Berlin, Istanbul, Vilnius, Sarajevo, Téhéran, Tokyo, Manama... Etc.

Articles et recherches portant sur quelques métropoles




Billet du 18 août 2014


« Places au peuple »: un feuilleton de



Place Tienanmen, Beijing, 2 juin 1989. Au fond, la statue de la Liberté...


De Tiananmen en 1989 au Maïdan à Kiev en 2014, en passant par l’Hôtel de Ville de Paris sous la Commune, par la Puerta de Sol à Madrid, ou encore la place Syntagma à Athènes, des rues de Téhéran à la place Tahrir au Caire, Libération consacre un feuilleton d'été 2014 en 15 épisodes sur des lieux de rassemblement, de manifestation et de débats devenus symboles, où les citoyens ont défié les autorités au nom de la démocratie et des libertés. Nous y avons rappelé l'épisode 2011 de La Place de la Perle à Manama.


La liste complète de ces 15 lieux d'histoire et de mémoire : http://www.liberation.fr/Places-au-peuple,100429



Analyse du 2 novembre 2012


La place de la Perle à Manama,

ou la territorialisation confessionnelle

de l'affrontement politique au Bahreïn en 2011-2012.



La place de la Perle occupée, 14 février-16 mars 2011


 En février-mars 2011, l'épisode le plus remarqué du  « printemps de Manama »  a été l'occupation de la place de la Perle, souvent comparée à celle de la place Tahrir, au Caire. Mais, le conflit politique au Bahreïn restant très largement fondé sur des tensions socio-confessionnelles, la Perle était moins une centralité urbaine que le point de convergence des quartiers chiites de la périphérie de Manama.  Alors que le pouvoir et la base sociale de la dynastie tribale sunnite des Al Khalifa sont surtout installés dans un « bastion sunnite » au centre de l'île, hors de la ville capitale, l'opposition, majoritaire et chiite, est ancrée dans le vieux centre ville de Manama et  dans les « villages chiites » du nord-ouest et du nord-est.  La séquence bahreïnie des « révolutions arabes » de 2011 est donc restée fondamentalement marquée par le conflit chiites-sunnites, dans des formes et une inscription dans l'espace urbain qui rappellent celles du conflit d'Irlande du Nord, à Belfast par exemple.

Notre analyse a été publiée en 2013: "La Place de la Perle à Manama, ou la territorialisation confessionnelle de l'affrontement politique au Bahreïn en 2011-2012", in Karine BENNAFLA (dir.), "Villes arabes. Conflits et protestations", Confluences Méditerranée no 85, Printemps 2013

Voir une carte commentée...


Billet du 30 octobre 2012

Villes, acteurs et pouvoir

dans le monde arabe et musulman

Un colloque international à Lyon, organisé par le laboratoire GREMMO

 


Les villes, dans leur diversité de tailles et de statuts, ont été au cœur des processus de mobilisation politique de 2011, débouchant sur les « révolutions impensables » que l’on sait. Car c’est la ville qui permet la cristallisation des réseaux, des solidarités, des opportunités, en convergences horizontales ; et c’est la grande ville qui mobilise les sans-pouvoir, agglomère les contestations, et permet l’effet de masse qui débordera les forces de sécurité des régimes autoritaires. Le colloque international « Villes, acteurs et pouvoir dans le monde arabe et musulman », qui s’est tenu à l’IEP de Lyon les 29 & 30 octobre était donc des plus opportuns. Organisé par Fabrice Balanche et Karine Bennafla du Groupe de recherches et d’Etudes sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (GREMMO) de la Maison de l’Orient et de la Méditerranée de Lyon, avec une synthèse assurée par Myriam Catusse (IREMAM Aix) et Marc Lavergne (GREMMO), le but du colloque était, à travers une quarantaine d’interventions, de comprendre le gouvernement des villes dans le monde arabe et musulman, à la lumière des défis urbains et des évolutions politiques récentes. Le premier volet du colloque a permis de souligner la diversité du gouvernement des villes, d'identifier les différents acteurs, leurs pouvoirs respectifs et leurs marges de manœuvre. Le second objectif était d'identifier les processus en cours sur le moyen et le long terme : comment évoluent le gouvernement des villes et les pouvoirs qui s'exercent sur elles ? Quelles mobilisations, et quelles non-mobilisations en 2011 ? Quel impact des « Printemps arabes » sur les sociétés urbaines, et sur les pouvoirs sur et dans la ville ?

 

Voir le programme détaillé du colloque…




Billet du 24 janvier 2012


Manama, ou l'occultation d'un monument

               Ne cherchez plus une pièce de 500 fils au Bahreïn !


