De l'eau publique à l'eau courante  - histoires d'eaux aux Lilas (suite de notre 1er article de février 2020
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L'eau est un besoin essentiel. Aujourd'hui, on ne se pose plus la question de son arrivée jusqu'à nos robinets. Mais il n'en a pourtant pas toujours été ainsi. Sur les hauteurs de notre plateau, il y a deux siècles, les tout premiers habitants se satisfont des eaux de ruissellement de la Fontaine St-Pierre. Un peu plus tard, la construction des premiers lotissements fait émerger de nouveaux besoins. Par exemple, comment faire bouillir la marmite quand l'eau n'arrive pas encore chez soi? C
omment porter des habits propres quand on n'a pas d'endroit pour laver son linge? Comment se laver quand l'eau des puits est sale et nauséabonde? Comment évacuer les eaux usées quand aucun égout n'a encore été construit? 

La vie de châteaux... d'eau 
En 1869, c'est l'eau de Seine qui vient nous abreuver, via le réservoir de Charonne. A la fin du 19°siècle, celle de la Marne a pris le relais. Pourtant, prélevée trop près de déversements d'égouts, on ne peut pas dire qu'elle soit très potable!  Aux Lilas, elle n'est pas encore filtrée; elle transite par une cuve à ciel ouvert où les gamins viennent se baigner durant les chaleurs d'été! En 1900, on érige un 1er réservoir moderne rue du Château, à 130m d'altitude. C'est un cylindre de ciment qui contient 1.000 m3 pour les Lilasiens mais aussi pour les habitants de Pantin et du Pré. En 1905, la Compagnie des Eaux construit  à Neuilly-sur-Marne une nouvelle usine de pompage et de traitement. L'eau devient enfin claire et buvable sans risque. 

En 1908, pour atteindre les points les plus élevés de la ville, 
un 2ème réservoir de 300 m3 et 15m de haut est nécessaire. On le construit au 69 rue du Garde-Chasse. Les besoins grandissent et un 3ème réservoir de 200 m3 doit être édifié en 1914, à l'arrière de ce même terrain. Enfin, en 1933, derrière le tout premier de la rue du Chateau, un 4°réservoir de 1.780 m3 sort de terre. C'est le seul à être encore en activité aujourd'hui. Son voisin a disparu en 1985, en même temps que le 1er de la rue du Garde Chasse. 

En comparaison, nos besoins sont sans commune mesure avec ceux de Paris. Le plus ancien réservoir, celui de Ménilmontant (1830, 95.000 m3), s'est pendant longtemps rempli des eaux de la Dhuys. Le plus récent, celui de la porte des Lilas (1963, 208.000 m3) est tellement proche qu'on le croirait lilasien. Les deux sont aujourd'hui raccordés à l'eau de la Marne, venue de l'usine de Joinville-le-Pont.
les Lavoirs d'antan, un lieu de convivialité
Aux Lilas, au début du siècle dernier, chaque ménagère avait son jour de lessive. Il y a eu jusqu'à 3 lavoirs qui ne désemplissaient pas: celui de Cornu, à l'entrée de la rue du Bois, le Grand Lavoir de l'Avenir, tenu par Ponroy à côté de l'église, et celui de Vaudricourt "le lavoir des Lilas" au 128 rue de Paris (Mille & Zim aujourd'hui). 

Une fois par semaine, les femmes s'y retrouvent, armées du battoir pour décrasser leur linge. Pendant que la lessive trempe, on s'échange les dernières nouvelles. A 10h, on fait casse-croûte au Café Mardon, en face du lavoir au 149 rue de Paris (BNP de nos jours). Un morceau de petit salé et un verre de vin blanc avant de retourner rincer le linge ou de le plonger dans les étuves collectives, pour le faire bouillir. Sur le coup de midi, les aïeules apportent les nourrissons aux mères pour la tétée et à 16h on s'échange les gâteaux. C'est le rendez-vous hebdomadaire des lavandières qui persistera jusqu'à la moitié du 20° siècle. Les lavoirs seront progressivement remplacés par les teintureries, les laveries automatiques et le lave-linge chez soi.

