L’âme de l’homme se dilate dans sa poitrine ; il veut apprendre les prénoms des jeunes filles : à peine sus, il les trouve charmants. Il bombe le torse en gilet fantaisie.
Des vents, plus doux, soufflent du sud-est : en Bretagne, la suède ; en Provence, la lombarde ; en Haute Provence, le vent blanc.
On voit fleurir le wachendorf.
(Almanach des quatre saisons – Mai)
L’homme n’a plus qu’à cueillir les fleurs. Il se répand dans les prairies, il s’assied au pied des fontaines, sur la canne-siège de la Manufacture d’armes et cycles de Saint-Étienne, il ouvre la boîte de saumon, parfois même celle de thon en miettes, et il évite très soigneusement de s’endormir au pied du lis ou du laurier rose, dont les émanations peuvent amener son décès.
C’est la mystique du bonheur par l’œuf dur.
Jamais les hommes ne sont plus beaux à voir que dans ces déjeuners champêtres. L’oiseau pépie dans les feuillages, le poète joue du flageolet, le grincheux s’assied à l’écart ; la rivière reflète le ciel bleu, il la regarde d’un air féroce : il attend cruellement de voir passer le cadavre de son meilleur ennemi.
(Almanach des quatre saisons – Mai)
Le temps ne sera jamais chaud, surtout jusqu’au 12 ; on s’en consolera aisément en sachant qu’ensuite il pleuvra.
Toutefois, en regardant par la fenêtre de votre bureau, si vous voyez le canard s’écarter des rivières, le milan voler en criant, ce sera signe de beau temps. De même si votre sangsue reste au fond du bocal avec un air de tristesse (plate et à demi enroulée).
Le lilas grise les jeunes filles, le loup se terre dans les bois et gratte ses puces.
L’Auvergnant retire lentement l’un de ses quatre gilets de laine.
(Almanach des quatre saisons – Mai)
Les hommes qui naîtront en mai auront le visage en toupie, le nez pointu et la bouche ironique. Allongés, rapides, aériens, ils feront penser à l’asperge, à l’elfe et au danseur de corde.
(Almanach des quatre saisons – Mai)