En ce début 2012, les épiciers indiens ou pakistanais de Manama sont réticents à plonger  dans leur caisse à la recherche d'une pièce de 500 fils (environ un euro). Car la probabilité d'en retrouver une est pratiquement nulle. Emise à partir de 2000, elle n'est pourtant pas très ancienne, et elle était d'un usage courant au quotidien. Elle est désormais introuvable: l'Autorité monétaire bahreïnie (BMA) a brusquement décidé de la retirer en totalité de la circulation. Parce que cette pièce portait au revers le dessin du monument de la Perle, symbole de la mobilisation massive du “printemps de Manama”, du 14 février au 15 mars 2011. Sur la place du même nom (Dawar al-Lulu, Place de la Perle), le monument, érigé en 1981, célébrait les six Etats du Conseil de coopération du Golfe, et la perle naturelle, ressource principale de la région avant le pétrole. Après la proclamation de l'état d'urgence, le 15 mars, l'une des premières mesures décidées par les tenants de la ligne dure avait été de détruire le monument, et de transformer la place circulaire en voie rapide. Mais, même disparu physiquement, le monument reste omniprésent au Bahreïn. Les opposants essaient  toutes les semaines d'approcher le site, rebaptisé ("Carrefour al-Farooq"), strictement interdit d'accès par des barbelés et des barrages des forces spéciales. La silhouette du monument est partout visible, taguée sur tous les murs de l'archipel, malgré les efforts des brigades nocturnes chargées de recouvrir les slogans anti-monarchiques. Et, dans les quartiers chiites, on érige régulièrement des modèles réduits du monument, de quelques décimètres à plusieurs mètres. Les hardliners ont voulu supprimer un monument symbolique: à  l'évidence, ils ont échoué. Le monument de la Perle est désormais devenu un lieu de mémoire politique hors sol...



Chronique du 3 décembre 2011

Téhéran, Iran

Les curieuses adresses de certaines ambassades occidentales




L'attaque de l'ambassade du Royaume-Uni à Téhéran le 29 novembre est l'occasion de s'intéresser à quelques plaques de rues de la capitale iranienne. On le sait peu, mais il est au moins un militant nord-irlandais dont le nom est bien connu en Iran. Et une paisible commune des Yvelines (France) dont tout Iranien vous détaillera les caractéristiques. Certes, si l'on consulte le site officiel du Foreign Office britannique, l'ambassade britannique serait installée « 198, Ferdowsi Avenue ». Mais n'importe quel taxi de Téhéran vous conduira en réalité « Bobby Sands Street ». Quant à l'ambassade de France voisine, elle est sise « Nofel-Lochato Street ». Explications...


Voir le texte intégral...

                    
  Analyse du 22 juin 2011

Singapour et les tensions en mer de Chine

Le Haixun 31, en visite de routine à Singapour...



Le Haixun 31 (Photo: Agence de presse Chine nouvelle, 20/6/2011)
Dimanche 19 juin 2011, le Haixun 31 («Navire d'inspection maritime 31», selon la traduction fournie par l'Agence Chine Nouvelle), battant pavillon de la République populaire de Chine, s'est discrètement amarré à un quai du port de commerce de Singapour. The Straits Times, l'officieux quotidien singapourien, dont la prudence éditoriale est proverbiale, surtout en ce qui concerne les questions de politique régionale, rend compte de cette arrivée dans une brève de quelques lignes dans son édition dominicale: il cite une lénifiante déclaration de la Singapore Maritime and Port Authority évoquant « une visite de routine dans le cadre des échanges habituels sur la coopération technique en matière de sécurité maritime et de protection de l'environnement marin », et rappelle que le navire appartient à une administration civile chinoise. Certes. Mais à peine 48h plus tard, l'information est en première page de nombreux quotidiens singapouriens, malaisiens, indonésiens, vietnamiens et philippins, avec force photographies, interrogations et commentaires plus ou moins radicaux sur la nouvelle provocation chinoise...
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Billet du 13 mai 2011

Manama, Bahreïn
 Pendant la répression, les démolitions continuent...


