infoslilas202007

les Châteaux de nos Pères
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Remontons loin dans notre passé pour évoquer ces châteaux perdus de vue et dont on côtoie les fondations dans le voisinage lilasien, sans même l'imaginer. Nous allons tenter ici de raviver leur souvenir.

Il y sept siècles, Charles V vient d'achever la nouvelle muraille qui agrandit et renforce la défense de sa capitale. Hors les murs de Paris, c'est déjà la campagne, avec ses champs, ses vergers et ses bois. Depuis la porte du Temple (actuelle place de la République), traversons le village de Belleville et grimpons sur les hauteurs de Romainville. C'est là que des nobles possèdent de grandes propriétés où le Roy leur fait parfois l'honneur de venir chasser. Certains y feront construire un château d'agrément.

les 3 VIES du CHÂTEAU des BRUYÈRES 

Le Château de la Motte
A l'ouest des Lilas d'aujourd'hui, les plus anciennes cartes indiquent un Bois de la Motte. Ce terme évoque les premières constructions fortifiées du 12ème siècle, faites d'une butte, généralement artificielle, entourée souvent d'un fossé: la motte castrale. Réalisée rapidement, il ne faut guère plus d'un mois et 200 travailleurs pour l'édifier. Mais la construction est fragile et peut disparaître tout aussi rapidement. Chez nous elle n'aura laissé qu'un nom de lieux-dit.

Le premier Château des Bruyers
C'est pratiquement au même endroit, durant la guerre de 100 ans opposant Français et Anglais, qu'on commence à parler d'un château. En 1384, le roi Charles VI y attribue la résidence des Bruyers-lez-Paris à son chambellan, Guillaume de la Trémoille. En 1427, elle devient propriété du duc de Bedford, Jean de Lancastre, frère du roi d'Angleterre, devenu Régent de France et d'Angleterre, à son décès, en application du traité de Troyes. C'est lui qui décide de ne pas soumettre Jeanne d'Arc à la question durant son procès. Lors de l'hiver particulièrement rigoureux de 1432, il autorise les manants de sa seigneurie à couper des fagots dans les bois des Bruyères. Le vieux château disparaît au cours du 16°siècle.


Le nouveau Château des Brières

On retrouve trace en 1714 d'un nouveau et magnifique Château des Brières quand le duc de Lorge le cède au duc de Rohan-Chabot, prince de Léon, pair de France, président des états de Bretagne. Le corps central flanqué de deux ailes est entouré d'une ferme, d'un jardin à la française, d'une orangerie et de bosquets formant le bois de la Motte, évoqué plus haut. On entre sur la propriété par le sud, chemin de Ménilmontant. On situerait aujourd'hui le château lui-même entre la rue des Frères Flavien et la rue Chassagnolle, à hauteur de l'intersection avec l'avenue Pasteur. 

En 1760, il change de mains, acquis par Corbec, couvreur à Paris qui débourse 83.000 livres... pour le démolir! Les bâtiments n'ont de valeur que pour être revendus en pierres et matériaux. Parc, jardins et bosquets redeviennent des terres labourables. En 1850, on y récolte encore du seigle et du blé. Du château et de son parc, il ne reste qu'une anecdote. Avant la démolition, un bel oranger séculaire est sauvé, transporté au Château du Raincy, avant de finir son périple à l'Orangerie de Versailles où on l'y a admiré sous le nom de "Prince de Condé" qui, dit-on, l'avait planté, il y a fort longtemps, aux Bruyères. En 1819, ne subsistent plus que l'orangerie et la chapelle Notre-Dame-de-Pitié. 

