TROIS FEMMES de CARACTÈRE

Voici trois femmes 
qui ont su prendre leur destin en main, s'impliquant fortement dans la vie locale de notre ville des Lilas.
Elles ont décidé d'avancer, sans trop écouter ceux qui leurs disaient que ce n'était pas possible et sans attendre que tout soit parfait dès le début. Dans le contexte de leur époque, elles ont simplement décidé d'agir sur les conditions de vie et d'éducation de leurs semblables, en leur apportant un peu de ce qui leur manquait beaucoup. Venues au monde en 1923, en 1931 et en 1949, ces trois là ont vécu leurs 20 ans durant la guerre, dans les années '50 ou juste après mai '68. 
Parmi tant d'autres femmes ayant exercé une influence sur la vie de notre cité ... 
... voici les parcours de vie de Simone ROY, Jeannine LESOU et Jackie SIMONDI. 
version courte publiée dans :  InfosLilas mars 2019   fb1   fb2   fb3   fb4
 
Simone ROY - une femme de devoir  

Née dans le quartier des Buttes Chaumont, mademoiselle ROY est arrivée aux Lilas avant-guerre avec ses parents, artisans fourreurs. Elle reprend et développe leur commerce dans un sous-sol de la rue de Paris. Son oeuvre principale sera pourtant tout autre. Dès avril 1944, elle se joint aux équipes d'urgence qui secourent les blessés des bombardement des  Lilas et de Noisy le Sec. A la Libération, elle est en août avec ceux qui délivrent les prisonniers des Tourelles et du Fort de Romainville, pas encore évacué par les allemands. C'était quelques jours avant la découverte des neuf prisonniers massacrés au fort. Puis elle participe à l'accueil des déportés et prisonniers à leur retour des camps. 
En 1945 elle devient officiellement secouriste de la Croix-Rouge française (carte n°8). Les années suivantes, elle participe aux activités sociales pour les rapatriés dans les centres d'accueil pour personnes âgées démunies, sans chauffage ni nourriture. Toujours en parallèle de son métier et en bénévolat, ses responsabilités s'élargissent. Elle agrandit et réorganise l'équipe dont elle est devenue directrice en 1949. Elle est est nommée représentante du préfet au Bureau d'Aide Sociale. En 1973, elle devient vice-présidente du comité lilasien, puis présidente en 1984. Elle y aura consacré plus de 60 années, ainsi que 40 au CCAS.  Parmi de nombreuses décorations, on mentionnera celle de chevalier de la légion d'honneur ainsi que la médaille de Solférino (plus haute distinction de la Croix-Rouge). 
Son dévouement est total dans une vie entièrement consacrée aux plus démunis et aux gens en situation de précarité. Pour eux, elle obtient des bons de repas et de charbons, des places de cinéma gratuites. Elle précise "l'idée est d'aider toutes les personnes âgées à sortir de leur solitude". Faute de locaux pour ouvrir un foyer, elle crée un club de loisirs, avec des sorties et des activités à l'extérieur. Viennent ensuite des cours de gym, des sorties piscine, des animations pour handicapés avec les Paralysés de France, des visites hospitalières pour les personnes éloignées de leur famille, l'accueil de réfugiés de Hongrie et du Cambodge ou des suites d'inondations, les premières journées de don du sang aux Lilas... 
Au final, elle confie: "J'ai consacré ma vie à mes parents, à mon travail et à la Croix-Rouge". Je suis restée célibataire car j'avais déjà deux vies bien remplies: fourreur le jour, à la Croix-Rouge le soir. Je n'ai eu le temps, ni pour un mari, ni pour une famille. D'ailleurs, puisque mes parents s'appelaient Roy et Keiser, j'aurais du au minimum trouver un Tsar ou un Empereur!" 

