Justes parmi les nations  "Entre la vengeance et le pardon, la mémoire doit s'imposer"
version courte publiée dans :  InfosLilas avril 2018   fb1
Sur les ROUTES de l'EXODE
Mai-Juin 1940, 2 parisiens sur 3 fuient l'arrivée des troupes allemandes : c’est l'exode.  L'armée française vient d'être défaite dans les Vosges. Les chars d'Hitler ont percé les Ardennes et font route sur la capitale.  Le gouvernement de Pétain s'est déjà replié sur Bordeaux depuis le 10 juin, avant Tours puis Vichy. Le 14, Paris est occupé.  Au matin du 22 juin, le pays s'apprête à vivre plusieurs années avec une ligne de démarcation séparant la France de la zone occupée de celle de la zone libre.

Aux LILAS, on ÉVACUE les ENFANTS
Au début de la drôle de guerre,  dès septembre '39, à  l'institution Ségaux, on avait pensé à protéger les élèves. Maurice Ségaux les évacue tous au nord d'Angers, dans le château de Moyré à Soeurdres. Ils y rejoignent ceux de l'Institution Vaysse du Pré St Gervais, accueillis par son directeur, un ami de longue date.  
A l’Institution Gay, Gisèle migre en juillet 1939 en Dordogne, avec 120 enfants. Son mari, le Dr Georges, venait tout juste d'acheter le Château de Giverzac à Domme, en prévision de l'arrivée de la guerre et d'une évacuation des enfants. Les écoles publiques envoient les leurs dans la Nièvre le 13 mai 1940. 240 colons partis en colonies de vacances seront recueillis dans des familles du Puy de Dôme. 

La RAFLE du VEL D'HIV
En décembre 1940,  les 1° lois sur le statut des juifs réduisent leurs libertés. Leur avenir s'assombrit. En juillet '41, la solution finale est ordonnée par Göring. En juin '42, après le retour de Laval, le port de l'étoile jaune leur est imposé. Le 16 juillet plus de 13.000 d'entre eux sont raflés à leur domicile. Parmi eux, 4.115 enfants sont entassés pendant 6 jours au Vélodrome d'Hiver avec leurs parents. Auschwitz sera leur destination finale. Aucun de ces enfants n'en reviendra. 

Un REFUGE pour les ENFANTS JUIFS
A son retour aux Lilas, Maurice Ségaux retrouve ses bâtiments saccagés par l'occupant et ses archives détruites.  La famille s'organise alors malgré les restrictions et en prenant parfois de gros risques.  Tout naturellement, les valeurs d'humanisme de Maurice Ségaux et de son équipe les amènent à faire de l'école un refuge pour des enfants juifs. Pour les protéger, leurs noms sont modifiés. Cohen répond au nom de Meunier, Levi à celui de Moulin. Les registres de l'école ne portant pas leurs noms, l'établissement devient vulnérable en cas de contrôle. Et, sans cartes d'alimentation, ils dépendent  totalement de la famille Ségaux.  "Mais neuf enfants de plus, qu'est ce que c'est pour le ravitaillement d'une pension?" dit Maurice. Alors, son fils Jacques Ségaux va chercher de la farine à bicyclette jusque dans le Gatinais, à la ferme de sa sœur Elyane. La nuit, le pain est cuit par leur mère. 

L'autre soeur, Simone, qui termine ses études de médecine, soigne tous les enfants.  Parfois, ils risquent gros. En janvier 1943, les gendarmes viennent arrêter un petit pensionnaire. Sa famille, déportée, est morte à Auschwitz. Maurice le défend avec passion; il réussit à le sauver et à le cacher. Plus d'un, parmi les jeunes recueillis, se retrouve ainsi privé de ses parents, avec plus personne pour payer les frais de scolarité. Les Ségaux montrent alors encore leur générosité.  "Il fallait le faire, nous l'avons fait" dira Maurice plus tard.  Les enfants vivent ainsi de janvier '42 à août '44, date de la libération. Devenus adultes, Jacques Torros et Joseph Klejner témoigneront du courage, de la chaleur et du dévouement de cette famille, pendant cette terrible période. En 1987, la médaille de "Juste parmi les Nations", attribué par Yad Vashem, en confirmera la reconnaissance officielle. Le ministre plénipotentiaire d'Israël ajoutera le jour de la remise: "entre la vengeance et le pardon, la mémoire doit s'imposer". 


RÉAGIR pour NE PAS SUBIR
Gisèle Gay revient aux Lilas avec ses enfants en octobre 1940. Elle continue pourtant ses aller-retour à Giverzac, pour faire passer en zone libre de jeunes enfants juives. Elle en emmène à chaque fois une douzaine, avec ses propres enfants, et affirme lors des contrôles que ce sont "tous mes enfants". Parmi eux la petite Régine Zylberberg, future reine des nuits parisiennes. Au retour, elle n'est plus accompagnée que de ses vrais enfants. Elle recueille trois petites filles abandonnées en 1942 qu'elle n'inscrira pas non plus sur les registres.  Pour nourrir tout son monde elle ira même jusqu'à ramener une vache à l'institution, pour que les enfants aient leur verre de lait frais chaque jour. Elle dira plus tard de cette époque "nous étions tous vraiment inconscients". La légion d'honneur lui sera décernée en 1986.

Mon VOISIN, ce HÉROS
Aux Lilas, d'autres héros, connus depuis ou restés modestement anonymes, ont risqué leur vie en agissant pour le sauvetage de Juifs. On sait que les familles Fournier, Marie, Paret et Devauchelle ont caché des familles juives. Au service du ravitaillement de la mairie, c'est Paul Pretêt qui fournit des cartes d'alimentation aux personnes "disparues" sous la bienveillante autorité du secrétaire général Barré. On leur trouve aussi un hébergement, avec la complicité de monsieur Sénaux, hôtelier rue Floréal. Au commissariat, on fait obtenir des certificats de complaisance grâce à des médecins amis. Et combien d'autres?  Ces hommes et ces femmes agissaient en pleine conscience. Ils savaient l'ampleur des menaces sur eux et leur famille, mais c'était vécu presque dans l'enthousiasme et dans l'ignorance du danger. Ainsi concluait Jean Huret notre historien local.

Le 29 mai, une plaque commémorative sera dévoilée rue Henri Barbusse à l'emplacement même de l'ancienne institution Ségaux