le CHÂTEAU du MOULIN

Les ailes d'un moulin à vent tournaient autrefois sur notre plateau, entre l'actuelle place Pierre Brossolette et le bastion sud-ouest du Fort. Un château existait à proximité, juste aux pieds de l'actuelle tour TDF: le
Château du MoulinC'est en 1802 que la marquise de Montesson, veuve du duc d'Orléans, achète cette demeure. Avec une vue superbe sur Paris, c'est une retraite paisible pour ses dernières années. Elle la fait agrandir par l'architecte Brongnart, celui de la Bourse de Paris. La serre peuplée d'oiseaux et de plantes exotiques qu'elle y aménage servira de modèle à celle de la Malmaison. Elle invite en effet sa grande amie, Joséphine de Beauharnais, à des matinées de musique et de chant. L'épouse du 1er consul fréquente son salon, comme les sœurs Caroline et Pauline Bonaparte et bien d'autres célébrités. 
A sa mort en 1806, son neveu par alliance, le général Valence
, en hérite. En 1832, le dernier propriétaire, le duc de Choiseul, est exproprié de ce promontoire stratégique idéalement placé, afin de permettre la construction du fort de Romainville. A l'emplacement de l'ancien château du Moulin, on bâtit en 2016, le complexe de haute technologie de TeleDiffusion de France, dans le prolongement du la rue du château qui allait autrefois jusqu'à la rue de Paris.


Sur la ROUTE des CHÂTEAUX

Autrefois, sur notre colline, voisinaient d'autres châteaux et non des moindres.

Le Château de Romainville
Construit en 1630 dans un style Louis XIII, il est la demeure de la famille de Ségur de 1723 à 1791. La fameuse comtesse romancière est née bien après, en 1799. Son mari descendait à la 4°génération du 1er Ségur à y avoir habité. On accueille en ce lieu des artistes comme Vigier-Lebrun. Le duc de Noailles l'habite encore en 1823.
Puis la partie centrale est démolie, ses pierres faisant office de carrière. Le haut du parc est exploité par des cultivateurs, une carrière de gypse de grande profondeur fragilise le terrain, tandis que le bas du parc est transformée en briqueterie. Occupé et entretenu jusqu'à la fin du 19°siècle, le dernier pavillon d'angle restant, au sud, se dégrade progressivement, avant d'être victime d'un incendie en 2010. Il est démoli en 2017 Pourtant, l'ancien domaine des Ségur renaîtra bientôt avec le projet de Parc des Hauteurs, lancé en 2018 avec la région. 4,5 ha s'ouvriront au public en 2021, 20 ha restant préservés.

Le Château de Bagnolet,
Sous l'échangeur du périph aujourd'hui, il est construit à la fin du 17ème siècle. La famille d'Orléans l'acquiert en 1719 et le Régent (durant la jeunesse de Louis XV) y effectue de nombreuses transformations. La duchesse d'Orléans, son épouse, fait aménager les jardins par le neveu de Le Nôtre.
L'ensemble est vendu en 1769, morcelé, saisi comme bien national à la Révolution et finalement démoli en 1892. Le pavillon de l’Ermitage, en bordure de la rue de Bagnolet, dans le 20ème, est l’unique vestige du domaine. A Bagnolet encore, ce que l'on nomme le Château de l'Étang, est plutôt une demeure bourgeoise récente, édifiée en 1873, dédiée depuis une soixantaine d'années à la jeunesse et à la culture.

Le Château de Ménilmontant  
Egalement appelé Château de Saint-Fargeau, est construit au 18°siècle tout près de chez nous, à Belleville, au dessus du hameau de Ménilmontant, par Michel Le Peletier de Souzy. Accolé au Château des Bruyères, il est entouré d'un grand bois au sommet de la colline, ainsi que d'un grand parc, avec bassin et jardin à la française. Sous Louis XIV, on l'appelle également "le retrait Pompadour" car il est propriété de la marquise qui aime à y séjourner. Démoli en 1770, son domaine est ensuite morcelé.

... Et nous voilà rendus au terme de ce périple sur la route des châteaux lilasiens et du voisinage. Aujourd'hui, ils ont tous disparu de notre environnement immédiat. Il ne reste plus, pour les évoquer et les maintenir dans notre mémoire, que leur nom sur des cartes ou quelques plaques de rue.
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