Avec l'eau du bain
Le 19°siècle marque un tournant important en matière d'hygiène. La prévention des épidémies et les progrès de la médecine ont une influence positive sur la toilette des Français. Vers 1900, les bains-douches se multiplient. 
Déjà en 1865, Balny (un nom prédestiné) fonde pour les 1ers occupants du bois un "établissement balnéaire" au 77 rue de Paris (actuel Jardin des Lilas, primeurs). Il sera suivi des bains Vaudricourt (128 r de Paris) et Maratrat (53 av Pasteur). Les bains y sont parfumés et nos concitoyens en ressortent propres comme un sou neuf. Mais il faut bien évacuer les eaux usées. Le tout à l'égout n'est pas encore installé partout car la commune manque de moyens. Et les Lilas ne se sont pas faits en un jour. Les eaux sales stagnent dans les caniveaux devant l'établissement, provoquant quelques mauvaises odeurs. Mais quel bonheur pour les enfants en hiver quand ces mares se transforment en patinoires! Dès le 1er conseil municipal et pour répondre à une injonction préfectorale, il avait été décidé de construire un égout. Le premier sera à ciel ouvert et ira du Centre aux Fortifs. Il faudra encore une décennie pour que soit réalisé un égout souterrain, de la rue de Pantin à la rue du Pré. Peu à peu, grandes consommatrices d'eau, les usines se raccordent à leurs frais à ce nouveau collecteur (dès 1890 pour la Mégisserie du Coq Français, en 1902 pour l'usine Kalker). Autres besoins en eau: les Vespasiennes. 
Pour la petite histoire, une 1ère de ces pissotières est installée en 1869 rue du Pré, devant le café où siégeait la Mairie de nos débuts. Un exemple de toilettes sèches mais qui oubliait de cacher l'anatomie de ses usagers. Trois autres viennent en complément: devant la Poule Russe, au 151 r de Paris et place Paul de Kock. Aucune n'est reliée à l'eau de la ville. Les plaintes des voisins s'accumulant incitent en 1897 à toutes les clore et à les raccorder au réseau.
Eau et Gaz à tous les étages 
Un accord de fourniture d'eau aux particuliers est signé en 1887. Sur les 6.000 habitants, seulement 50 abonnés en profitent. Parallèlement, sur la zone et dans le quartier des Sentes, on continue d'utiliser les fontaines publiques. Il est vrai que leur fréquentation est propice aux conversations. En fait, dans la plupart des cas, l'eau n'est livrée à domicile qu'en 1905, voire 1914 ou bien après, et encore seulement dans la cour. Elle ne s'installe qu'ensuite à chaque palier et ne coulera dans les cuisines que beaucoup plus tard. Par exemple, pas d'eau courante rue -dite- du Progrès, avant 1925 et on continuera longtemps de l'économiser. On puise l'eau du ruisseau, à l'instant où elle sort de la bouche, fraîche et courante. Le matin, dans les rues, c'est un joyeux concert de casseroles écopant les caniveaux. 

Et puis, un nouveau groupe d'immeuble sort de terre, c'est la Cité-Jardin au Nord de la rue de Paris. Les logements sont équipés du chauffage central et de salles d'eau, luxe encore ignoré de la plupart des Lilasiens. Le confort des logements se généralise dans les années 1950 et les fontaines publiques disparaissent à partir de 1960. La dernière, devant le 224 rue de Romainville, sera condamnée en 1972.

Sans eau pas de vie. Cela coule de source et pourtant, elle n'est pas intarissable. Pour qu'elle arrive dans nos logis, nos anciens on déjà livré bien des batailles. Aujourd'hui, cette ressource naturelle et vitale se raréfie. Ce bien commun est à traiter comme un trésor: c'est clair comme de l'eau de roche.