(f) - La stèle de l'an 400

 
La stèle de l'an 400

 

Il s'agit d'un texte de l'époque de Ramsès II, qui indique la date de fondation du temple du dieu Seth construit par les Hyksos à Avaris vers 1730 avant notre ère.

Cette prise du pouvoir sur le nord de la vallée du Nil et l'installation de la capitale des Hyksos à Avaris sont datées des environs de -1730 grâce à une stèle dite "de l'an 400", trouvée dans les fouilles d'Avaris et dédiée à un roi appelé Aapehtiseth Nubti ; il apparut qu'il s'agissait de la commémoration d'une ère de temple et que ce roi était peut-être le dieu Seth lui-même.
Or cette divinité, symbole du désert pour les Égyptiens, originaire du sud (sans doute d'Ombos, près de Coptos), était devenue la divinité dynastique des Hyksos.
Cette stèle donnait la date de fondation du temple de Seth à Avaris et, dans le même temps, de la reconstruction de la cité et de son élévation au rang de capitale.
Comme on a pu calculer que la dédicace de cette stèle doit être datée des environs de -1330 (ou -1320), on se trouve avec -1730 devant une date historique à peu près sûre pour le début de la domination des Hyksos.

La stèle, dite de l’an 400, a été découverte par Auguste Mariette à San el Hagar, en 1863. Ré-ensablée, elle fut redécouverte en 1933 par Pierre Montet.

Elle a été érigée par Ramsès II, probablement à Pi-Ramsès, avant d’être transportée par Psousennès Ier dans la ville de Tanis au nord de Pi-Ramsès.

C’est une stèle en granite rose, d’Assouan, d’une hauteur de 2.20 mètres, d’une largeur de 1.34 mètres et d’une épaisseur de 0.5 mètre.

La scène principale est une scène d’offrande : Ramsès II fait une libation de vin vers une divinité qui n’est autre que le dieu Seth. Ce dieu a été adoré comme dieu principal par les Hyksos sous le nom de Soutekh.

Elle fait connaître 1’ère du roi Seth Apehti, fils de Râ Noubti, qui a été employée pendant au moins 400 ans

En voici le texte :

« Que vive le Taureau puissant aimé de Maât, seigneur des Fêtes Sed ,comme son père Ptah-Tanen, le roi de la Haute et Basse Egypte, Ouser-Maat-Rê, Setep-en-Rê (Ramsès II) , le fils de Rê, Ramsès-Meri-Amon (Ramsès II) , doué de vie, celui qui est sous la tutelle des Deux-Maitresses, le protecteur de l'Egypte, le conquérant des Pays étrangers, Rê qui mis au monde les dieux, qui a remis en ordre les Deux-Terres, l'Horus d'Or riche en années et grand en victoires, le Roi de Haute et Basse Egypte Ouser-Maât-Rê Setep-en-Rê (Ramsès II), le fils de Rê, Ramsès Meri-Amon (Ramsès II), le prince qui a équipé les Deux-Terres en monuments en son nom, pour que brille le soleil dans tout son amour, le Roi de Haute et Basse Egypte Ouser-Maât-Rê Setep-en-Rê (Ramsès II) le fils de Rê, Ramsès-Meri-Amon (Ramsès II).

Sa Majesté (Ramsès II) a ordonné d'ériger une grande stèle de granite pour le grand nom de ses pères, afin de faire dresser le nom du Père de ses Pères, (et pour) son père le roi Men-Maât-Rê (Sethi I), le fils de Rê, Sethi Mer-en-Ptah (Sethi l’aimé de Ptah) stable pour l'éternité, comme Rê chaque jour.

L'an 400, le quatrième mois (Mesori) de la saison de Chemou (3e saison), le quatrième jour du roi de Haute et Basse Egypte, Seth-Grand-de-vaillance, fils de Rê qu'il aime, Noubty, aimé de Rê-Hor-akhty (dieu solaire), qu'il vive éternellement, vint le Régent, maire de la ville, vizir, porte éventail à la droite du roi, le chef des archers, le chef des archers, le gouverneur de la forteresse de Tjarou, le grand des Medjaou (archers nubiens)), le scribe royal, l'intendant de la charrerie, le maître des cérémonies des fêtes du Bouc, le maitre de Smendès, le premier prophète de Seth, le prête lecteur de Ouadjet-Oupet-Taouy, l'intendant de tous les prêtres de tous les dieux, Sethi, juste de voix, fils du Prince régent, Maire de la Ville, le vizir, le chef des archers, le gouverneur de la forteresse de Tjarou, le scribe royal, l'intendant de la charrerie, Pa-Ramesssou (Ramsès I), juste de voix, né de la maîtresse de Maison, la chanteuse de Rê, Tiou (mère de Ramsès I) , juste de voix , il dit : Salut à toi, Ô Seth, fils de Nout, grand de puissance dans le bateau des millions d'années, à la proue du vaisseau de Rê, Ô le grand hurleur .... [puisses-tu] donner un temps favorable pour suivre ton Ka et que je suis stable dans ... ».

Auguste Mariette [Extrait de la Revue Archéologique, nouvelle série. vol. XI, Mars 1865, pp. 169-90.], écrit entre autres : « Dans un dessein pieux, et pour perpétuer le souvenir du quatre-centième anniversaire de l'avènement au trône du roi Noubti, Ramsès exalte le grand nom de ce roi, auquel il associe intentionnellement celui de son père Séthi. Par la composition de ses deux cartouches, Noubti appartient sans contestation à la dynastie des Pasteurs, et d'ailleurs, en tenant compte d'une métathèse dont les transcriptions grecques offrent quelques exemples, son nom propre se retrouve avec une suffisante exactitude dans le [Greek] des listes de Manéthon. Ramsès, rappelant, tout à la fois, et le souvenir du père de ses aïeux qui serait un roi Hyksos, et celui de son père Séthi, dont le nom semble à lui seul un indice de race, accuse donc son origine étrangère.

