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les ateliers de lectures philosophiques

Cette formule "atelier" pourrait être complémentaire de la forme café-philo.

    Il s’agirait cette fois de réfléchir directement à partir des textes, au lieu de passer par un exposé.
S'astreindre à une lecture et à une discussion systématique du texte permet de raisonner à partir d'une base argumentaire solide. Il y aurait davantage de participation de chacun, et cela permettrait de dépersonnaliser la réflexion, et de se concentrer sur les idées.

    Ces ateliers proposeront deux types de textes, «anciens» et«contemporains», selon deux finalités différentes :
- des textes de la pensée classique : introduire à une lecture directe de textes fondamentaux de l'histoire de la pensée.
- des textes ou articles contemporains : discuter les courants et les thèses d'aujourd'hui, en les rapportant à leurs fondements classiques.

    On pourrait également prolonger certains des débats lancés dans le cadre des conférences proposées à Nice par l'association «Les amis de la liberté ».

    Cette approche permettrait en quelque sorte d’exporter des pratiques universitaires vers un public non étudiant, et de mettre en place une formation mutuelle des esprits par l'apprentissage des argumentations écrites.

ORGANISATION DES SEANCES

Entre une heure trente et trois heures, à un rythme de deux à trois séances par mois avec des pauses entre deux séries de séances.
Lors de la réunion de présentation, la proposition de programme et la mise au point du calendrier seront suivies d'une première et courte lecture mettant en place le dispositif.



PREMIER ATELIER 

3 octobre 2014 à la maison des associations de ST Roch

entrée en matière : Identité et confusion

     Vincent Descombes, auteur d'un ouvrage sur Les embarras de l'identité (Gallimard, nrf, 2012), a proposé dans le numéro de Février 2014 du Monde Diplomatique un article résumant quelques un des arguments principaux de son ouvrage. Nous proposerons une lecture de cet article pour essayer de débrouiller quelques unes des confusions conceptuelles qui ont de redoutables conséquences sur nos conceptions et nos idées politiques et sociales. Et notamment, en ce qui concerne la confusion des termes identité et homogénéité du corps politique et social. 

    Cet article nous donnera l'occasion de revenir à quelques textes classiques de la philosophie politique (Aristote notamment), et de les faire dialoguer avec la philosophie contemporaine (Charles Taylor), dans l'esprit de notre atelier. On espère pouvoir éclairer le vaste champ de la question des modalités d'appartenance et d'identification des individus.

        Cet atelier de lecture tentera donc de fournir une première illustration de l'intérêt du goût de l'analyse conceptuelle pour résoudre des confusions dont les conséquences vont bien au-delà d'une simple confusion mentale. Éclairer les notions pour éclairer l'actualité et débusquer les sophismes qui courent dans l'espace public : voilà le but que nous nous proposons.

 Bibliographie (les principaux ouvrages sont en gras)

Vincent Descombes, Les embarras de l'identité, Gallimard, nrf, 2012

- Les institutions du sens, 1996

- Le complément de sujet. Enquête sur le fait d'être soi, Gallimard, nrf, 2004

Amartya Sen, Identité et violence, Odile Jacob, 2007

Stéphane Ferret, L'identité, Corpus GF, 2011

Alain de Libera, Archéologie du sujet. La quête de l'Identité, Vrin, 2004

Robert Castel, Claudine Harroche, Propriété privée, propriété sociale, propriété de soi, Paris, Fayard, 2001

- La montée des incertitudes, Points Seuil, 2012

Catherine Collio-Thélène, La démocratie sans « demos », PUF – Pratiques Théoriques, 2011

Etienne Balibar, Citoyen-sujet, PUF – Pratiques Théoriques, 2010


 A l'issue de ce premier atelier, Alexan Colmars nous communique :

    Lors de notre précédente (et première) séance d'atelier de lecture, nous avions proposé de mettre au programme de la prochaine un texte qui prolongerait la conférence donnée par M. A. Tosel dans le cadre des Amis de la Liberté, ce Jeudi 09 Octobre 2014. Rappelons brièvement quel en a été le contenu, et déduisons tout de suite après notre prochain support de discussion.

    Dans un propos annoncé sous le titre « La philosophie matérialiste aujourd'hui », André Tosel s'est proposé, pour l'essentiel, deux objectifs :


    1/ Après une présentation générale des matérialisme dans l'histoire de la pensée, le conférencier s'est efforcé d'en abstraire deux caractéristiques essentielles qui lui ont fait n'en retenir que deux d'entre eux, dont il a essayé de présenter les liens et les contradictions. Les deux caractéristiques essentielles : une pensée de l'immanence (expliquer le monde à partir de lui-même), et une pensée de l'émancipation. De quels matérialismes héritons-nous aujourd'hui ? Le matérialisme scientifique, parfois aussi appelé réductionnisme, qui tente de poursuivre un programme de réduction de l'ensemble des phénomènes à un ensemble de lois physiques ; et le matérialisme marxien, qui tente de donner une explication des phénomènes sociaux à partir de l'articulation des différentes institutions du social.


    2/ Après avoir retenu ces deux courants, comme candidats au poste de matérialisme d'aujourd'hui, M. Tosel s'est efforcé d'en penser les divergences, les contradictions, et ce qu'on pourrait appeler leurs errements. Sa conclusion la plus intéressante, et la plus radicale, se rapporte à l’incapacité du matérialisme scientifique à penser le social en tant que tel, auquel le matérialisme marxien prête la plus grande attention. Prenant l’exemple du livre Le matérialisme scientifique de Mario Bunge, M. Tosel a tenté de montrer la pauvreté de la théorie sociale d’un matérialisme qui adopte (peut-être de manière non questionnée) l’individualisme méthodologique le plus radical.

    Voilà la première question qu’il nous semble intéressante de traiter. Qu’entend-on par individualisme méthodologique ? Y a-t-il des raisons, non simplement éthiques ou politiques, qui ne tiennent pas simplement à un choix idéologique, mais conceptuelles, de s’y opposer ?

    Répondre à cette question, c’est tenter de voir quels peuvent être les fondements conceptuels raisonnés d’un matérialisme plus conforme à la compréhension marxienne de la position matérialiste. Or, à ce propos, M. Tosel a fait référence à de nombreuses formes d’objectivation des produits humains dans la société où ceux-ci se retournent contre leurs producteurs : ce que l’on appelait dans la théorie marxienne traditionnelle l’aliénation, et qui, sous ses formes plus modernes, prend le nom de réification. Ce concept a connu une certaine fortune dans le cadre de la théorie critique. Inidividualisme méthodologique, sociologie matérialiste, théorie critique : voilà nos trois axes, le dernier permettant d’apercevoir une petite partie de l’horizon du matérialisme aujourd’hui.

De là se déduisent donc les choix de textes pour les deux séances suivantes
(17 et 24 octobre) :

    1/ La formulation du principe de l’individualisme méthodologique : Karl Popper, The poverty of historicism, Routledge, 2012 (les passages étudiés seront proposés en français)

    2/ La critique conceptuelle de l’individualisme méthodologique : Vincent Descombes, « Les individus collectifs », Revue du MAUSS, 2001/2, n° 18 : http://www.cairn.info/revue-du-mauss-2001-2-page-305.htm

    3/ Une compréhension marxienne des « pathologies du social » aujourd’hui : Axel Honneth, La réification. Petit traité de théorie critique, Gallimard, nrf, 2007  (les passages étudiés seront photocopiés et lus en commun).

 

    A vous retrouver, et bonnes lectures, diverses et variées, d’ici là.

L’équipe des Ateliers de Lecture des Mots à la Bouche.


    

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