maurice Darmon,
4 sept. 2014 à 08:25
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