Francine FROMOND et Raymonde SALEZ: ces femmes de l'ombre qui ont combattu pour notre liberté

Ces deux Lilasiennes résistantes, ont, chacune à sa façon, combattu pour la Liberté contre l'occupant nazi.

En lutte pour un idéal communiste

Francine FROMOND naît le 2 octobre 1917, à Paris 19°. Elle habite au 14 rue Rouget de l’Isle, une petite maison ouvrière des Lilas, avec ses parents, sa sœur Madeleine et son frère Marcel. A 13 ans après son certif', elle devient vendeuse, puis sténo-dactylo. Son père, ajusteur-mécanicien, est mortellement blessé en 1932 au cours d’une manifestation de chômeurs. Sa mère est couturière et adhère au PC. Son frère est secrétaire des Jeunesses Communistes aux Lilas. Elle y adhère et en devient trésorière. Le Parti l'envoie en 1935 se former aux techniques de clandestinité en URSS. A son retour en France, elle crée avec Danielle Casanova à la création de l’UJFF (Union des Jeunes Filles de France). Dès 1936, son frère part se battre contre le régime de Franco. Francine participe activement à la lutte clandestine des républicains, aidant de nombreux réfugiés espagnols à s'échapper. Marcel tombe sur le front en septembre 1938, à l'âge de 24 ans.


1° femme parachutée, munie d’un poste-émetteur radio
En septembre 1939, elle passe en Belgique, puis au Danemark. En mai 1940, elle est arrêtée par les Allemands, mais libérée le 6 juin grâce à l’intervention de l’ambassadeur soviétique. Revenue en URSS, elle se perfectionne dans les liaisons radio, auprès de l’Internationale communiste. Juin 1941, Hitler déclenche l'opération Barbarossa et ses troupes envahissent l'URSS. En fin d'année, elle est envoyée avec Daniel Georges en Angleterre. Après avoir reçu une instruction au parachutisme près de Manchester, ils sont largués au dessus de Montpellier en janvier 1942. Avec Guyot, elle dirige à Lyon l’organisation communiste clandestine du PCF en zone sud, où elle s’occupe de propagande. Elle s’installe avec sa mère à Saint-Vérand, d’où elles émettent vers Moscou.


L'honneur d'être une Française
. Elles sont arrêtées le 30 juillet 1943, dénoncées ou peut-être repérées par goniométrie. Elles sont livrées à la Gestapo de Lyon, interrogées et torturées pendant 8 jours. On les transfère en août à la Maison d’arrêt de Fresnes. Peu de temps après leur arrivée, la mère de Francine meurt dans d’horribles souffrances, des suites des sévices infligés. Début 1944, elle est traduite devant un tribunal de guerre et condamnée à la peine de mort pour espionnage. S'adressant au président du tribunal après le verdict, elle se lève et le nargue: "C’est un honneur pour une Française que d’être condamnée par un tribunal allemand et je vous remercie." Il est furieux. Francine est fusillée dans la prison de Fresnes, le 5 août 1944 à l’âge de 26 ans. Son corps est rapatrié au cimetière des Lilas, le 29 juin 1945, où une stèle du carré militaire rappelle son souvenir, en même temps que celui de sa mère et de son frère. Une rue de la ville porte son nom.


Le Drapeau de la France contre l'occupant nazi
Raymonde SALEZ naît le 6 mai 1919, aux Lilas. Fille d’Eugène et de Marthe, serrurier et couturière, nordiste et tourangelle. La famille habite au 68 rue de Paris. "Mounette" va à l’école primaire des Lilas jusqu’au brevet élémentaire, puis elle apprend le métier de secrétaire. Quand la guerre éclate, elle est aux Jeunesses Communistes avec le groupe gervaisien. Dès l’occupation, elle rejoint une organisation clandestine qui regroupe et entraîne les jeunes dans la lutte contre l’occupant. Le 14 juillet 1941, elle participe à une manifestation étudiante au quartier latin. Une petite jeune fille déplie soudain un drapeau tricolore, qui s’élève au-dessus des têtes, bd Saint-Michel. Celle qui tient le drapeau, c’est Mounette. Elle est arrêtée puis relâchée, après 24h au commissariat. Elle change alors de domicile. Début 1942, avec son groupe de FTP, elle prend part à l’attaque de la librairie allemande, au coin du bd Saint-Michel. Le 18 juin 1942, de retour de la zone occupée, elle est arrêtée par les brigades spéciales. Tous les dirigeants de son groupe de jeunes FTP sont pris ce jour-là dans un vaste “coup de filet”. Le 11 août, les garçons sont fusillés au Mont-Valérien. Son fiancé sera arrêté un an plus tard et fusillé à Issy. Mounette est écrouée avec les femmes, au dépôt de la préfecture de police, sur l’île de la Cité.


Chanter la Marseillaise avec la Rebelle de Birkenau

Le 10 août 1942, elles sont incarcérée comme otages au camp allemand du Fort de Romainville. Le 22 janvier 1943, elle fait partie des cent premières détenues du prochain convoi des 31000 à destination d'Auschwitz. Au matin du 27 janvier 1943, à la descente du train, les 230 déportées sont conduites vers le camp de femmes de Birkenau. Mounette marche alors en tête de la colonne. C’est elle qui entonne "La Marseillaise" que toutes les autres reprennent : la première -et la seule- fois où des femmes sont entrées à Birkenau en chantant!  Raymonde est enregistrée et tatouée sous le matricule 31645. Elle est affectées avec ses compagnes dans un commando de travail. Les conditions sont inhumaines, elle ne tient pas longtemps. Épuisée, atteinte par la dysenterie, elle entre début mars à l'infirmerie de Birkenau pour y mourir le 9 mars 1943. Elle n'a que 24 ans. Après la guerre, les Lilas donnent son nom à une rue de la ville. Une plaque est apposée à son premier domicile du 68 rue de Paris.