Les Taïfales

 

Qui étaient les Taïfales (Teifales, Taiphales, Teiphales, Taifals, Taifali, Taifalae, Tayfals, Theifali...) ?

 

Sous le règne de l'empereur Flavius Honorius (384 - 423), empereur romain d’Occident, une tribu scythe appelée Taïfales est envoyée en tant que colonie dans les Marches près de Clisson. L'objectif était de stopper les incursions des Bretons de la Loire.

source : Histoire Civile, politique et Religieuse de Nantes par L'abbé Travers, 1836.

Ils sont issus des Scythes et apparentés aux Sarmates qu'ils ont suivi dans beaucoup de leurs expéditions. Leur histoire semble s'être toujours écrite dans l'ombre d'un autre peuple qu'il soit goth, romain ou même mérovingien. Tantôt pillards, tantôt mercenaires, ils ont ponctué l'histoire des grandes invasions d'une façon plutôt anecdotique.

Peuple de nomades originaire des steppes d'Asie Centrale et de langue indo-iranienne, ils étaient connus pour être de bons cavaliers et très belliqueux. Comme les autres tribus scythes, leur société était bâtie autour de la guerre. 

Un infâme libertinage a tellement gangrené cette indigne race des Taïfales, que chez eux, dit-on, l'usage contraint les adolescents à prostituer aux plaisirs des hommes faits la fleur de leur jeunesse, et que nul d'entre eux ne peut se rédimer de cette immonde servitude, avant d'avoir pris, sans aide, un sanglier à la chasse, ou terrassé, de ses propres mains, un ours de grande taille.

Ammien Marcellin - Histoire de Rome, livre XXXI chapitre 9.
 
Outre l'objectivité relative de son auteur, on ignore si cette anecdote était caractéristique de l'ensembles des Taïfales ou seulement de ceux qui accompagnaient les Wisigoths lors de la bataille d'Adrinople. En effet, les Taïfales n'avaient pas d'autorité centrale ou morale, ce peuple très disséminé était constitué de tribus et de clans autonomes dont les traditions pouvaient largement différer.
 
 
 Chronologie : 
 
  • En 250, la première apparition des Taïfales dans l’histoire se fait au côté du redoutable roi des Goths, Cniva, lors de sa campagne militaire contre les provinces de Dacie et de Mésie.
  • A la fin du IIIe siècle, des Taïfales étaient installés sur les rives du Danube sous domination des Goths qui imposaient leur domination sur la région.
  • De 291 à 376, ils ont lutté contre les Vandales et les Gépides au sein d’une alliance de tribus passée avec les Thervingues (Wisigoths) et les Victofales. L’objet du conflit semble territoriale.
    Tervingi, pars alia Gothorum, adiuncta manu Taifalorum, adversum Vandalos Gipedesque concurrunt.
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  • Suite à un Foedus passé avec l’Empire romain, ils acquièrent le droit de s’installer en Oltenie et s’affranchissent ainsi de la domination des Goths.
  • En 328, Constantin le Grand avait conquis l’Olténie. Les Taïfales en profitèrent pour s’installer en grand nombre en Phrygie, dans le diocèse de Nicolas de Myre.
  • En 332, Constantin II attaque les Thervingues qui ont été mis en déroute. D’après l’historien byzantin Zosimus, un bataillon de cavalerie taïfale de 500 hommes a vaillamment tenu tête aux romains.
    Néanmoins, la plupart Taïfales tombent sous le joug de l’Empire.
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  • En 336, leur rebellion contre l’empereur Constantin fut réprimée dans le sang par les généraux Herpylion, Virius Nepotianus et Ursus.
  • En 358, l’Olténie sort du contrôle de l’Empire et les Taïfales bien qu’ alliés de l’empire en tant que peuple fédéré (fœderati) sont indépendants.
    C’est au compte de ce foedus et pour Rome qu’ ils lancèrent à cette époque des campagnes depuis leurs bases d’Olténie contre les Limigantes et les Sarmates.
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  • En 367 et 368, les campagnes de l’empereur Valens contre les Thervingues sont gênées par l’indépendance de l’Olténie. En effet, des Taïfales combattent toujours aux côtés des Wisigoths.
  • Au milieu du IVème siècle, des Taïfales, en compagnie de Iazyges (Sarmates), harcèlent la province romaine de Dacie.
    Mais l’arrivée d’une nouvelle menace, les Huns va bouleverser les rapports de force de la région.
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  • Athanaric roi des Thervingues refuse son aide à ses vieux alliés et les Taïfales sont contraints d’abandonner l’ Olténie aux Huns en 370. Cette alliance brisée peut trouver son origine dans le désaccord sur les tactiques à opposer aux Huns et sur les méthodes de franchissement du Danube. En effet, les Taïfales sont des cavaliers tandis que les Thervinghes ne connaissent que l’infanterie.
  • En 377 alliés aux Ostrogoths Greuthungues du chef  Farnobius, des Taïfales franchissent le Danube et se lancent dans une campagne qui s’achève très vite par une défaite cuisante. (Bataille d’Ad Salices)
  • En 378, Les Wisigoths menés par Fritigern remportent une victoire écrasante à Adrinople et tuèrent Valens, l'Empereur d'orient. D'après l'historien grec Ammien Marcellin (330-395) qui a rapporté le déroulement de la bataille, les Taïfales comptaient parmi les assaillants. C'est aussi à cette occasion qu'il fait allusion à leurs moeurs (Cf. extrait en début d'article).
  • Après ces défaites et leur querelle avec les wisigoths, des Taïfales sont officiellement ré-installés en tant que Coloni pour travailler les terres agricoles de l’Italie du Nord et en Gaule.
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  • Dès 378, d’autres Taïfales quant à eux restés en Olténie s’allièrent aux occupants Huns. Ils les accompagneront lors de leur invasion de la Thrace.
  • En 411, une armée de cavaliers archers taïfales est aux côtés du roi wisigoth Athaulf, successeur d'Alaric, lors du siège victorieux de Valence.

