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Dernière demeure aux Lilas, au 47 rue de l'Égalité 
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Tous égaux 
Partis toujours trop tôt, humbles ou notables, morts pour la France ou de leurs vieux jours, ils ont laissé parfois une sépulture remarquable mais, le plus souvent, juste un nom gravé dans le marbre. Eux? Ce sont les Lilasiens qui ont fait l'histoire de notre commune et dont le souvenir est toujours présent dans notre cimetière. Ils sont les témoins du passé pour les générations futures. Aux origines de notre commune, en 1867, la première préoccupation des élus est la création d'un cimetière municipal. Neuf mois plus tard, le 1°enterrement a lieu, le 29 juillet 1868. Les défunts sont transportés à bras d'homme jusqu'à ce qu'un corbillard soit acheté, un an plus tard. La plus ancienne sépulture encore présente est une petite chapelle, à gauche de l'entrée.

Au cœur du village 
Enterrer ses morts est un marqueur de l'humanité que déjà Sapiens et Néandertal pratiquaient. L'apparition des cimetières regroupant plusieurs sépultures nous fait remonter 9.000 ans avant notre ère. L'homme se sédentarise et commence à conserver les restes des défunts dans un espace dédié, avec les toutes premières nécropoles. Tout autour du monde, on retrouve les traces de ces tertres funéraires, avec leurs cairns et dolmens. Au moyen-âge, le cimetière attenant aux églises devient une terre consacrée. Les morts y dorment dans l'anonymat le plus total. Le plus souvent enveloppé dans son linceul, plus rarement dans un cercueil de bois, le corps est déposé dans une fosse où d'autres l'attendent. Les pierres sépulcrales sont réservées aux morts enterrés dans les églises. Prier et s'agenouiller devant la tombe d'un proche ne fait pas partie des gestes traditionnels de l'époque. Si les visites aux morts n'existent pas, les cimetières d'alors ne sont nullement des lieux calmes et silencieux. On y pratique toutes sortes de commerces, les denrées vendues n'y étant pas taxées. Terrain de jeu pour les enfants, les garnements peuvent y ramasser des crânes, y placer une chandelle et s'amuser à effrayer les fillettes. Parfois lieu de plaisir pour les jeunes gens, il remplit aussi le rôle de place du village, d'espace public de sociabilité. 

Reposer en paix

Pour éviter le manque d'hygiène et la saturation des lieux, Louis XVI recommande de créer de nouveaux cimetières, hors les murs des cités. A Paris, celui des Innocents est fermé en 1780. A la Révolution, l'Eglise perd son pouvoir, la gestion du territoire des morts étant attribuée aux municipalités. Tout en conservant un caractère sacré, l'endroit se transforme en un espace laïc. En 1804, l'obligation de créer des cimetières extérieurs est renforcée. Le texte prévoit le creusement de fosses individuelles -en réaction aux fosses communes- et l'usage de cercueils. Il instaure le système des concessions tarifées, perpétuelles ou temporaires. La loi impose également de très hauts murs, afin de masquer la présence des morts et de préserver leur repos. La dissimulation est renforcée par des plantations d'arbres, destinés également à purifier l'air. L'art funéraire se développe dans des ateliers spécialisés, engendrant une véritable économie de la mort, avec des monuments en grès, marbre ou fonte. Les plus modestes se contentent de recouvrir la fosse de graviers et de placer une croix. Ces nouvelles nécropoles urbaines prennent des allures de jardins romantiques. A partir de 1830, il est d'usage de déposer un chrysanthème sur la tombe, le jour des Trépassés. Ces endroits deviennent des lieux de silence et de douce nostalgie. Au cours du XX° siècle les cimetières sont à nouveau intégrés à la cité, en raison de l'expansion urbaine. 

