Histoires d'EAUX aux Lilas    
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On connait depuis longtemps l'abondance des eaux qui descendent de notre montagne. Véritable mère nourricière de la région, la butte des Lilas regorgeait d'eau de toutes parts, approvisionnant Paris mais aussi Bagnolet et Romainville.  

Ruissellements sur Paris 
A l'époque gallo-romaine déjà, Lutèce profitait de nos Sources-du-Nord. Au 12°siècle les hospitaliers de Saint-Lazare font construire, pour leur prieuré et leur léproserie, une canalisation allant chercher son eau sur les hauteurs de notre plateau. Au Nord-Ouest de ce qui constitue les Lilas d'aujourd'hui, elle est collectée par un réseau de pierrées, fait de pierres sèches, recouvertes de dallots, couverts d'une chape de glaise, dans des tranchées enterrées à 2 mètres de profondeur. Des bornes en signalent le tracé (rue Henri Barbusse), des regards permettent leur entretien (rue du Regard). 
Le système concentre ensuite le précieux liquide vers les prises d'eau (fontaine du Pré-Saint-Gervais, face à la Mairie), pour le mener vers la capitale.  Une partie des conduites est acquise par Philippe-Auguste en 1182, pour approvisionner la fontaine des Halles. En 1396, plus d'une douzaine de fontaines parisiennes sont alimentées par les acqueducs du Pré Saint-Gervais et de Belleville.  
  
Regards "underground"
Autour de notre cité, subsistent encore aujourd'hui le regard des Maussins (déplacé en 1964 à la construction du réservoir de la Porte des Lilas), le regard de Bernage (le long du bd Périphérique), le regard du trou Maurin (sente des Cornettes).

N'oublions pas que les Sources-du-Nord désignaient également les Eaux de Savie (ancien nom de Belleville), un second réseau développé par les moines de Saint-Martin-des-Champs (arts et métiers) et par les Templiers. Et l'eau de la Dhuys? Elle n'est en fait pas lilasienne. Venue de 130 km, au Sud de Château-Thierry, elle chemine dans un aqueduc enterré, en direction du réservoir de Ménilmontant, Paris 20°. Elle ne fait que frôler notre cité, à hauteur du château de l'étang, à Bagnolet. Jamais elle n'a envahi nos caves car elle n'a jamais coulé aux Lilas. C'est bien l'eau de nos sources qui parfois inonde nos sous-sols!  

Eau de toute les vertus
Au milieu du bois, en contrebas de l'emplacement actuel du cimetière, se trouve la Fontaine St-Pierre dont le murmure de l'eau claire aide à soigner la mélancolie du promeneur. Bernardin de Saint-Pierre (Paul et Virginie) vient s'y promener avec son ami Jean-Jacques Rousseau. Le botaniste y trouve l'inspiration de son premier succès sur les études de la nature. 
C'est l'eau de cette fontaine qui, dès le 12°siècle, est acheminée à la léproserie de Saint-Lazare. Les tourments des lépreux y sont apaisés grace aux bandages fraîchement lavés par les hospitaliers. C'est à elle qu'on fait confiance pour désaltérer les malades. La bonne du curé de Romainville, en 1735, va la quérir pour un moribond, sans risquer de précipiter sa mort. Sa pureté est inégalable pour Henry de Kock qui va souvent y remplir un tonneau pour son père, picorant en chemin cassis et groseilles. La fontaine disparaît en 1887, lors du percement de l'avenue Faidherbe, en dessous du cimetière. 
  
Des mares à gogo
A maints endroits, sous plusieurs mètres de sable de surface, l'eau se trouve bloquée par une couche imperméable de marne-à-huîtres. Dans le Fort de Romainville, les racines des arbres plongent dans l'eau. La construction de la résidence d'Anglemont, en 1967, nécessite des puits énormes, pour atteindre une couche stable tant la terre était saturée d'eau souterraine. Des mares se forment un peu partout. Dans celle en face de la gendarmerie, au 207 r de Paris, une centaine d'oies barbotent. On y mène les canards et on vient y pêcher des grenouilles.
Au 296 r de Belleville, une nappe affleure un jour, permettant la constitution du lac St-Fargeau, à Belleville. La mare des Bruyères, rue des Tournelles, constitue un abreuvoir naturel pour les ânes et chevaux. Lors du percement du tunnel de la ligne de métro, sables et calcaires gorgés d'eau rendent très délicat le percement du puit de service. De sérieux pompages sont nécessaires à l'édification de nombreuse maisons. Après les pluies, des mares atteignant 2 mètres de profondeur se forment dans les sablières. En 1892, un enfant tente de se baigner dans l'une de ces mares et y disparaît sans que les secours, arrivés trop tard, puissent le ranimer.  

Des besoins grandissants
Avec l'urbanisation, les puits se multiplient: 14 au bois Jalencloud et 30 dans le Haut-Bois, en 1848. Dans ces mêmes années 1850-60, des citernes d'eau, tirées par des chevaux, montent de Belleville pour être vendues au seau, une fois arrivées chez nous. Rue du Télégraphe, les porteurs d'eau remplissent leur cuve à une canalisation d'eau de Seine. L'eau de la Marne arrive aux Lilas en 1865, alimentant des fontaines publiques. Mais elle est chère, pas toujours bien pure et n'est distribuée que deux heures par jour. Vaseuse et sentant le moisi, elle ne deviendra claire et limpide qu'en 1905, suite aux pressions répétées du préfet Poubelle. Un filtrage plus rigoureux est enfin procédé par la compagnie des eaux. C'est miracle qu'il n'y ait pas eu plus d'épidémies. De toute façon, nos anciens préféraient le vin! Les derniers puits en usage dans le quartier des Sentes serviront encore jusqu'aux années 1930-50, pour arroser le jardin l'été et rafraîchir, dans un seau, la bouteille de vin ou le pastis. 
Parallèlement, durant les étés de fortes chaleurs du début des années 1900, le service de portage d'eau est réintroduit, étant désormais assuré par la citerne des sapeurs pompiers. Avec le 20°siècle, la ville continue de croître et on la verra multiplier ses équipements et densifier son réseau, pour enfin amener l'eau à tous les Lilasiens. Mais ceci est une autre histoire... (à suivre)