                                   Démolition de la mosquée Emir Mohammed Baraighi (capture d'écran, JPB)

Après avoir détruit le monument de la Perle pour se venger d'un mois d'agora populaire (notre billet du 18 mars), le régime du Bahreïn, appliquant une forme de punition collective à sa population, a fait démolir depuis début mai une trentaine de mosquées et lieux de culte chiites. Le ministre de la Justice et des Affaires islamiques, cheikh Khaled ben Ali ben Abdallah al-Khalifa, a expliqué : « Ce ne sont pas des mosquées. Ce sont des constructions illégales. ». Problème: la plupart d'entre elles étaient répertoriées sur le site officiel des waqf (les biens religieux), accessible en ligne. Et parmi les bâtiments détruits se trouve la petite mosquée Emir Mohammed Baraighi, bien connue des visiteurs puisque sur la route principale qui traverse l'île, près du village chiite d'Aali (célèbre pour ses fours de potiers): les guides la datent en général du XVIIe siècle ! A moins que ces destructions ne soient une mesure de salubrité publique: le 1er mai, dans l'officieux Gulf Daily News, un lecteur comparaît les chiites à des termites, à traiter comme tels, c'est-à-dire à exterminer... Confirmant par ces démolitions son discours d'occultation confessionnelle de la question démocratique, le régime bahreïni semble s'être engagé dans une véritable guerre de religion anti-chiite -soit contre 70% de la population de l'île. Mais en réalité, là comme ailleurs -en Syrie par exemple- l'instrumentalisation de la question confessionnelle n'est qu'une dimension d'une répression qui est d'abord et avant tout politique et sociale.



Billet du 25 mars 2011 


Tremblement de terre à Tokyo
La colère du Namazu, et le retour de la rumeur...

Carte postale du Namazu évoquant le tremblement de terre puis l'incendie de 1923


En 1855, c'est classiquement à la colère du Poisson-chat, le Namazu, qu'on a attribué le violent tremblement de terre d'Edo (le nom de Tokyo sous les shoguns Tokugawa). En 1923, lors du terrible séisme qui ravage la plaine du Kantô, et en particulier l'agglomération de Tokyo, l'ire du Namazu a, de nouveau, été évoquée. Mais la rumeur a vite couru que les Coréens n'étaient pas étrangers au terrible incendie qui n'a laissé d'une grande partie de la capitale que des ruines fumantes. Depuis les décombres de son ambassade, Paul Claudel le relève: « Partout on entendait dire que les Coréens secondaient l'oeuvre de l'incendie, et se livraient à toutes sortes d'assassinats et de pillages... » (Correspondance diplomatique, Tôkyô 1921-1927, Gallimard, 1995). Certains articles les accusent alors d'avoir empoisonné les puits, à l'image des stigmatisations médiévales occidentales contre les Juifs. En réalité, au-delà de la désignation de boucs-émissaires dans les périodes de catastrophes, que les historiens ont bien repérée et étudiée depuis l'Antiquité, c'est l'extrême-droite ultra-nationaliste japonaise, anti-bolchévique et anti-anarchiste, qui a largement construit et amplifié la rumeur coréenne en 1923, au prix de plusieurs milliers de morts.

Depuis quelques jours, dépêches d'agences et reportages d'envoyés spéciaux au Tohoku, dans le nord d'Honshu rapportent que le bruit court dans les zones frappées par le séisme et le tsunami: « on y aurait repéré des Coréens, ou des Chinois... ». La rumeur est de retour. Elle en dit beaucoup sur le désarroi des populations frappées par la catastrophe...

Voir quelques références ..



Billet du 18 mars 2011

Manama: Plus fort que Bertolt Brecht...


Peu après les manifestations révolutionnaires du 17 juin 1953 contre le régime communiste d'Allemagne de l'Est, durement réprimées avec l'aide des chars soviétiques, Bertolt Brecht propose ironiquement, dans son poème La Solution (Die Lösung), une formule restée célèbre: « Le peuple / a trahi la confiance du régime / et devra travailler très dur / pour regagner cette confiance./ Mais est-ce que ce ne serait pas plus simple pour le gouvernement / de dissoudre le peuple / et d'en élire un autre ? »

Trois jours après avoir appelé à l'aide les blindés saoudiens, le 18 mars 2011 au matin, le roi du Bahreïn a envoyé sa police expulser les manifestants qui campaient pacifiquement depuis un mois sur la place de la Perle (Pearl Roundabout/Dawar al-Lulu), à Manama.

Puis il a décidé... de dissoudre la place de la Perle. Le monument -une perle (la ressource principale de l'archipel avant le pétrole) portée par six voiles (les six Etats membres du Conseil de coopération du Golfe)- a été abattu « afin de faciliter la circulation ». Ou comment supprimer la revendication démocratique en supprimant l'agora, l'espace urbain d'expression de la revendication démocratique...

Plus fort que Bertolt Brecht, décidément !


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Chronique du 14 mars 2011

« Büyük deprem »
 Le tremblement de terre à Tokyo,
 et le futur grand tremblement de terre à Istanbul.




