la Salamandre et le Lilas  (le blason des Lilas 1°partie)
version courte publiée dans :  InfosLilas novembre 2018   fb1
La salle des mariages de notre mairie recèle une originalité sur laquelle peu se sont arrêtés.
Qu'il s'agisse des promis venus échanger leur consentement ou de leurs invités, il leur suffirait pourtant de se retourner vers le fond de la salle, derrière eux, et de se pencher... dans la cheminée monumentale. Ils pourraient alors découvrir une plaque émaillée de belle taille dont les trois parties figurent le tout premier blason apparu dans notre ville.  C'est l'un des éléments de décoration intérieure, placé là, suite à la construction de l'édifice en 1884.  On y distingue un écusson très républicain, au fond bleu et rouge barré d'une diagonale blanche parsemée de six boutons de lilas.
L'ensemble est posé sur un rameau de lilas bleu fleurissant à droite. En dessous une fine banderole semble attendre sa devise. A gauche, deux lettres L en miroir, pour les initiales de la ville. Et en haut, une salamandre crache au milieu des flammes.

Mais que vient faire ici cet animal fantastique sorti d'un bestiaire imaginaire? On pourrait considérer que la légende de l'animal a sa place dans une cheminée. Notons toutefois, qu'avec le système de chauffage par le sol installée dès la construction, celle-ci n'a jamais subi la moindre épreuve du feu! 
Serait-ce un aimable rappel du célèbre symbole adopté par François Ier (1494-1547)?  Plusieurs hypothèses peuvent nous y conduire.


Pour commencer, Virgile Hertmans, le tout premier marié lilasien du 26 octobre 1867, était originaire de Villers-Cotteret. Il se trouve que c'est dans cette cité que le Roi très cultivé,  surnommé "le restaurateur des lettres", avait édicté en 1539 sa fameuse
ordonnance, celle qui imposait dorénavant la tenue de registres de baptême (l'ancêtre de l'Etat-Civil) dans toutes les paroisses de son royaume, ainsi que l'usage du français dans tous les actes administratifs. La devise royale "se nourrir du bon feu et éteindre le mauvais" pourrait alors, avec son pouvoir sur les flammes, donc sur l'homme et le monde, constituer une inspiration pour les citoyens de la commune, dirigés par leur maire de l'époque, François Péan.
Un autre lien existe toutefois entre François Ier (et sa salamandre) avec la fleur de lilas que nous connaissons.  

Ce serait grace à lui que cet arbuste serait arrivé en France! Précisons que c'est à la fin de son règne en 1546 que le Roi envoie une délégation plénipotentiaire auprès de Soliman le Magnifique (1494-1566).

La sublime porte (l’empire ottoman) était en effet son allié de l'époque, face aux Habsbourg. 


S'est joint à l'ambassade Pierre Belon (1517-1564), botaniste à la cour, passionné de nouvelles plantes, onguents et produits médicinaux. Il va les collecter chez les marchands du Levant qui se nomment eux-mêmes "les drogueurs".  
Après un voyage rocambolesque de 4 ans où il survit aux pirates barbaresques, c'est en flânant dans les jardins du Sultan qu’il tombe en arrêt devant un massif de lilas (nommé Lilâk ou Nilâk, tiré de l’hindou et qui signifie "bleu"). Il prépare alors un mini-complot pour en faire parvenir des graines et boutures en France. Ce qui sera fait cinq ans plus tard grâce à la "valise diplomatique" du nouvel ambassadeur.  

Le roi François Ier est mort entre-temps. Henri II qui lui a succédé accorde une rente à notre botaniste et lui prête le parc 
du chateau du bois de Boulogne, pour expérimenter ses nouvelles variétés (lilas d'inde, platane...).  Dans ce qui deviendra le futur jardin d'acclimatation de Paris, Belon prépare un changement durable des paysages de France auquel notre commune a participé plus tard par le choix de son nom.  
Sachez cependant qu'une autre histoire circule, racontant que, originaire de l’est de la Roumanie, le lilas fut amené jusqu’à la cour du sultan de Constantinople, Soliman le Magnifique. Quelques années plus tard, ce dernier en fit don à son ambassadeur autrichien, le diplomate 
Ogier Ghislain de Busbecq
 (1522-1592), qui le ramena en Europe, puis l’offrit à François Ier à l’occasion d’un voyage en France. On lui doit, dit-on, l’introduction en Europe du lilas mais aussi des tulipes, du marronnier d’Inde et de plusieurs autres plantes et arbustes qu’il avait vus à Constantinople et dans l’Asie Mineure. Le fait que de Busbecq aurait été un ambassadeur puissant avant ses 44 ans joint à d'autres incohérence dans le récit permettent d'en douter. 

Alors, Belon ou de Busbecq? Chacun se fera son idée... mais tous les chemins mènent à François Ier et à sa salamandre, qui a donc pu être associée de bonne foi à notre lilas, dans le blason de la salle des mariages.  


En savoir plus : Conférence samedi 24 novembre 14h00  "du Blason au Logo: l'Héraldique 2.0" par Guillaume de Morant, à l'auditorium du centre culturel Jean Cocteau