  • En 412, des Taïfales et des Wisigoths fédérés s’installent en Aquitaine.
  • En 451, la fameuse bataille des champs Catalauniques, vit les forces coalisées composées de gallo-romains et de peuples fédérés menées par le patrice romain Aetius affronter les troupes des Huns menées par Attila. Elle fut appelée ainsi parce que les grecs, un siècle plus tard, situaient le lieu de cette bataille en Gaule, aux environs de Duro Catalaunum (Châlons-en-Champagne).
    L’ironie de l’histoire fait que les Taïfales fédérés et installés en Gaule ont eu à combattre les Taïfales alliés aux Huns.
  • Selon le Notitia Dignitatum du début du cinquième siècle, il y avait une unité de cavalerie taïfale appelée Equites Taifali et servant dans le Comes Britanniarum, poste militaire en Britannie romaine instauré par Honorius.
    Le Notitia Dignitatum est une compilation par un auteur anonyme du Vème siècle de toutes les dignités tant civiles que militaires de l'Empire romain d’orient et d’occident. Toujours selon le Notitia, il y avait un praefectus Sarmatarum et Taifalorum gentilium, Pictavis in Galia, c’est à dire un prefet sarmate et taïfale à Poitiers, en Gaule. Enfin, il y est aussi question de troupes appelées Comites taifali qui ont été formées sous l’empereur Théodosius et qui servaient l’Empire Byzantin.
  • En 507, un bataillon cavalerie taïfale de Poitiers s’est illustrée dans la Bataille de Vouillé aux côtés de Clovis où elle a grandement contribué à défaire la cavalerie des wisigoths menés par AlaricII.
  • Sous les Mérovingiens, il est possible que les Taifal Laeti qui avaient servi les Romains aient aussi servi les Francs. Effectivement, les lètes (de laeti) avaient été intégrées aux armées mérovingiennes sous Childeric I.
    Grégoire de Tours rapporte qu’un duc Franc nommé Austrapius et qui opprimait des Taïfales avait été tué à coups de lance par ces derniers dans son propre château... Il évoque aussi Saint Sénoch, son contemporain et le taïfale sans doute le plus illustre .

Le bienheureux Sénoch, de la race des Teifales, naquit dans la région du Poitou qu’on appelle le Thiffauge (Theiphalia). Il se fit clerc et

se choisit une retraite monacale en se formant une demeure convenable au moyen d’antiques murailles en ruine qu’il trouva sur le territoire de la cité de Tours. Il y trouva aussi un oratoire où la renommée disait que notre Martin avait prié et dont le bienheureux évêque Euphronius vint consacrer l’autel en conférant à Sénoch l’honneur du diaconat. Lorsque Grégoire se fut établi dans le pays de Tours (comme évêque), ce saint homme sortit de sa cellule pour venir le voir, et s’en retourna après l’avoir salué et embrassé. Les piéges de la vanité obscurcirent pendant un temps sa vertu ; mais à l’aide des conseils de Grégoire il en triompha. Il opéra une multitude de miracles, guérissant les aveugles (notamment un homme appelé Popusitus et une femme appelée Benaia), les rachitiques, les estropiés, les démoniaques et les gens mordus par des serpents. Il avait tant de soin des pauvres qu’il s’occupait d’établir des ponts sur les cours d’eau de peur qu’il n’arrivât quelque malheur quand les eaux devenaient grosses. Il mourut âgé d’environ quarante ans. Appelé auprès de lui, Grégoire ne put arriver qu’une heure avant sa mort, quand il avait déjà perdu la parole. Trente jours après, un rachitique nommé Chaïdulf, retrouva l’élasticité de ses membres en baisant le voile posé sur son tombeau.

Grégoire de Tours - Les sept livres des Miracles, Livre septième — De la gloire des Confesseurs.