    Jeannine LESOU - une vie de luttes  

    Chez cette femme, il y a une vraie nécessité d'aider les autres. 
    "Les pauvres, dit elle, on les reconnaît facilement; ils sont sans dents, durs d'oreille et mal voyants parce qu'ils n'ont pas les moyens de se soigner" 
    Son credo? "Tout ce qui est humain est nôtre". Elle a fait sienne la devise du Secours Populaire car, pour elle, la solidarité n'est pas un vain mot. 
    Très tôt, elle milite au Parti communiste et à la CGT. Un jour, alors qu'elle vient d'arriver aux Lilas, son chat se perd dans l'usine Mapa. Elle le retrouve dans un univers de colles, de plastiques et d'odeurs tel qu'elle s'insurge contre les conditions de travail que subissent chaque jour les ouvriers. Ce sera son premier combat aux Lilas, dont elle conserve, encore aujourd'hui, un moule à gants en céramique.
    Elle fera partie des 100 premières femmes à accoucher en 1953 à la clinique des Bluets, selon la méthode sans douleur ramenée d'URSS par le dr Lamaze. Pas de cris, pas de douleurs, une note de 10/10! Test réussi haut la main. Sa première fille est née. 
    Séparée de son mari, elle doit élever seule ses trois filles, avec un seul salaire mais tout en continuant à militer.
    "C'était la course, on était toujours en retard, nous dit sa fille Marianne. Mais on ne manquait de rien. On a même joué du pipeau a l'école musicale de Léon Legron, comme ça, on avait des cours de musique gratuits". Aujourd'hui, ses trois filles sont profs. Belle réussite pour cette battante. 
    Aux Lilas, elle laisse son empreinte au Conseil municipal. Élue d'opposition durant six ans, elle se bat pour les enfants, pour que le mot "égalité" ait un sens. A l'époque, beaucoup d'enfants n'allaient pas à la cantine, faute de moyens. Elle propose, sans succès, l'instauration d'un quotient familial. Six ans plus tard, sa liste devenue majoritaire, tous les enfants peuvent manger à la cantine, quelles que soient les ressources de leurs parents.
    Aujourd'hui à la retraite, elle consacre encore son temps aux autres, au Secours Pop, bien entendu. Elle fait du soutien scolaire, donne des cours aux jeunes migrants parce que "parler français, c'est important pour eux". Elle prend aussi en charge certains adultes "parce qu'il y a des gens qui ont besoin qu'on les suive tous les jours". 
    Jeannine, c'est une femme éprise de Liberté, chez qui Egalité et Fraternité sont des mots qui ont un vrai sens.  

    Jackie SIMONDI - entrez dans la danse  

    "Je suis née sous le soleil de Nice. Mes parents? Des gens ouverts grâce à qui j'ai pu faire de la musique, du chant de la danse. Sans être un aventurier, la devise de mon père était "s'il y un train qui passe, il faut le prendre". Plus tard, il me dira "Préviens moi quand il y aura un ticket pour la Lune." En 1967, elle rencontre Pierre, celui qui sera le compagnon de toute une vie. Il est moniteur d'activités culturelles. Ensemble, ils envisagent leur avenir dans le monde de la culture; mais pas à Nice, à Paris! Ils y débarquent en 1968, sans projet précis et sans travail. Jackie attend sa fille. Comme il 
    faut bien manger, Pierre s’occupe d'ados placés à la DDASS. Par chance, la ville des Lilas cherche un couple pouvant reprendre une activité culturelle et surtout s'occuper de la colonie de vacances de Miers. 
    En 1969, leur aventure s'écrit donc aux Lilas. Pierre est directeur du Centre Culturel, Jackie est adjointe. "Nous avions à coeur de répondre à la demande de tous les publics, même les plus démunis, pour 5 Frcs par an. On crée les activités au fur et à mesure des besoins: camps d'ado, arts plastiques, langues, musique.... On se doit d'être en osmose avec les souhaits (réalisables) des gens. Dès le début, je donne des cours de danse et j'accepte tout le monde, pouvu que l'envie soit là. Pas question de faire de l'ombre à l'Etoile d'Or; donc on fait Danse folklorique et moderne. A la fin de l'année, on donne un 1er spectacle: Cabaret est né. Et ça fait 50 ans que ça dure!"
    "Cabaret, c'est à chaque fois une victoire d'équipe. Il y a eu jusqu'à trois générations sur scène. Encore aujourd'hui, les lilasiens gardent de bons souvenirs de ce qu'ils ont fait avec nous. En 1974, il y a eu jusqu'à 250 danseurs pour le spectacle donné à l'occasion du jumelage avec Völklingen. On peut dire qu'on a créé la culture aux Lilas." 
    Pendant 38 ans, le Centre culturel a été son lieu de vie. "On faisait de superbes expos comme l'imagerie d'Epinal, les cristalleries, une expo sur le temps en partenariat avec la Cité des Sciences. 
    Un bonheur pour une si petite ville, à côté du "monstre" parisien. Je crois qu'on a servi à quelque chose. On avait soif de culture, on était des fous de culture."