Nous savons déjà que, mis en déroute par Amosis, les Hyksos n'avaient pas tous quitté l'Égypte, et que plusieurs d'entre eux avaient obtenu du pharaon vainqueur la permission d'occuper, à titre d'hôtes, une partie du Delta oriental. C'est à ces populations asiatiques, cantonnées sur les confins de l'isthme de Suez, que Ramsès appartiendra. Lui-même sera de sang royal et descendra du roi Noubti, de la stèle de Tanis. Quant à la stèle, il l'érigera au grand nom de ses pères, à l'occasion du quatrième anniversaire séculaire de l'accession au trône de son premier aïeul, et tout naturellement il nommera son propre père.

Enfin, c'est au centre du sanctuaire d'Avaris, c'est-à-dire de la ville où les adorateurs de Sutekh sont en plus grand nombre, que la stèle sera mise debout. Les faits, à ne les regarder qu'à la surface, s'enchaînent ainsi à merveille. Ramsès, en dédiant la stèle, accomplit avant tout un acte de piété filiale, secrètement inspiré peut-être par la politique. Ne cherchons donc plus, dans la date de l'an 400, un de ces épineux problèmes de calendrier sur lesquels il est toujours si délicat de porter la main. Il y a là une question de chronologie historique et non de chronologie mathématique. Entre une année inconnue de Ramsès II et un roi Pasteur appelé Noubti (résultats que les chiffres de Manéthon ne contredisent point), quatre siècles se sont écoulés. Nous n'avons rien à demander au delà à la stèle de Tanis, et toutes les difficultés dont nous pouvions nous croire tout à l'heure menacés sont par là seul aplanies du même coup ».

 

Suivant un autre auteur, la « Stèle de l'an 400 » mentionne les origines mythiques de la XIXe dynastie. Établie sous le règne de Ramsès II, on y voit la figuration du roi, Ramsès, mais mentionné dans le texte comme une personnification de Seth (le Soutekh adoré par les Hyksôs en Égypte, et le dieu sémitique Baal), puis la représentation de Ramsès II, au pagne-chendjit, et celle d'un troisième protagoniste, un personnage portant une robe de particulier, dont le nom, Séthi, qui serait un général, père de Ramsès Ier, et donc grand-père de Séthi Ier. Ramsès II, paré d'un collier à double rang, de la queue de taureau symbolique et du khepresh d'où s'échappe deux rubans retombant dans le dos, fait donc offrande du vin au ka de Seth, ainsi qu'au ka du scribe royal, responsable des pays étrangers, responsable de la forteresse de Tjarou (un peu au sud d'Avaris), Séthi, juste de voix.

Sur la « Stèle de l'an 400 », outre la dédicace faite dans le texte principal au dieu Seth, le document célèbre la fondation de la nouvelle Avaris, la future Pi-Ramsès, le quatrième mois du quatrième jour de Chemou du Roi de Haute et Basse-Égypte (Ramsès II). Mis à part les deux cartouches de fils de Rê et Roi de Haute et Basse-Égypte de Ramsès II, est inscrit sur la partie gauche de la stèle un troisième cartouche, celui du dieu Seth, décrit comme

« grand de force », « grand de puissance », « aimé de Rê-Horakhty ».

On comprend d'autant mieux ces préférences que la XIXe dynastie considérait comme le père de ses pères le vieux roi Seth apehti, fils de Rà Noubti, qui régna 400 ans avant le voyage de Sethi à Avaris, peu de temps avant l'accession au trône de Menophrès, autrement dit en 1721.

 

Les Hyksos firent donc de la ville d’Avaris leur capitale, comme l’écrit Manéthon, reprit par Flavius Josèphe : Il (Salitis) avait trouvé dans le nome sethroïte, une ville d’une position très favorable, situé à l’est de la branche bubastite du fleuve, et nommé, d’après une ancienne tradition théologique, Avaris ; il la rebâtit, la fortifia avec de très solides murailles ; il y établit en outre une multitude de soldat, lourdement armés, 240.000 environ, pour la garder. Il y venait l’été, tant pour mesurer leur blé et payer leur soldes que pour les exercer soigneusement par des manœuvres afin d’inspirer de la crainte aux étrangers....

Les Hyksos finissent par être maître de la quasi totalité de l’Egypte. Leur dernier souverain est Apopi Aakenenrê. Il sera chassé d’Egypte par des princes de Thèbes. Le premier d’entre eux est Sequenenrê Taâ qui commença les hostilités mais ne parvint pas à les chasser. Ce sont ces deux fils Kamosis et surtout Ahmosis qui menèrent à bien cette reconquête.

Kamosis devait faire graver sur une stèle : Un prince est dans Avaris, un autre est au pays de Koush, et je siège mêlé à un Asiatique et à un Nègre, chacun possédant une part de l’Egypte et partageant le pays avec moi...Voyez, il (Apopi) est à Hermopolis et aucun homme ne peut plus se reposer, dépouillé, à cause de la servitude des Asiatiques. Mais, moi, je vais lutter avec lui, je vais briser son corps ; car mon désir est de délivrer l’Egypte et de frapper les Asiatiques.

Apopi cherchera à faire alliance avec le roi de Koush, mais il n’y parviendra pas. Après la mort brutale de Kamosis, c’est Ahmosis, son frère, qui continua le combat et le mena à bien en chassant les Hyksos d’Egypte.

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