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L’Eglise Saint-Pierre de Varzy

Son unité architecturale, la robustesse de ses deux clochers, l’élévation de sa nef à trois étages situent l’église Saint-Pierre de Varzy parmi les édifices religieux nivernais les plus caractéristiques de l’art gothique rayonnant.

Elle reste un endroit de culte catholique, faisant partie de la diocese de Nevers.

 

Un peu d’histoire

Le Gesta Pontificum Autissioderensium traduit par l’abbé  Lebeuf nous apprend que, dès le milieu du Ve siècle, Varzy comptait un lieu de culte placé sous le vocable de saint-pierre.  Ce sanctuaire primitif, dont il est impossible de préciser la localisation, est restauré par l’évêque Gaudry (918-933).  La paroisse compte alors trois basiliques dédiées à Sainte-Eugénie, Saint-Pierre et Saint-Saturnin.  Toutes se trouvent dans un complet état de délabrement.

 

Vers 1102, sort de terre un nouvel édifice de style roman dont Clément confirme en 1226 la possession aux évêques d’Auxerre.  Il deviendra plus tard un baptistère dédié à Saint-Jean.  Le spécialiste Alain Erlande Brandenburg situe vers 1225 l’ouverture d’un chantier confié aux bâtisseurs venus vraisemblablement d’Auxerre.  Il se prolonge lentement, bénéficiant du calme de l’époque, sous l’épiscopat de plusieurs évêques qui, avec l’aide des chanoines curés primitifs et des habitants, menèrent l’œuvre à chef vers 1280, date d’une première bénédiction de Guillaume de Grez.

 

La cérémonie de dédicace, pour des raisons méconnues, ne survint que vers 1350, voire 1360, si l’on en juge d’après un document retrouvé aux archives départementales de l’Yonne.  Elle réunit le jour du Saint-Michel, les évêques d’Auxerre, de Nevers et d’Autun.

 

Des changements au cours des siècles

Depuis lors, l’église Saint-Pierre subira au fil des siècles les modifications suivantes:
 
 Au XVIIe siècle : Construction d’une sacristie et d’un sépulcre accolés à l’abside ; Le chœur reçoit une décoration de stuc.

Au XVIII e siècle : Percement des grandes arcades du chœur dans le mur, servant de contre butée aux clochers. Claude Poirier, sculpteur ordinaire du roi, réalise le principal autel entre 1728 et 1729. La chambre de ville attenante à l’église, est échangée contre l’ancienne chapelle Saint-Jean.

Au XIX e siècle : Disparition des dernières fresques ornant la nef et les bas côtés recouverts de badigeon. Entre 1862 et 1864, restauration des chapiteaux et de la base des piliers ; le dallage retrouve son aspect primitif. Reconstruction des sacristies en 1869. L’une sera aménagée en chambre forte en 1975.
 
Un cimetière entourait l’église, où, pendant longtemps, l’on continue d’inhumer.  Une pratique que l’évêque Champion de Cicé interdit après avoir constaté, lors de sa visite de 1767, «des vapeurs dangereuses ».

 

Plan archéologique de l’église Saint-Pierre de Varzy

Les principales caractéristiques de l’édifice ont été mises en lumière par M. Erlande Brandenburg, lors du congrès archéologique tenu en 1967 en Nivernais.

 

L’église Saint-Pierre se repartit en une nef de six travées, bordée bas côtés et d’un transept non saillant, surmonté de deux clochers jumeaux.  Le chœur est flanqué de chaque côté d’une chapelle rectangulaire et d’une abside polygonale.  Un plan qui, selon M. Anfray, rappelle celui des églises de la vallée de la Saône du XII e siècle.

 

Le chantier a subi différentes orientations au cours de travaux.

 

Dans l’abside surélevée par rapport à la nef l’on remarquera le passage abandonné par la suite dan la nef.  Le transept non saillant, cas exceptionnel en Nivernais, en plaine période gothique, se révèle une disposition architecturale de l’art roman primitif.  L’élévation primitive de la nef, dont les trois niveaux s’inscrivent dans la tradition des grandes basiliques bourguignonnes, n’a pu, par la suite, être respectée.

 

Quant à l’élégant triforium aveugle, son aspect élancé contraste avec la dimension réduite des fenêtres hautes.  L’on soulignera également l’apparence massive des piles cylindriques de faible hauteur, due vraisemblablement à la nécessité d’assurer la solidité d’un édifice dressé à proximité d’une nappe phréatique.  L’architecte éprouva quelques difficultés à établir les fondations de l’église, implantée de surcroît sur un terrain en déclivité.  Au lieu de prévoir un soubassement sur lequel il aurait pu construire l’édifice, il a préféré réaliser quatre paliers différents, reliés entre eux par trois séries de marches.  Cinq assurent la liaison de la nef avec le transept, deux celle du transept au chœur, et trois relient le chœur à l’abside.

 

Cette disposition se révèle l’une des originalités de l’église de Varzy, dont les différentes campagnes de construction peuvent ainsi se résumer 

L’abside fut d’abord élevée jusqu’au départ des voûtes. Suivent la travée droite du chœur et le transept, ainsi que les voûte se l’abside.

Sont édifiées ensuite les parties basses de la nef, jusqu’au niveau du triforium. Après un changement de parti au-dessus des grandes arcades, s’engage la construction des trois premières travées de la nef que l’on voûta en même temps que la croisée et les bras du transept.Pendant ce temps, s’était poursuivie l’élévation des trois travées occidentales voûtées en même temps que s’érigent les clochers.


Les aspects décoratifs

La séparation de la nef et du transept est assurée par une grille monumentale portant les clés de Saint-Pierre, exécutée en 1730 par le maître serrurier Gueneau de Prémery, qui reçut 3 325 livres.

Quelques vitraux de l’époque de la construction évoquent, dans des médaillons rassemblés dans la partie haute de la baie centrale de l’abside, des scènes de l’Evangile et de la vie de Saint-Pierre.

 Deux triptyques, aménagés à partir des vantaux d’un meuble de sacristie, traitent de la passion du Christ (XVIe) ainsi que de la vie et du martyr de Saint-Pierre (XVII e)

 
 
 

Dans le chœur figure une élégante statue, représentation de Sainte Eugénie, provenant de l’ancienne collégiale. Posée sur un haut socle, la sainte porte la couronne des martyres et un livre, signe possible de la science qu’on lui attribuait ou, plus simplement texte des Evangiles. Le parti magnifique tiré de cet ample manteau, la coquetterie du visage, l’élégance de la longue chevelure et des mains aux doigts fuselés présentent des analogies avec certaines statues du Bourbonnais réalisées aux alentours de 1500.