 

Outre les nations barbares dont nous venons de parler, il y avait encore dans les Gaules une peuplade de teifales et une peuplade de saxons. L'une et l' autre y étaient établis dès le temps des empereurs romains, comme on l'a dit dans le premier livre de cet ouvrage, et elles y subsistèrent l'une et l'autre sous la même forme, longtemps après que les Gaules furent passées sous la domination de nos rois. Nous avons vu que suivant la notice de l'empire, redigée sous le regne d' Honorius, les quartiers des teifales étaient dans le Poitou, et Gregoire De Tours dit en parlant d' Austrapius, un romain qui après avoir été duc ou général, s' était fait d' église, et qui prétendait sous le regne de Charibert, petit-fils de Clovis, à l' évêché de Poitiers. " Eustrapius s' étant mis dans la cléricature, il fut fait chorevêque... etc. " le même historien dit en parlant du bienheureux Sénoch, un de ses contemporains : " il était teifale de nation, et né dans le bourg du diocèse de Poitiers, qu'on appelle la teifalie. " il fallait que cette poignée de teifales ne fut pas encore confondue depuis sept ou huit générations avec les anciens habitants du pays où elle avait été transplantée ; car quand Gregoire De Tours écrivait, il y avait déjà, comme on l' a vu, cent soixante dix années au moins, que nos scythes habitaient dans le diocèse de Poitiers. Cela montre bien que les hommes avaient alors pour les coutumes et pour les usages de leurs pères, un attachement qui empêchait principalement les nations différentes qui habitaient le même pays, de se confondre aussi facilement qu'elles se confondraient aujourd' hui.

Jean-Baptiste Dubos  - Histoire critique de l’établissement de la monarchie française dans les Gaules, 1734.

 

On peut noter dans cet extrait que 170 ans après leur établissement en Gaule, les Taïfales apparaissent toujours comme un groupe distinct qui semble avoir préservé sa culture et qui ne se mélange pas aux autres peuplades.

  • Au XIème siècle, suite à une crue exceptionnelle de la Sèvre, où ils étaient établis comme pêcheurs, beaucoup de Taïfales ou tout du moins leurs descendants, semblent avoir migré dans la province d'Aunis où ils prirent le nom péjoratif de Colliberts.

 

Il y avoit au onzième siècle, sur la lisière du Poitou et de l’Aulnis, une branche des Teifaliens, nation Scythe ; ces Peuples étoient entrés dans les Gaules sous la conduite de Goar, Roi des Alains. Ces hommes féroces vivoient au milieu des marais et des halliers impénétrables de l’Isle de Maillezais. Ils n’auroient pas choisi un séjour aussi sauvage, si une loi supérieure ou les malheurs de la guerre ne les y avoient contrains, comme on l’a dit ci dessus.

Louis-Etienne Arcère - Histoire de la Rochelle et du Pays d'Aunis, 1756-1757.

 

 De pauvres pêcheurs, des serfs fugitifs jetèrent, vers le milieu du IXe siècle, les premiers fondements de la Rochelle.

Plus tard cette peuplade à demi-sauvage, habitant des huttes creusées dans le roc et recouvertes de gazon, s’accrut de quelques tribus des contrées voisines attirées par la pêche, le trafic, et surtout l’amour de la liberté. Vers le même temps une colonie de Colliberts, qu’on fait descendre des Alains et des Teifales, habitant la rive droite de la Sèvre et les marécages de l’île de Maillezais, vint, dit-on, du Bas-Poitou s’établir à la Rochelle pour y vivre de la pêche et de la navigation.

(...)

On assure qu’un grand nombre d’affranchis, connus sous la dénomination latine de Colliberti, vinrent au VIIIe siècle défricher les marais incultes du Bas-Poitou, où ils s’établirent jusqu’au XIIe siècle dans l’île de Maillezais, où ils vécurent pauvres mais libres, et qu’ils défendirent vaillamment cette côte insalubre contre les invasions des pirates du nord.

Pierre de Maillezais, qui écrivait dans le XIe siècle, parle de ces étrangers qu’il peint indociles, irascibles, cruels, et dont il fait dériver le nom de Colliberts à cultu imbrium. Quand la pluie, dit-il, a fait déborder la rivière de Sèvre, les Colliberts, presque tous pécheurs, quittent leurs cabanes et accourent pour pêcher.

 Denis Massiou - Les Colliberts, 1846.

 

C’est surtout dans le Poitou, le Maine, l’Anjou, l’Aunis, qu’on trouve le mot de Colliberts. L’auteur d’une histoire de l’île de Maillezais les représente comme une peuplade de pêcheurs qui s’était établie sur la Sèvre, et donne de leur nom une étymologie singulière : « In extremis quoque insulae, supra Separis alveum quoddam genus hominum, piscando quœritans victum, nonnulla tuguria confecerat, quod a majoribus Collibertorum vocabulum contraxerat. Collibertus a cultu imbrium descendere putatur. » II ajoute que les Normands en détruisirent une grande quantité et qu’on chante encore cet événement : « Deleta cantatur maxima multitudo. »

Jules Michelet - Sur les Colliberts, Cagots, Caqueux, Gésitains, etc., 1852.

 
 
  • Dispersés, asservis par les Francs et anéantis par les attaques dévastatrices des Normands, les Taïfales du Bas-Poitou ne laissèrent bientôt plus que leur nom en héritage à la ville de Teoffalgia. En mémoire de cette peuplade, les habitants de Tiffauges sont toujours appelés Teiphaliens.
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