Hadrien Moreau

Balade et mort d'un Anglais valétudinaire

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À nouveau et pour un instant,

le paysage me fait oublier ma maladie.

        Je continue à l’appeler maladie mais c’est une douleur, ce n’est plus qu’une douleur pour 

                                                                moi

et pour les médecins je ne suis plus qu’une maladie,

                        une série de symptômes enkystés

                       dans un corps qui ne parvient plus

                        à les bouter hors.

Des mots dessus ont été mis, mots complexes de maladies,

je t’en donnerai cent,

treize à la douzaine

            phtisie consomption mal de poitrine tuberculose

                        étisie, hectisie,

« je crache le sang en mortes gabelles » :

c’est une expression de chez moi, du Nord, et le berger à qui je l’ai dite a très bien compris

de quoi je voulais parler, lui qui a si longtemps braconné le sel

passant d’un pays à l’autre avec l’auguste et blanche marchandise,

il n’a pas été surpris que cela puisse se dire, une lueur s’est allumée dans ses yeux quand j’ai dit cela,

c’est un lien de nature et de mots qu’il a immédiatement saisi,

                        lien d’homme sauvage,

« je crache le sang en mortes gabelles »,

            il a dû en reparler chez lui le soir et peut-être ont-ils tous ri

                        de bon cœur :

                        « ces Anglais quand même, sont-i malins ! »

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(Extrait, pages 32 et 33).

 




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