GRAND  ÉCRAN: une DERNIÈRE SÉANCE sans CESSE RENOUVELÉE 
version courte publiée dans :  InfosLilas janvier 2019   fb1   fb2 
Naissance du 7°art

Les premières projections des frères Lumière, en 1895 à Paris, sont connues comme ayant démarré l'ère du cinématographe. Mais c'est à l'est de la capitale que les choses progressent.
 A Montreuil, Georges Méliès** crée en 1897 le tout premier studio de tournage de cinéma dans sa propriété. De là sortiront des centaines de films dont le célèbre "Voyage dans la Lune" en 1902. Tout près des Buttes Chaumont, rue des Alouettes, Léon Gaumont** lance, la même année, les bases de ce qui allait devenir le plus grand studio du monde avant la guerre de 1914. 

Aux Lilas, on n'est pas en reste. Le Studio de Prince Rigadin**, star du muet, est implanté à la Croix de l'Épinette, au fond de la rue de Bagnolet. Une première salle de projection ouvre en 1908 au 78 avenue Pasteur, c'est le Grand cinématographe du Parc des Bruyères. Le Magic suit en 1914, attirant le passant avec sa belle façade mauresque du 97 rue de Paris. On verra même en 1920 la Metro Goldwyn Meyer et la Gaumont stocker des milliers de bobines de films rue de Paris, respectivement aux n°48 et 50.  

Esquimaux, chocolats glacés

L'envie de voyager par écran interposé s'empare de nouveaux adeptes qu'on appellera plus tard des "Cinéphiles". Après la dernière guerre, Robert Moine prend son service tous les matins très tôt, au Dépôt de bus Floréal de la RATP. Sitôt son travail de mécanicien terminé, il file au cinéma, partageant sa ferveur avec son fils, le petit Claude. 
C'est ainsi que le futur Eddy Mitchell** allait acquérir sa connaissance encyclopédique du cinéma des années '50, notamment des productions US. Souvent même, il sèche l'école le matin pour voir en douce une ou deux séances de plus. Guy Marchand, son aîné de quelques années à l'institution Vaysse du Pré St Gervais, n'hésite pas, lui, à faire le mur pour aller au cinoche. 
Et c'est pour eux le grand plongeon dans l'ambiance des salles obscures, avec les actualités Pathé en ouverture, les artistes à l'entracte, l'ouvreuse au panier d'osier vantant ses bonbons-caramels, avant d'indiquer, avec sa lampe de poche, le chemin aux derniers arrivés.  

On se fait une toile (1)

A l'est des Lilas, une troisième salle, l'Alhambra, est ouverte au 50 bd de la Liberté depuis 1934. Pierrette, une ancienne enfant de Romainville, se souvient: "Le Trianon, notre cinéma de la place Carnot, ayant été détruit par les bombardements d'avril 1944, notre maîtresse nous emmenait en bus à l'Alhambra des Lilas. Il déposait toute la classe juste devant le cinéma. C'est comme ça qu'on a voyagé en Arctique, avec les documentaires de Paul Emile Victor". 

La salle de nos voisins ne rouvrira qu'en 1953, reconstruite dans un style paquebot ou art-déco tardif. Le Magic et l'Alhambra ont intégré un réseau national de 28 cinémas depuis 1939. L'ancien Cinéma des Bruyères devient le Vox. Au tournant des années '60, l'arrivée massive du poste-téléviseur dans nos intérieurs provoque la brutale désaffection de nos salles, comme partout en France. S'ajoutant à sa perte de clientèle, un incendie porte un coup fatal au Vox: il sera le premier à fermer en 1960. L'Alhambra suit le même triste chemin en 1963 et le Magic en 1969. Les plus de 1200 places de chacune de ces deux dernières salles ne font plus le poids face à la petite lucarne, fascinante et omniprésente. 

Alors, clap de fin pour le ciné aux Lilas? Non pas, entracte pour un temps seulement! Car, en 1994, l'ancienne Salle des Fêtes se métamorphose pour devenir le TGC
 (2). On y intègre un dispositif de 288 sièges amovibles dans le sol et un équipement de projection moderne. En 2012 on passe au numérique 4K. 
La même année sept (7!) nouvelles salles ouvrent d'un coup à l'ouest de notre ville, sur la frontière parisienne au dessus du périph'. C'est le tout nouvel ensemble Étoile-Lilas. Il passe sous pavillon rochelais en 2017, en intégrant CGR**, l'exploitant du 1°réseau français en nombre de cinémas.  L'heure de la dernière séance est donc très loin d'avoir sonné pour le cinéma aux Lilas.

Silence, on tourne! (3)

La dernière séance**, c'est l'émission de FR3 qu'Eddy Mitchell** met en boite de 1982 à 1998 (vingt ans déjà en décembre
), avec la complicité de Gérard Jourd'hui. Les enregistrements de ses fameuses présentations des deux films de la soirée se font au Trianon** voisin. Mais, des vrais tournages de films, on en voit également beaucoup chez nous et depuis de nombreuses années. Dans les '50 on tourne place du Rond-Point (Orphée, de Jean Cocteau, avec Jean Marais, 1949; Ma Pomme, avec Maurice Chevalier, 1950) ou sur le glacis du Fort (Dieu a besoin des Hommes, 1950). 

Aujourd'hui, on tourne au TGC (Radin, avec Danny Boon, 2015; les Guignols de l'Info avec Fabrice Lucchini, 2014), au Marché Couvert (Bastille Day, 2014), rue du Coq Français (le Gendre Idéal, avec Josiane Balasko, Didier Bourdon, 2018), rue du Garde-Chasse (la Belle Epoque, de Nicolas Bedos, avec Fanny Ardent, Daniel Auteuil, 2018), à l'Espace d'Anglemont (Même pas Mort, avec Gérard Darmont, 2009). Ou encore dans le quartier Chassagnolle, rue Jean Poulmar'ch, au Cimetière, devant le collège Marie Curie, au Gymnase Liberté, au Gymnase ou à la Halle Jean Jaurès, place du Vel d'Hiv, au stade Municipal, au Centre de Loisirs. Oui décidément, la ville des Lilas aime le Cinéma!




 TOP10 distribution cinéma novembre 2017
  • CGR = 72 établissements   678 écrans (588 en 2014 = 440/CGR + 148/Cap'Cinémas)   CGR= Circuit-Georges-Raymond wiki
  • Pathé-Gaumont = 71 établissements   784 écrans (782 en 2014)   depuis mars 2017 Jérome Seydoux/Pathé 66% a racheté les parts de Nicolas Seydoux/Gaumont 33%
  • UGC = 39 cinémas   419 écrans (426 en 2014)

  • Ciné Alpes = (108 écrans en 2014)   
  • Cinéville =  (98 écrans en 2014) 
  • Mégarama =  (88 écrans en 2014) 
  • Kinépolis =  (87 écrans en 2014) 
  • MK2 = (65 écrans en 2014)  uniquement Paris
  • Font-Snes = (64 écrans en 2014)