Au détour de nos allées 
Le plus grand cimetière du pays est celui de Pantin avec 107 ha. Le notre est de taille plus modeste, s'étalant sur 2 hectares et 1/2. A l'emplacement de l'ancienne Fontaine carrée, il surplombe la plaine de France, avec 5 km d'allées et 400 arbres et arbustes. Le promeneur peut aisément déambuler à la recherche de quelques célébrités au milieu des 8.500 tombes et chapelles. Dès l'entrée, il s'arrêtera rapidement devant celle de Paul de Kock, entretenue régulièrement par la mairie, celle de l'industriel Patrelle ou celle de madame Gay. Puis c'est le rendez-vous des Maires. Au fil de sa promenade, il découvrira les noms de Guerin-Delaroche, Rozière, Segaux, Decros ou encore de Rosenfeld, Rabeyrolles, Salles. Quinze sur les vingt-cinq maires décédés ayant choisi de rester dans la commune pour leur dernière demeure, il y aurait de quoi constituer un vrai conseil municipal! Quant aux artistes et comédiens défunts, on rendra visite bien sur à Jean Yanne, pas très loin du columbarium et des cendres de Jef Gravis, peintre et plasticien. On saluera les statuaires Mathurin et Auguste Moreau, le sculpteur Edmond Becker, le peintre Gabriel Gostiaux ou le comédien Jean Yonnel, de la Comédie française. Sans oublier Esther et Mabo Kouyate, reposant côte à côte en pleine terre.  
Mémoires de pierre

Notre monument aux morts de toutes les guerres est commandé à Félix Desruelles, au lendemain du 1er conflit mondial. Exécuté en 1924 et inauguré en 1925, il se distingue par quelques particularités. Les noms des victimes de guerre ne sont pas gravées sur son socle, mais plutôt dans le hall de la Mairie. Il n'est pas érigé, comme bien souvent, sur la place du village mais au cimetière. Il exprime la douleur et la mort, loin d'une exaltation de ferveur militaire: c'est une femme éplorée qu'on y voit se pencher sur les cadavres de soldats. Desruelles reproduit d'ailleurs rapidement ce même thème pacifiste pour son monument de 1928 à Auchel (Pas-de-Calais). Cette femme en pleurs lui tient à cœur puisqu'une nouvelle variante orne encore sa propre pierre tombale! Derrière notre monument aux morts, se trouve le carré militaire, réhabilité en 2009. Francine Fromond, Jean Duda et tant d'autres y ont leur stèle. Tout au bout, c'est le jardin des enfants. Par devant, se dresse le monument en mémoire du génocide arménien, du sculpteur Everantzi, érigé en 2000. Il n'y a pas de carré confessionnel. Tout au milieu du cimetière, le médaillon sur la tombe du jeune Henri Foursin, tué par l'occupant nazi un soir d'août 1944, fait encore réfléchir aujourd'hui.

Nouveaux Usages

La crémation gagne du terrain. D'autres modes d'inhumation apparaissent, comme les cercueils bio-dégradables ou l'inhumation en pleine terre. Des flash-codes commencent à orner certaines tombes, pour rappeler le souvenir du défunt. Quant aux familles, elles rendent de moins en moins visite à leurs morts. La Toussaint n'est plus un jour d'affluence et les chrysanthèmes ne sont plus aussi nombreuses à fleurir les tombes. Par contre, les généalogistes qui s'intéressent à ce lieu ont trouvé, dans les inscriptions des pierres tombales, un paradis pour leurs recherches. Les familles peuvent ainsi être reconstituées par le chercheur respectueux, dans un arbre familial établissant un pont entre les morts et les vivants.

Sourire avec les disparus

Un jour, on nous a raconté qu'en rendant visite à un ami des Lilas récemment décédé, quelqu'un avait cru l'entendre murmurer, avec sa gouaille habituelle: "On avait voulu me faire croire bien des choses pour le jour où je soufflerais la veilleuse et où j'irai manger les pissenlits par la racine. Mais, depuis que j'ai tiré ma révérence et que je me suis fait tailler un costard en bois, je paye simplement ma dette à la nature, n'ayant plus aucun souci d'argent. Après tout, quelle importance cela a t-il d'être l'homme le plus riche du cimetière?" Était ce un rêve? En tout cas, il semblerait qu'il y ait encore de bons vivants chez nos défunts!


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