A l’horizon le brouillard fait et défait les montagnes, un long rayon tombé du ciel promène son doigt pédagogique sur la page, et s’arrête sur le mont de l’Estelle qui, dans le brouillard, n’existait pas tout à l’heure.
Où est la réalité de ce monde ? Un signe s’est fait dans le ciel et les montagnes poussent comme en rêve.
(La complainte des enfants frivoles)
Le soleil venait de se coucher sur un paysage sauvage et pompeux ; les montagnes assistaient à l’exécution avec l’orgueil d’une assemblée de sénateurs romains ; le soleil était tombé comme une tête qu’on coupe.
(La complainte des enfants frivoles)
Il n’y avait qu’un paysage d’hiver, une matinée glacée sous un ciel si pur, si uni, si glacé, si transparent, fait d’un seul bloc, qu’il semblait prêter à la vie une dimension qu’on ne lui connaissait pas.
(Les fruits du Congo)
Un ciel appliqué comme un tableau du XVIIIème, des cris d’enfants, midi moins dix. Et toute la nostalgie qui vient par les cols des Vosges.
(Lettre à Joseph Desaymard – Mayence, Mars 1924)
Les grenouilles sont plus grosse que le bœuf : elles mugissent plus fort qu’un troupeau de taureaux. Les oiseaux se taisent, mais à midi, au moment du bain, ce n’était que sifflements (des merles ?) et jacassements : des espèces de patati-patata ahurissants.
Le ciel est bleu, les arbres verts (et secs) ; on baigne dans la splendeur végétale, le lac est sans rides.
(Lettre à Ferny Besson du 18 juin 1958)
De ma fenêtre on voit une verdure auvergnate, crue, rêche, d’un vert de salade verte : des marronniers, des sycomores, des acacias, plus verts qu’ailleurs. Elle encadre un ciel bleu où des lieues d’horizons viennent s’évaporer comme un sage. Toute une carte géographique avec ses routes, ses villages, ses montagnes ; douze volcans, trois plateaux, des villes, des monuments et des aérodromes.
Plus près, visibles à l’œil nu, huit cents moutons, deux bergers, vingt-sept vaches, trois ponts, dix clochers, vingt-huit routes.
Pour que les vaches n’aient pas soif on a mis des baignoires, des baignoires émaillées en blanc. Et il y a aussi un wagon, sans roues, porté par quatre tas de briques.
Peut-être parce que le bétail aime contempler les trains.
Jamais l’Auvergnat n’avait eu autant d’attention pour ses vaches.
(Images de l’été folklorique – Les kangourous du grand tourment – La Montagne – 8 septembre 1964)