Les séismes sur la faille anatolienne par Stein et alii, 1997,  US Geological Survey


Le tremblement de terre (en turc: deprem) d'une magnitude exceptionnelle qui a cruellement frappé nos amis japonais dans le Tohoku, au nord de Honshu, vendredi 11 mars 2011, ne peut qu'avoir un écho particulier en Turquie, et tout particulièrement à Istanbul. En effet, située à l'extrémité d'un réseau de failles très actives, la plus grande agglomération du bassin méditerranéen a connu de nombreux tremblements de terre dans l'histoire. Mais elle est aujourd'hui directement menacée par la perspective inéluctable d'un séisme majeur, le « büyük deprem », le « Big One »...




Analyse de 2010


Constantinople-Istanbul:

Islam, sécularisation et laïcisation, 1900-1940



Mahya (guirlande) pour le ramadan de 2010 à Istanbul

La Turquie est le seul Etat musulman ayant inscrit la laïcité dans ses textes constitutionnels et une série de lois, en en faisant un des piliers de la République depuis les années 1920. Comment ce projet laïque s’est-il inscrit dans la métropole d’Istanbul, capitale de l’Empire ottoman jusqu’en 1922 (1 million d’habitants au début du siècle, 800000 dans l’entre-deux-guerres) ? L’analyse, focalisée sur l’islam, s’intéresse à l’évolution de trois marqueurs dans l’espace urbain -entendu à la fois comme enveloppe bâtie, et comme ensemble d’espaces et usages sociétaux et de sociabilités: le statut des religions et leur visibilité ; les évolutions du statut et des pratiques du ramadan ; l’apparence et la place des femmes dans l’espace public. L’approche est chronologique, distinguant la fin de la période ottomane (règne d’Abdülhamid II, 1876-1909 ; et révolution puis régime Jeune-Turc, 1908-1918) ; et la période de la République kémaliste et laïciste à partir de 1923. Il s’agira donc de mesurer la pertinence du concept de laïcisation de la ville, dans le contexte d’une sécularisation amorcée dès les grandes réformes ottomanes des tanzimat, à partir du milieu du XIXe siècle, et renforcées sous les Jeunes-Turcs. On conclura que la « rupture révolutionnaire laïque» revendiquée par le kémalisme renvoie en réalité largement à la manière d’écrire l’histoire en Turquie depuis l’entre-deux-guerres.




Analyse du 20 juin 2008

De Vilnius à Salonique, de Sarajevo à Mostar
L'Europe des villes rêvées et des absences,
enjeux de mémoires et d'histoire.



Vilnius, quartier juif, milieu des années 1920

L’élargissement de l'UE à l’Europe post-communiste permet de réintégrer progressivement à l’histoire commune des dimensions sociétales, spirituelles et culturelles que la division bipolaire avait occultées. L’évocation de quelques “villes-frontières” d’Europe médiane et balkanique permet ainsi de rappeler l’importance des communautés juives (Vilnius, “la Jérusalem de Litvakie”; Salonique, “la Jérusalem des Balkans”), et la présence multiséculaire d’un islam européen (Sarajevo, ville cosmopolite; Mostar, ville divisée).

Dépassant les revendications d’une « Europe chrétienne » et les ethno-nationalismes monistes, les mémoires collectives retrouvées peuvent permettre l’écriture d’une histoire européenne laïcisée et partagée, base d’une identification à une collectivité européenne, et d’une réflexion sur la complexité de l’identité et des valeurs européennes...

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Analyse de mars 2004

« La liberté coûte un ticket de métro... »

Transports et circulations dans le Berlin
de la Guerre froide (1949-1989)




Berlin, plan du réseau de U-Bahn par la BVG (Ouest)


Après « l’âge d’or» des transports urbains berlinois pendant la République de Weimar, la Seconde guerre laisse les réseaux en ruine. Dans la ville divisée entre zones occidentales et zone soviétique, les mobilités évoluent de manière différenciée à l’Ouest (déclin du tramway, progrès de l’automobile) et à l’Est (priorité confirmée aux transports collectifs). Dès 1949, les transports urbains sont un des enjeux méconnus de la guerre froide au quotidien: dénomination des stations ; gestion du S-Bahn dans toute l’agglomération par Berlin-Est ; fuites des Allemands de l’Est vers l’Ouest ; grèves politiques. La construction du Mur en 1961 brise toutes les lignes ; le métro de l’Ouest traverse désormais les «stations-fantômes » de Berlin-Est. La réunification de la ville après la chute du Mur a permis de reconnecter les lignes, mais les habitudes de mobilité des usagers gardent la trace d’une division de plusieurs décennies.

Cet article a été publié en 2004:    " La liberté coûte un ticket de métro…" Transports et circulations dans le Berlin de la Guerre froide (1949-1989) , Histoire urbaine no 11, décembre 2004, p.75-101.

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